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Mot-clef220-589 (Six Dynasties)

sujet

Kumârajîva, Sengzhao et Daosheng, «Introduction aux pratiques de la non-dualité : commentaire du “Soûtra de la Liberté inconcevable”»

éd. Fayard, coll. Trésors du bouddhisme, Paris

éd. Fayard, coll. Tré­sors du boud­dhisme, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire sur “L’Enseignement de Vima­la­kîr­ti”» («Zhu “Wei­mo­jie Jing”»*) par Kumâ­ra­jî­va** et par ses dis­ciples, Sengz­hao*** et Dao­sheng****. L’arrivée de Kumâ­ra­jî­va à Ch’ang-an***** en 402 apr. J.-C. inau­gure la période india­niste du boud­dhisme chi­nois. À par­tir de cette date, les Chi­nois ne se contentent plus d’avoir une idée approxi­ma­tive de la pen­sée venue d’ailleurs, mais ils se lancent dans de grands tra­vaux d’exégèse et de tra­duc­tion direc­te­ment du sans­crit, pour les­quels ils font appel à des moines venus de l’Inde ou de la Sérinde******. Né à Kucha, l’une des prin­ci­pales étapes de la Route de la soie, Kumâ­ra­jî­va reçoit une for­ma­tion qui lui per­met­tra de jouer un rôle déter­mi­nant dans cette india­ni­sa­tion. Dès son arri­vée au grand temple de Chang’an, où il est invi­té par le sou­ve­rain Yao Xing, Kumâ­ra­jî­va s’attelle à une série impres­sion­nante de tra­duc­tions, qui rejet­te­ront dans l’ombre tous les tra­vaux pré­cé­dents et qui seront pour beau­coup dans l’acclimatation durable du boud­dhisme en Asie. «En pre­nant en consi­dé­ra­tion les révi­sions d’ouvrages déjà tra­duits et ses tra­duc­tions inédites, Kumâ­ra­jî­va aurait “trans­mis” plus de cin­quante œuvres, comp­tant plus de trois cents volumes… Si nous… consi­dé­rons que Kumâ­ra­jî­va est décé­dé en 409, on arrive à la conclu­sion que, durant ses [huit] années de rési­dence à Ch’ang-an, il devait tra­duire envi­ron un cha­pitre tous les dix jours», dit M. Dai­sa­ku Ike­da*******. Selon les pré­faces faites par ses dis­ciples, Kumâ­ra­jî­va tra­dui­sait à voix haute, tout en com­men­tant, en pré­sence d’une assem­blée de mille deux cents moines et laïcs, com­pre­nant tout ce que le boud­dhisme comp­tait alors de plus culti­vé en Chine, les rai­sons pour les­quelles il avait tra­duit d’une manière plu­tôt que d’une autre; il expo­sait, en outre, les sens pro­fonds cachés dans le texte sans­crit. On pré­tend que le sou­ve­rain Yao Xing assis­tait à cer­taines des séances : «Le sou­ve­rain en per­sonne tenait en main le texte des anciennes tra­duc­tions des soû­tras, y rele­vant les erreurs, s’enquérant de la signi­fi­ca­tion géné­rale du pas­sage, et contri­buant ain­si à éclai­rer les doc­trines de la secte»********. On pré­tend aus­si que les membres pré­sents, qui rece­vaient la tra­duc­tion et le com­men­taire, étaient trans­por­tés de bon­heur, éprou­vant le sen­ti­ment de se trou­ver sur les som­mets des mon­tagnes Kun­lun par une belle jour­née claire, regar­dant le monde s’étendant sous leurs pieds.

* En chi­nois «注維摩詰經». Haut

** En sans­crit कुमारजीव (Kumā­ra­jī­va), en chi­nois 鳩摩羅什 (Jiu­mo­luo­shi). Haut

*** En chi­nois 僧肇. Autre­fois trans­crit Seng-tchao ou Seng-chao. Haut

**** En chi­nois 道生. Autre­fois trans­crit Tao-cheng ou Tao-sheng. Haut

***** Aujourd’hui Xi’an (西安). Haut

****** La Sérinde cor­res­pond à l’actuelle Région auto­nome ouï­ghoure du Xin­jiang. Haut

******* «Le Boud­dhisme en Chine», p. 60. Haut

******** Dans «Le Boud­dhisme en Chine», p. 62. Haut

Bao Zhao, «Sur les berges du fleuve»

éd. La Différence, coll. Orphée, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Orphée, Paris

Il s’agit de Bao Zhao*, poète chi­nois (Ve siècle apr. J.-C.). Il était un véri­table maître du «yue­fu»**poème chan­té»), auquel il redon­na une vigueur nou­velle en y réin­tro­dui­sant le ton de la langue popu­laire. Ses dix-neuf «yue­fu» sur le thème de «La route est dif­fi­cile»***Xing lu nan»****) passent pour des modèles ache­vés de ce genre poé­tique; ils ne traitent pas seule­ment de la dif­fi­cul­té des voyages soli­taires, mais aus­si des peines de la vie, en par­ti­cu­lier de la mélan­co­lie de l’âme. Plus tard, sous les Tang*****, Li Po s’en ins­pi­ra et Tu Fu les admi­ra. Des autres œuvres de Bao Zhao, je retiens sur­tout sa longue rhap­so­die inti­tu­lée «Chant de la ville dévas­tée»******Wu cheng fu»*******). C’est une remar­quable médi­ta­tion sur la vani­té des gran­deurs humaines, dont voi­ci les pre­miers vers : «Autre­fois, au temps de gran­deur, les essieux des chars se tou­chaient, les hommes étaient ser­rés épaule contre épaule le long de ces routes. La plaine était cou­verte de vil­lages et de fermes, les cris et les chants emplis­saient la voûte céleste. On exploi­tait les ter­rains de sel, on creu­sait les mon­tagnes pour en extraire du cuivre. Les hommes étaient forts et pleins de talents… Aus­si se sont-ils per­mis d’enfreindre les lois, de négli­ger les pré­ceptes royaux; ils ont dres­sé de hautes for­te­resses, creu­sé de pro­fonds réser­voirs d’eau, ils ont pro­je­té de rendre leur des­tin brillant et de deve­nir les pre­miers de leur temps. Voi­ci pour­quoi ils ont éle­vé des bâti­ments et des murailles si grands, pour­quoi ils ont mul­ti­plié [les] pavillons et [les] tours d’observation; leurs édi­fices s’élevaient comme les bords escar­pés d’un tor­rent»

* En chi­nois 鮑照. Autre­fois trans­crit Pao Tchao ou Pao Chao. Haut

** En chi­nois 樂府. Autre­fois trans­crit «yo-fou» ou «yüeh-fu». Haut

*** Par­fois tra­duit «Les Peines du voyage», «Dif­fi­cul­tés de la route» ou «Ah! que dure est la route!». Haut

**** En chi­nois «行路難» Autre­fois trans­crit «Hsing lu nan». Haut

***** De l’an 618 à l’an 907. Haut

****** Par­fois tra­duit «La Ville aban­don­née : “fou”» ou «Rhap­so­die de la ville en ruines». Haut

******* En chi­nois «蕪城賦». Autre­fois trans­crit «Wou tch’eng fou» ou «Wu-ch’eng fu». Haut

Tao Yuan ming, «L’Homme, la Terre, le Ciel : enfin je m’en retourne»

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit des poèmes de Tao Yuan ming*, let­tré chi­nois, grand chantre de la vie rus­tique (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Issu d’une vieille lignée tom­bée dans l’obscurité et le besoin, il rêvait d’une vie simple, mais qui lui appar­tînt réel­le­ment, une vie consa­crée à ses poèmes et à son jar­din de chry­san­thèmes : «Cueillant des chry­san­thèmes à la haie de l’Est, le cœur libre, j’aperçois la mon­tagne du Sud. Dans tout cela réside une signi­fi­ca­tion pro­fonde. Sur le point de l’exprimer, j’ai déjà oublié les mots», dit-il dans un pas­sage remar­quable. Sa famille était pauvre : labou­rer et culti­ver ne suf­fi­sait pas à la nour­rir. La mai­son était pleine de jeunes enfants, mais la jarre — vide de grains. Ses amis le pres­saient de prendre quelque poste loin­tain et finirent par le per­sua­der. Tao Yuan ming avait à peine pris ses fonc­tions que, nos­tal­gique, il avait déjà envie de s’en retour­ner. Pour­quoi? Sa nature était spon­ta­née; elle refu­sait de se plier pour être conte­nue. Lan­guis­sant, bou­le­ver­sé, il eut pro­fon­dé­ment honte de tra­hir le prin­cipe de sa vie — celui de ne pas se mêler aux obli­ga­tions du monde. Il déci­da d’attendre la fin de l’année pour aus­si­tôt embal­ler ses vête­ments et par­tir la nuit, tel un oiseau échap­pé de sa cage :

«Les champs et le jar­din doivent déjà être enva­his par les herbes,
Pour­quoi ne m’en suis-je pas retour­né plus tôt?…
Aujourd’hui j’ai rai­son, hier j’avais tort…

* En chi­nois 陶淵明. Autre­fois trans­crit T’ao Yuen-ming ou T’au Yüan-ming. Éga­le­ment connu sous le nom de Tao Qian (陶潛). Autre­fois trans­crit T’ao Ts’ien, T’au Ts’ien ou T’ao Ch’ien. Haut

Gan Bao, «À la recherche des esprits : récits tirés du “Sou shen ji”»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Sou shen ji»*À la recherche des esprits») de Gan Bao**, his­to­rien chi­nois por­té vers l’étude de l’astrologie et des sciences occultes, et qui enten­dait «démon­trer que la doc­trine rela­tive au sur­na­tu­rel n’est pas une affa­bu­la­tion»*** (IIIe-IVe siècle apr. J.-C.). On rap­porte qu’encore enfant, Gan Bao fut témoin d’un drame de famille qui déci­da de sa voca­tion : Son père ché­ris­sait une ser­vante jalou­sée par sa mère. Quand ce der­nier mou­rut, son épouse la fit enter­rer vivante dans la tombe du défunt. Mais plus de dix ans après ces faits tra­giques, lorsqu’on ouvrit la tombe, on trou­va la ser­vante dans le même état où elle se trou­vait au moment de l’enterrement; on l’emporta donc, et le len­de­main, elle revint à la vie. Elle racon­ta que son défunt amant lui don­nait constam­ment à boire et à man­ger, lui témoi­gnant une affec­tion sem­blable à celle qu’il avait eue pour elle de son vivant. Ce fut à la suite de ces cir­cons­tances que Gan Bao se mit à recueillir tout ce qui avait trait aux fan­tômes, aux génies, aux bêtes méta­mor­pho­sées, et d’une façon plus géné­rale, au mer­veilleux. Gros de quatre cent soixante-quatre récits, son «Sou shen ji» compte par­mi les recueils les plus impor­tants dans la caté­go­rie des «choses dont Confu­cius ne trai­tait pas», c’est-à-dire des choses fan­tas­tiques****. «Gan Bao n’est pas qu’un mer­veilleux conteur de l’étrange, c’est aus­si un grand écri­vain au style concis et au voca­bu­laire riche», explique M. Rémi Mathieu*****. «Sa prose s’inspire bien enten­du des grands clas­siques de l’Antiquité, mais la touche per­son­nelle de l’auteur est pré­sente tout au long de ces lignes, sur­tout à tra­vers de longs poèmes, par­fois dif­fi­ciles à inter­pré­ter.» Une suite existe au recueil de Gan Bao, inti­tu­lée «Suite à la Recherche des esprits» («Xu Sou shen ji»******), en dix volumes.

* En chi­nois «搜神記». Autre­fois trans­crit «Cheou chen ki», «Seou chen ki», «Seu-shen-ki», «Sou shen ki» ou «Sou shen chi». Haut

** En chi­nois 干寶. Autre­fois trans­crit Kan Pao. Haut

*** Dans Lu Xun, «Brève His­toire du roman chi­nois», p. 60. Haut

**** Réfé­rence aux «Entre­tiens de Confu­cius», VII, 21 : «Le Maître ne trai­tait ni des pro­diges, ni de la vio­lence, ni du désordre, ni des esprits». Haut

***** «Gan Bao» dans «Dic­tion­naire uni­ver­sel des lit­té­ra­tures». Haut

****** En chi­nois «續搜神記», inédit en fran­çais. Haut