Mot-clefphilosophie de la nature

sujet

Novalis, « [Œuvres philosophiques. Tome III.] Art et Utopie : les derniers “Fragments” (1799-1800) »

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École normale supérieure, coll. Æsthetica, Paris

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École normale supérieure, coll. Æsthetica, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle des « Fragments » (« Fragmente ») de Novalis, romantique allemand, ancêtre lointain du symbolisme (XVIIIe siècle). Le comte de Platen écrit dans ses « Journaux »* : « On est pour les romantiques allemands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poésie de Novalis, dont je n’ai pas compris une seule syllabe ». Il est vrai que l’œuvre de Novalis est l’une des plus énigmatiques, l’une des moins compréhensibles de la poésie allemande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tournée administrative, en 1795, que Novalis rencontra, au château de Grüningen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas encore treize printemps. Il tomba aussitôt sous son charme et bientôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, suivant le mot de Novalis, naquit une idylle aussi insolite que brève. Sophie mourait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souffrances causées par une tumeur. Sa fragile et angélique figure, sur laquelle la douleur et surtout l’ombre solennelle de la mort avaient répandu une précoce maturité, laissa à Novalis un souvenir impérissable et funèbre. « Le soir s’est fait autour de moi », dit-il trois jours plus tard***, « pendant que je regardais se lever l’aurore de ma vie. » Si ensuite son étude favorite devint la philosophie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se déclara fervemment chrétien, c’est que, dans le déchaînement des malheurs de Sophie, il crut reconnaître ceux de Jésus ; elle était pour lui comme l’être céleste qui venait réaliser un idéal jusque-là vaguement pressenti et rêvé, et maintenant contemplé dans sa réalité :

« Descendons », dit-il****, « vers la tendre Fiancée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus !
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abattus…
 »

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Parfois transcrit Gruningue. Haut

*** Dans Henri Lichtenberger, « Novalis », p. 55. Haut

**** « Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime », p. 90. Haut

Novalis, « [Œuvres philosophiques. Tome II.] Semences »

éd. Allia, Paris

éd. Allia, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle des « Fragments » (« Fragmente ») de Novalis, romantique allemand, ancêtre lointain du symbolisme (XVIIIe siècle). Le comte de Platen écrit dans ses « Journaux »* : « On est pour les romantiques allemands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poésie de Novalis, dont je n’ai pas compris une seule syllabe ». Il est vrai que l’œuvre de Novalis est l’une des plus énigmatiques, l’une des moins compréhensibles de la poésie allemande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tournée administrative, en 1795, que Novalis rencontra, au château de Grüningen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas encore treize printemps. Il tomba aussitôt sous son charme et bientôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, suivant le mot de Novalis, naquit une idylle aussi insolite que brève. Sophie mourait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souffrances causées par une tumeur. Sa fragile et angélique figure, sur laquelle la douleur et surtout l’ombre solennelle de la mort avaient répandu une précoce maturité, laissa à Novalis un souvenir impérissable et funèbre. « Le soir s’est fait autour de moi », dit-il trois jours plus tard***, « pendant que je regardais se lever l’aurore de ma vie. » Si ensuite son étude favorite devint la philosophie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se déclara fervemment chrétien, c’est que, dans le déchaînement des malheurs de Sophie, il crut reconnaître ceux de Jésus ; elle était pour lui comme l’être céleste qui venait réaliser un idéal jusque-là vaguement pressenti et rêvé, et maintenant contemplé dans sa réalité :

« Descendons », dit-il****, « vers la tendre Fiancée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus !
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abattus…
 »

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Parfois transcrit Gruningue. Haut

*** Dans Henri Lichtenberger, « Novalis », p. 55. Haut

**** « Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime », p. 90. Haut

Novalis, « [Œuvres philosophiques. Tome I.] Le Brouillon général : matériaux pour une encyclopédistique (1798-1799) »

éd. Allia, Paris

éd. Allia, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle des « Fragments » (« Fragmente ») de Novalis, romantique allemand, ancêtre lointain du symbolisme (XVIIIe siècle). Le comte de Platen écrit dans ses « Journaux »* : « On est pour les romantiques allemands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poésie de Novalis, dont je n’ai pas compris une seule syllabe ». Il est vrai que l’œuvre de Novalis est l’une des plus énigmatiques, l’une des moins compréhensibles de la poésie allemande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tournée administrative, en 1795, que Novalis rencontra, au château de Grüningen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas encore treize printemps. Il tomba aussitôt sous son charme et bientôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, suivant le mot de Novalis, naquit une idylle aussi insolite que brève. Sophie mourait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souffrances causées par une tumeur. Sa fragile et angélique figure, sur laquelle la douleur et surtout l’ombre solennelle de la mort avaient répandu une précoce maturité, laissa à Novalis un souvenir impérissable et funèbre. « Le soir s’est fait autour de moi », dit-il trois jours plus tard***, « pendant que je regardais se lever l’aurore de ma vie. » Si ensuite son étude favorite devint la philosophie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se déclara fervemment chrétien, c’est que, dans le déchaînement des malheurs de Sophie, il crut reconnaître ceux de Jésus ; elle était pour lui comme l’être céleste qui venait réaliser un idéal jusque-là vaguement pressenti et rêvé, et maintenant contemplé dans sa réalité :

« Descendons », dit-il****, « vers la tendre Fiancée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus !
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abattus…
 »

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Parfois transcrit Gruningue. Haut

*** Dans Henri Lichtenberger, « Novalis », p. 55. Haut

**** « Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime », p. 90. Haut

Novalis, « Henri d’Ofterdingen, “Heinrich von Ofterdingen” »

éd. Aubier, coll. bilingue, Paris

éd. Aubier, coll. bilingue, Paris

Il s’agit d’« Henri d’Ofterdingen » (« Heinrich von Ofterdingen ») de Novalis, romantique allemand, ancêtre lointain du symbolisme (XVIIIe siècle). Le comte de Platen écrit dans ses « Journaux »* : « On est pour les romantiques allemands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poésie de Novalis, dont je n’ai pas compris une seule syllabe ». Il est vrai que l’œuvre de Novalis est l’une des plus énigmatiques, l’une des moins compréhensibles de la poésie allemande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tournée administrative, en 1795, que Novalis rencontra, au château de Grüningen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas encore treize printemps. Il tomba aussitôt sous son charme et bientôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, suivant le mot de Novalis, naquit une idylle aussi insolite que brève. Sophie mourait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souffrances causées par une tumeur. Sa fragile et angélique figure, sur laquelle la douleur et surtout l’ombre solennelle de la mort avaient répandu une précoce maturité, laissa à Novalis un souvenir impérissable et funèbre. « Le soir s’est fait autour de moi », dit-il trois jours plus tard***, « pendant que je regardais se lever l’aurore de ma vie. » Si ensuite son étude favorite devint la philosophie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se déclara fervemment chrétien, c’est que, dans le déchaînement des malheurs de Sophie, il crut reconnaître ceux de Jésus ; elle était pour lui comme l’être céleste qui venait réaliser un idéal jusque-là vaguement pressenti et rêvé, et maintenant contemplé dans sa réalité :

« Descendons », dit-il****, « vers la tendre Fiancée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus !
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abattus…
 »

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Parfois transcrit Gruningue. Haut

*** Dans Henri Lichtenberger, « Novalis », p. 55. Haut

**** « Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime », p. 90. Haut

Novalis, « Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément

éd. Fata Morgana, Saint-Clément

Il s’agit des « Disciples à Saïs » (« Die Lehrlinge zu Sais ») et autres œuvres de Novalis, romantique allemand, ancêtre lointain du symbolisme (XVIIIe siècle). Le comte de Platen écrit dans ses « Journaux »* : « On est pour les romantiques allemands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poésie de Novalis, dont je n’ai pas compris une seule syllabe ». Il est vrai que l’œuvre de Novalis est l’une des plus énigmatiques, l’une des moins compréhensibles de la poésie allemande ; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tournée administrative, en 1795, que Novalis rencontra, au château de Grüningen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal ; elle n’avait pas encore treize printemps. Il tomba aussitôt sous son charme et bientôt il se fiança avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette « fleur bleue » (« blaue Blume ») qui s’ouvrait à la vie, suivant le mot de Novalis, naquit une idylle aussi insolite que brève. Sophie mourait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souffrances causées par une tumeur. Sa fragile et angélique figure, sur laquelle la douleur et surtout l’ombre solennelle de la mort avaient répandu une précoce maturité, laissa à Novalis un souvenir impérissable et funèbre. « Le soir s’est fait autour de moi », dit-il trois jours plus tard***, « pendant que je regardais se lever l’aurore de ma vie. » Si ensuite son étude favorite devint la philosophie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se déclara fervemment chrétien, c’est que, dans le déchaînement des malheurs de Sophie, il crut reconnaître ceux de Jésus ; elle était pour lui comme l’être céleste qui venait réaliser un idéal jusque-là vaguement pressenti et rêvé, et maintenant contemplé dans sa réalité :

« Descendons », dit-il****, « vers la tendre Fiancée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus !
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abattus…
 »

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Parfois transcrit Gruningue. Haut

*** Dans Henri Lichtenberger, « Novalis », p. 55. Haut

**** « Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime », p. 90. Haut

Schiller, « Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole »* (« Geschichte des Abfalls der vereinigten Niederlande von der spanischen Regierung ») de Schiller. C’est en 1782 que « Les Brigands » furent joués pour la première fois sur le théâtre de Mannheim, devant une foule pressée de spectateurs accourus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réservé une place à Schiller, il eût pu difficilement assister à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthousiasme comme on n’en avait jamais vu en Allemagne. Cependant, cette heureuse circonstance, notre poète l’expiait par de cruels soucis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contractées en faisant imprimer cette pièce à ses frais et à ses risques devenaient de jour en jour plus criantes. Tous les exemplaires s’étaient vendus, mais les bénéfices étaient pour le libraire. Notre poète, désespéré, ne sut vers qui se tourner. Et le directeur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débattant contre la pauvreté, Schiller vint implorer son aide généreuse et la faveur d’un congé, en promettant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous devons ces loisirs ; car il sera pour moi, toujours, un dieu » (« Deus nobis hæc otia fecit ; namque erit ille mihi semper deus »**). Le refus du directeur détermina notre poète à résigner ses fonctions de dramaturge. Libre, mais toujours sans ressources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme maintenant, était bien précaire. Il fonda une revue littéraire. « La Thalie du Rhin »*** (« Rheinische Thalia »), tel fut le titre de ce recueil. Les abonnés firent défaut. Les détracteurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schiller, à tel point que le séjour à Mannheim lui devint impossible, intolérable. Il partit à Gohlis, un village des environs de Leipzig, où il loua une modeste chambre de paysan, placée sous les combles. C’est là qu’il alla chercher refuge pour mûrir ses pensées et pour achever ses pièces, en écoutant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa promenade le conduisit dans un bosquet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aperçut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poignets liés par un bandeau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schiller, sachant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur certains moments de la vie, poussa les branches et lia conversation avec le misérable. C’était un étudiant en théologie, presque un adolescent, qui depuis six mois vivait seulement de pain et d’eau, et à qui il ne restait plus ni forces physiques pour supporter ces privations ni forces morales pour espérer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui demanda en échange la promesse de retarder de huit jours son projet de suicide. Le lendemain ou le surlendemain, Schiller assistait à une fête de mariage dans une riche famille de Leipzig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva soudain, il raconta avec chaleur et éloquence la scène dont il avait été témoin, il réclama de tous les invités des secours pour le malheureux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La collecte fut si considérable qu’elle suffit à soutenir le pauvre étudiant jusqu’au jour où il eut une place.

* Parfois traduit « Histoire du soulèvement des Pays-Bas sous Philippe II, roi d’Espagne », « Histoire de la révolte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole » ou « Histoire de la défection des Pays-Bas réunis de l’Espagne ». Haut

** Virgile, « Bucoliques », poème I, v. 6-7. Haut

*** Parfois traduit « La Thalie rhénane ». Thalie, muse de la comédie et de la poésie pastorale, tient dans la main droite le bâton recourbé des bergers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, « Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Histoire de la guerre de Trente Ans » (« Geschichte des Dreißigjährigen Kriegs ») de Schiller. C’est en 1782 que « Les Brigands » furent joués pour la première fois sur le théâtre de Mannheim, devant une foule pressée de spectateurs accourus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réservé une place à Schiller, il eût pu difficilement assister à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthousiasme comme on n’en avait jamais vu en Allemagne. Cependant, cette heureuse circonstance, notre poète l’expiait par de cruels soucis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contractées en faisant imprimer cette pièce à ses frais et à ses risques devenaient de jour en jour plus criantes. Tous les exemplaires s’étaient vendus, mais les bénéfices étaient pour le libraire. Notre poète, désespéré, ne sut vers qui se tourner. Et le directeur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débattant contre la pauvreté, Schiller vint implorer son aide généreuse et la faveur d’un congé, en promettant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous devons ces loisirs ; car il sera pour moi, toujours, un dieu » (« Deus nobis hæc otia fecit ; namque erit ille mihi semper deus »*). Le refus du directeur détermina notre poète à résigner ses fonctions de dramaturge. Libre, mais toujours sans ressources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme maintenant, était bien précaire. Il fonda une revue littéraire. « La Thalie du Rhin »** (« Rheinische Thalia »), tel fut le titre de ce recueil. Les abonnés firent défaut. Les détracteurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schiller, à tel point que le séjour à Mannheim lui devint impossible, intolérable. Il partit à Gohlis, un village des environs de Leipzig, où il loua une modeste chambre de paysan, placée sous les combles. C’est là qu’il alla chercher refuge pour mûrir ses pensées et pour achever ses pièces, en écoutant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa promenade le conduisit dans un bosquet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aperçut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poignets liés par un bandeau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schiller, sachant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur certains moments de la vie, poussa les branches et lia conversation avec le misérable. C’était un étudiant en théologie, presque un adolescent, qui depuis six mois vivait seulement de pain et d’eau, et à qui il ne restait plus ni forces physiques pour supporter ces privations ni forces morales pour espérer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui demanda en échange la promesse de retarder de huit jours son projet de suicide. Le lendemain ou le surlendemain, Schiller assistait à une fête de mariage dans une riche famille de Leipzig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva soudain, il raconta avec chaleur et éloquence la scène dont il avait été témoin, il réclama de tous les invités des secours pour le malheureux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La collecte fut si considérable qu’elle suffit à soutenir le pauvre étudiant jusqu’au jour où il eut une place.

* Virgile, « Bucoliques », poème I, v. 6-7. Haut

** Parfois traduit « La Thalie rhénane ». Thalie, muse de la comédie et de la poésie pastorale, tient dans la main droite le bâton recourbé des bergers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, « Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« Histoire de la guerre de Trente Ans » (« Geschichte des Dreißigjährigen Kriegs ») de Schiller. C’est en 1782 que « Les Brigands » furent joués pour la première fois sur le théâtre de Mannheim, devant une foule pressée de spectateurs accourus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réservé une place à Schiller, il eût pu difficilement assister à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthousiasme comme on n’en avait jamais vu en Allemagne. Cependant, cette heureuse circonstance, notre poète l’expiait par de cruels soucis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contractées en faisant imprimer cette pièce à ses frais et à ses risques devenaient de jour en jour plus criantes. Tous les exemplaires s’étaient vendus, mais les bénéfices étaient pour le libraire. Notre poète, désespéré, ne sut vers qui se tourner. Et le directeur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débattant contre la pauvreté, Schiller vint implorer son aide généreuse et la faveur d’un congé, en promettant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous devons ces loisirs ; car il sera pour moi, toujours, un dieu » (« Deus nobis hæc otia fecit ; namque erit ille mihi semper deus »*). Le refus du directeur détermina notre poète à résigner ses fonctions de dramaturge. Libre, mais toujours sans ressources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme maintenant, était bien précaire. Il fonda une revue littéraire. « La Thalie du Rhin »** (« Rheinische Thalia »), tel fut le titre de ce recueil. Les abonnés firent défaut. Les détracteurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schiller, à tel point que le séjour à Mannheim lui devint impossible, intolérable. Il partit à Gohlis, un village des environs de Leipzig, où il loua une modeste chambre de paysan, placée sous les combles. C’est là qu’il alla chercher refuge pour mûrir ses pensées et pour achever ses pièces, en écoutant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa promenade le conduisit dans un bosquet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aperçut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poignets liés par un bandeau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schiller, sachant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur certains moments de la vie, poussa les branches et lia conversation avec le misérable. C’était un étudiant en théologie, presque un adolescent, qui depuis six mois vivait seulement de pain et d’eau, et à qui il ne restait plus ni forces physiques pour supporter ces privations ni forces morales pour espérer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui demanda en échange la promesse de retarder de huit jours son projet de suicide. Le lendemain ou le surlendemain, Schiller assistait à une fête de mariage dans une riche famille de Leipzig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva soudain, il raconta avec chaleur et éloquence la scène dont il avait été témoin, il réclama de tous les invités des secours pour le malheureux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La collecte fut si considérable qu’elle suffit à soutenir le pauvre étudiant jusqu’au jour où il eut une place.

* Virgile, « Bucoliques », poème I, v. 6-7. Haut

** Parfois traduit « La Thalie rhénane ». Thalie, muse de la comédie et de la poésie pastorale, tient dans la main droite le bâton recourbé des bergers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, « Poésies »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’ode « À la joie » (« An die Freude »*) et autres poésies de Schiller. C’est en 1782 que « Les Brigands » furent joués pour la première fois sur le théâtre de Mannheim, devant une foule pressée de spectateurs accourus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réservé une place à Schiller, il eût pu difficilement assister à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthousiasme comme on n’en avait jamais vu en Allemagne. Cependant, cette heureuse circonstance, notre poète l’expiait par de cruels soucis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contractées en faisant imprimer cette pièce à ses frais et à ses risques devenaient de jour en jour plus criantes. Tous les exemplaires s’étaient vendus, mais les bénéfices étaient pour le libraire. Notre poète, désespéré, ne sut vers qui se tourner. Et le directeur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débattant contre la pauvreté, Schiller vint implorer son aide généreuse et la faveur d’un congé, en promettant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous devons ces loisirs ; car il sera pour moi, toujours, un dieu » (« Deus nobis hæc otia fecit ; namque erit ille mihi semper deus »**). Le refus du directeur détermina notre poète à résigner ses fonctions de dramaturge. Libre, mais toujours sans ressources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme maintenant, était bien précaire. Il fonda une revue littéraire. « La Thalie du Rhin »*** (« Rheinische Thalia »), tel fut le titre de ce recueil. Les abonnés firent défaut. Les détracteurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schiller, à tel point que le séjour à Mannheim lui devint impossible, intolérable. Il partit à Gohlis, un village des environs de Leipzig, où il loua une modeste chambre de paysan, placée sous les combles. C’est là qu’il alla chercher refuge pour mûrir ses pensées et pour achever ses pièces, en écoutant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa promenade le conduisit dans un bosquet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aperçut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poignets liés par un bandeau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schiller, sachant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur certains moments de la vie, poussa les branches et lia conversation avec le misérable. C’était un étudiant en théologie, presque un adolescent, qui depuis six mois vivait seulement de pain et d’eau, et à qui il ne restait plus ni forces physiques pour supporter ces privations ni forces morales pour espérer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui demanda en échange la promesse de retarder de huit jours son projet de suicide. Le lendemain ou le surlendemain, Schiller assistait à une fête de mariage dans une riche famille de Leipzig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva soudain, il raconta avec chaleur et éloquence la scène dont il avait été témoin, il réclama de tous les invités des secours pour le malheureux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La collecte fut si considérable qu’elle suffit à soutenir le pauvre étudiant jusqu’au jour où il eut une place.

* Autrefois traduit « Au plaisir ». Haut

** Virgile, « Bucoliques », poème I, v. 6-7. Haut

*** Parfois traduit « La Thalie rhénane ». Thalie, muse de la comédie et de la poésie pastorale, tient dans la main droite le bâton recourbé des bergers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

« La Fin humaine selon Ibn Bâğğa (Avempace) »

dans « Bulletin de philosophie médiévale », vol. 23, p. 59-64

dans « Bulletin de philosophie médiévale », vol. 23, p. 59-64

Il s’agit d’une traduction partielle de « De la fin humaine »* (« Fî al-ġâya al-insâniyya »**) d’Ibn Bâğğa***. Cet Arabe d’Espagne, dont le nom sera corrompu en celui d’Aben Bache, Avempache ou Avempace****, fut le premier homme d’Andalousie à avoir cultivé avec succès les sciences et les spéculations philosophiques, qui seules, selon lui, pouvaient amener l’être humain à se connaître lui-même. Ses écrits lui valurent d’être accusé d’hérésie et jeté en prison, mais il fut finalement libéré grâce à l’intervention du cadi Abû l-Walîd ibn Rushd, grand-père d’Averroès. Il mourut empoisonné en 1138 apr. J.-C. Son successeur, Ibn Thofaïl, lui rendra ce grand hommage d’avoir surpassé tous « les hommes d’un esprit supérieur qui ont vécu en Andalousie » ; mais, en même temps, il regrettera que les affaires de ce monde et une mort prématurée n’aient pas permis à Ibn Bâğğa de partager les trésors de son savoir ; car, dira-t-il*****, « la plupart des ouvrages qu’on trouve de lui manquent de fini et sont tronqués à la fin… Quant à ses écrits achevés, ce sont des abrégés et de petits traités rédigés à la hâte. Il en fait lui-même l’aveu : il déclare que la thèse dont il s’est proposé la démonstration dans le traité de la “Conjonction de l’intellect avec l’homme”, ce traité n’en peut donner une idée claire qu’au prix de beaucoup de peine et de fatigue… ; et que, s’il en pouvait trouver le temps, il les remanierait volontiers ». Ses ouvrages philosophiques portent sur la fin extrême de l’existence humaine, qui est d’entrer dans une union (une « conjonction ») de plus en plus étroite avec l’intellect et de se mettre ainsi en rapport avec Dieu. En effet, selon Ibn Bâğğa, l’intellect est l’essence et la nature de l’homme, comme le tranchant est l’essence et la nature du couteau ; et si c’est par les actes corporels que l’homme existe, c’est uniquement par les actes intellectuels qu’il est divin : « L’intellect est donc l’existant le plus cher à Dieu Très-Haut, et lorsque l’homme atteint cet intellect lui-même… cet homme a atteint la chose créée la plus chère à Dieu »******. Cette théorie est empruntée à l’« Éthique à Nicomaque » ; mais ce qui importe ici, c’est qu’en imprimant au culte de Dieu un mouvement vers la philosophie et la libre pensée, elle trace la voie sur laquelle marcheront les illustres Averroès et Maïmonide — et par-delà les Judéo-Arabes, Albert le Grand, saint Thomas et Jean de Jandun.

* Parfois traduit « De la fin de l’homme ». Haut

** En arabe « في الغاية الإنسانية ». Parfois transcrit « Fī ’l-ghāyat ’l-insāniyyat » ou « Fī l-ghāya l-insāniyya ». Haut

*** En arabe ابن باجة. Autrefois transcrit Ebn Bagiah, Ebn Bageh, Abenbeja, Ibn Bâdjeh, Ebn-Bajah, Ibn Bajjah, Ibn Bâjja, Ibn Bâddja, Ibn Bâdja ou Ibn Bādjdja. Également connu sous le surnom d’Ibn al-Ṣā’iġ (ابن الصائغ), c’est-à-dire « Fils de l’Orfèvre ». Autrefois transcrit Ebn al-Saïegh, Ebn Alsaïeg, Ibn-al-Sayegh, Ibn-al-Çayeg, Ibn eç-Çâ’igh ou Ibn al-Sa’igh. Haut

**** Parfois transcrit Avenpace ou Avempeche. Haut

***** « Hayy ben Yaqdhân ; traduction par Léon Gauthier », p. 11. Haut

****** « La Conduite de l’isolé et Deux Autres Épîtres », p. 163. Haut

Maupertuis, « Œuvres. Tome IV »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’« Accord des différentes lois de la nature qui avaient jusqu’ici paru incompatibles » et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis*, géomètre et philosophe français qui démontra que la Terre était effectivement aplatie aux pôles, conformément à ce qu’avait prévu Newton. Maupertuis commença sa carrière dans la compagnie des mousquetaires. Son jeune âge, le feu de son tempérament, les dissipations de sa vie militaire ne lui firent pas négliger pour autant l’étude des mathématiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonctions et postula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Terrasson. Quelqu’un fit remarquer à ce dernier que Maupertuis n’était pas le plus habile candidat parmi ceux s’étant présentés : « Le plus digne de la place », répondit l’abbé**, « n’est pas celui qui est le plus habile ; c’est celui qui est le plus capable de le devenir… Or, en partant de là, Maupertuis est le plus digne » (pronostic qui fut vérifié par la suite). Le livre des « Principia mathematica » de Newton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que compris. Notre académicien en fit l’objet principal de ses études. En 1728, Newton venait de mourir, comblé d’années et d’honneurs, quand Maupertuis partit séjourner en Angleterre ; il trouva les disciples de ce grand homme ; il devint leur émule. Et en quittant finalement l’Angleterre, il en rapporta des connaissances nouvelles et des amitiés solides, qui bâtirent sa réputation. Il devint « le premier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se déclarer ouvertement newtonien. [Il] a cru qu’on pouvait être bon citoyen, sans adopter aveuglément la physique [cartésienne] de son pays, et pour attaquer cette physique il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré ».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, marquis de Maupertuis, qui fut successivement capitaine de cavalerie, brigadier des armées du Roi, et capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires. Il mourut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beaumelle, « Vie de Maupertuis ». Haut

Maupertuis, « Œuvres. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la « Relation du voyage fait par ordre du Roi au cercle polaire » et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis*, géomètre et philosophe français qui démontra que la Terre était effectivement aplatie aux pôles, conformément à ce qu’avait prévu Newton. Maupertuis commença sa carrière dans la compagnie des mousquetaires. Son jeune âge, le feu de son tempérament, les dissipations de sa vie militaire ne lui firent pas négliger pour autant l’étude des mathématiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonctions et postula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Terrasson. Quelqu’un fit remarquer à ce dernier que Maupertuis n’était pas le plus habile candidat parmi ceux s’étant présentés : « Le plus digne de la place », répondit l’abbé**, « n’est pas celui qui est le plus habile ; c’est celui qui est le plus capable de le devenir… Or, en partant de là, Maupertuis est le plus digne » (pronostic qui fut vérifié par la suite). Le livre des « Principia mathematica » de Newton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que compris. Notre académicien en fit l’objet principal de ses études. En 1728, Newton venait de mourir, comblé d’années et d’honneurs, quand Maupertuis partit séjourner en Angleterre ; il trouva les disciples de ce grand homme ; il devint leur émule. Et en quittant finalement l’Angleterre, il en rapporta des connaissances nouvelles et des amitiés solides, qui bâtirent sa réputation. Il devint « le premier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se déclarer ouvertement newtonien. [Il] a cru qu’on pouvait être bon citoyen, sans adopter aveuglément la physique [cartésienne] de son pays, et pour attaquer cette physique il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré ».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, marquis de Maupertuis, qui fut successivement capitaine de cavalerie, brigadier des armées du Roi, et capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires. Il mourut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beaumelle, « Vie de Maupertuis ». Haut

Maupertuis, « Œuvres. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la « Lettre sur le progrès des sciences » et autres œuvres de Pierre-Louis Moreau de Maupertuis*, géomètre et philosophe français qui démontra que la Terre était effectivement aplatie aux pôles, conformément à ce qu’avait prévu Newton. Maupertuis commença sa carrière dans la compagnie des mousquetaires. Son jeune âge, le feu de son tempérament, les dissipations de sa vie militaire ne lui firent pas négliger pour autant l’étude des mathématiques, et ce goût finit par l’emporter sur tous les autres. À l’âge de vingt-cinq ans, il se démit de ses fonctions et postula une place à l’Académie des sciences, où il fut reçu à bras ouverts par l’abbé Jean Terrasson. Quelqu’un fit remarquer à ce dernier que Maupertuis n’était pas le plus habile candidat parmi ceux s’étant présentés : « Le plus digne de la place », répondit l’abbé**, « n’est pas celui qui est le plus habile ; c’est celui qui est le plus capable de le devenir… Or, en partant de là, Maupertuis est le plus digne » (pronostic qui fut vérifié par la suite). Le livre des « Principia mathematica » de Newton, ce chef-d’œuvre des sciences, était alors plus célèbre que connu et plus connu que compris. Notre académicien en fit l’objet principal de ses études. En 1728, Newton venait de mourir, comblé d’années et d’honneurs, quand Maupertuis partit séjourner en Angleterre ; il trouva les disciples de ce grand homme ; il devint leur émule. Et en quittant finalement l’Angleterre, il en rapporta des connaissances nouvelles et des amitiés solides, qui bâtirent sa réputation. Il devint « le premier » en France, comme dit « l’Encyclopédie », « qui ait osé se déclarer ouvertement newtonien. [Il] a cru qu’on pouvait être bon citoyen, sans adopter aveuglément la physique [cartésienne] de son pays, et pour attaquer cette physique il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré ».

* À ne pas confondre avec Louis de Melun, marquis de Maupertuis, qui fut successivement capitaine de cavalerie, brigadier des armées du Roi, et capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires. Il mourut le 18 mai 1721. Haut

** Dans La Beaumelle, « Vie de Maupertuis ». Haut