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«Le Public populaire bagdadien : typologie de cette collectivité d’après ses proverbes»

dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I. La Vie de Hallâj » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque des idées, Paris), p. 311-316

dans Louis Mas­si­gnon, «La Pas­sion de Husayn ibn Man­sûr Hal­lâj. Tome I. La Vie de Hal­lâj» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque des idées, Paris), p. 311-316

Il s’agit d’un recueil de pro­verbes ira­kiens. Nul genre d’enseignement n’est plus ancien que celui des pro­verbes. Son ori­gine remonte aux âges les plus recu­lés du globe. Dès que les hommes, mus par un ins­tinct irré­sis­tible ou pous­sés par la volon­té divine, se furent réunis en socié­té; dès qu’ils eurent consti­tué un lan­gage suf­fi­sant à l’expression de leurs besoins, les pro­verbes prirent nais­sance en tant que résu­mé natu­rel des idées com­munes de l’humanité. «S’ils avaient pu se conser­ver, s’ils étaient par­ve­nus jusqu’à nous sous leur forme pri­mi­tive», dit Pierre-Marie Qui­tard*, «ils seraient le plus curieux monu­ment du pro­grès des pre­mières socié­tés; ils jet­te­raient un jour mer­veilleux sur l’histoire de la civi­li­sa­tion, dont ils mar­que­raient le point de départ avec une irré­cu­sable fidé­li­té.» La Bible, qui contient plu­sieurs livres de pro­verbes, dit : «Celui qui applique son âme à réflé­chir sur la Loi du Très-Haut… recherche le sens secret des pro­verbes et revient sans cesse sur les énigmes des maximes»**. Les sages de la Grèce eurent la même pen­sée que la Bible. Confu­cius imi­ta les pro­verbes et fut à son tour imi­té par ses dis­ciples. De même que l’âge de l’arbre peut se juger par le tronc; de même, les pro­verbes nous apprennent le génie ou l’esprit propre à chaque nation, et les détails de sa vie pri­vée. On en tenait cer­tains en telle estime, qu’on les disait d’origine céleste : «C’est du ciel», dit Juvé­nal***, «que nous est venue la maxime : “Connais-toi toi-même”. Il la fau­drait gra­ver dans son cœur et la médi­ter tou­jours.» C’est pour­quoi, d’ailleurs, on les gra­vait sur le devant des portes des temples, sur les colonnes et les marbres. Ces ins­crip­tions, très nom­breuses du temps de Pla­ton, fai­saient dire à ce phi­lo­sophe qu’on pou­vait faire un excellent cours de morale en voya­geant à pied, si l’on vou­lait les lire; les pro­verbes étant «le fruit de l’expérience de tous les peuples et comme le bon sens de tous les siècles réduit en for­mules»****.

les pro­verbes prirent nais­sance en tant que résu­mé natu­rel des idées com­munes de l’humanité

Voi­ci un échan­tillon qui don­ne­ra une idée du style des pro­verbes ira­kiens :
«Si tu es enclume, subis; si tu es bâton, fais souf­frir.
La moyenne qua­li­té est sœur de la mau­vaise.
Avec les dattes viennent les guêpes.
Le chat qui a appris à décou­vrir les mar­mites ne peut plus s’en pri­ver.
[C’est] un fuyard qui sonne de la trom­pette.
Sa bouche loue Dieu, et sa main égorge.
Ne t’en va pas apprendre à l’orphelin à pleu­rer.
Il est comme la Ka‘ba : il reçoit des visites et n’en fait point
».

* «Études his­to­riques, lit­té­raires et morales sur les pro­verbes fran­çais et le lan­gage pro­ver­bial», p. 2. Haut

** «Livre de l’Ecclésiastique», XXXIX, 1-3. Haut

*** «Satires», poème XI, v. 27-28. Haut

**** Antoine de Riva­rol, «Dis­cours sur l’universalité de la langue fran­çaise». Haut