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Mot-clefqi (philosophie)

sujet

«Philosophes taoïstes. Tome II. “Huainan zi”»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit du «Huai­nan hon­glie»*Grande Lumière de Huai­nan»), plus connu sous le titre de «Huai­nan zi»**[Livre du] maître de Huai­nan»), ouvrage qui, sous des allures d’encyclopédie phi­lo­so­phique, cache un véri­table plai­doyer poli­tique. Le Maître de Huai­nan avait pour nom per­son­nel Liu An*** (IIe siècle av. J.-C.). C’était un homme extrê­me­ment curieux, qui aimait fré­quen­ter des éru­dits accou­rus de tous les coins de l’Empire chi­nois; curieux aus­si par l’intérêt et l’étonnement que sa vie ins­pire : car il était petit-fils de l’Empereur et d’une fille du palais au ser­vice du roi de Zhao. On raconte qu’en la sep­tième année de son règne, l’Empereur était pas­sé par le pays de Zhao et s’était mon­tré échauf­fé et irri­té contre le roi. Ce der­nier, pour l’apaiser, lui avait offert une fille du palais — la grand-mère de notre auteur. Elle reçut la faveur impé­riale et se trou­va enceinte. Le roi de Zhao, n’osant plus la gar­der au palais, lui fit bâtir à l’extérieur une petite habi­ta­tion. Cepen­dant, l’Empereur s’en dés­in­té­res­sa, et l’Impératrice, de son côté, prit des dis­po­si­tions pour que l’affaire ne fût pas ébrui­tée. Dans le dénue­ment le plus com­plet, la fille du palais mit au monde un fils — le père de notre auteur — et se don­na la mort en manière de pro­tes­ta­tion. Un offi­cier prit res­pec­tueu­se­ment l’enfant et l’apporta à l’Empereur. L’enfant, qui fut pro­cla­mé prince de Huai­nan, eut maille à par­tir avec ses frères, nés de l’Impératrice, qui, une fois arri­vés au pou­voir, trou­vèrent un pré­texte pour le faire condam­ner. Il mou­rut de faim sur la route de l’exil, en lais­sant le titre prin­cier à son fils, Liu An — notre auteur. Liu An se mon­tra un esprit pas­sion­né pour les sciences poli­tiques et les belles-lettres. Il conçut l’idée d’une somme phi­lo­so­phique d’inspiration taoïste, où se ver­raient concen­trés tous les savoirs de son temps, et qui ren­fer­me­rait, par la même occa­sion, les meilleurs pré­ceptes sur la manière dont un Empire devrait être conduit et diri­gé. Pour réa­li­ser son pro­jet ambi­tieux, il atti­ra à sa Cour un grand nombre de let­trés — jusqu’à mille! Il leur pré­sen­ta un amas consi­dé­rable d’argent et de vivres et leur dit qu’il voyait bien que l’Empereur ne recon­nais­sait pas leur talent et leur zèle; «que leurs lumières étaient [pour­tant] bien supé­rieures à celles des ministres de la Cour impé­riale; et qu’il ne dou­tait pas qu’aidé de leurs conseils, il ne fût en état de ten­ter [son] des­sein»****. Les uns eurent pour tâche de gla­ner, dans les écrits des Anciens, tout ce qui sem­blait d’un cer­tain inté­rêt; les autres par­ti­ci­pèrent à de brillantes dis­cus­sions pré­si­dées par Liu An en per­sonne. Quant à la pater­ni­té du livre qui en résul­ta, le «Huai­nan zi», il serait injuste de com­pa­rer le rôle que Liu An a dû jouer à celui de Lü Buwei, dont le nom est rat­ta­ché aux «Prin­temps et Automnes du sieur Lü», alors qu’il n’en a été que le mécène. Si l’on admet, comme le font les savants, l’unité du «Huai­nan zi», il n’y a pas de rai­son d’en refu­ser le mérite essen­tiel à Liu An.

* En chi­nois «淮南鴻烈». Autre­fois trans­crit «Houai-nan hong-lie». Haut

** En chi­nois «淮南子». Autre­fois trans­crit «Houai Nan-tseu», «Hoai-nan-tse», «Hoay-nan-tse» ou «Huai-nan-tzu». Haut

*** En chi­nois 劉安. Par­fois trans­crit Lieou Ngan ou Lieau An. Haut

**** «His­toire géné­rale de la Chine, ou Annales de cet Empire, tra­duites du “Tong-kien-kang-mou”. Tome III». Haut

Zhang Zai, «Le “Si-ming” : traité philosophique»

dans « Actes du VIIIᵉ Congrès international des orientalistes. Tome IV », p. 33-52

dans «Actes du VIIIe Congrès inter­na­tio­nal des orien­ta­listes. Tome IV», p. 33-52

Il s’agit du «Manuel de l’Ouest», ou lit­té­ra­le­ment «Ins­crip­tion de l’Ouest», trai­té très court, mais sublime, du phi­lo­sophe confu­céen Zhang Zai* (XIe siècle apr. J.-C.). Cet auteur chi­nois a lais­sé un livre impo­sant en dix-sept tomes**, consi­dé­ré comme l’œuvre majeure du confu­cia­nisme de son temps; mais, dans l’enseignement qu’il pro­di­guait à ses dis­ciples, il se ser­vait spé­cia­le­ment, comme manuels, des deux extraits les plus emblé­ma­tiques de son livre, qu’il avait ins­crits sur les murs de la salle de classe, à l’Ouest et à l’Est. De là, le nom qui leur est don­né : «Xi-ming»*** et «Dong-ming»****, c’est-à-dire : «Manuel de l’Ouest» et «Manuel de l’Est». Le pre­mier est de loin le plus renom­mé. Il est consa­cré à l’origine du monde et la fra­ter­ni­té de tous les êtres. Dans ce trai­té, Zhang Zai sou­tient que l’humanité est née d’un même sein; elle for­mait à l’origine une seule sub­stance qui s’est diver­si­fiée. Il en est de même des autres êtres dans ce monde; tous pro­viennent d’une même sub­stance uni­ver­selle et d’une même impul­sion direc­trice, consti­tuant et coor­don­nant toutes choses : «Les hommes ne forment avec nous qu’un même sein; les êtres non intel­li­gents sont nos consorts»*****. Or, tout n’étant qu’un même arbre avec dix mille branches; le monde n’étant qu’une famille, et la nation — un homme, «tout [ce] qui dans ce monde est pauvre et dans le besoin, affli­gé ou malade, orphe­lin ou aban­don­né, veuf ou veuve, doit être pour nous comme un frère dans le besoin ou l’infortune, et qui n’a point d’autre sou­tien»******. La doc­trine de la com­mu­nau­té d’origine conduit ain­si à un prin­cipe moral de cha­ri­té et de pié­té filiale, fon­de­ment de la ver­tu des saints : «Hono­rer les gens âgés, res­pec­ter les supé­rieurs, être cha­ri­table envers… les aban­don­nés et les pauvres, c’est la ver­tu par­faite des saints, c’est la conduite dis­tinc­tive des sages… Les pro­té­ger dans ces cir­cons­tances, c’est le devoir d’un fils; [et] les réjouir et ne jamais les affli­ger, c’est la per­fec­tion de la pié­té filiale»*******.

* En chi­nois 張載. Autre­fois trans­crit Chang Tsai ou Tchang-tsai. Haut

** «Zheng Meng» («正蒙»). Autre­fois trans­crit «Cheng Meng» ou «Tcheng Meng». Haut

*** En chi­nois «西銘». Autre­fois trans­crit «Hsi-ming» ou «Si-ming». Haut

**** En chi­nois «東銘». Autre­fois trans­crit «Toung-ming» ou «Tong-ming». Haut

***** p. 41-42. À com­pa­rer avec ce pas­sage des «Entre­tiens de Confu­cius» : «Que l’honnête homme fasse son devoir gra­ve­ment et sans faillir, qu’il traite autrui avec res­pect et civi­li­té, et sur cette terre, tous les hommes seront ses frères». Haut

****** p. 43. Haut

******* p. 43-44. Haut