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Mot-clefmorale pratique

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Volney, «Considérations sur la guerre actuelle des Turcs»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Consi­dé­ra­tions sur la guerre actuelle des Turcs» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

Volney, «Leçons d’histoire, prononcées à l’École normale en l’an III de la République française»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Leçons d’histoire» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

Volney, «La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «La Loi natu­relle, ou Prin­cipes phy­siques de la morale»* de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il**, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il***. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* Éga­le­ment connu sous le titre de «Caté­chisme du citoyen fran­çais». Haut

** «Les Ruines», p. 19. Haut

*** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

«Le Livre des récompenses et des peines»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des récom­penses et des peines» («Tai­shang ganying­pian»*, lit­té­ra­le­ment «Écrit sur la rétri­bu­tion par le Très-Haut»**), pré­cis de morale syn­cré­tique chi­noise, mêlant croyances taoïstes, éthique confu­céenne et doc­trine du kar­ma (XIIe siècle apr. J.-C.). Le «Canon taoïste» («Dao­zang»***) com­prend une mul­ti­tude de trai­tés de morale pour exhor­ter les lec­teurs à la plus haute ver­tu et leur ensei­gner que «la récom­pense du bien et la puni­tion du mal sont comme l’ombre qui suit le corps»****; mais il n’y a aucun par­mi ces trai­tés qui ait joui d’une aus­si grande popu­la­ri­té, et qu’on ait réim­pri­mé aus­si sou­vent que «Le Livre des récom­penses et des peines». Cepen­dant, il est rare qu’on l’ait réim­pri­mé d’une manière pure­ment dés­in­té­res­sée. Sa pro­pa­ga­tion était, d’après la super­sti­tion popu­laire, une œuvre méri­toire et un mer­veilleux moyen d’obtenir ce qu’on dési­rait. En dis­tri­buant vingt ou trente exem­plaires du «Livre des récom­penses et des peines», on obte­nait ou bien une longue vie, ou bien la gué­ri­son d’un père, ou bien la nais­sance d’un fils. «Hono­rez-le donc», dit la pré­face d’un édi­teur chi­nois*****, «et met­tez-le en pra­tique, et vous aug­men­te­rez votre bon­heur, aus­si bien que la durée de votre vie. En un mot, tout ce que vous sou­hai­te­rez vous sera accor­dé.» Il n’en reste pas moins que c’est un beau et lumi­neux livre, rem­pli de conseils moraux et de sen­tences des vieux sages, pour apprendre à l’être humain d’être bon vis-à-vis d’autrui; de se tenir dans l’amour et le res­pect; de déli­vrer les autres de leurs dan­gers et de les assis­ter dans leurs néces­si­tés; d’abandonner ses richesses pour faire des heu­reux; de ne pas faire souf­frir non seule­ment un ani­mal, mais encore un insecte. Un com­men­ta­teur et poète com­pare ce livre à «une barque de misé­ri­corde sur laquelle nous pou­vons pas­ser une mer immense» ou bien «un arbre qui porte ses branches jusque dans les nues [et ouvrant] nos cœurs aux plus dignes efforts»

* En chi­nois «太上感應篇». Par­fois trans­crit «Thaï-chang kan ing phian», «Thaï chang kan yng pian», «Tae shang kan ying peen», «T’ai shang kan yin p’ien», «Thaï-chang kan ing phian», «Thaï-chang-kan-ing-pien» ou «Thai chang kan ying phien». Haut

