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Mot-clef1368-1644 (dynastie des Ming)

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Wu Cheng’en, «La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome II»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de «(Mémoire de) La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» («Xiyou ji»*), très célèbre roman-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pèle­rin. «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» est, comme on le sait, une sorte de dédou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la péré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le début du IXe siècle, l’imagination popu­laire chi­noise s’était empa­rée des exploits de ce moine en marche, par­ti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, cour­bé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il rame­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sacré dans la conca­vi­té d’un roseau. «Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et enten­du ce que nul autre n’a jamais vu et enten­du. Seul, il tra­ver­sa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes démo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grim­pa sur de fabu­leuses mon­tagnes… tou­jours refroi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est reve­nu sain et sauf [dans] son pays natal et avec si grande quan­ti­té de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ouvrages sacrés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… capables de faire envo­ler les puis­sances invi­sibles du mal»**. Ses «Mémoires» et sa «Bio­gra­phie» devinrent la source d’inspiration de nom­breuses légendes qui, mêlées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la «Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang» («Da Tang San­zang qu jing shi­hua»***), datée du Xe ou XIe siècle, on voit entrer en scène un Roi des Singes, accom­pa­gnant le pèle­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fabu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le «Râmâyaṇa». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aus­si pour sujet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un roman inti­tu­lé «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest», mais qui est per­du, si l’on excepte un frag­ment dans la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»

* En chi­nois «西遊記». Autre­fois trans­crit «Xiyu­ji», «Hsi-yu chi», «Si you tsi», «Sy-yeou-ky» ou «Si yeou ki». Haut

** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde», p. 362. Haut

*** En chi­nois «大唐三藏取經詩話». Haut

Wu Cheng’en, «La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome I»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de «(Mémoire de) La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» («Xiyou ji»*), très célèbre roman-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pèle­rin. «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» est, comme on le sait, une sorte de dédou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la péré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le début du IXe siècle, l’imagination popu­laire chi­noise s’était empa­rée des exploits de ce moine en marche, par­ti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, cour­bé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il rame­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sacré dans la conca­vi­té d’un roseau. «Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et enten­du ce que nul autre n’a jamais vu et enten­du. Seul, il tra­ver­sa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes démo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grim­pa sur de fabu­leuses mon­tagnes… tou­jours refroi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est reve­nu sain et sauf [dans] son pays natal et avec si grande quan­ti­té de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ouvrages sacrés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… capables de faire envo­ler les puis­sances invi­sibles du mal»**. Ses «Mémoires» et sa «Bio­gra­phie» devinrent la source d’inspiration de nom­breuses légendes qui, mêlées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la «Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang» («Da Tang San­zang qu jing shi­hua»***), datée du Xe ou XIe siècle, on voit entrer en scène un Roi des Singes, accom­pa­gnant le pèle­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fabu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le «Râmâyaṇa». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aus­si pour sujet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un roman inti­tu­lé «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest», mais qui est per­du, si l’on excepte un frag­ment dans la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»

* En chi­nois «西遊記». Autre­fois trans­crit «Xiyu­ji», «Hsi-yu chi», «Si you tsi», «Sy-yeou-ky» ou «Si yeou ki». Haut

** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde», p. 362. Haut

*** En chi­nois «大唐三藏取經詩話». Haut

Zhang Dai, «Le Lac retrouvé en rêve»

dans « Les Formes du vent : paysages chinois en prose » (éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris), p. 134-139

dans «Les Formes du vent : pay­sages chi­nois en prose» (éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris), p. 134-139

Il s’agit de Zhang Dai*, let­tré chi­nois (XVIIe siècle apr. J.-C.), éga­le­ment connu sous le pseu­do­nyme de Tao’an**, auteur de deux célèbres recueils de sou­ve­nirs en prose poé­tique : «Sou­ve­nirs rêvés de Tao’an» («Tao’an men­gyi»***) et «Le Lac de l’Ouest retrou­vé en rêve» («Xi Hu mengxun»****). Son riche grand-père, Zhang Rulin*****, était un ama­teur de musique et d’opéra, un expert en thé et sur­tout un éru­dit qui avait tou­jours un livre à la main. La tête et les yeux rivés sur le papier, il cal­li­gra­phiait des carac­tères «pattes de mouche», qu’il fai­sait reco­pier par son petit-fils. Sou­vent, il se plai­gnait, devant ce der­nier, de la pau­vre­té des dic­tion­naires dont il dési­rait élar­gir le conte­nu. L’après-midi, il empor­tait ses livres dehors pour pro­fi­ter de la lumière du jour; le soir venu, il allu­mait une bou­gie haute. Il recueillait ain­si des mots et les clas­sait par rimes en vue d’une vaste publi­ca­tion qu’il comp­tait appe­ler la «Mon­tagne des rimes». Chaque rime ne com­por­tait pas moins de dix cahiers. Il pen­sait vrai­ment la publier jusqu’au jour où on lui appor­ta en secret l’un des tomes de la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»****** que le palais impé­rial venait tout juste d’achever, et qui était de la même nature que la «Mon­tagne des rimes». «Plus de trente [tomes] ne cou­vraient même pas une seule rime», dit Zhang Dai*******. «Quand mon grand-père vit [cela], il dit en pous­sant un pro­fond sou­pir : “Les livres sont en nombre infi­ni, et je suis comme l’oiseau qui vou­lait com­bler la mer avec des pierres…!”» Dès lors, le vieux ces­sa d’écrire. Comme par­mi ses petits-fils seul Zhang Dai aimait les livres, il les lui lais­sa et mou­rut peu de temps après.

* En chi­nois 張岱. Autre­fois trans­crit Chang Tai. Haut

** En chi­nois 陶庵. Haut

*** En chi­nois «陶庵夢憶». Autre­fois trans­crit «T’ao-an meng-i». Haut

**** En chi­nois «西湖夢尋». Autre­fois trans­crit «Hsi-hu meng-hsün». Haut

***** En chi­nois 張汝霖. Autre­fois trans­crit Chang Ju-lin. Haut

****** En chi­nois «永樂大典». Haut

******* «Sou­ve­nirs rêvés de Tao’an», p. 114. Haut

Zhang Dai, «Souvenirs rêvés de Tao’an»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient-Série chinoise, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient-Série chi­noise, Paris

Il s’agit de Zhang Dai*, let­tré chi­nois (XVIIe siècle apr. J.-C.), éga­le­ment connu sous le pseu­do­nyme de Tao’an**, auteur de deux célèbres recueils de sou­ve­nirs en prose poé­tique : «Sou­ve­nirs rêvés de Tao’an» («Tao’an men­gyi»***) et «Le Lac de l’Ouest retrou­vé en rêve» («Xi Hu mengxun»****). Son riche grand-père, Zhang Rulin*****, était un ama­teur de musique et d’opéra, un expert en thé et sur­tout un éru­dit qui avait tou­jours un livre à la main. La tête et les yeux rivés sur le papier, il cal­li­gra­phiait des carac­tères «pattes de mouche», qu’il fai­sait reco­pier par son petit-fils. Sou­vent, il se plai­gnait, devant ce der­nier, de la pau­vre­té des dic­tion­naires dont il dési­rait élar­gir le conte­nu. L’après-midi, il empor­tait ses livres dehors pour pro­fi­ter de la lumière du jour; le soir venu, il allu­mait une bou­gie haute. Il recueillait ain­si des mots et les clas­sait par rimes en vue d’une vaste publi­ca­tion qu’il comp­tait appe­ler la «Mon­tagne des rimes». Chaque rime ne com­por­tait pas moins de dix cahiers. Il pen­sait vrai­ment la publier jusqu’au jour où on lui appor­ta en secret l’un des tomes de la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»****** que le palais impé­rial venait tout juste d’achever, et qui était de la même nature que la «Mon­tagne des rimes». «Plus de trente [tomes] ne cou­vraient même pas une seule rime», dit Zhang Dai*******. «Quand mon grand-père vit [cela], il dit en pous­sant un pro­fond sou­pir : “Les livres sont en nombre infi­ni, et je suis comme l’oiseau qui vou­lait com­bler la mer avec des pierres…!”» Dès lors, le vieux ces­sa d’écrire. Comme par­mi ses petits-fils seul Zhang Dai aimait les livres, il les lui lais­sa et mou­rut peu de temps après.

