Li Zhichang, « Relation du voyage de Qiu, surnommé Chang Chun (“Long Printemps”), à l’Ouest de la Chine »

dans « Journal asiatique », sér. 6, vol. 9, p. 39-86

dans « Jour­nal asia­tique », sér. 6, vol. 9, p. 39-86

Il s’agit de la « Re­la­tion du voyage de Chang Chun Zhen Ren à l’Ouest [de la Chine] »1 (« Chang Chun Zhen Ren Xi You Ji »2). Moine chi­nois d’une droi­ture et d’une pro­bité re­con­nues, Qiu Chuji3, qui se donna le sur­nom de Chang Chun Zhen Ren4 (« Homme Vé­ri­table du Long Prin­temps »), ou sim­ple­ment Chang Chun (« Long Prin­temps »), na­quit en l’an 1148 apr. J.-C. À l’âge de dix-neuf ans, s’étant rasé la tête, il par­tit étu­dier la doc­trine de l’alchimie in­té­rieure, dite Quanz­hen5 (« Vé­rité in­té­grale »6), qui réunis­sait re­li­gion taoïste, as­cèse mo­nas­tique et mé­de­cine. Sous la dis­ci­pline de son maître Wang Chon­gyang7, il de­vint un homme doué des plus hautes fa­cul­tés et du plus grand mé­rite, dé­crit par ses contem­po­rains en ces termes8 : « Long­temps [il] a sé­journé parmi les pics et les ra­vins des mon­tagnes ; il a ca­ché sa voix et dis­si­mulé son corps ; quand il ex­po­sait les doc­trines trans­for­ma­trices que nous a lé­guées le maître an­cêtre, en res­tant as­sis, il fai­sait ve­nir à lui des doc­teurs du “tao” qui se ras­sem­blaient comme des nuages sur ce sen­tier bien­heu­reux… » Les Jin et les Song lui en­voyèrent des mes­sa­gers pour l’engager à se rendre au­près d’eux ; mais il n’y consen­tit pas. À quelqu’un qui l’interrogeait sur ses re­fus ré­ité­rés, Chang Chun ré­pon­dit9 : « Ces gens ne connaissent rien aux choses du ciel. Quand les temps vien­dront pour moi de par­tir, je par­ti­rai ; il n’y a rien d’autre à dire là-des­sus ». C’est sur ces en­tre­faites que Gen­gis Khan en­voya, en l’an 1219, un de ses conseillers in­times, avec un sauf-conduit en or et une es­corte de vingt hommes à che­val pour ame­ner Chang Chun des bords de l’océan Pa­ci­fique jusqu’à la ville de Ka­boul. Le grand conqué­rant mon­gol avait eu vent de l’immortalité que l’alchimie in­té­rieure pro­met­tait à ses adeptes et il vou­lait en pro­fi­ter. Déçu dans son es­poir dès sa pre­mière conver­sa­tion avec Chang Chun, qui lui ex­pli­qua qu’il s’agissait d’une im­mor­ta­lité pu­re­ment spi­ri­tuelle, il le traita néan­moins avec une pré­ve­nance mar­quée et le ren­voya com­blé de pré­sents et de bien­faits.

« tra­ver­sant ces contrées de l’Asie alors presque com­plè­te­ment in­con­nues »

Une des­crip­tion très sèche de ce loin­tain tra­jet que fit Chang Chun à tra­vers l’Asie fut don­née par son dis­ciple et bio­graphe, Li Zhi­chang10. Comme le note le tra­duc­teur fran­çais, « moins de trente ans après le voyage du re­li­gieux taoïste, deux autres re­li­gieux eu­ro­péens — [Jean de] Plan Car­pin et Ru­bru­quis — dont nous avons aussi les re­la­tions, et le cé­lèbre voya­geur vé­ni­tien Marco Polo qui les prime tous, sui­virent à peu près la même route que Chang Chun, mais en sens contraire. On peut se fi­gu­rer les dif­fi­cul­tés et les pé­rils [qu’ils] durent éprou­ver pen­dant leur longue route, en tra­ver­sant ces contrées de l’Asie alors presque com­plè­te­ment in­con­nues, en­tre­cou­pées de tant de hautes mon­tagnes [et] de dé­serts sa­blon­neux, et ha­bi­tées par des po­pu­la­tions peu ci­vi­li­sées, oc­cu­pées à dé­fendre leur in­dé­pen­dance contre les ar­mées en­va­his­santes des Mon­gols… »11

Voici un pas­sage qui don­nera une idée du style de la « Re­la­tion du voyage de Chang Chun Zhen Ren à l’Ouest [de la Chine] » : « Le [28 sep­tembre 1222], on ar­riva au but du voyage et on se ren­dit à l’audience (don­née par Gen­gis Khan). L’homme pro­fes­sant la doc­trine du “tao” (“tao-jin”, c’est-à-dire Chang Chun) vit l’Empereur. Il ne se pros­terna point en flé­chis­sant les ge­noux pour faire la sa­lu­ta­tion. Il en­tra dans la tente le corps in­cliné, les mains jointes, et rien de plus »12.

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Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  1. Par­fois tra­duit « Mé­moire sur le voyage en oc­ci­dent de Chang Chun, homme vé­ri­table ». Haut
  2. En chi­nois « 長春眞人西遊記 ». Éga­le­ment connu sous le titre de « Xi You Lu » (« 西游錄 »), c’est-à-dire « An­nales du voyage à l’Ouest ». À ne pas confondre avec « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest », le cé­lèbre ro­man. Haut
  3. En chi­nois 丘處機 ou 邱處機. Au­tre­fois trans­crit K‘iéou Tchôu-kī ou Ch’iu Ch’u-chi. Haut
  4. En chi­nois 長春眞人. Au­tre­fois trans­crit Tch‘âng-tchûn. Haut
  5. En chi­nois 全眞. Au­tre­fois trans­crit Ch’üan-chen. Haut
  6. Au­tre­fois tra­duit « la Vé­rité ab­so­lue ». Haut
  1. En chi­nois 王重陽. Au­tre­fois trans­crit Tchoûng-yâng-wâng ou Wang Ch’ung-yang. Haut
  2. Dans Édouard Cha­vannes, « Ins­crip­tions et Pièces de chan­cel­le­rie chi­noises de l’époque mon­gole », p. 301. Haut
  3. Dans Do­mi­nique Le­lièvre, « Voya­geurs chi­nois à la dé­cou­verte du monde », p. 170. Haut
  4. En chi­nois 李志常. Au­tre­fois trans­crit Li-tchi-tchan, Li Tchi-tchâng ou Li Chih-ch’ang. Haut
  5. p. 86. Haut
  6. p. 83. Haut