Mot-clefmorale pratique

sujet

Volney, « Considérations sur la guerre actuelle des Turcs »

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Considérations sur la guerre actuelle des Turcs » de Constantin-François de Chassebœuf, voyageur et littérateur français, plus connu sous le surnom de Volney (XVIIIe-XIXe siècle). Il perdit sa mère à deux ans et fut laissé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit collège d’Ancenis. Le régime de ce collège était fort mauvais, et la santé des enfants y était à peine soignée ; le directeur était un homme brutal, qui ne parlait qu’en grondant et ne grondait qu’en frappant. Volney souffrait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne paraissait jamais avoir pour lui cette sollicitude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avançait pourtant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plaisait dans la méditation solitaire et taciturne, et son génie n’attendait que d’être libéré pour se développer et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tarda pas à se présenter : une modique somme d’argent lui échut. Il résolut de l’employer à acquérir, dans un grand voyage, un fonds de connaissances nouvelles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux observations historiques et morales dont il voulait s’occuper. « Je me séparerai », se promit-il*, « des sociétés corrompues ; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satiété, et des cabanes où elle s’avilit par la misère ; j’irai dans la solitude vivre parmi les ruines ; j’interrogerai les monuments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires ; de quelles causes naissent la prospérité et les malheurs des nations ; sur quels principes enfin doivent s’établir la paix des sociétés et le bonheur des hommes. » Mais pour visiter ces pays avec fruit, il fallait en connaître la langue : « Sans la langue, l’on ne saurait apprécier le génie et le caractère d’une nation : la traduction des interprètes n’a jamais l’effet d’un entretien direct », pensait-il**. Cette difficulté ne rebuta point Volney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de parler cette langue commune à tant d’Orientaux.

* « Les Ruines », p. 19. Haut

** « Préface à “Voyage en Syrie et en Égypte” ». Haut

Volney, « Leçons d’histoire, prononcées à l’École normale en l’an III de la République française »

XIXe siècle

Il s’agit des « Leçons d’histoire » de Constantin-François de Chassebœuf, voyageur et littérateur français, plus connu sous le surnom de Volney (XVIIIe-XIXe siècle). Il perdit sa mère à deux ans et fut laissé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit collège d’Ancenis. Le régime de ce collège était fort mauvais, et la santé des enfants y était à peine soignée ; le directeur était un homme brutal, qui ne parlait qu’en grondant et ne grondait qu’en frappant. Volney souffrait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne paraissait jamais avoir pour lui cette sollicitude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avançait pourtant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plaisait dans la méditation solitaire et taciturne, et son génie n’attendait que d’être libéré pour se développer et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tarda pas à se présenter : une modique somme d’argent lui échut. Il résolut de l’employer à acquérir, dans un grand voyage, un fonds de connaissances nouvelles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux observations historiques et morales dont il voulait s’occuper. « Je me séparerai », se promit-il*, « des sociétés corrompues ; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satiété, et des cabanes où elle s’avilit par la misère ; j’irai dans la solitude vivre parmi les ruines ; j’interrogerai les monuments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires ; de quelles causes naissent la prospérité et les malheurs des nations ; sur quels principes enfin doivent s’établir la paix des sociétés et le bonheur des hommes. » Mais pour visiter ces pays avec fruit, il fallait en connaître la langue : « Sans la langue, l’on ne saurait apprécier le génie et le caractère d’une nation : la traduction des interprètes n’a jamais l’effet d’un entretien direct », pensait-il**. Cette difficulté ne rebuta point Volney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de parler cette langue commune à tant d’Orientaux.

* « Les Ruines », p. 19. Haut

** « Préface à “Voyage en Syrie et en Égypte” ». Haut

Volney, « La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale »

XIXe siècle

Il s’agit de « La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale »* de Constantin-François de Chassebœuf, voyageur et littérateur français, plus connu sous le surnom de Volney (XVIIIe-XIXe siècle). Il perdit sa mère à deux ans et fut laissé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit collège d’Ancenis. Le régime de ce collège était fort mauvais, et la santé des enfants y était à peine soignée ; le directeur était un homme brutal, qui ne parlait qu’en grondant et ne grondait qu’en frappant. Volney souffrait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne paraissait jamais avoir pour lui cette sollicitude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avançait pourtant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plaisait dans la méditation solitaire et taciturne, et son génie n’attendait que d’être libéré pour se développer et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tarda pas à se présenter : une modique somme d’argent lui échut. Il résolut de l’employer à acquérir, dans un grand voyage, un fonds de connaissances nouvelles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux observations historiques et morales dont il voulait s’occuper. « Je me séparerai », se promit-il**, « des sociétés corrompues ; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satiété, et des cabanes où elle s’avilit par la misère ; j’irai dans la solitude vivre parmi les ruines ; j’interrogerai les monuments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires ; de quelles causes naissent la prospérité et les malheurs des nations ; sur quels principes enfin doivent s’établir la paix des sociétés et le bonheur des hommes. » Mais pour visiter ces pays avec fruit, il fallait en connaître la langue : « Sans la langue, l’on ne saurait apprécier le génie et le caractère d’une nation : la traduction des interprètes n’a jamais l’effet d’un entretien direct », pensait-il***. Cette difficulté ne rebuta point Volney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de parler cette langue commune à tant d’Orientaux.

* Également connu sous le titre de « Catéchisme du citoyen français ». Haut

** « Les Ruines », p. 19. Haut

*** « Préface à “Voyage en Syrie et en Égypte” ». Haut

« Le Livre des récompenses et des peines »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des récompenses et des peines » (« Taishang ganyingpian »*, littéralement « Écrit sur la rétribution par le Très-Haut »**), précis de morale syncrétique chinoise, mêlant croyances taoïstes, éthique confucéenne et doctrine du karma (XIIe siècle apr. J.-C.). Le « Canon taoïste » (« Daozang »***) comprend une multitude de traités de morale pour exhorter les lecteurs à la plus haute vertu et leur enseigner que « la récompense du bien et la punition du mal sont comme l’ombre qui suit le corps »**** ; mais il n’y a aucun parmi ces traités qui ait joui d’une aussi grande popularité, et qu’on ait réimprimé aussi souvent que « Le Livre des récompenses et des peines ». Cependant, il est rare qu’on l’ait réimprimé d’une manière purement désintéressée. Sa propagation était, d’après la superstition populaire, une œuvre méritoire et un merveilleux moyen d’obtenir ce qu’on désirait. En distribuant vingt ou trente exemplaires du « Livre des récompenses et des peines », on obtenait ou bien une longue vie, ou bien la guérison d’un père, ou bien la naissance d’un fils. « Honorez-le donc », dit la préface d’un éditeur chinois*****, « et mettez-le en pratique, et vous augmenterez votre bonheur, aussi bien que la durée de votre vie. En un mot, tout ce que vous souhaiterez vous sera accordé. » Il n’en reste pas moins que c’est un beau et lumineux livre, rempli de conseils moraux et de sentences des vieux sages, pour apprendre à l’être humain d’être bon vis-à-vis d’autrui ; de se tenir dans l’amour et le respect ; de délivrer les autres de leurs dangers et de les assister dans leurs nécessités ; d’abandonner ses richesses pour faire des heureux ; de ne pas faire souffrir non seulement un animal, mais encore un insecte. Un commentateur et poète compare ce livre à « une barque de miséricorde sur laquelle nous pouvons passer une mer immense » ou bien « un arbre qui porte ses branches jusque dans les nues [et ouvrant] nos cœurs aux plus dignes efforts »

* En chinois « 太上感應篇 ». Parfois transcrit « Thaï-chang kan ing phian », « Thaï chang kan yng pian », « Tae shang kan ying peen », « T’ai shang kan yin p’ien », « Thaï-chang kan ing phian », « Thaï-chang-kan-ing-pien » ou « Thai chang kan ying phien ». Haut

** Parfois traduit « Traité du Très-Haut sur la rétribution des actes ». Haut

*** En chinois « 道藏 ». Autrefois transcrit « Tao-tchang » ou « Tao Tsang ». Haut

**** p. 21. Haut

***** p. 19. Haut

Liu Qingzhi, « La “Siao Hio”, ou Morale de la jeunesse »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « La Petite Étude » (« Xiao Xue »*), recueil de trois cent quatre-vingt-six sentences, préceptes et exemples. Jadis, c’était l’un des livres incontournables de la littérature chinoise, parce qu’il servait à former l’éducation de la nation entière. Dès qu’un enfant, de quelque condition qu’il fût — depuis le fils de l’Empereur jusqu’au fils du moindre de ses sujets — avait atteint l’âge de huit ans, c’était ce livre, en effet, qu’on lui mettait entre les mains pour lui enseigner la façon dont il fallait interroger, et celle dont il fallait répondre aux interrogations des autres ; pour l’instruire des devoirs de la civilité, des coutumes et des rites ; pour lui faire des leçons sur la procédure et la forme qu’il devait observer devant les autres, suivant ce qu’ils étaient — ou ses supérieurs, ou ses inférieurs, ou simplement ses égaux. Tout cela formait ce qu’on appelait « la petite étude », c’est-à-dire l’enseignement inférieur, la petite école ; c’était à quoi on occupait l’enfant jusqu’à l’âge de quinze ans. Parvenu à cet âge, on l’appliquait à « la grande étude », ce qui est d’ailleurs le titre d’un des quatre classiques rédigés par les disciples de Confucius. Les sentences, préceptes et exemples de « La Petite Étude » sont empruntés pour la plupart au « Mémorial des rites » et rangés dans un ordre assez défectueux, tel chapitre contenant souvent ce qui devrait se trouver dans tel autre. On ne peut nier que les principes en soient, en général, édifiants, et qu’il y ait des modèles d’une vertu réelle ; mais on y trouve, en même temps, l’observation de certaines pratiques établies par les préjugés et par la routine, qui paraissent assez puériles. Un des disciples de Zhu Xi**, Liu Qingzhi*** (XIIe siècle), a composé ce livre. Zhu Xi l’a ensuite mis dans l’ordre où nous le voyons et a ajouté une introduction où il dit**** : « Puisque l’homme, pendant l’enfance, ne peut encore ni savoir ni réfléchir ni régler ses actes, il faut que, prenant les discours profonds des sages, leurs traités fondamentaux, on les lui mette tous les jours sous les yeux, on les lui infiltre dans les oreilles, on en remplisse son intérieur. Si l’on tarde, il s’habitue à se former selon son caprice et il reste obstinément ce qu’il s’est habitué à être ».

* En chinois « 小學 ». Parfois transcrit « Siao Hio ». Haut

** En chinois 朱熹. Autrefois transcrit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Également connu sous le titre honorifique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la littérature ». Autrefois transcrit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut

*** En chinois 劉清之. Haut

**** p. 9-10. Haut

Yulgok, « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit des « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens » (« Kyŏngmong yogyŏl »*, littéralement « Principes essentiels pour repousser l’ignorance juvénile »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le surnom de Yulgok*** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan*****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours »******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où l’on la juge exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien.

* En coréen « 격몽요결 », en chinois « 擊蒙要訣 ». Haut

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7. Haut

Yulgok, « Anthologie de la sagesse extrême-orientale »

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

Il s’agit de l’« Anthologie de la sagesse extrême-orientale » (« Sŏnghak chipyo »*, littéralement « Recueil essentiel de l’étude de la sagesse »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le surnom de Yulgok*** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan*****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours »******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où l’on la juge exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien.

* En coréen « 성학집요 », en chinois « 聖學輯要 ». Parfois transcrit « Song-hak tchi-pyo » ou « Seonghak jibyo ». Haut

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7. Haut

Photius, « Maximes pour la conduite du prince Michel, roi de Bulgarie »

XVIIIe siècle

Il s’agit d’une traduction partielle de la « Lettre à Michel, roi de Bulgarie » (« Epistolê pros Michaêl ton archonta Boulgarias »*) de Photius**, patriarche de Constantinople (IXe siècle apr. J.-C.). Du temps de Photius, les Bulgares, voisins redoutables par leurs guerres souvent heureuses, donnaient beaucoup de mal à l’Empereur de Constantinople. Tantôt alliés et tantôt opposés aux diverses tribus des Balkans, ils avaient conquis sur les Grecs d’importantes provinces et s’étaient avancés même jusqu’au Péloponnèse, en répandant la langue slave, qui était devenue la leur, dans les territoires qu’ils occupaient et où l’on la parle aujourd’hui encore. Ils avaient trouvé sur ces territoires des prêtres grecs, desquels ils avaient reçu les premières lumières de la religion, quoiqu’il y ait lieu de douter, avec Voltaire***, que « ces Bulgares, qui buvaient dans le crâne de leurs ennemis, fussent d’excellents théologiens ». Photius, habile politicien, voyait que, s’il y avait quelque espoir d’amadouer ces hommes féroces, c’était par la conformité d’un même culte et d’une même foi, plutôt que par la force des armes. Il n’attendait qu’une occasion et il crut qu’elle s’offrait à lui : car Boris****, roi de Bulgarie, venait de se convertir sous le nom chrétien de Michel. Photius, persuadé que la religion rapprocherait les deux peuples, essaya de la faire servir aux intérêts de l’État, en soumettant cette Église naissante à celle de Constantinople. Pour cela, il fallait s’insinuer dans l’esprit du roi bulgare ; et ce fut dans ce but qu’il envoya une « Lettre à Michel, roi de Bulgarie » pour lui donner des instructions, tant sur les devoirs d’un chrétien, que sur ceux d’un bon prince. Classer cette lettre parmi les « plus beaux monuments de l’Antiquité »*****, c’est lui faire un honneur qu’elle ne mérite pas ; mais il faut avouer qu’elle est ce que Photius a écrit de plus agréable et de plus utile dans sa correspondance : car les maximes et les règles de conduite s’y placent tout naturellement, sans pédantisme, et l’on se sent en présence d’un patriarche qui n’est pas moins imprégné de sagesse païenne, que de moralité chrétienne.

* En grec « Ἐπιστολὴ πρὸς Μιχαὴλ τὸν ἄρχοντα Βουλγαρίας ». Haut

** En grec Φώτιος. Parfois transcrit Phôtios. Haut

*** « Bulgares » dans « Dictionnaire philosophique ». Haut

**** En bulgare Борис. Également connu sous le nom de Bogoris (Богорис). Haut

***** p. 9. Haut

« Les “Vers dorés” des pythagoriciens »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « “Vers d’or” des pythagoriciens » (« Ta “Chrysa epê” tôn Pythagoreiôn »*), l’une des rares traces écrites du pythagorisme. L’école de Pythagore était réellement une sorte de cloître monastique, où il ne fallait laisser entrer que des âmes pures. La règle du secret qui la liait est cause qu’il y a diverses incertitudes à son sujet. Cette école commençait par un rude noviciat. Tous ceux qui entamaient les leçons de Pythagore passaient cinq ans sans avoir la permission de parler, afin d’apprendre la vertu du silence : « On apprend aux hommes à parler ; on devrait leur apprendre à se taire. La parole dissipe la pensée, la méditation l’accumule »**. Ils ne portaient que des habits de lin ; ils ne mangeaient pas de viande. De plus, ils mettaient leurs biens en commun et ne faisaient qu’une même bourse. Après cette indispensable et longue épreuve, s’ils en étaient jugés dignes, ils recevaient de la bouche même du Maître les vérités occultes. Les prescriptions morales tenaient une grande place dans ce catéchisme pythagoricien qui considérait la vie comme un effort pour arriver par degrés à la vertu et pour se rendre, par là même, semblable à Dieu. L’essentiel de ces prescriptions nous a été conservé dans une sorte de petit bréviaire ou d’extrait de bréviaire, intitulé les « Vers d’or », ainsi que dans le savant commentaire que nous en a laissé Hiéroclès. L’époque tardive de ces deux livres (IIe-Ve siècle apr. J.-C.) ne doit pas nous porter à déprécier leur valeur. Ils sont tout ce qui nous reste d’authentique touchant l’un des plus grands hommes de l’Antiquité. Hiéroclès assure « qu’ils sont la doctrine du corps entier des pythagoriciens et comme [le cri] de toutes leurs assemblées »***. Il ajoute qu’il existait un usage qui ordonnait à tous les disciples le matin, en se levant, et le soir, en se couchant, de se faire réciter ces « Vers » comme autant d’oracles infaillibles que le Maître « Lui-même a dits » (« Autos epha »****). Ceux qui les transmettaient ainsi et ceux qui, plus tard, les ont fixés par l’écriture ont dû changer peu de chose au contenu original. « Le respect pieux, la vénération sainte pour la parole du Maître, ont dû protéger — sinon contre toute altération, du moins contre toute altération profonde — ce dépôt sacré de vérités qu’ils considéraient comme émanées de la bouche d’un dieu (“pantoias theou phônas”*****) », explique Antelme-Édouard Chaignet. Véritables commandements d’une philosophie sacrée, qui faisait de la science une mystique, et de la mystique une science, et qui était, tout entière, dominée, guidée et couronnée par l’idée de Dieu, les « Vers d’or » peuvent se résumer dans cette grande maxime : « La vie parfaite n’est et ne peut être qu’une imitation du parfait, c’est-à-dire de Dieu ».

* En grec « Τὰ “Χρυσᾶ ἔπη” τῶν Πυθαγορείων ». Haut

** Volney, « Leçons d’histoire ». Haut

*** « Épilogue ». Haut

**** En grec « Αὐτὸς ἔφα ». Haut

***** Référence à Diogène Laërce, « Vies et Doctrines des philosophes illustres » : « Pythagore était tellement admiré qu’on appelait ses disciples “multiples voix du dieu” (παντοίας θεοῦ φωνάς) ». Haut

Hiéroclès, « Commentaire sur les “Vers d’or” des pythagoriciens »

éd. L’Artisan du livre, Paris

éd. L’Artisan du livre, Paris

Il s’agit du « Commentaire sur les “Vers d’or” des pythagoriciens » (« Eis ta “Chrysa epê” tôn Pythagoreiôn »*) d’Hiéroclès d’Alexandrie**, l’une des rares traces écrites du pythagorisme. L’école de Pythagore était réellement une sorte de cloître monastique, où il ne fallait laisser entrer que des âmes pures. La règle du secret qui la liait est cause qu’il y a diverses incertitudes à son sujet. Cette école commençait par un rude noviciat. Tous ceux qui entamaient les leçons de Pythagore passaient cinq ans sans avoir la permission de parler, afin d’apprendre la vertu du silence : « On apprend aux hommes à parler ; on devrait leur apprendre à se taire. La parole dissipe la pensée, la méditation l’accumule »***. Ils ne portaient que des habits de lin ; ils ne mangeaient pas de viande. De plus, ils mettaient leurs biens en commun et ne faisaient qu’une même bourse. Après cette indispensable et longue épreuve, s’ils en étaient jugés dignes, ils recevaient de la bouche même du Maître les vérités occultes. Les prescriptions morales tenaient une grande place dans ce catéchisme pythagoricien qui considérait la vie comme un effort pour arriver par degrés à la vertu et pour se rendre, par là même, semblable à Dieu. L’essentiel de ces prescriptions nous a été conservé dans une sorte de petit bréviaire ou d’extrait de bréviaire, intitulé les « Vers d’or », ainsi que dans le savant commentaire que nous en a laissé Hiéroclès. L’époque tardive de ces deux livres (IIe-Ve siècle apr. J.-C.) ne doit pas nous porter à déprécier leur valeur. Ils sont tout ce qui nous reste d’authentique touchant l’un des plus grands hommes de l’Antiquité. Hiéroclès assure « qu’ils sont la doctrine du corps entier des pythagoriciens et comme [le cri] de toutes leurs assemblées »****. Il ajoute qu’il existait un usage qui ordonnait à tous les disciples le matin, en se levant, et le soir, en se couchant, de se faire réciter ces « Vers » comme autant d’oracles infaillibles que le Maître « Lui-même a dits » (« Autos epha »*****). Ceux qui les transmettaient ainsi et ceux qui, plus tard, les ont fixés par l’écriture ont dû changer peu de chose au contenu original. « Le respect pieux, la vénération sainte pour la parole du Maître, ont dû protéger — sinon contre toute altération, du moins contre toute altération profonde — ce dépôt sacré de vérités qu’ils considéraient comme émanées de la bouche d’un dieu (“pantoias theou phônas”******) », explique Antelme-Édouard Chaignet. Véritables commandements d’une philosophie sacrée, qui faisait de la science une mystique, et de la mystique une science, et qui était, tout entière, dominée, guidée et couronnée par l’idée de Dieu, les « Vers d’or » peuvent se résumer dans cette grande maxime : « La vie parfaite n’est et ne peut être qu’une imitation du parfait, c’est-à-dire de Dieu ».

* En grec « Εἰς τὰ “Χρυσᾶ ἔπη” τῶν Πυθαγορείων ». Haut

** En grec Ἱεροκλῆς ὁ Ἀλεξανδρεύς. Haut

*** Volney, « Leçons d’histoire ». Haut

**** « Épilogue ». Haut

***** En grec « Αὐτὸς ἔφα ». Haut

****** Référence à Diogène Laërce, « Vies et Doctrines des philosophes illustres » : « Pythagore était tellement admiré qu’on appelait ses disciples “multiples voix du dieu” (παντοίας θεοῦ φωνάς) ». Haut

Volney, « Les Ruines, ou Méditation sur les révolutions des Empires »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Ruines, ou Méditation sur les révolutions des Empires » de Constantin-François de Chassebœuf, voyageur et littérateur français, plus connu sous le surnom de Volney (XVIIIe-XIXe siècle). Il perdit sa mère à deux ans et fut laissé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit collège d’Ancenis. Le régime de ce collège était fort mauvais, et la santé des enfants y était à peine soignée ; le directeur était un homme brutal, qui ne parlait qu’en grondant et ne grondait qu’en frappant. Volney souffrait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne paraissait jamais avoir pour lui cette sollicitude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avançait pourtant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plaisait dans la méditation solitaire et taciturne, et son génie n’attendait que d’être libéré pour se développer et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tarda pas à se présenter : une modique somme d’argent lui échut. Il résolut de l’employer à acquérir, dans un grand voyage, un fonds de connaissances nouvelles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux observations historiques et morales dont il voulait s’occuper. « Je me séparerai », se promit-il*, « des sociétés corrompues ; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satiété, et des cabanes où elle s’avilit par la misère ; j’irai dans la solitude vivre parmi les ruines ; j’interrogerai les monuments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires ; de quelles causes naissent la prospérité et les malheurs des nations ; sur quels principes enfin doivent s’établir la paix des sociétés et le bonheur des hommes. » Mais pour visiter ces pays avec fruit, il fallait en connaître la langue : « Sans la langue, l’on ne saurait apprécier le génie et le caractère d’une nation : la traduction des interprètes n’a jamais l’effet d’un entretien direct », pensait-il**. Cette difficulté ne rebuta point Volney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de parler cette langue commune à tant d’Orientaux.

* « Les Ruines », p. 19. Haut

** « Préface à “Voyage en Syrie et en Égypte” ». Haut

Mencius, « Œuvres »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Œuvres » de Mencius* (ou Meng-tseu**), moraliste qui fleurissait en Chine à la même époque qu’Aristote en Grèce. On raconte que sa mère habitait près d’un cimetière. Le petit Mencius allait au milieu des tombes et imitait par amusement les cérémonies et les lamentations qui s’y faisaient. Sa mère se dit : « Ce n’est pas un endroit où demeurer avec mon fils ». Elle alla demeurer auprès d’un marché. Son fils imita par jeu les marchands qui criaient et vendaient leurs marchandises. Elle se dit encore : « Ce n’est pas un lieu où habiter avec mon fils ». Elle changea de nouveau et alla demeurer auprès d’une école. Son fils imita par jeu les écoliers qui apprenaient à disposer les supports et les vases de bois pour les offrandes, à saluer, à témoigner du respect, à se présenter et à se retirer avec politesse. Elle se dit : « Voici l’endroit qui convient à mon fils ! »*** La doctrine de Mencius n’est qu’une copie de celle de Confucius. Et même si je reconnais dans le disciple un défenseur zélé du maître, un éducateur nourri de la lecture des lois et de l’histoire politique, il n’atteint que de loin la simplicité sublime de Confucius et cette concision si énergique qui donne des ailes aux pensées, en ouvrant un vaste champ aux réflexions. Son style a les formes lourdes et pleines d’un intellect qui se justifie devant ses adversaires. Et quand il se réfère à ces derniers, c’est sur un ton acerbe et souvent injuste. « Alors que les propos de Confucius, un siècle plus tôt, représentaient une sorte d’âge d’or où la parole sortait sans effort, Mencius doit passer son temps à fourbir ses armes, faisant flèche de tout bois pour relever les défis et parer aux attaques. À l’époque où s’affrontent cent écoles, Mencius a affaire à une rude concurrence… On perçoit dans les “Œuvres” de Mencius un ton nettement polémique et défensif, totalement absent des “Entretiens” », dit Mme Anne Cheng****. Au reste, le livre de Mencius dut attendre longtemps avant d’être admis parmi les canoniques, et ce, jusqu’au XIIe siècle apr. J.-C.

* Autrefois transcrit Memcius ou Mancius. « Il est resté peu de traces de cet usage singulier, que les premiers missionnaires avaient introduit, en écrivant en latin sur l’histoire et la littérature des Chinois, d’ajouter des terminaisons latines aux noms des Empereurs et des hommes célèbres, pour indiquer les rapports grammaticaux qui liaient ces noms aux autres parties des phrases… Deux noms seuls ont conservé la forme européenne qu’on leur avait donnée d’abord, ce sont ceux de… Confucius et Mencius », explique Abel Rémusat. Haut

** En chinois 孟子. Parfois transcrit Mong-tsée, Mong Tseû, Mem Tsu, Meng-tzu, Meng Tzeu, Meng-tse, Meng-tsze ou Mengzi. Haut

*** Liu Xiang, « 列女傳 » (« Biographies des femmes illustres »), inédit en français. Haut

**** « Histoire de la pensée chinoise », p. 151-152. Haut

« Les Entretiens de Confucius »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit des « Dialogues » ou « Entretiens de Confucius » (« Lunyu »*), l’œuvre la plus importante pour la connaissance de Confucius (VIe-Ve siècle av. J.-C.). Comparée sous le rapport moral, et même sous le rapport politique, la doctrine de Confucius se rapproche de celle qui fut, vers la même époque, enseignée par Socrate. Jamais, peut-être, l’esprit humain ne fut plus dignement représenté que par ces deux philosophes. En voici les principales raisons. La première est que Confucius et Socrate ont recueilli ce qu’il y a de meilleur dans la morale des Anciens. La seconde est qu’ils ont ajouté à cette morale la simplicité, la clarté et l’évidence, qui doivent régner partout et se faire sentir aux esprits les plus grossiers. Enfin, c’est parce que Confucius et Socrate poussent bien leur philosophie, mais ils ne la poussent pas trop loin ; leur jugement leur faisant toujours connaître jusqu’où il faut aller et où il faut s’arrêter. En quoi ils ont un avantage très considérable, non seulement sur un grand nombre d’Anciens, qui ont traité de telles matières, mais aussi sur la plupart des Modernes, qui ont tant de raisonnements faux ou trop extrêmes, tant de subtilités épouvantables. « La voie de la vertu n’est pas suivie, je le sais », dit ailleurs Confucius**. « Les hommes intelligents et éclairés vont au-delà, et les ignorants restent en deçà. » « Le grand savant japonais Kôjirô Yoshikawa considérait les “Entretiens de Confucius” comme le plus beau livre du monde. J’ignore s’il mérite vraiment ce titre… mais il est certain que, dans toute l’histoire, nul écrit n’a exercé plus durable influence sur une plus grande partie de l’humanité », explique M. Pierre Ryckmans***. C’est dans ces « Entretiens » que Confucius s’est manifesté comme le plus grand maître et le plus grand philosophe du monde oriental. On y voit son ardent amour de l’humanité ; sa morale infiniment sublime, mais en même temps puisée dans les plus pures sources du bon sens ; son souci permanent de redonner à la nature humaine ce premier lustre, cette première beauté qu’elle avait reçue du ciel, et qui avait été obscurcie par les ténèbres de l’ignorance et par la contagion du vice. « Le Maître dit : “Ce n’est pas un malheur d’être méconnu des hommes, mais c’est un malheur de les méconnaître”. » Où trouver une maxime plus belle, une indifférence plus grande à l’égard de la gloire et des grandeurs ? On ne doit pas être surpris si les missionnaires européens, qui les premiers firent connaître « le vénéré maître K’ong » ou K’ong-fou-tseu**** sous le nom latinisé de Confucius, conçurent pour sa pensée un enthousiasme égal à celui des Chinois.

* En chinois « 論語 ». Autrefois transcrit « Lén-yù », « Luen yu », « Louen yu », « Liun iu » ou « Lún-iù ». Haut

** « L’Invariable Milieu ». Haut

*** p. 7. Haut

**** En chinois 孔夫子. Parfois transcrit Cong fou tsëe, K’ong fou-tse, K’oung fou tseu, Khoung-fou-dze, Kung-fu-dsü, Kung fu-tzu ou Kongfuzi. Haut