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Faxian, «Mémoire sur les pays bouddhiques»

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Biblio­thèque chi­noise, Paris

Il s’agit du «Mémoire sur les pays boud­dhiques»*Fo guo ji»**) de Faxian***. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux***** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* Autre­fois tra­duit «Rela­tion des royaumes boud­dhiques». Haut

** En chi­nois «佛國記». Autre­fois trans­crit «Foĕ kouĕ ki», «Foe kue ki», «Fo kouo ki» ou «Fo kuo chi». Éga­le­ment connu sous le titre de «法顯傳» («Fa xian zhuan»), c’est-à-dire «Bio­gra­phie de Faxian». Autre­fois trans­crit «Fa-hien-tch’ouen», «Fa-hien tchouan» ou «Fa-hsien chuan». Haut

*** En chi­nois 法顯. Par­fois trans­crit Fă Hian, Fah-hiyan, Fa-hein, Fa-hien ou Fa-hsien. Haut

**** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

***** Yijing. Haut

Huili et Yancong, «Histoire de la vie de Xuanzang et de ses voyages dans l’Inde, depuis l’an 629 jusqu’en 645»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Bio­gra­phie de Xuan­zang», ou lit­té­ra­le­ment «Bio­gra­phie du Maître des Trois Cor­beilles de la Loi du monas­tère de la Grande Bien­veillance»*Da ci en si san zang fa shi zhuan»**) de Hui­li*** et Yan­cong****. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»*****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux****** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* Autre­fois tra­duit «His­toire de la vie de Hiouen-thsang», «His­toire du Maître de la Loi des Trois Cor­beilles du couvent de la Grande Bien­fai­sance», «La Vie de Maître San­zang du monas­tère de la Grande Bien­veillance», «Bio­gra­phie du Maître Tri­piṭa­ka du temple de la Grande Com­pas­sion» ou «Bio­gra­phie du Maître de la Loi des Trois Cor­beilles du monas­tère de la Grande Com­pas­sion». Haut

** En chi­nois «大慈恩寺三藏法師傳». Autre­fois trans­crit «Ta-ts’e-’en-sse-san-thsang-fa-sse-tch’ouen», «Ta-ts’eu-ngen-sseu san-tsang fa-che tchouan», «Ta-tz’u-en-szu san-tsang fa-shih chuan» ou «Ta-tz’u-en-ssu san-tsang fa-shih chuan». Éga­le­ment connu sous le titre allon­gé de «大唐大慈恩寺三藏法師傳» («Da Tang da ci en si san zang fa shi zhuan»), c’est-à-dire «Bio­gra­phie du Maître des Trois Cor­beilles de la Loi rési­dant au monas­tère de la Grande Bien­veillance à l’époque des grands Tang». Haut

*** En chi­nois 慧立. Par­fois trans­crit Hoeï-li, Houei-li, Kwui Li ou Hwui-li. Haut

**** En chi­nois 彥悰. Par­fois trans­crit Yen-thsang, Yen-thsong, Yen-ts’ong ou Yen Ts’ung. Haut

***** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

****** Yijing. Haut

Xuanzang, «Mémoires sur les contrées occidentales. Tome II. Livres IX à XII»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires sur les contrées de l’Ouest* à l’époque des grands Tang»**Da Tang xi yu ji»***) de Xuan­zang****. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»*****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux****** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* L’Asie cen­trale et l’Inde, situées à l’Ouest de l’Empire chi­nois. Haut

** Autre­fois tra­duit «Mémoires sur les contrées occi­den­tales, com­po­sés sous la dynas­tie des grands Thang». Haut

*** En chi­nois «大唐西域記». Autre­fois trans­crit «Ta-Thang-si-yu-ki», «Ta-Thang-hsi-yu-tchi» ou «Ta T’ang hsi-yü chi». Éga­le­ment connu sous le titre abré­gé de «西域記». Autre­fois trans­crit «Hsi-yü-chih». Haut

**** En chi­nois 玄奘. Par­fois trans­crit Hiuen-tchoang, Hiuen Tsiang, Hiouen-thsang, Hiuan-tsang, Hsuang-tsang, Hsüan-tsang, Hwen Thsang, Hüan Chwang, Yuan Chwang ou Zuan­zang. Haut

***** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

****** Yijing. Haut

Xuanzang, «Mémoires sur les contrées occidentales. Tome I. Livres I à VIII»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires sur les contrées de l’Ouest* à l’époque des grands Tang»**Da Tang xi yu ji»***) de Xuan­zang****. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»*****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux****** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* L’Asie cen­trale et l’Inde, situées à l’Ouest de l’Empire chi­nois. Haut