** Par­fois tra­duit «Trai­té du Très-Haut sur la rétri­bu­tion des actes». Haut

*** En chi­nois «道藏». Autre­fois trans­crit «Tao-tchang» ou «Tao Tsang». Haut

**** p. 21. Haut

***** p. 19. Haut

Liu Qingzhi, «La “Siao Hio”, ou Morale de la jeunesse»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «La Petite Étude» («Xiao Xue»*), recueil de trois cent quatre-vingt-six sen­tences, pré­ceptes et exemples. Jadis, c’était l’un des livres incon­tour­nables de la lit­té­ra­ture chi­noise, parce qu’il ser­vait à for­mer l’éducation de la nation entière. Dès qu’un enfant, de quelque condi­tion qu’il fût — depuis le fils de l’Empereur jusqu’au fils du moindre de ses sujets — avait atteint l’âge de huit ans, c’était ce livre, en effet, qu’on lui met­tait entre les mains pour lui ensei­gner la façon dont il fal­lait inter­ro­ger, et celle dont il fal­lait répondre aux inter­ro­ga­tions des autres; pour l’instruire des devoirs de la civi­li­té, des cou­tumes et des rites; pour lui faire des leçons sur la pro­cé­dure et la forme qu’il devait obser­ver devant les autres, sui­vant ce qu’ils étaient — ou ses supé­rieurs, ou ses infé­rieurs, ou sim­ple­ment ses égaux. Tout cela for­mait ce qu’on appe­lait «la petite étude», c’est-à-dire l’enseignement infé­rieur, la petite école; c’était à quoi on occu­pait l’enfant jusqu’à l’âge de quinze ans. Par­ve­nu à cet âge, on l’appliquait à «la grande étude», ce qui est d’ailleurs le titre d’un des quatre clas­siques rédi­gés par les dis­ciples de Confu­cius. Les sen­tences, pré­ceptes et exemples de «La Petite Étude» sont emprun­tés pour la plu­part au «Mémo­rial des rites» et ran­gés dans un ordre assez défec­tueux, tel cha­pitre conte­nant sou­vent ce qui devrait se trou­ver dans tel autre. On ne peut nier que les prin­cipes en soient, en géné­ral, édi­fiants, et qu’il y ait des modèles d’une ver­tu réelle; mais on y trouve, en même temps, l’observation de cer­taines pra­tiques éta­blies par les pré­ju­gés et par la rou­tine, qui paraissent assez pué­riles. Un des dis­ciples de Zhu Xi**, Liu Qingz­hi*** (XIIe siècle), a com­po­sé ce livre. Zhu Xi l’a ensuite mis dans l’ordre où nous le voyons et a ajou­té une intro­duc­tion où il dit**** : «Puisque l’homme, pen­dant l’enfance, ne peut encore ni savoir, ni réflé­chir, ni régler ses actes, il faut que, pre­nant les dis­cours pro­fonds des sages, leurs trai­tés fon­da­men­taux, on les lui mette tous les jours sous les yeux, on les lui infiltre dans les oreilles, on en rem­plisse son inté­rieur. Si l’on tarde, il s’habitue à se for­mer selon son caprice et il reste obs­ti­né­ment ce qu’il s’est habi­tué à être».

* En chi­nois «小學». Par­fois trans­crit «Siao Hio». Haut

** En chi­nois 朱熹. Autre­fois trans­crit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Éga­le­ment connu sous le titre hono­ri­fique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire «Zhu, prince de la lit­té­ra­ture». Autre­fois trans­crit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut

*** En chi­nois 劉清之. Haut

**** p. 9-10. Haut

Yulgok, «Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens»

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Biblio­thèque chi­noise, Paris

Il s’agit des «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens» («Kyŏng­mong yogyŏl»*, lit­té­ra­le­ment «Prin­cipes essen­tiels pour repous­ser l’ignorance juvé­nile»), ouvrage qui appar­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok***la Val­lée des châ­tai­gniers»), aurait pu pour­suivre une exis­tence de moine; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre médi­ta­tion, il se reti­ra dans un monas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san*****). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : «Alors que je visi­tais [un des monts], je péné­trais seul un jour, durant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y décou­vris un petit ermi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était assis dans une posi­tion cor­recte, me regar­dant, sans dire un mot et sans se lever. Fure­tant par­tout dans l’ermitage, je ne remar­quai aucun objet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­pa­ré de repas depuis plu­sieurs jours»******. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie reti­rée et soli­taire aurait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui appor­ter un bon­heur com­plet; elle aurait consis­té à négli­ger ses devoirs envers la socié­té laïque, si lourds soient-ils. «Je n’ai pas encore ache­vé mes rela­tions avec le monde», dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et coréennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il déci­da d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays selon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Regar­dé dans son pays comme le modèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois ministre. Poli­ti­cien enga­gé et grand mora­liste, il lais­sa der­rière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des esprits et le déve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : «Sans étude, nul homme ne pour­rait deve­nir humain», dit-il dans une célèbre phrase********. Par «étude», Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : «Il suf­fit», pré­cise-t-il, «de se conduire à tout moment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère atten­tion­né, en jeune homme res­pec­tueux des aînés ou en ami de confiance.» Dans notre monde actuel où l’on ne com­prend plus que l’étude réside dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un admi­rable sou­tien.

