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Mot-clefAntoine-Isaac Silvestre de Sacy

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Jamîl, «Élégie»

dans « Journal des savants », 1829, p. 419-420

dans «Jour­nal des savants», 1829, p. 419-420

Il s’agit de Jamîl ibn Ma‘mar* (VIIe siècle apr. J.-C.), poète arabe qui devint célèbre par la ten­dresse de ses sen­ti­ments et la constance de son amour envers Buthay­na** au point qu’on le sur­nom­ma Jamîl Buthay­na***le Jamîl de Buthay­na»). On raconte que la pre­mière fois que Jamîl s’attacha à Buthay­na fut lorsqu’il alla un jour abreu­ver son bétail. Il s’endormit, lais­sant ses cha­meaux remon­ter la val­lée au bord de laquelle était ins­tal­lé le clan de Buthay­na. Celle-ci, en allant pui­ser de l’eau avec une voi­sine, pas­sa près des cha­meaux et les chas­sa. Elle n’était encore qu’une fillette. Jamîl l’insulta; elle lui répon­dit par des raille­ries qu’il trou­va agréables. Alors, il com­po­sa le poème sui­vant : «Ô Buthay­na, ce sont des insultes qui ont déclen­ché notre amour dans la val­lée de Bag­hîd. Nous lui avons adres­sé des pro­pos aux­quels elle répon­dit par des paroles sem­blables. C’est vrai, ô Buthay­na, que chaque parole appelle une réponse»****. Il prit, par la suite, l’habitude de lui rendre visite en l’absence des hommes du clan et de bavar­der avec elle, jusqu’au moment où l’on eut vent de l’affaire. Il deman­da sa main, mais on la lui refu­sa. Lorsqu’on la maria, il conti­nua à la ren­con­trer chez elle à l’insu de son mari. On s’en plai­gnit au gou­ver­neur, et celui-ci ordon­na qu’au cas où Jamîl ren­drait visite à Butay­na, il serait per­mis de ver­ser son sang. Jamîl s’enfuit au Yémen; mais chaque nuit, il gra­vis­sait les dunes du désert pour res­pi­rer le vent qui venait du pays de Buthay­na : «Ne vois-tu pas com­bien je suis éper­du et que mon corps est défait? Un souffle seule­ment de par­fum de Buthay­na… il faut si peu à mon âme et même moins que si peu»*****. On dit que Jamîl mou­rut en Égypte peu de temps après. Lorsque la nou­velle de sa mort fut par­ve­nue à la Mecque, et que Buthay­na, après avoir inter­ro­gé le por­teur de cette fatale nou­velle, ne put plus dou­ter de la perte de son amant, elle expri­ma sa dou­leur par les vers sui­vants, les seuls qui se soient conser­vés de sa poé­sie : «Certes, l’heure où j’oublierai le sou­ve­nir de Jamîl, est une heure que le cours du temps n’a point encore ame­née; et puisse-t-elle ne jamais arri­ver! Ô Jamîl, ô fils de Ma‘mar, quand la mort t’aura frap­pé, que m’importe d’éprouver les tour­ments de la vie ou de goû­ter ses dou­ceurs!»

* En arabe جميل بن معمر. Par­fois trans­crit Gemil, Djé­mil, Ǧamīl ou Djamīl. Haut

** En arabe بثينة. Par­fois trans­crit Boçaï­na, Bothéi­na, Botheï­nah, Botaï­na, Botaï­nah, Buṯay­na, Butay­nah, Bothay­na ou Bou­thay­na. On ren­contre aus­si la gra­phie Bath­na (بثنة) dont Buthay­na est le dimi­nu­tif. Haut

*** En arabe جميل بثينة. Haut

**** Dans Abû al-Faraj, «La Femme arabe dans “Le Livre des chants”», p. 76. Haut

***** Dans Jean-Claude Vadet, «L’Esprit cour­tois en Orient», p. 365. Haut

Attar, «“Pend-namèh”, ou le Livre des conseils»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des conseils» («Pend namèh»*) attri­bué à Férid-eddin Attar** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»***; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»****. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle*****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san «پند‌نامه». Par­fois trans­crit «Pand-nāmeh», «Pand­nâme», «Pend­name», «Pand-nāma» ou «Pand-nāmah». Haut

** En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

*** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

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**** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

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***** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut