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Mot-clefÉdouard Des Places

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Julien le Chaldéen et Julien le Théurge, «La Sagesse des Chaldéens : les “Oracles chaldaïques”»

éd. Les Belles Lettres, coll. Aux sources de la tradition, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Aux sources de la tra­di­tion, Paris

Il s’agit des «Oracles chal­daïques» («Logia chal­daï­ka»*), un pot-pour­ri de toute espèce d’ésotérismes de l’Antiquité, un mélange de magie occulte, de théo­so­phie méta­phy­sique, d’imagination déli­rante, de rituels théur­giques, de révé­la­tions cen­sées pro­ve­nir de la bouche des dieux eux-mêmes. Pour­quoi ces «Oracles» s’appellent-ils donc «chal­daïques»? Les Chal­déens étaient consi­dé­rés comme les plus sages des Baby­lo­niens et for­maient, dans la divi­sion sociale de la Méso­po­ta­mie, une classe à peu près com­pa­rable à celle des prêtres. Choi­sis pour exer­cer les fonc­tions du culte public des dieux, ils pas­saient leur vie appli­qués aux études astro­lo­giques. De par ces études et de par les coïn­ci­dences mer­veilleuses qu’ils croyaient recon­naître entre, d’un côté, le mou­ve­ment si com­pli­qué et pour­tant si régu­lier des astres, de l’autre côté, la des­ti­née humaine et les acci­dents de l’Histoire, leur reli­gion devint subor­don­née aux pré­sages et à la divi­na­tion. La pré­pon­dé­rance de ces pra­tiques frap­pa tant l’esprit des visi­teurs de Baby­lone que, dès avant notre ère, le mot «Chal­déen» per­dit son sens eth­nique et vint à signi­fier chez les Grecs et les Romains «un mage, un devin». Puis, par une même confu­sion, il devint syno­nyme de «magi­cien». De là, le titre tau­to­lo­gique d’«Oracles magiques des mages» («Magi­ka logia tôn magôn»**) que porte une des édi­tions des «Oracles chal­daïques». On fait remon­ter l’origine de ce livre à deux Juliens — père et fils — qui vivaient au IIe siècle apr. J.-C., en Syrie. Le père, sur­nom­mé «le Chal­déen», était phi­lo­sophe pla­to­ni­cien en plus d’être mage; quant au fils, sur­nom­mé «le Théurge», il avait été fait médium dans les cir­cons­tances extra­or­di­naires que voi­ci : «Son père, au moment où il était sur le point de l’engendrer, deman­da au Dieu ras­sem­bleur de l’univers une âme archan­gé­lique pour l’existence de son fils; et, une fois né, il le mit au contact de tous les dieux et de l’âme de Pla­ton… Par moyen de l’art hié­ra­tique, il l’éleva jusqu’à l’époptie [c’est-à-dire la vision immé­diate] de cette âme de Pla­ton pour pou­voir l’interroger sur ce qu’il vou­lait»***. Bref, Pla­ton et les dieux, inter­ro­gés par le père, répon­daient par la bouche du fils, qui n’était plus lui-même quand il par­lait. Ils pro­non­çaient leurs pré­dic­tions et leurs avis, qu’ils psal­mo­diaient en vers; et ayant dit, ils s’en allaient.