* En coréen «격몽요결», en chi­nois «擊蒙要訣». Haut

** En coréen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chi­nois 栗谷. Autre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Phi­lippe Thié­bault, «La Pen­sée coréenne», p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens», p. 7. Haut

Yulgok, «Anthologie de la sagesse extrême-orientale»

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pen­sée, Géme­nos

Il s’agit de l’«Antho­lo­gie de la sagesse extrême-orien­tale» («Sŏn­ghak chi­pyo»*, lit­té­ra­le­ment «Recueil essen­tiel de l’étude de la sagesse»), ouvrage qui appar­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok***la Val­lée des châ­tai­gniers»), aurait pu pour­suivre une exis­tence de moine; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre médi­ta­tion, il se reti­ra dans un monas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san*****). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : «Alors que je visi­tais [un des monts], je péné­trais seul un jour, durant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y décou­vris un petit ermi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était assis dans une posi­tion cor­recte, me regar­dant, sans dire un mot et sans se lever. Fure­tant par­tout dans l’ermitage, je ne remar­quai aucun objet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­pa­ré de repas depuis plu­sieurs jours»******. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie reti­rée et soli­taire aurait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui appor­ter un bon­heur com­plet; elle aurait consis­té à négli­ger ses devoirs envers la socié­té laïque, si lourds soient-ils. «Je n’ai pas encore ache­vé mes rela­tions avec le monde», dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et coréennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il déci­da d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays selon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Regar­dé dans son pays comme le modèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois ministre. Poli­ti­cien enga­gé et grand mora­liste, il lais­sa der­rière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des esprits et le déve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : «Sans étude, nul homme ne pour­rait deve­nir humain», dit-il dans une célèbre phrase********. Par «étude», Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : «Il suf­fit», pré­cise-t-il, «de se conduire à tout moment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère atten­tion­né, en jeune homme res­pec­tueux des aînés ou en ami de confiance.» Dans notre monde actuel où l’on ne com­prend plus que l’étude réside dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un admi­rable sou­tien.

* En coréen «성학집요», en chi­nois «聖學輯要». Par­fois trans­crit «Song-hak tchi-pyo» ou «Seon­ghak jibyo». Haut

** En coréen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chi­nois 栗谷. Autre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Phi­lippe Thié­bault, «La Pen­sée coréenne», p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens», p. 7. Haut

Photius, «Maximes pour la conduite du prince Michel, roi de Bulgarie»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de la «Lettre à Michel, roi de Bul­ga­rie» («Epis­to­lê pros Michaêl ton archon­ta Boul­ga­rias»*) de Pho­tius**, patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Du temps de Pho­tius, les Bul­gares, voi­sins redou­tables par leurs guerres sou­vent heu­reuses, don­naient beau­coup de mal à l’Empereur de Constan­ti­nople. Tan­tôt alliés et tan­tôt oppo­sés aux diverses tri­bus des Bal­kans, ils avaient conquis sur les Grecs d’importantes pro­vinces et s’étaient avan­cés même jusqu’au Pélo­pon­nèse, en répan­dant la langue slave, qui était deve­nue la leur, dans les ter­ri­toires qu’ils occu­paient, et où on la parle encore de nos jours. Ils avaient trou­vé sur ces ter­ri­toires des prêtres grecs, des­quels ils avaient reçu les pre­mières lumières de la reli­gion, quoiqu’il y ait lieu de dou­ter, avec Vol­taire***, que «ces Bul­gares, qui buvaient dans le crâne de leurs enne­mis, fussent d’excellents théo­lo­giens». Pho­tius, habile poli­ti­cien, voyait que, s’il y avait quelque espoir d’amadouer ces hommes féroces, c’était par la confor­mi­té d’un même culte et d’une même foi, plu­tôt que par la force des armes. Il n’attendait qu’une occa­sion et il crut qu’elle s’offrait à lui : car Boris****, roi de Bul­ga­rie, venait de se conver­tir sous le nom chré­tien de Michel. Pho­tius, per­sua­dé que la reli­gion rap­pro­che­rait les deux peuples, essaya de la faire ser­vir aux inté­rêts de l’État, en sou­met­tant cette Église nais­sante à celle de Constan­ti­nople. Pour cela, il fal­lait s’insinuer dans l’esprit du roi bul­gare; et ce fut dans ce but qu’il envoya une «Lettre à Michel, roi de Bul­ga­rie» pour lui don­ner des ins­truc­tions, tant sur les devoirs d’un chré­tien, que sur ceux d’un bon prince. Clas­ser cette lettre par­mi les «plus beaux monu­ments de l’Antiquité»*****, c’est lui faire un hon­neur qu’elle ne mérite pas; mais il faut avouer qu’elle est ce que Pho­tius a écrit de plus agréable et de plus pro­fi­table dans sa cor­res­pon­dance : car les maximes et les règles de conduite s’y placent tout natu­rel­le­ment, sans pédan­tisme, et l’on se sent en pré­sence d’un patriarche qui n’est pas moins impré­gné de sagesse païenne, que de mora­li­té chré­tienne.

* En grec «Ἐπιστολὴ πρὸς Μιχαὴλ τὸν ἄρχοντα Βουλγαρίας». Haut

** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

*** «Bul­gares» dans «Dic­tion­naire phi­lo­so­phique». Haut

**** En bul­gare Борис. Éga­le­ment connu sous le nom de Bogo­ris (Богорис). Haut

***** p. 9. Haut

«Les “Vers dorés” des pythagoriciens»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «“Vers d’or” des pytha­go­ri­ciens» («Ta “Chry­sa epê” tôn Pytha­go­reiôn»*), l’une des rares traces écrites du pytha­go­risme. L’école de Pytha­gore était réel­le­ment une sorte de cloître monas­tique, où il ne fal­lait lais­ser entrer que des âmes pures. La règle du secret qui la liait est cause qu’il y a diverses incer­ti­tudes à son sujet. Cette école com­men­çait par un rude novi­ciat. Tous ceux qui enta­maient les leçons de Pytha­gore pas­saient cinq ans sans avoir la per­mis­sion de par­ler, afin d’apprendre la ver­tu du silence : «On apprend aux hommes à par­ler; on devrait leur apprendre à se taire. La parole dis­sipe la pen­sée, la médi­ta­tion l’accumule»**. Ils ne por­taient que des habits de lin; ils ne man­geaient pas de viande. De plus, ils met­taient leurs biens en com­mun et ne fai­saient qu’une même bourse. Après cette indis­pen­sable et longue épreuve, s’ils en étaient jugés dignes, ils rece­vaient de la bouche même du Maître les véri­tés occultes. Les pres­crip­tions morales tenaient une grande place dans ce caté­chisme pytha­go­ri­cien qui consi­dé­rait la vie comme un effort pour arri­ver par degrés à la ver­tu et pour se rendre, par là même, sem­blable à Dieu. L’essentiel de ces pres­crip­tions nous a été conser­vé dans une sorte de petit bré­viaire ou d’extrait de bré­viaire, inti­tu­lé les «Vers d’or», ain­si que dans le savant com­men­taire que nous en a lais­sé Hié­ro­clès. L’époque tar­dive de ces deux livres (IIe-Ve siècle apr. J.-C.) ne doit pas nous por­ter à dépré­cier leur valeur. Ils sont tout ce qui nous reste d’authentique tou­chant l’un des plus grands hommes de l’Antiquité. Hié­ro­clès assure «qu’ils sont la doc­trine du corps entier des pytha­go­ri­ciens et comme [le cri] de toutes leurs assem­blées»***. Il ajoute qu’il exis­tait un usage qui ordon­nait à tous les dis­ciples le matin, en se levant, et le soir, en se cou­chant, de se faire réci­ter ces «Vers» comme autant d’oracles infaillibles que le Maître «Lui-même a dits» («Autos epha»****). Ceux qui les trans­met­taient ain­si et ceux qui, plus tard, les ont fixés par l’écriture ont dû chan­ger peu de chose au conte­nu ori­gi­nal. «Le res­pect pieux, la véné­ra­tion sainte pour la parole du Maître, ont dû pro­té­ger — sinon contre toute alté­ra­tion, du moins contre toute alté­ra­tion pro­fonde — ce dépôt sacré de véri­tés qu’ils consi­dé­raient comme éma­nées de la bouche d’un dieu (“pan­toias theou phô­nas”*****)», explique Antelme-Édouard Chai­gnet. Véri­tables com­man­de­ments d’une phi­lo­so­phie sacrée, qui fai­sait de la science une mys­tique, et de la mys­tique une science, et qui était, tout entière, domi­née, gui­dée et cou­ron­née par l’idée de Dieu, les «Vers d’or» peuvent se résu­mer dans cette grande maxime : «La vie par­faite n’est et ne peut être qu’une imi­ta­tion du par­fait, c’est-à-dire de Dieu».

* En grec «Τὰ “Χρυσᾶ ἔπη” τῶν Πυθαγορείων». Haut

** Vol­ney, «Leçons d’histoire». Haut

*** «Épi­logue». Haut

**** En grec «Αὐτὸς ἔφα». Haut

***** Réfé­rence à Dio­gène Laërce, «Vies et Doc­trines des phi­lo­sophes illustres» : «Pytha­gore était tel­le­ment admi­ré qu’on appe­lait ses dis­ciples “mul­tiples voix du dieu” (παντοίας θεοῦ φωνάς)». Haut

Hiéroclès, «Commentaire sur les “Vers d’or” des pythagoriciens»

éd. L’Artisan du livre, Paris

éd. L’Artisan du livre, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire sur les “Vers d’or” des pytha­go­ri­ciens» («Eis ta “Chry­sa epê” tôn Pytha­go­reiôn»*) d’Hiéroclès d’Alexandrie**, l’une des rares traces écrites du pytha­go­risme. L’école de Pytha­gore était réel­le­ment une sorte de cloître monas­tique, où il ne fal­lait lais­ser entrer que des âmes pures. La règle du secret qui la liait est cause qu’il y a diverses incer­ti­tudes à son sujet. Cette école com­men­çait par un rude novi­ciat. Tous ceux qui enta­maient les leçons de Pytha­gore pas­saient cinq ans sans avoir la per­mis­sion de par­ler, afin d’apprendre la ver­tu du silence : «On apprend aux hommes à par­ler; on devrait leur apprendre à se taire. La parole dis­sipe la pen­sée, la médi­ta­tion l’accumule»***. Ils ne por­taient que des habits de lin; ils ne man­geaient pas de viande. De plus, ils met­taient leurs biens en com­mun et ne fai­saient qu’une même bourse. Après cette indis­pen­sable et longue épreuve, s’ils en étaient jugés dignes, ils rece­vaient de la bouche même du Maître les véri­tés occultes. Les pres­crip­tions morales tenaient une grande place dans ce caté­chisme pytha­go­ri­cien qui consi­dé­rait la vie comme un effort pour arri­ver par degrés à la ver­tu et pour se rendre, par là même, sem­blable à Dieu. L’essentiel de ces pres­crip­tions nous a été conser­vé dans une sorte de petit bré­viaire ou d’extrait de bré­viaire, inti­tu­lé les «Vers d’or», ain­si que dans le savant com­men­taire que nous en a lais­sé Hié­ro­clès. L’époque tar­dive de ces deux livres (IIe-Ve siècle apr. J.-C.) ne doit pas nous por­ter à dépré­cier leur valeur. Ils sont tout ce qui nous reste d’authentique tou­chant l’un des plus grands hommes de l’Antiquité. Hié­ro­clès assure «qu’ils sont la doc­trine du corps entier des pytha­go­ri­ciens et comme [le cri] de toutes leurs assem­blées»****. Il ajoute qu’il exis­tait un usage qui ordon­nait à tous les dis­ciples le matin, en se levant, et le soir, en se cou­chant, de se faire réci­ter ces «Vers» comme autant d’oracles infaillibles que le Maître «Lui-même a dits» («Autos epha»*****). Ceux qui les trans­met­taient ain­si et ceux qui, plus tard, les ont fixés par l’écriture ont dû chan­ger peu de chose au conte­nu ori­gi­nal. «Le res­pect pieux, la véné­ra­tion sainte pour la parole du Maître, ont dû pro­té­ger — sinon contre toute alté­ra­tion, du moins contre toute alté­ra­tion pro­fonde — ce dépôt sacré de véri­tés qu’ils consi­dé­raient comme éma­nées de la bouche d’un dieu (“pan­toias theou phô­nas”******)», explique Antelme-Édouard Chai­gnet. Véri­tables com­man­de­ments d’une phi­lo­so­phie sacrée, qui fai­sait de la science une mys­tique, et de la mys­tique une science, et qui était, tout entière, domi­née, gui­dée et cou­ron­née par l’idée de Dieu, les «Vers d’or» peuvent se résu­mer dans cette grande maxime : «La vie par­faite n’est et ne peut être qu’une imi­ta­tion du par­fait, c’est-à-dire de Dieu».

