Mot-clefplaisanterie

genre littéraire

« Histoire de Quỳnh »

dans « Bulletin de la Société d’enseignement mutuel du Tonkin », vol. 7, no 2, p. 153-199

Il s’agit de la version vietnamienne de « La Légende de Xieng Mieng » (« hnăṅsœ̄ jyṅ hmyṅ2 »*). Entre facétie, comédie burlesque et humour impudique, donnant lieu à une satire effrontée de la société féodale, « La Légende de Xieng Mieng » renferme des épisodes d’une plaisanterie certes peu décente, mais à laquelle se plaisent les campagnards du Sud-Est asiatique. Ceux qui la jugent sévèrement devraient songer à Guignol, à Till l’Espiègle ou aux ouvrages d’un Rabelais. En réalité, il y a là-dedans une gouaille robuste et optimiste, et les personnages qui en font les frais sont des types d’homme détestés par le peuple des campagnes : le charlatan, le mandarin corrompu, le lettré ignorant, le bonze débauché, jusqu’à l’Empereur de Chine ; tous des vices personnifiés, victimes des farces et des attitudes provocantes de Xieng Mieng. Comment caractériser ce dernier ? Quelque chose comme un mauvais plaisant, un bateleur, un histrion auquel on accordait beaucoup d’insolence et de ruse. Il jouait le rôle des fous de nos anciens rois. D’ailleurs, selon la version laotienne, il était le bouffon même de la Cour du roi de Thavaaraavadii. Je dis « selon la version laotienne », car comme dit M. Jacques Népote**, « cette histoire n’est pas un isolat : elle se retrouve dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, et avec le même succès, le héros portant seulement un nom différent : Si Thanon Say au Siam, Thmenh Chey*** au Cambodge, Trạng Quỳnh au Viêt-nam, Ida Talaga à Bali, et bien d’autres encore ». Le roi de Thavaaraavadii, donc, était resté longtemps sans enfant. Il eut enfin un fils ; mais les astrologues prédirent que le prince mourrait en sa douzième année, à moins que le roi n’adoptât un enfant né à la même heure que son fils. Et le roi d’adopter Xieng Mieng, enfant de basse extraction qui devint le double affreux du prince.

* En laotien « ໜັງສືຊຽງໝ້ຽງ ». Parfois transcrit « Sieng Mieng », « Siang Miang », « Xiang Miang », « Xien-Mien », « Sieng Hmieng2 » ou « jyṅ hmyṅ2 ». Haut

** « Variations sur un thème du bouffon royal en Asie du Sud-Est péninsulaire ». Haut

*** « Thmenh le Victorieux ». Parfois transcrit Tmeñ Jai, Tmen Chéi ou Tmenh Chey. Haut

Haribhadra, « Ballade des coquins »

