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Mot-clefSerge de Beaurecueil

auteur • tra­duc­teur ou tra­duc­trice

«Un Opuscule de Khwāja ‘Abdallāh Anṣārī concernant les bienséances des soufis»

dans « Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale », vol. 59, p. 203-239

dans «Bul­le­tin de l’Institut fran­çais d’archéologie orien­tale», vol. 59, p. 203-239

Il s’agit de l’«Abré­gé concer­nant les bien­séances des sou­fis et de ceux qui che­minent dans la voie de Dieu» («Mokh­ta­sar fî âdâb al-sûfiyya wa-l-sâli­kîn li-tarîq al-Haqq»*) de Khwâd­ja ‘Abdul­lâh Ansâ­rî**, mys­tique musul­man né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afgha­nis­tan; sur­nom­mé pour cette rai­son Harawî***l’homme de Hérat»). Peu connu en Occi­dent, n’ayant lais­sé chez les Arabes que le sou­ve­nir d’un polé­miste viru­lent qui «pas­sait à l’injure dès qu’il consta­tait la moindre diver­gence de vues avec son inter­lo­cu­teur» (selon Ibn Rajab Bagh­dâ­dî****), Ansâ­rî n’a pas ces­sé pour­tant de rayon­ner sur les peuples de langue per­sane, pour les­quels il repré­sente l’un des plus anciens monu­ments de leur prose. Pour le peuple afghan sur­tout qui par­tage sa culture et sa finesse, en même temps que son tem­pé­ra­ment bouillant et altier, il demeure un pro­tec­teur et un inter­ces­seur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèle­ri­nages, et les nap­pe­rons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étran­gers, portent, enca­drés d’une mos­quée sty­li­sée, ses «Cris du cœur»; celui-ci par exemple : «Mon Dieu! Tu es dans les sou­pirs des hommes géné­reux, et pré­sent dans les cœurs de ceux qui se sou­viennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi»*****. Enfant pro­dige qui maniait le per­san et l’arabe avec une égale aisance, en une prose ryth­mée, Ansâ­rî vivait dans un siècle extrê­me­ment agi­té, où s’écroulait l’Empire ghaz­né­vide et nais­sait l’Empire seld­jou­kide; où s’entrechoquaient les idées, sou­vent avec vio­lence. Il s’engagea à fond dans les polé­miques de son temps, tout en étu­diant les sciences reli­gieuses. Une ren­contre bou­le­ver­sante avec Kha­ra­qâ­nî, un vieux sou­fi illet­tré qui lira dans les lettres de son cœur, réveille­ra en lui une foi sans faille qui moti­ve­ra ses tra­vaux, qui four­ni­ra la trame de son ensei­gne­ment spi­ri­tuel et qui sou­tien­dra son cou­rage dans toutes les per­sé­cu­tions menées par ses adver­saires. Deve­nu aveugle sur la fin de sa vie, il dic­te­ra ses ouvrages les plus impo­sants à des dis­ciples jeunes et fer­vents au cours de pro­me­nades au milieu de tulipes.

* En arabe «مختصرفى آداب الصوفية و السالكين الطريق الحق». Par­fois trans­crit «Mokh­taṣar fī ādāb aṣ-ṣūfiyya wa-s-sālikīn li-ṭarīq al-Ḥaqq». Haut

** En per­san خواجه عبدالله انصاری. Autre­fois trans­crit Khawâd­jâ ‘Abd Allâh Ansâ­rî, Khwâ­ja Abdal­lah Ançâ­ri ou Kha­jeh Abdol­lah Ansa­ri. Haut

*** En arabe هروي. Par­fois trans­crit Heravī ou Hera­wi. Haut

**** Dans «Khwād­ja ‘Abdullāh Anṣārī : mys­tique han­ba­lite», p. 130. Haut

***** no 108. Haut

«Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī (1006-1089 apr. J.-C.) : mystique hanbalite»

éd. Imprimerie catholique, coll. Recherches publiées sous la direction de l’Institut de lettres orientales de Beyrouth, Beyrouth

éd. Impri­me­rie catho­lique, coll. Recherches publiées sous la direc­tion de l’Institut de lettres orien­tales de Bey­routh, Bey­routh

Il s’agit du Divan (Recueil de poé­sies) et autres œuvres de Khwâd­ja ‘Abdul­lâh Ansâ­rî*, mys­tique musul­man né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afgha­nis­tan; sur­nom­mé pour cette rai­son Harawî**l’homme de Hérat»). Peu connu en Occi­dent, n’ayant lais­sé chez les Arabes que le sou­ve­nir d’un polé­miste viru­lent qui «pas­sait à l’injure dès qu’il consta­tait la moindre diver­gence de vues avec son inter­lo­cu­teur» (selon Ibn Rajab Bagh­dâ­dî***), Ansâ­rî n’a pas ces­sé pour­tant de rayon­ner sur les peuples de langue per­sane, pour les­quels il repré­sente l’un des plus anciens monu­ments de leur prose. Pour le peuple afghan sur­tout qui par­tage sa culture et sa finesse, en même temps que son tem­pé­ra­ment bouillant et altier, il demeure un pro­tec­teur et un inter­ces­seur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèle­ri­nages, et les nap­pe­rons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étran­gers, portent, enca­drés d’une mos­quée sty­li­sée, ses «Cris du cœur»; celui-ci par exemple : «Mon Dieu! Tu es dans les sou­pirs des hommes géné­reux, et pré­sent dans les cœurs de ceux qui se sou­viennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi»****. Enfant pro­dige qui maniait le per­san et l’arabe avec une égale aisance, en une prose ryth­mée, Ansâ­rî vivait dans un siècle extrê­me­ment agi­té, où s’écroulait l’Empire ghaz­né­vide et nais­sait l’Empire seld­jou­kide; où s’entrechoquaient les idées, sou­vent avec vio­lence. Il s’engagea à fond dans les polé­miques de son temps, tout en étu­diant les sciences reli­gieuses. Une ren­contre bou­le­ver­sante avec Kha­ra­qâ­nî, un vieux sou­fi illet­tré qui lira dans les lettres de son cœur, réveille­ra en lui une foi sans faille qui moti­ve­ra ses tra­vaux, qui four­ni­ra la trame de son ensei­gne­ment spi­ri­tuel et qui sou­tien­dra son cou­rage dans toutes les per­sé­cu­tions menées par ses adver­saires. Deve­nu aveugle sur la fin de sa vie, il dic­te­ra ses ouvrages les plus impo­sants à des dis­ciples jeunes et fer­vents au cours de pro­me­nades au milieu de tulipes.

* En per­san خواجه عبدالله انصاری. Autre­fois trans­crit Khawâd­jâ ‘Abd Allâh Ansâ­rî, Khwâ­ja Abdal­lah Ançâ­ri ou Kha­jeh Abdol­lah Ansa­ri. Haut

** En arabe هروي. Par­fois trans­crit Heravī ou Hera­wi. Haut

*** Dans «Khwād­ja ‘Abdullāh Anṣārī : mys­tique han­ba­lite», p. 130. Haut

**** no 108. Haut

Ansârî, «Chemin de Dieu : trois traités spirituels»

éd. Sindbad, coll. La Bibliothèque de l’islam, Paris

éd. Sind­bad, coll. La Biblio­thèque de l’islam, Paris

Il s’agit des «Cent ter­rains» («Sad may­dân»*), des «Étapes des iti­né­rants vers Dieu» («Manâ­zil al-sâ’irîn»**) et autres œuvres de Khwâd­ja ‘Abdul­lâh Ansâ­rî***, mys­tique musul­man né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afgha­nis­tan; sur­nom­mé pour cette rai­son Harawî****l’homme de Hérat»). Peu connu en Occi­dent, n’ayant lais­sé chez les Arabes que le sou­ve­nir d’un polé­miste viru­lent qui «pas­sait à l’injure dès qu’il consta­tait la moindre diver­gence de vues avec son inter­lo­cu­teur» (selon Ibn Rajab Bagh­dâ­dî*****), Ansâ­rî n’a pas ces­sé pour­tant de rayon­ner sur les peuples de langue per­sane, pour les­quels il repré­sente l’un des plus anciens monu­ments de leur prose. Pour le peuple afghan sur­tout qui par­tage sa culture et sa finesse, en même temps que son tem­pé­ra­ment bouillant et altier, il demeure un pro­tec­teur et un inter­ces­seur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèle­ri­nages, et les nap­pe­rons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étran­gers, portent, enca­drés d’une mos­quée sty­li­sée, ses «Cris du cœur»; celui-ci par exemple : «Mon Dieu! Tu es dans les sou­pirs des hommes géné­reux, et pré­sent dans les cœurs de ceux qui se sou­viennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi»******. Enfant pro­dige qui maniait le per­san et l’arabe avec une égale aisance, en une prose ryth­mée, Ansâ­rî vivait dans un siècle extrê­me­ment agi­té, où s’écroulait l’Empire ghaz­né­vide et nais­sait l’Empire seld­jou­kide; où s’entrechoquaient les idées, sou­vent avec vio­lence. Il s’engagea à fond dans les polé­miques de son temps, tout en étu­diant les sciences reli­gieuses. Une ren­contre bou­le­ver­sante avec Kha­ra­qâ­nî, un vieux sou­fi illet­tré qui lira dans les lettres de son cœur, réveille­ra en lui une foi sans faille qui moti­ve­ra ses tra­vaux, qui four­ni­ra la trame de son ensei­gne­ment spi­ri­tuel et qui sou­tien­dra son cou­rage dans toutes les per­sé­cu­tions menées par ses adver­saires. Deve­nu aveugle sur la fin de sa vie, il dic­te­ra ses ouvrages les plus impo­sants à des dis­ciples jeunes et fer­vents au cours de pro­me­nades au milieu de tulipes.

* En per­san «صد میدان». Par­fois trans­crit «Ṣad maidān». Haut

** En arabe «منازل السائرين». Par­fois trans­crit «Manâ­ze­los­sâé­rin» ou «Manâ­zel ussâ’erîn». Haut

*** En per­san خواجه عبدالله انصاری. Autre­fois trans­crit Khawâd­jâ ‘Abd Allâh Ansâ­rî, Khwâ­ja Abdal­lah Ançâ­ri ou Kha­jeh Abdol­lah Ansa­ri. Haut

**** En arabe هروي. Par­fois trans­crit Heravī ou Hera­wi. Haut

***** Dans «Khwād­ja ‘Abdullāh Anṣārī : mys­tique han­ba­lite», p. 130. Haut

****** no 108. Haut

Ansârî, «Cris du cœur, “Munâjât”»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Islam, Paris

Il s’agit des «Cris du cœur» («Monâ­jât»*, lit­té­ra­le­ment «Orai­sons impro­vi­sées») de Khwâd­ja ‘Abdul­lâh Ansâ­rî**, mys­tique musul­man né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afgha­nis­tan; sur­nom­mé pour cette rai­son Harawî***l’homme de Hérat»). Peu connu en Occi­dent, n’ayant lais­sé chez les Arabes que le sou­ve­nir d’un polé­miste viru­lent qui «pas­sait à l’injure dès qu’il consta­tait la moindre diver­gence de vues avec son inter­lo­cu­teur» (selon Ibn Rajab Bagh­dâ­dî****), Ansâ­rî n’a pas ces­sé pour­tant de rayon­ner sur les peuples de langue per­sane, pour les­quels il repré­sente l’un des plus anciens monu­ments de leur prose. Pour le peuple afghan sur­tout qui par­tage sa culture et sa finesse, en même temps que son tem­pé­ra­ment bouillant et altier, il demeure un pro­tec­teur et un inter­ces­seur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèle­ri­nages, et les nap­pe­rons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étran­gers, portent, enca­drés d’une mos­quée sty­li­sée, ses «Cris du cœur»; celui-ci par exemple : «Mon Dieu! Tu es dans les sou­pirs des hommes géné­reux, et pré­sent dans les cœurs de ceux qui se sou­viennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi»*****. Enfant pro­dige qui maniait le per­san et l’arabe avec une égale aisance, en une prose ryth­mée, Ansâ­rî vivait dans un siècle extrê­me­ment agi­té, où s’écroulait l’Empire ghaz­né­vide et nais­sait l’Empire seld­jou­kide; où s’entrechoquaient les idées, sou­vent avec vio­lence. Il s’engagea à fond dans les polé­miques de son temps, tout en étu­diant les sciences reli­gieuses. Une ren­contre bou­le­ver­sante avec Kha­ra­qâ­nî, un vieux sou­fi illet­tré qui lira dans les lettres de son cœur, réveille­ra en lui une foi sans faille qui moti­ve­ra ses tra­vaux, qui four­ni­ra la trame de son ensei­gne­ment spi­ri­tuel et qui sou­tien­dra son cou­rage dans toutes les per­sé­cu­tions menées par ses adver­saires. Deve­nu aveugle sur la fin de sa vie, il dic­te­ra ses ouvrages les plus impo­sants à des dis­ciples jeunes et fer­vents au cours de pro­me­nades au milieu de tulipes.

* En per­san «مناجات». Autre­fois trans­crit «Monâd­jât», «Munād­jāt» ou «Munâ­jât». Haut

** En per­san خواجه عبدالله انصاری. Autre­fois trans­crit Khawâd­jâ ‘Abd Allâh Ansâ­rî, Khwâ­ja Abdal­lah Ançâ­ri ou Kha­jeh Abdol­lah Ansa­ri. Haut

*** En arabe هروي. Par­fois trans­crit Heravī ou Hera­wi. Haut

**** Dans «Khwād­ja ‘Abdullāh Anṣārī : mys­tique han­ba­lite», p. 130. Haut

***** no 108. Haut

le père de Beaurecueil, «Je crois en l’étoile du matin»

éd. du Cerf, coll. Épiphanie, Paris

éd. du Cerf, coll. Épi­pha­nie, Paris

Il s’agit de «Je crois en l’étoile du matin» du père Serge de Beau­re­cueil, reli­gieux fran­çais, grand connais­seur de l’Afghanistan. En entrant dans l’Ordre de saint Domi­nique en 1935 et en enten­dant pour la pre­mière fois le père Che­nu lui par­ler de l’Égypte, où il par­tit en 1946, com­ment le père de Beau­re­cueil aurait-il pu sup­po­ser que sa patrie spi­ri­tuelle, sa terre pro­mise serait beau­coup plus loin, dans les mon­tagnes de l’Asie Cen­trale? Dieu l’y condui­sit pas à pas et presque sans qu’il s’en aper­çût. La «ren­contre» for­tuite d’un mys­tique afghan du XIe siècle apr. J.-C., Ansâ­rî, fut déci­sive. Le père de Beau­re­cueil n’y vit au début qu’un bon sujet d’étude à pour­suivre au couvent du Caire. Il entre­prit d’éditer rigou­reu­se­ment, à par­tir de tous les manus­crits exis­tants, les textes ori­gi­naux d’Ansârî, en per­san et en arabe, ce mys­tique ayant écrit dans les deux langues. Il en apprit même les plus beaux pas­sages par cœur pour nour­rir ses médi­ta­tions; celui-ci par exemple : «Com­ment aurais-je su que la souf­france est mère de la joie, et que sous une décep­tion se cachent mille tré­sors?»*, qu’il rap­pro­chait du psaume biblique : «Ceux qui sèment dans les larmes, mois­sonnent avec des cris de joie»**. Ses tra­vaux magis­traux lui valurent d’être invi­té à Kaboul pour un sémi­naire sur Ansâ­rî, en 1962. On lui sug­gé­ra de res­ter, ce qu’il fit une bonne ving­taine d’années. La ville de Kaboul, ren­dez-vous de tant d’ethnies, invi­tées à se recon­naître, à vivre ensemble, avec évi­dem­ment tous les heurts pos­sibles, le fas­ci­na : «Kaboul, ma fian­cée, mon épouse, dont je porte la bague, don­née il y a bien long­temps par un petit bon­homme épi­lep­tique que j’avais fait soi­gner!… Quel roman d’amour entre nous! Avec bien­tôt vingt ans de fidé­li­té», écrit-il dans un hymne consa­cré à cette ville