* En grec «Εἰς τὰ “Χρυσᾶ ἔπη” τῶν Πυθαγορείων». Haut

** En grec Ἱεροκλῆς ὁ Ἀλεξανδρεύς. Haut

*** Vol­ney, «Leçons d’histoire». Haut

**** «Épi­logue». Haut

***** En grec «Αὐτὸς ἔφα». Haut

****** Réfé­rence à Dio­gène Laërce, «Vies et Doc­trines des phi­lo­sophes illustres» : «Pytha­gore était tel­le­ment admi­ré qu’on appe­lait ses dis­ciples “mul­tiples voix du dieu” (παντοίας θεοῦ φωνάς)». Haut

Volney, «Les Ruines, ou Méditation sur les révolutions des Empires»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Ruines, ou Médi­ta­tion sur les révo­lu­tions des Empires» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

Mencius, «Œuvres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Œuvres» de Men­cius* (ou Meng-tseu**), mora­liste qui fleu­ris­sait en Chine à la même époque qu’Aris­tote en Grèce. On raconte que sa mère habi­tait près d’un cime­tière. Le petit Men­cius allait au milieu des tombes et imi­tait par amu­se­ment les céré­mo­nies et les lamen­ta­tions qui s’y fai­saient. Sa mère se dit : «Ce n’est pas un endroit où demeu­rer avec mon fils». Elle alla demeu­rer auprès d’un mar­ché. Son fils imi­ta par jeu les mar­chands qui criaient et ven­daient leurs mar­chan­dises. Elle se dit encore : «Ce n’est pas un lieu où habi­ter avec mon fils». Elle chan­gea de nou­veau et alla demeu­rer auprès d’une école. Son fils imi­ta par jeu les éco­liers qui appre­naient à dis­po­ser les sup­ports et les vases de bois pour les offrandes, à saluer, à témoi­gner du res­pect, à se pré­sen­ter et à se reti­rer avec poli­tesse. Elle se dit : «Voi­ci l’endroit qui convient à mon fils!»*** La doc­trine de Men­cius n’est qu’une copie de celle de Confu­cius. Et même si je recon­nais dans le dis­ciple un défen­seur zélé du maître, un édu­ca­teur nour­ri de la lec­ture des lois et de l’histoire poli­tique, il n’atteint que de loin la sim­pli­ci­té sublime de Confu­cius et cette conci­sion si éner­gique qui donne des ailes aux pen­sées, en ouvrant un vaste champ aux réflexions. Son style a les formes lourdes et pleines d’un intel­lect qui se jus­ti­fie devant ses adver­saires. Et quand il se réfère à ces der­niers, c’est sur un ton acerbe et sou­vent par­tial. «Alors que les pro­pos de Confu­cius, un siècle plus tôt, repré­sen­taient une sorte d’âge d’or où la parole sor­tait sans effort, Men­cius doit pas­ser son temps à four­bir ses armes, fai­sant flèche de tout bois pour rele­ver les défis et parer aux attaques. À l’époque où s’affrontent cent écoles, Men­cius a affaire à une rude concur­rence… On per­çoit dans les “Œuvres” de Men­cius un ton net­te­ment polé­mique et défen­sif, tota­le­ment absent des “Entre­tiens”», dit Mme Anne Cheng****. Au reste, le livre de Men­cius dut attendre long­temps avant d’être admis par­mi les cano­niques, et ce, jusqu’au XIIe siècle apr. J.-C.

* Autre­fois trans­crit Mem­cius ou Man­cius. «Il est res­té peu de traces de cet usage sin­gu­lier, que les pre­miers mis­sion­naires avaient intro­duit, en écri­vant en latin sur l’histoire et la lit­té­ra­ture des Chi­nois, d’ajouter des ter­mi­nai­sons latines aux noms des Empe­reurs et des hommes célèbres, pour indi­quer les rap­ports gram­ma­ti­caux qui liaient ces noms aux autres par­ties des phrases… Deux noms seuls ont conser­vé la forme euro­péenne qu’on leur avait don­née d’abord, ce sont ceux de… Confu­cius et Men­cius», explique Abel Rému­sat. Haut

** En chi­nois 孟子. Par­fois trans­crit Mong-tsée, Mong Tseû, Mem Tsu, Meng-tzu, Meng Tzeu, Meng-tse, Meng-tsze ou Meng­zi. Haut

*** Liu Xiang, «列女傳» («Bio­gra­phies des femmes illustres»), inédit en fran­çais. Haut

**** «His­toire de la pen­sée chi­noise», p. 151-152. Haut

«Les Entretiens de Confucius»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit des «Dia­logues» ou «Entre­tiens de Confu­cius» («Lunyu»*), l’œuvre la plus impor­tante pour la connais­sance de Confu­cius (VIe-Ve siècle av. J.-C.). Com­pa­rée sous le rap­port moral, et même sous le rap­port poli­tique, la doc­trine de Confu­cius se rap­proche de celle qui fut, vers la même époque, ensei­gnée par Socrate. Jamais, peut-être, l’esprit humain ne fut plus digne­ment repré­sen­té que par ces deux phi­lo­sophes. En voi­ci les prin­ci­pales rai­sons. La pre­mière est que Confu­cius et Socrate ont recueilli ce qu’il y a de meilleur dans la morale des Anciens. La seconde est qu’ils ont ajou­té à cette morale la sim­pli­ci­té, la clar­té et l’évidence, qui doivent régner par­tout et se faire sen­tir aux esprits les plus gros­siers. Enfin, c’est parce que Confu­cius et Socrate poussent bien leur phi­lo­so­phie, mais ils ne la poussent pas trop loin; leur juge­ment leur fai­sant tou­jours connaître jusqu’où il faut aller et où il faut s’arrêter. En quoi ils ont un avan­tage très consi­dé­rable, non seule­ment sur un grand nombre d’Anciens, qui ont trai­té de telles matières, mais aus­si sur la plu­part des Modernes, qui ont tant de rai­son­ne­ments faux ou trop extrêmes, tant de sub­ti­li­tés épou­van­tables. «La voie de la ver­tu n’est pas sui­vie, je le sais», dit ailleurs Confu­cius**. «Les hommes intel­li­gents et éclai­rés vont au-delà, et les igno­rants res­tent en deçà.» «Le grand savant japo­nais Kôji­rô Yoshi­ka­wa consi­dé­rait les “Entre­tiens de Confu­cius” comme le plus beau livre du monde. J’ignore s’il mérite vrai­ment ce titre… mais il est cer­tain que, dans toute l’histoire, nul écrit n’a exer­cé plus durable influence sur une plus grande par­tie de l’humanité», explique M. Pierre Ryck­mans***. C’est dans ces «Entre­tiens» que Confu­cius s’est mani­fes­té comme le plus grand maître et le plus grand phi­lo­sophe du monde orien­tal. On y voit son ardent amour de l’humanité; sa morale infi­ni­ment sublime, mais en même temps pui­sée dans les plus pures sources du bon sens; son sou­ci per­ma­nent de redon­ner à la nature humaine ce pre­mier lustre, cette pre­mière beau­té qu’elle avait reçue du ciel, et qui avait été obs­cur­cie par les ténèbres de l’ignorance et par la conta­gion du vice. «Le Maître dit : “Ce n’est pas un mal­heur d’être mécon­nu des hommes, mais c’est un mal­heur de les mécon­naître”.» Où trou­ver une maxime plus belle, une indif­fé­rence plus grande à l’égard de la gloire et des gran­deurs? On ne doit pas être sur­pris si les mis­sion­naires euro­péens, qui les pre­miers firent connaître «le véné­ré maître K’ong» ou K’ong-fou-tseu**** sous le nom lati­ni­sé de Confu­cius, conçurent pour sa pen­sée un enthou­siasme égal à celui des Chi­nois.

* En chi­nois «論語». Autre­fois trans­crit «Lén-yù», «Luen yu», «Louen yu», «Liun iu» ou «Lún-iù». Haut

** «L’Invariable Milieu». Haut

*** p. 7. Haut

**** En chi­nois 孔夫子. Par­fois trans­crit Cong fou tsëe, K’ong fou-tse, K’oung fou tseu, Khoung-fou-dze, Kung-fu-dsü, Kung fu-tzu ou Kong­fu­zi. Haut