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Mot-clefroman d’éducation

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Pamuk, «Istanbul : souvenirs d’une ville»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit d’«Istan­bul : sou­ve­nirs d’une ville» («İst­anb­ul : Hatı­ra­lar ve Şehir»)* de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»**. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk***. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk****, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* Éga­le­ment connu sous le titre d’«Istan­bul illus­tré» («Resim­li İst­anb­ul»). Haut

** «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

*** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

**** id. p. 54-55. Haut

Pamuk, «La Femme aux cheveux roux : roman»

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman «La Femme aux che­veux roux» («Kırmızı Saçlı Kadın») de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»*. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk**. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk***, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

*** id. p. 54-55. Haut

Pamuk, «Cette chose étrange en moi : roman»

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman «Cette chose étrange en moi» («Kafam­da Bir Tuha­flık») de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»*. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk**. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk***, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

*** id. p. 54-55. Haut

Pamuk, «D’Autres Couleurs : essais»

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit de «D’Autres Cou­leurs» («Öte­ki Renk­ler») de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»*. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk**. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk***, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

*** id. p. 54-55. Haut

«Quatre Sagas légendaires d’Islande»

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge européen, Grenoble

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge euro­péen, Gre­noble

Il s’agit de la «Saga d’Egil le Man­chot et d’Asmund Tueur-de-guer­riers-fauves» («Egils Saga ein­hen­da ok Ásmun­dar ber­serk­ja­ba­na») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Sturlungar»

éd. Les Belles Lettres, coll. Classiques du Nord-Racines, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Clas­siques du Nord-Racines, Paris

Il s’agit de la «Saga des Stur­lun­gar» («Stur­lun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Vikings de Jómsborg, “Jómsvíkinga Saga”»

éd. Heimdal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

éd. Heim­dal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

Il s’agit des «Vikings de Jóm­sborg» («Jóm­sví­kin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga [des Völsungar :] Sigurðr ou la parole donnée»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Scandinavie, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Scan­di­na­vie, Paris

Il s’agit de la «Saga des Völ­sun­gar» («Völ­sun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga de Gunnlaugr Langue-de-serpent • La Saga de Hallfredr le Scalde difficile»

éd. Joseph K., Nantes

éd. Joseph K., Nantes

Il s’agit de la «Saga de Gunn­lau­gr Langue-de-ser­pent» («Gunn­laugs Saga orm­stun­gu») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Deux Sagas islandaises légendaires»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit de la «Saga de Gau­tre­kr» («Gau­treks Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Orcadiens, “Orkneyinga Saga”»

éd. Aubier, Paris

éd. Aubier, Paris

Il s’agit de la «Saga des Orca­diens» («Ork­neyin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Saga de Hrólfr kraki, “Hrólfs Saga kraka”»

éd. Anacharsis, Toulouse

éd. Ana­char­sis, Tou­louse

Il s’agit de la «Saga de Hról­fr kra­ki» («Hrólfs Saga kra­ka») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Les Sagas miniatures, “Þættir”»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit du «Dit d’Ormr fils de Stóról­fr» («Orms Þát­tr Stórólf­sso­nar») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut