Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Nguyễn Dữ, « Vaste Recueil de légendes merveilleuses »

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Vaste Recueil de légendes merveilleuses » * (« Truyền kỳ mạn lục » **) de Nguyễn Dữ ***, conteur vietnamien du XVIe siècle apr. J.-C. Indifférent à la politique, il se retira pour soigner sa mère et, dans cette retraite, il composa vingt contes à l’imitation des « Nouvelles Histoires en mouchant la chandelle » de Qu You. On lui reproche d’avoir préféré la langue chinoise à la vietnamienne, et d’avoir recherché à dessein ce style prétentieux, hérissé d’allusions obscures, qui rend la rhétorique chinoise une énigme pour le commun des hommes ; ce qui n’empêche pas son recueil d’avoir eu, par sa haute valeur éducative, une influence durable et profonde sur les lettres vietnamiennes, depuis le « Nouveau Recueil de contes merveilleux » (« Truyền kỳ tân phả » ****) de Đoàn Thị Điểm (XVIIIe siècle) jusqu’aux « Légendes des terres sereines » de Pham Duy Khiêm (XXe siècle). « Pour nous, gens du XXIe siècle, l’ouvrage est d’une valeur inestimable parce qu’il est l’un des rares livres, peut-être le seul, qui donne un tableau assez net des différentes couches sociales de l’ancienne société du Viêt-nam… Bien que cette œuvre soit écrite en chinois — faut-il rappeler que le chinois était la langue de culture de tout l’Extrême-Orient jusqu’au début du XXe siècle —, elle restera l’un des purs joyaux de notre littérature nationale », conclut M. Nguyên Tran Huan *****.

Il n’existe pas moins de deux traductions françaises du « Vaste Recueil de légendes merveilleuses », mais s’il fallait n’en choisir qu’une seule, je choisirais celle de M. Nguyên Tran Huan.

« “J’ai entendu dire que la loi du Ciel est juste et éclairée comme une balance et un miroir”, répondit Thiên-tich. “Les dieux sont là pour noter les traces et les vestiges ; la Création — pour garder l’équité. Le miroir éclaire toutes choses impartialement, et le filet retient tout, même si les mailles sont grandes. La loi doit être sévère et consciencieuse. L’homme ne doit garder ni ressentiment ni rancune. Pourtant, malgré les exhortations et les corrections, il existe encore des confusions. Celui qui faisait du bien, je n’ai pas entendu dire qu’il recevait du bonheur ; et celui qui faisait du mal, je n’ai pas vu qu’il ait été inquiété par les malheurs. Le pauvre plein de bonne volonté n’arrive pas ; le riche obtient tout sans qu’il ait à le demander.” »
— Passage dans la traduction de M. Nguyên Tran Huan

« Dương répondit : “La loi du Ciel est comme la balance et le miroir. La balance est égale pour tout le monde, et le miroir reflète tous les êtres. Les mailles des filets du Ciel sont espacées, dit-on, et rien ne passe pourtant au travers. La loi est à la fois sévère et juste, l’homme ne doit pas garder du ressentiment ou de la haine contre elle. Cependant, dans les exemples qu’on nous donne, il y a quelque confusion. Vous faites du bien aux gens, vous n’êtes pas sûr de recevoir une récompense ; vous causez du mal à autrui, le châtiment ne vient pas toujours. Le pauvre malgré ses efforts n’arrive à rien ; et le riche voit ses désirs comblés.” »
— Passage dans la traduction de MM. Nghiêm Xuân Viêt, Đang Quôc Cơ et Mme Nguyên Quý Toàn (« L’Échanson de l’Empereur de Jade : contes du Viêt-nam », éd. L’Harmattan, coll. La Légende des mondes, Paris)

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

* Parfois traduit « Recueil des contes extraordinaires ».

** Par suite d’une faute, « Truyền kỳ man lục », traduit « Vaste Recueil de la transmission des merveilles ».

*** À ne pas confondre avec Nguyễn Du, l’auteur du « Kim-Vân-Kiều », qui vécut deux siècles plus tard.

**** Inédit en français.

***** p. 17-18.