Mot-clefBosḥâq (Abû Esḥâq)

au­teur

Bosḥâq, « Recueil de poésies gastronomiques »

dans « Journal asiatique », sér. 8, vol. 8, p. 166-182

dans « Jour­nal asia­tique », sér. 8, vol. 8, p. 166-182

Il s’agit des poé­sies gas­tro­no­miques d’Abû Esḥâq1, plus connu sous la forme contrac­tée de Bosḥâq2. Ce que l’on sait de la vie de cet homme se ré­duit à peu de chose. Né à Chi­raz, en Perse, il exer­çait la pro­fes­sion de car­deur de co­ton, même s’il est connu grâce à ses poé­sies re­la­tives à l’art cu­li­naire. La date de sa mort est in­cer­taine : elle flotte de 1423 à 1427 apr. J.-C. Sui­vant les bio­graphes, c’était un joyeux com­père, rem­pli de verve caus­tique, et ne s’épargnant pas lui-même dans ses plai­san­te­ries. L’anecdote sui­vante le prouve. Son pro­tec­teur, le prince Es­kan­dar Mîrzâ3, s’étonnait de ne pas l’avoir aperçu à ses au­diences de­puis quelque temps ; Bosḥâq alla s’excuser : « Al­tesse », dit-il, « il me faut un jour pour car­der le co­ton, et trois jours pour trier les fils de ma barbe ». Il por­tait, en ef­fet, une barbe dé­me­su­ré­ment longue. Son œuvre tient tout en­tière dans le pe­tit vo­lume qu’il in­ti­tula « Le Di­van de la gas­tro­no­mie » (« Dî­vân-e aṭ‘ema »4). Voici com­ment il fut amené à ce su­jet. Il cher­chait de­puis quelque temps un moyen d’honorer sa pa­trie, d’étonner son siècle et de sé­duire ses contem­po­rains, lorsqu’un ma­tin, « à l’heure où la fu­mée d’un ap­pé­tit au­then­tique s’échappe de la cui­sine de l’estomac », comme il dit lui-même, sa maî­tresse en­tra chez lui et lui dit : « Je n’ai plus d’appétit ; je suis dé­goû­tée de tout. Que faire ? » Il lui ré­pon­dit : « Suis l’exemple de cet im­puis­sant qui alla consul­ter un mé­de­cin. Ce der­nier com­posa à l’usage de son client un livre ana­créon­tique. À peine notre in­firme en eut-il ter­miné la lec­ture qu’il triom­pha d’une jeune vierge. Moi aussi, je vais com­po­ser à ton in­ten­tion un opus­cule cu­li­naire. Par­cours-le une bonne fois, et ton ap­pé­tit re­naî­tra ». Et Bosḥâq s’attela aus­si­tôt à l’œuvre et fit « bouillir au feu du tra­vail la cas­se­role de l’invention », comme il dit lui-même. N’osant pré­tendre aux lau­riers des Fir­dousi et des Hâ­fez, son am­bi­tion plus mo­deste le can­tonna dans un genre in­connu en Perse avant lui : ce­lui de la ba­di­ne­rie gas­tro­no­mique. « En fine bouche qu’il était », dit Henri Ferté5, « il choi­sit l’art cu­li­naire pour trem­plin de son es­prit gouailleur. L’Iran trouve en lui son Ber­choux ou son Brillat-Sa­va­rin. On ne sau­rait tou­te­fois com­pa­rer, à la lettre, son Di­van à la “Gas­tro­no­mie” ou à la “Phy­sio­lo­gie du goût”, ces deux pe­tits chefs-d’œuvre de spi­ri­tuel ba­di­nage et de me­sure toute fran­çaise. La plai­san­te­rie du gas­tro­nome per­san sem­ble­rait trop sou­vent à nos lec­teurs lourde et pé­dante. »

  1. En per­san ابواسحاق. Par­fois trans­crit Abou Ishaq, Abō Isḥāq, Abu Ishaq ou Abû Isḥâḳ. Haut
  2. En per­san بسحق. Par­fois trans­crit Bou­shâq, Bu­shaq ou Bu­shak. Haut
  3. En turc İsk­ender Mirza. Par­fois trans­crit Mīrzā Is­kan­dar. Ce prince, un des pe­tits-fils de Ta­mer­lan, avait réussi, à la mort de son grand-père, à se faire at­tri­buer la Perse. En 1411 apr. J.-C. son oncle mar­cha contre lui et alla le for­cer dans la ville d’Ispahan. Es­kan­dar Mîrzâ prit la fuite ; mais des ca­va­liers, qui le pour­sui­virent, l’arrêtèrent et l’amenèrent à son oncle, qui le re­mit entre les mains de son frère, en lui re­com­man­dant d’en prendre soin. « Mais [son frère] lui fit cre­ver les yeux, afin de lui ôter par là l’envie de re­muer et d’entreprendre de ré­gner une autre fois » (« Les Pa­roles re­mar­quables, les Bons Mots et les Maximes des Orien­taux »). Haut
  1. En per­san « دیوان اطعمه ». Haut
  2. « Re­cueil de poé­sies gas­tro­no­miques », p. 167. Haut