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

Il s’agit de la « Ballade des coquins » (« Dhûrtâkhyâna »*) d’Haribhadra Sûri**, l’une des rares œuvres d’intention et de forme satiriques dans la littérature hindoue (VIIIe siècle apr. J.-C.). L’auteur, qui s’est détourné du brahmanisme et qui veut nous en détourner à notre tour, propose une série d’histoires absurdes dont il nous révèle, après coup, qu’elles concordent avec la littérature des brahmanes. Il veut ainsi nous prouver que cette dernière est sans valeur et irrationnelle. Le canevas sur lequel il brode sa démonstration est remarquable par sa complexité : À la saison des pluies, alors qu’il est impossible de voyager, des centaines de « coquins » (« dhûrta »***, d’où le titre de la « Ballade ») se réunissent dans un parc à proximité de la ville d’Ujjain. Ce sont des maîtres en illusions et en mensonges, constamment occupés à faire le mal, ignorant la pitié, ruinant la confiance que vieillards, femmes et enfants placent en eux, amis uniquement de la fraude qu’ils pratiquent à l’aide d’encens, d’onguents et de magies noires telles que l’hypnotisme et l’art de paralyser, experts, enfin, à changer leur voix et leur apparence. Leurs chefs organisent, à l’occasion, une sorte de jeu-concours dont la règle est la suivante : Chacun doit raconter une aventure qu’il a vécue, si invraisemblable et si peu digne de foi soit-elle. Le gagnant sera celui dont l’histoire n’a pas d’équivalente dans les légendes du « Mahâbhârata », du « Râmâyaṇa » et du reste de la littérature brahmanique. L’un des coquins raconte avoir vu, un jour, un village entier échapper à des bandits en trouvant refuge dans un concombre, que dévora une chèvre gigantesque, avalée à son tour par un boa, lui-même happé par une grue, qui s’envola et se posa dans la cour du roi… Rien d’étonnant, rétorquent les autres participants, à ce qu’un concombre contienne un village : selon la « Chândogya Upaniṣad » et le « Viṣṇu Purâṇa », le monde à son origine n’était-il pas contenu dans un œuf ? Quant au coquin qui raconte être revenu à la vie après qu’il eut eu la tête tranchée et jetée dans un jujubier, il n’impressionne guère plus : selon le « Râmâyaṇa », le dieu Hanumân ne fit-il pas ressusciter les singes morts au combat et qui avaient eu les membres coupés et brisés ? Bref, les légendes brahmaniques ne sont ni moins suspectes ni plus réussies que les histoires racontées par ces fieffés coquins : telle est la conclusion à laquelle veut arriver la « Ballade ».

* En prâkrit « धूर्ताख्यान ». Autrefois transcrit « Dhurtakhyan ». Haut

** En prâkrit हरिभद्र सूरि. Autrefois transcrit Haribhadra Soori. Haut

*** En prâkrit धूर्त. Haut

« La Légende de Sieng Hmieng2 »

dans « Péninsule », vol. 6-7, p. 13-174

dans « Péninsule », vol. 6-7, p. 13-174

Il s’agit de la version laotienne de « La Légende de Xieng Mieng » (« hnăṅsœ̄ jyṅ hmyṅ2 »*). Entre facétie, comédie burlesque et humour impudique, donnant lieu à une satire effrontée de la société féodale, « La Légende de Xieng Mieng » renferme des épisodes d’une plaisanterie certes peu décente, mais à laquelle se plaisent les campagnards du Sud-Est asiatique. Ceux qui la jugent sévèrement devraient songer à Guignol, à Till l’Espiègle ou aux ouvrages d’un Rabelais. En réalité, il y a là-dedans une gouaille robuste et optimiste, et les personnages qui en font les frais sont des types d’homme détestés par le peuple des campagnes : le charlatan, le mandarin corrompu, le lettré ignorant, le bonze débauché, jusqu’à l’Empereur de Chine ; tous des vices personnifiés, victimes des farces et des attitudes provocantes de Xieng Mieng. Comment caractériser ce dernier ? Quelque chose comme un mauvais plaisant, un bateleur, un histrion auquel on accordait beaucoup d’insolence et de ruse. Il jouait le rôle des fous de nos anciens rois. D’ailleurs, selon la version laotienne, il était le bouffon même de la Cour du roi de Thavaaraavadii. Je dis « selon la version laotienne », car comme dit M. Jacques Népote**, « cette histoire n’est pas un isolat : elle se retrouve dans la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, et avec le même succès, le héros portant seulement un nom différent : Si Thanon Say au Siam, Thmenh Chey*** au Cambodge, Trạng Quỳnh au Viêt-nam, Ida Talaga à Bali, et bien d’autres encore ». Le roi de Thavaaraavadii, donc, était resté longtemps sans enfant. Il eut enfin un fils ; mais les astrologues prédirent que le prince mourrait en sa douzième année, à moins que le roi n’adoptât un enfant né à la même heure que son fils. Et le roi d’adopter Xieng Mieng, enfant de basse extraction qui devint le double affreux du prince.

* En laotien « ໜັງສືຊຽງໝ້ຽງ ». Parfois transcrit « Sieng Mieng », « Siang Miang », « Xiang Miang », « Xien-Mien », « Sieng Hmieng2 » ou « jyṅ hmyṅ2 ». Haut

** « Variations sur un thème du bouffon royal en Asie du Sud-Est péninsulaire ». Haut

*** « Thmenh le Victorieux ». Parfois transcrit Tmeñ Jai, Tmen Chéi ou Tmenh Chey. Haut

« Autour de Nasreddin Hoca : textes et commentaires »

dans « Oriens », vol. 16, p. 194-223

dans « Oriens », vol. 16, p. 194-223

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut

« Plaisanteries de Khodja Nasr-ed-din Efendi »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut

« Sublimes Paroles et Idioties de Nasr Eddin Hodja : tout Nasr Eddin ou presque »

éd. Phébus, coll. Libretto, Paris

éd. Phébus, coll. Libretto, Paris

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut

« Absurdités et Paradoxes de Nasr Eddin Hodja »

éd. Phébus, coll. Domaine turc, Paris

éd. Phébus, coll. Domaine turc, Paris

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut

« Les Plaisanteries de Nasr-eddin Hodja »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut

« Sottisier de Nasr-eddin-hodja, bouffon de Tamerlan »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des plaisanteries de Nasreddin Hodja*, productions légères de la littérature turque qui tiennent une place qui ne leur est disputée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles constituent, à elles seules, un genre spécial : le genre plaisant. L’immense popularité accordée, dans sa patrie, au Hodja et à ses bouffonneries extravagantes permet de voir en lui la personnification même de cette belle humeur joviale, souvent un peu gaillarde, parfois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conversation turque. Ici, point de ces métaphores ambitieuses dont les lettrés orientaux peuvent seuls apprécier le mérite ; point de ces longues périodes où la sophistication et la recherche des expressions font perdre à l’auteur le fil de son raisonnement. Au lieu de ces ornements qui troublent le commun des lecteurs, on trouve de la bonne et franche gaieté ; un style simple, concis et naturel ; une verve naïve dont les éclairs inattendus commandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus ignorants, trop heureux de dérider leurs fronts soucieux, de distraire la monotonie de leurs réflexions, de tromper l’ennui de leurs veilles. « Il est peu probable de trouver dans le monde entier », dit un critique**, « un héros du folklore poétique qui jouisse d’un tel intérêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lecteurs que Nasreddin Hodja… La forme serrée qui enveloppe l’idée des [anecdotes] aide à les retenir facilement dans la mémoire et à les diffuser… Il faut ajouter également que le personnage de Nasreddin Hodja marche sur les chemins poussiéreux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tadjikistan et dans les villages de [la péninsule balkanique] avec un défaut inné, ayant troublé plusieurs fois les orientalistes et les folkloristes : il s’agit du caractère contradictoire du héros qui est représenté tantôt comme un sot en trois lettres peu perspicace et imprévoyant, tantôt comme un sage prévoyant et juste ; en tant que juge, il rend des sentences équitables ; en tant que défenseur des accusés, il tranche des procès embrouillés que les juges officiels ne sont pas capables de juger. » Alors, Nasreddin est-il un véritable idiot ? Ou bien fait-il semblant de l’être pour tromper ceux qu’il rencontre sur son chemin ? Ou bien encore se sert-il de son idiotie pour montrer aux gens qu’en réalité ce sont eux les idiots ? Il est tout cela en même temps. Naïf et rusé, savant et ignorant, bon et cruel, ce fou sage nous apprend la vie en nous faisant rire de lui, de nous et de tout.

* En turc Nasreddin Hoca. Parfois transcrit Nasrettin Hoca, Nasreddin Hodža, Nastradin Hoxha, Nasreddin Hodscha, Nasruddin Khoja, Nazr-ed-din Hoja ou Nastratin Hogea. Haut

** Vélitchko Valtchev. Haut