** Autre­fois tra­duit «Mémoires sur les contrées occi­den­tales, com­po­sés sous la dynas­tie des grands Thang». Haut

*** En chi­nois «大唐西域記». Autre­fois trans­crit «Ta-Thang-si-yu-ki», «Ta-Thang-hsi-yu-tchi» ou «Ta T’ang hsi-yü chi». Éga­le­ment connu sous le titre abré­gé de «西域記». Autre­fois trans­crit «Hsi-yü-chih». Haut

**** En chi­nois 玄奘. Par­fois trans­crit Hiuen-tchoang, Hiuen Tsiang, Hiouen-thsang, Hiuan-tsang, Hsuang-tsang, Hsüan-tsang, Hwen Thsang, Hüan Chwang, Yuan Chwang ou Zuan­zang. Haut

***** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

****** Yijing. Haut

«Deux Chapitres extraits des mémoires de Yijing sur son voyage dans l’Inde»

dans « Journal asiatique », sér. 8, vol. 12, p. 411-439

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 8, vol. 12, p. 411-439

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de la «Rela­tion sur le boud­dhisme, envoyée des mers du Sud»*Nan hai ji gui nei fa zhuan»**) de Yijing***. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux***** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* Autre­fois tra­duit «His­toire de la loi inté­rieure, envoyée de la mer du Sud» ou «Mémoire sur la loi inté­rieure, envoyé des mers du Sud». Haut

** En chi­nois «南海寄歸內法傳». Autre­fois trans­crit «Nan-haï-khi-koueï-neï-fa-tch’ouen», «Nan hai ki kouei nei fa tchouan», «Nan-hai-ki-koei-nei-fa-tchoan» ou «Nan-hai-chi-kuei-nai-fa-ch’uan». Haut

*** En chi­nois 義淨. Par­fois trans­crit I-tsing, Yi-tsing, Y-tsing, I-tshing, Yi Ching ou I-ching. Haut

**** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

***** Yijing. Haut

Yijing, «Mémoire composé à l’époque de la grande dynastie T’ang sur les religieux éminents qui allèrent chercher la Loi dans les pays d’Occident»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest* à l’époque des grands Tang»**Da Tang xi yu qiu fa gao seng zhuan»***) de Yijing****. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une série de bio­gra­phies et de mémoires où se trouvent rela­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre patrie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables : «Ils sont allés jusqu’aux limites du monde et ils ont vu là où toutes choses finissent»*****. L’immense entre­prise sino-indienne de ces pèle­rins, qui s’en allaient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être saluée — au-delà de son sens reli­gieux — comme l’une des mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de remon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude appre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de manus­crits, qu’ils emme­naient avec eux au retour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, entou­rés de dis­ciples. Leur impor­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut inouïe. N’eût été leur rôle de média­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute jamais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les périls et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, auraient pu décou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre devaient tra­ver­ser des déserts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les osse­ments des bêtes et des gens qui y avaient trou­vé la mort; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer hasar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux****** déclare en pré­am­bule de sa «Rela­tion sur les moines émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest» : «Consi­dé­rons depuis les temps anciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sacri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient reve­nir, [et] cepen­dant, la voie triom­phante était semée de dif­fi­cul­tés; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des dizaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui entre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et don­na des résul­tats véri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les immen­si­tés des déserts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du soleil qui crache son ardeur; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gigan­tesque».

* L’Asie cen­trale et l’Inde, situées à l’Ouest de l’Empire chi­nois. Haut

** Autre­fois tra­duit «Récit de l’éminent moine T’ang qui voya­gea vers la région occi­den­tale en quête de la Loi» ou «Mémoire com­po­sé à l’époque de la grande dynas­tie T’ang sur les reli­gieux émi­nents qui allèrent cher­cher la Loi dans les pays d’Occident». Haut

*** En chi­nois «大唐西域求法高僧傳». Autre­fois trans­crit «Ta-T’ang-si-yu-k’ieou-fa-kao-seng-tchoan», «Ta T’ang si yu k’ieou fa kao seng tchouan» ou «Ta T’ang hsi-yü ch’iu-fa kao-sêng ch’uan». Éga­le­ment connu sous le titre abré­gé de «求法高僧傳». Autre­fois trans­crit «Khieou-fa-kao-seng-tch’ouen», «Kieou-fa-kao-seng-tchuen» ou «Kau-fa-kao-sang-chuen». Haut

**** En chi­nois 義淨. Par­fois trans­crit I-tsing, Yi-tsing, Y-tsing, I-tshing, Yi Ching ou I-ching. Haut

***** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde». Haut

****** Yijing. Haut

Saigyô, «Poèmes de ma hutte de montagne»

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

«La Légende de Saïgyô»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cer­gy

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

Saigyô, «Vers le Vide : poèmes»

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut