Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefAntony Landes : traducteur ou traductrice

« Les Pruniers refleuris : poème tonkinois »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Pruniers refleuris » (« Nhị độ mai »), poème composé par un lettré vietnamien sur la vie duquel on n’a pas de détails biographiques, et qui, du reste, n’a pas jugé nécessaire d’attacher son nom à son livre (XIXe siècle). Jadis ce poème était fort estimé dans la province du Tonkin, où il y avait peu de personnes qui ne fussent capables d’en réciter, ou plutôt d’en chanter, des passages. L’intrigue de ce poème n’a rien d’original en elle-même ; c’est une adaptation écourtée d’un roman chinois portant le même titre : « Er du mei » *, c’est-à-dire « La Floraison redoublée des “mei” » (XVIe siècle). Mei, en vietnamien Mai, est le nom de la famille à laquelle appartient le héros de cette histoire, mais c’est aussi le nom d’une espèce de prunier, ou plutôt d’une espèce d’abricotier, qui revient souvent dans la rhétorique chinoise. C’est pour cela que la double floraison de ce prunier est interprétée, dans une scène mémorable, comme un augure de la restauration de la famille Mei ; et que le premier ministre, le vilain de cette histoire, dit : « Nous allons chercher un moyen de détruire ce prunier » **. Dans le préambule de l’adaptateur vietnamien, on lit : « À loisir, dans mon cabinet d’étude, je me reposais de mes travaux en m’amusant à la lecture. Je trouvai dans les récits non historiques celui de “La Floraison redoublée des pruniers” au temps de l’empereur Đức-tông de la dynastie Đường. En ce temps, le [Ciel] avait donné naissance à un fonctionnaire incorruptible. Il appartenait à la famille Mai, son nom honorifique était Bá Cao ; sa race était une race fidèle ; lui, était d’une nature distinguée et élevée… Son âme était droite comme le vol de la flèche, son cœur avait la limpidité de l’eau » ***. L’adaptation vietnamienne se recommande par une langue encore pure de toute influence occidentale et écrite selon le mètre populaire « lục bát » (« six-huit »). Ce mètre convient avec bonheur au caractère musical de la langue vietnamienne dont les six tons, une fois bien agencés, se prêtent à l’expression de tous les états d’âme, avec toutes les couleurs et tous les rythmes propres à la poésie. « Soutenue par la cadence de la métrique ou écrite dans la simplicité du langage parlé, cette œuvre… a le don de répondre au goût changeant du lecteur qui aime à se laisser transporter en esprit, loin de la réalité, dans un monde très différent de la monotonie et de la petitesse du siècle présent », dit M. Trần Cửu Chấn Lisez la suite›

* En chinois « 二度梅 ». Autrefois transcrit « Erh-tou-mei » ou « Eul tou mei ». Traduit en français sous le titre des « Pruniers merveilleux ».

** p. 30.

*** p. 6-7.