* En chi­nois 張岱. Autre­fois trans­crit Chang Tai. Haut

** En chi­nois 陶庵. Haut

*** En chi­nois «陶庵夢憶». Autre­fois trans­crit «T’ao-an meng-i». Haut

**** En chi­nois «西湖夢尋». Autre­fois trans­crit «Hsi-hu meng-hsün». Haut

***** En chi­nois 張汝霖. Autre­fois trans­crit Chang Ju-lin. Haut

****** En chi­nois «永樂大典». Haut

******* «Sou­ve­nirs rêvés de Tao’an», p. 114. Haut

«En mouchant la chandelle : nouvelles chinoises des Ming»

éd. Gallimard, coll. L’Imaginaire, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Imaginaire, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Nou­velles His­toires en mou­chant la chan­delle» («Jian­deng xin­hua»*) de Qu You** et de la «Suite aux his­toires en mou­chant la chan­delle» («Jian­deng yuhua»***) de Li Zhen****. Mou­cher une chan­delle, cou­per la mèche brû­lée qui empêche de bien éclai­rer, implique une heure tar­dive : celle où l’on a le loi­sir d’évoquer des rêves étranges, des amours irréelles avec des créa­tures de l’au-delà, des visites gla­çantes de spectres, de reve­nants ou de «démons aux allures bizarres et aux formes bis­cor­nues»*****. En ravi­vant la grande tra­di­tion des «récits fan­tas­tiques» en langue clas­sique («chuan qi»******), les recueils de Qu You et de Li Zhen connurent un si fort suc­cès, qu’ils furent mis à l’index afin qu’ils «ne dis­traient pas la jeu­nesse». Mais lisons-les avec atten­tion, cher­chons entre les lignes, et on décou­vri­ra la véri­table rai­son de cette cen­sure : c’est qu’ils fai­saient état d’une Chine où rien n’allait plus; où les fonc­tion­naires étaient d’insignes hypo­crites qui, sous la plus belle appa­rence de jus­tice, se per­met­taient toute sorte de fraudes et de bru­ta­li­tés; qui se glo­ri­fiaient de l’équité et de l’excellence de leurs lois, tout en ne se fai­sant aucun scru­pule de les enfreindre : «Inté­gri­té et indul­gence, ces deux mots sont de vrais talis­mans!», dit une des his­toires******* qui abonde en cri­tiques à peine dis­si­mu­lées. «Seule l’intégrité per­met de s’imposer une règle de vie, seule l’indulgence per­met d’être en contact avec le peuple; par l’intégrité, le cœur se for­ti­fie; par l’indulgence, le peuple devient plus proche. Quand le peuple est proche, il amende sa conduite, et c’est le terme ultime des com­pé­tences d’un fonc­tion­naire!» Ces opi­nions tran­chées, ce ton de reproche parais­saient bien plus per­ni­cieux aux yeux des auto­ri­tés Ming******** que les pas­sages jugés licen­cieux ou immo­raux.

* En chi­nois «剪燈新話». Autre­fois trans­crit «Chien-teng hsin-hua». Haut

** En chi­nois 瞿佑. Autre­fois trans­crit Ch’ü Yu. Haut

*** En chi­nois «剪燈餘話». Autre­fois trans­crit «Chien-teng yü-hua». Haut

**** En chi­nois 李禎. Autre­fois trans­crit Li Chen. Haut

***** p. 24. Haut

****** En chi­nois 傳奇. Haut

******* p. 159. Haut

******** De l’an 1368 à l’an 1644. Haut