Mot-clefPhạm Quỳnh

au­teur

Phạm Quỳnh, « Le Paysan tonkinois à travers le parler populaire »

éd. Đông-Kinh, coll. Nam-Phong, Hanoï

éd. Đông-Kinh, coll. Nam-Phong, Ha­noï

Il s’agit d’une an­tho­lo­gie rai­son­née des chants et des pro­verbes du Ton­kin, par Phạm Quỳnh, le plus grand éru­dit et cri­tique viet­na­mien du siècle der­nier. Né à Ha­noï, le 17 dé­cembre 1892, il fut or­phe­lin très tôt : « En­fant, j’habitais avec ma grand-mère près de la ca­serne des sol­dats fran­çais, qui ne man­quaient pas d’exciter ma cu­rio­sité comme celle de mes ca­ma­rades de jeu. Un ser­gent-chef s’intéressa plus par­ti­cu­liè­re­ment à moi et me prit en af­fec­tion. Il m’enseigna les pre­mières no­tions de fran­çais et m’apprit à écrire »1. In­tel­li­gent, ap­pli­qué, doué d’une mé­moire éton­nante, Phạm Quỳnh sor­tit pre­mier du Col­lège du pro­tec­to­rat et n’eut qu’un seul plan : faire en sorte qu’il eût sa part dans l’éveil de la lit­té­ra­ture na­tio­nale. « Sans lit­té­ra­ture na­tio­nale », di­sait-il2, « il ne peut y avoir de culture na­tio­nale ; sans culture na­tio­nale, il ne peut y avoir d’indépendance in­tel­lec­tuelle et spi­ri­tuelle ; sans in­dé­pen­dance in­tel­lec­tuelle et spi­ri­tuelle, il ne peut y avoir d’indépendance po­li­tique ». Se­lon lui, cet éveil se fe­rait seule­ment lorsque la ci­vi­li­sa­tion viet­na­mienne conti­nue­rait sa tra­di­tion chan­son­nière, et conso­li­de­rait di­gne­ment son hé­ri­tage confu­céen : « Je ne puis m’imaginer », di­sait-il3, « que ces pré­ceptes si sages de Confu­cius ; cette es­sence lé­gère et dis­crète dont sont im­pré­gnés les re­frains, les chan­sons tra­di­tion­nelles de mon pays ; cette poé­sie sub­tile de l’âme d’un peuple [qui sait] res­pec­ter [à la fois] les réa­li­tés de l’existence et le rêve, et qui, en pei­nant du­re­ment au fil des gé­né­ra­tions sur la terre [an­ces­trale], est ca­pable de s’émouvoir quand lui par­vient, ap­porté par la brise des champs, le cri de l’alouette — je ne puis m’imaginer que tout ceci vien­drait à dis­pa­raître pour s’assimiler dans les formes de la nou­velle ci­vi­li­sa­tion ». Ce fut sur­tout à par­tir de 1910 que, nommé se­cré­taire de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, il se mit ré­so­lu­ment à toutes les études spé­ciales que sup­po­sait son plan. Ainsi pré­paré, il fonda la re­vue « Nam-Phong » (« Vent du Sud »4), et alors seule­ment il en­tra plei­ne­ment dans son su­jet. Ce que fit la re­vue « Nam-Phong », pen­dant dix-huit ans, en ma­tière d’édition, com­men­taire, tra­duc­tion, dif­fu­sion du pa­tri­moine viet­na­mien, tient du pro­dige. Je n’exagère pas en di­sant que Phạm Quỳnh ne vé­cut plus que pour sa re­vue ; il lui donna une âme, une conscience, une di­gnité propres et lui as­sura un pres­tige qui ne fut ja­mais égalé par ce­lui d’aucune re­vue du Viêt-nam.

  1. Dans « Hom­mage à Pham Quynh », p. 42. Haut
  2. Phạm Quỳnh, « Quốc-học với quốc-văn » (« Culture na­tio­nale et Lit­té­ra­ture na­tio­nale ») dans « Nam-Phong », vol. 26, no 164. Haut
  1. Dans Dương Mỹ Loan, p. 1100. Haut
  2. Titre em­prunté aux « En­tre­tiens fa­mi­liers de Confu­cius » : « Ja­dis Shun (), jouant du [luth] à cinq cordes, com­posa les chants du Nan-Feng (南風). Ces chants por­taient : “Oh ! l’harmonie du Nan-Feng ! On peut par lui dis­si­per les sou­cis de mon peuple. Oh ! le temps du Nan-Feng ! On peut par lui dé­ve­lop­per les ri­chesses de mon peuple”. C’est en agis­sant ainsi qu’il s’est élevé ». Haut