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Hérodote, «L’Enquête. Tome II»

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Folio-Clas­sique, Paris

Il s’agit de l’«Enquête» («His­to­riê»*) d’Hérodote d’Halicarnasse**, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ouvrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Milet, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus ancienne qui res­tait au temps de Cicé­ron, lequel a recon­nu Héro­dote pour le «père de l’histoire»***, tout comme il l’a nom­mé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le «prince»**** des his­to­riens.

Le sujet direct d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, «les grands exploits accom­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises»; mais des cha­pitres entiers sont consa­crés aux diverses nations qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Lydiens, les Mèdes, les Baby­lo­niens sou­mis par Cyrus; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse; puis les Scythes atta­qués par Darius; puis les Indiens. Leurs his­toires acces­soires, leurs récits laté­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ain­si, l’«Enquête» s’élargit, de paren­thèse en paren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les annales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des leçons indi­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces leçons; c’est dans la pro­gres­sion habile des épi­sodes; c’est dans la mora­li­té qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par «mora­li­té», ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la morale, mais ce qui est capable de consa­crer la mémoire des morts et d’exciter l’émulation des vivants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Homère

* En grec «Ἱστορίη». On ren­contre aus­si la gra­phie «Ἱστορία» («His­to­ria»). L’«his­toire», au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sérieuse et appro­fon­die; c’est la recherche intel­li­gente de la véri­té. Haut

** En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut

*** «Trai­té des lois» («De legi­bus»), liv. I, sect. 5. Haut

**** «Dia­logues de l’orateur» («De ora­tore»), liv. II, sect. 55. Haut

Hérodote, «L’Enquête. Tome I»

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Folio-Clas­sique, Paris

Il s’agit de l’«Enquête» («His­to­riê»*) d’Hérodote d’Halicarnasse**, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ouvrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Milet, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus ancienne qui res­tait au temps de Cicé­ron, lequel a recon­nu Héro­dote pour le «père de l’histoire»***, tout comme il l’a nom­mé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le «prince»**** des his­to­riens.

Le sujet direct d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, «les grands exploits accom­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises»; mais des cha­pitres entiers sont consa­crés aux diverses nations qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Lydiens, les Mèdes, les Baby­lo­niens sou­mis par Cyrus; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse; puis les Scythes atta­qués par Darius; puis les Indiens. Leurs his­toires acces­soires, leurs récits laté­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ain­si, l’«Enquête» s’élargit, de paren­thèse en paren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les annales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des leçons indi­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces leçons; c’est dans la pro­gres­sion habile des épi­sodes; c’est dans la mora­li­té qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par «mora­li­té», ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la morale, mais ce qui est capable de consa­crer la mémoire des morts et d’exciter l’émulation des vivants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Homère

* En grec «Ἱστορίη». On ren­contre aus­si la gra­phie «Ἱστορία» («His­to­ria»). L’«his­toire», au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sérieuse et appro­fon­die; c’est la recherche intel­li­gente de la véri­té. Haut

** En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut

*** «Trai­té des lois» («De legi­bus»), liv. I, sect. 5. Haut

**** «Dia­logues de l’orateur» («De ora­tore»), liv. II, sect. 55. Haut

«L’Épopée de Gilgameš : le grand homme qui ne voulait pas mourir»

éd. Gallimard, coll. L’Aube des peuples, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Aube des peuples, Paris

Il s’agit de l’«Épo­pée de Gil­ga­mesh», connue dans l’Antiquité par ses mots limi­naires «Celui qui a tout vu…», épo­pée qui par son ampleur, par sa force, par l’éminent et l’universel de ses thèmes, par la vogue per­sis­tante dont elle a joui pen­dant plus d’un mil­lé­naire, mérite assu­ré­ment d’être consi­dé­rée comme l’œuvre la plus repré­sen­ta­tive de la Méso­po­ta­mie ancienne*. Contrai­re­ment à «L’Iliade» et au «Râmâyaṇa», aux­quels elle est anté­rieure de plu­sieurs siècles, cette épo­pée n’est pas le pro­duit d’une seule époque, ni même d’un seul peuple. Issue de chants sumé­riens (IIIe mil­lé­naire av. J.-C.), elle prit corps, pour ain­si dire, dans une rédac­tion akka­dienne et elle débor­da lar­ge­ment les fron­tières de la Baby­lo­nie et de l’Assyrie, puisqu’elle fut copiée et adap­tée depuis la Pales­tine jusqu’au cœur de l’Anatolie, à la Cour des rois hit­tites. Sous sa forme la plus com­plète, celle sous laquelle on l’a retrou­vée à Ninive, dans les ves­tiges de la biblio­thèque du roi Assour­ba­ni­pal** (VIIe siècle av. J.-C.), cette épo­pée com­pre­nait douze tablettes, de quelque trois cents vers cha­cune. «Il ne nous en est par­ve­nu, à ce jour», dit M. Jean Bot­té­ro***, «qu’un peu moins des deux tiers… Mais ces frag­ments, par pure chance, ont été si rai­son­na­ble­ment dis­tri­bués tout au long de sa trame que nous en dis­cer­nons encore assez bien la séquence et la tra­jec­toire; et même ain­si entre­cou­pé, ce che­mi­ne­ment nous fas­cine.»

* Ce pays que les Anciens nom­maient Méso­po­ta­mie («entre-fleuves») cor­res­pond à peu près à l’Irak actuel. Haut

** Par­fois trans­crit Assur­ba­ni­pal, Ashur­ba­ni­pal, Aschur­ba­ni­pal ou Achour-bani-pal. Haut

*** p. 17. Haut