* En grec «Λόγια χαλδαϊκά». Haut

** En grec «Μαγικὰ λόγια τῶν μάγων». Haut

*** Michel Psel­los, «La Chaîne d’or chez Homère» («Περὶ τῆς χρυσῆς ἁλύσεως τῆς παρ’ Ὁμήρῳ»). Haut

Porphyre, «Vie de Pythagore»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de Pytha­gore*, le pre­mier et peut-être le plus fas­ci­nant des savants grecs (VIe siècle av. J.-C.). Sa vie nous est connue par les bio­gra­phies publiées par Por­phyre**, Jam­blique*** et Dio­gène Laërce. Com­pi­la­teurs mal­adroits et dénués de cri­tique, Por­phyre et Jam­blique se sont acquit­tés de ce tra­vail avec hon­nê­te­té, mais ils ont écrit avec tant de répé­ti­tions, de contra­dic­tions et de déro­ga­tions à l’ordre natu­rel des faits, qu’on ne peut regar­der ce qu’ils ont fait que comme un col­lage de mor­ceaux qu’ils ont pris dans un grand nombre de bio­graphes aus­si mal­adroits qu’eux. Quant à Dio­gène Laërce, il a encore plus défi­gu­ré la vie et la doc­trine de ce grand sage en lui attri­buant des miracles, ou plu­tôt des tours de main, plus dignes d’un magi­cien ou d’un char­la­tan que d’un phi­lo­sophe. Et cepen­dant, quel homme que ce Pytha­gore! «Jamais aucun phi­lo­sophe n’a méri­té autant que lui de vivre dans la mémoire des hommes», dit Dio­dore de Sicile****. Ses contem­po­rains le met­taient au nombre des démons bien­fai­sants : les uns disaient qu’il était un des génies venus de la lune, les autres — un des dieux olym­piens appa­ru aux hommes sous une figure humaine. Car «lorsqu’il ten­dait toutes les forces de son esprit, sans peine il dis­cer­nait toutes choses en détail pour dix, pour vingt géné­ra­tions humaines», dit Empé­docle*****. Il pas­sa, dit-on******, la meilleure par­tie de sa vie à l’étranger, dans le secret des temples égyp­tiens et thraces à s’adonner aux spé­cu­la­tions géo­mé­triques et aux doc­trines du sys­tème du monde et de l’harmonie pla­né­taire, et à se faire ini­tier aux mys­tères des dieux, jusqu’au moment où, à cin­quante-six ans, il revint en Grèce. Il atti­ra tel­le­ment à lui l’attention uni­ver­selle, qu’une seule leçon qu’il fit à son débar­que­ment en Ita­lie conquit par son élo­quence plus de deux mille audi­teurs, dit-on*******. On fait, très jus­te­ment, du divin Pla­ton son héri­tier spi­ri­tuel et on rap­porte la tra­di­tion d’après laquelle ce der­nier se serait pro­cu­ré, à prix d’or, les livres secrets conser­vés par un des dis­ciples rui­nés de Pytha­gore********. Le fameux mythe de la caverne de Pla­ton, où seules les ombres, pro­je­tées sur le fond de la caverne, appa­raissent aux pri­son­niers — ce fameux mythe, dis-je, est d’origine pytha­go­ri­cienne. Au reste, Pytha­gore fut non seule­ment le pre­mier à s’être appe­lé lui-même «phi­lo­sophe» («amou­reux de la sagesse»), mais aus­si le pre­mier à ensei­gner que les âmes sont immor­telles et qu’elles ne font que chan­ger de condi­tions d’existence, en ani­mant suc­ces­si­ve­ment dif­fé­rents corps. Un jour, pas­sant à côté d’un chien qu’un jeune homme bat­tait avec beau­coup de cruau­té, il en eut pitié et s’exclama : «Arrête, cesse de frap­per! C’est mon ami [défunt], c’est son âme; je le recon­nais à sa voix»

* En grec Πυθαγόρας. Autre­fois trans­crit Pita­go­ras ou Pytha­go­ras. Haut

** En grec Πορφύριος. Né à Tyr, Por­phyre s’était d’abord appe­lé Mal­chos (Μάλχος), ce qui veut dire «roi» en syriaque. Ce nom parais­sant trop dur à l’oreille grecque, il le tra­dui­sit lui-même par celui de Basi­leus (Βασιλεύς), ce qui veut dire «roi» en grec. Mais on le sur­nom­ma fina­le­ment Por­phyre, par allu­sion au pig­ment fabri­qué dans sa ville natale et qui avait rap­port à la royau­té. Haut

*** En grec Ἰάμϐλιχος. Autre­fois trans­crit Iam­blique. Haut

**** En grec «γέγονε ἱστορίας ἄξιος, εἰ καί τις ἕτερος τῶν περὶ παιδείαν διατριψάντων». Haut

***** En grec «ὁππότε πάσῃσιν ὀρέξαιτο πραπίδεσσι, ῥεῖά γε τῶν ὄντων πάντων λεύσσεσκεν ἕκαστα καί τε δέκ’ ἀνθρώπων καί τ’ εἴκοσιν αἰώνεσσι». Haut

****** Jam­blique, sect. 19. Haut

******* Por­phyre, sect. 20. Haut

******** Jam­blique, sect. 199; Dio­gène Laërce, sect. 15. Haut