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«Contes et Légendes annamites»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une antho­lo­gie de la lit­té­ra­ture popu­laire du Viêt-nam. Long­temps dédai­gnée par les let­trés, parce qu’elle ne menait pas aux car­rières man­da­ri­nales, cette lit­té­ra­ture avait tou­jours été culti­vée par l’effort ano­nyme du peuple. Ain­si donc, à côté de la lit­té­ra­ture offi­cielle, qui chan­tait en vers savants les hommes et les choses de la Chine, il exis­tait une lit­té­ra­ture popu­laire, en grande par­tie orale, qui expri­mait sous une forme tan­tôt naïve et simple, tan­tôt nar­quoise et volon­tiers humo­ris­tique, l’âme popu­laire du Viêt-nam. «Tan­dis que les let­trés s’enfermaient dans leur tour d’ivoire et se plai­saient à com­po­ser des vers chi­nois qui, ici, res­semblent bien aux vers latins, ou à com­men­ter les vieux clas­siques, le peuple tra­vaillait à for­mer la langue et à pro­duire cette riche lit­té­ra­ture popu­laire com­po­sée de dic­tons, de pro­verbes, de sen­tences, de dis­tiques, de phrases, locu­tions et expres­sions plus ou moins asso­nan­cées por­tant des allu­sions aux faits du pas­sé ou aux cou­tumes locales, et sur­tout de chan­sons, de ces belles et douces chan­sons qui s’élèvent les nuits d’été du fond des paillotes ou de l’immensité des rizières et des étangs et semblent se réper­cu­ter dans l’espace jusqu’à la cime fris­son­nante des bam­bous. Elles sont, ces chan­sons, d’un charme infi­ni, d’une sua­vi­té pro­fonde. Qui­conque a enten­du une fois chan­ter par des repi­queuses de riz du del­ta ton­ki­nois ou des sam­pa­nières de la rivière de Huê des chan­sons comme celle-ci :

Mon­tagne, ô mon­tagne, pour­quoi êtes-vous si haute?
Vous cachez le soleil et vous me cachez le visage de mon bien-aimé!

n’oubliera jamais cet accent d’indéfinissable mélan­co­lie lamar­ti­nienne qui révèle le fonds de poé­sie de la race, en même temps qu’il montre l’excellence de la langue capable d’exprimer de tels sen­ti­ments», dit très bien Phạm Quỳnh*.

«semblent se réper­cu­ter dans l’espace jusqu’à la cime fris­son­nante des bam­bous»

Voi­ci un pas­sage qui don­ne­ra une idée du style de la lit­té­ra­ture popu­laire : «Dans la pro­vince de Hanoï, au “phủ” [c’est-à-dire pré­fec­ture] de Kiến xương, vivait une jeune fille qui avait per­du ses parents et qui exer­çait, pour vivre, le métier de cou­tu­rière. Un jour, en allant au mar­ché, elle vit vendre des images de Quan Đế**. Comme elle était toute jeune, elle ne savait pas encore qui il était, mais elle n’en conçut pas moins pour le dieu une grande véné­ra­tion et ache­ta une de ses images qu’elle rap­por­ta chez elle. Chaque jour, elle lui fai­sait des offrandes de riz; et si elle avait à son repas quelque chose de bon, elle lui en offrait aus­si…»***

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* «Le Pay­san ton­ki­nois à tra­vers le par­ler popu­laire», p. 7-8. Haut

** Guan Di (關帝), c’est-à-dire Empe­reur Guan, titre post­hume de Guan Yu. Ce géné­ral de l’époque des Trois Royaumes devint au cours des siècles une divi­ni­té de la guerre et un héros lit­té­raire. Haut

*** p. 5. Haut