* «Cris du cœur, “Munâ­jât”», no 28. Haut

** «Livre des psaumes», CXXVI, 5. Haut

le père de Beaurecueil, «Un Chrétien en Afghanistan. Nous avons partagé le pain et le sel • Prêtre des non-chrétiens»

éd. du Cerf, coll. Foi vivante, Paris

éd. du Cerf, coll. Foi vivante, Paris

Il s’agit d’«Un Chré­tien en Afgha­nis­tan» du père Serge de Beau­re­cueil, reli­gieux fran­çais, grand connais­seur de l’Afghanistan. En entrant dans l’Ordre de saint Domi­nique en 1935 et en enten­dant pour la pre­mière fois le père Che­nu lui par­ler de l’Égypte, où il par­tit en 1946, com­ment le père de Beau­re­cueil aurait-il pu sup­po­ser que sa patrie spi­ri­tuelle, sa terre pro­mise serait beau­coup plus loin, dans les mon­tagnes de l’Asie Cen­trale? Dieu l’y condui­sit pas à pas et presque sans qu’il s’en aper­çût. La «ren­contre» for­tuite d’un mys­tique afghan du XIe siècle apr. J.-C., Ansâ­rî, fut déci­sive. Le père de Beau­re­cueil n’y vit au début qu’un bon sujet d’étude à pour­suivre au couvent du Caire. Il entre­prit d’éditer rigou­reu­se­ment, à par­tir de tous les manus­crits exis­tants, les textes ori­gi­naux d’Ansârî, en per­san et en arabe, ce mys­tique ayant écrit dans les deux langues. Il en apprit même les plus beaux pas­sages par cœur pour nour­rir ses médi­ta­tions; celui-ci par exemple : «Com­ment aurais-je su que la souf­france est mère de la joie, et que sous une décep­tion se cachent mille tré­sors?»*, qu’il rap­pro­chait du psaume biblique : «Ceux qui sèment dans les larmes, mois­sonnent avec des cris de joie»**. Ses tra­vaux magis­traux lui valurent d’être invi­té à Kaboul pour un sémi­naire sur Ansâ­rî, en 1962. On lui sug­gé­ra de res­ter, ce qu’il fit une bonne ving­taine d’années. La ville de Kaboul, ren­dez-vous de tant d’ethnies, invi­tées à se recon­naître, à vivre ensemble, avec évi­dem­ment tous les heurts pos­sibles, le fas­ci­na : «Kaboul, ma fian­cée, mon épouse, dont je porte la bague, don­née il y a bien long­temps par un petit bon­homme épi­lep­tique que j’avais fait soi­gner!… Quel roman d’amour entre nous! Avec bien­tôt vingt ans de fidé­li­té», écrit-il dans un hymne consa­cré à cette ville

* «Cris du cœur, “Munâ­jât”», no 28. Haut

** «Livre des psaumes», CXXVI, 5. Haut

le père de Beaurecueil, «Mes enfants de Kaboul»

éd. du Cerf, Paris

éd. du Cerf, Paris

Il s’agit de «Mes enfants de Kaboul» du père Serge de Beau­re­cueil, reli­gieux fran­çais, grand connais­seur de l’Afghanistan. En entrant dans l’Ordre de saint Domi­nique en 1935 et en enten­dant pour la pre­mière fois le père Che­nu lui par­ler de l’Égypte, où il par­tit en 1946, com­ment le père de Beau­re­cueil aurait-il pu sup­po­ser que sa patrie spi­ri­tuelle, sa terre pro­mise serait beau­coup plus loin, dans les mon­tagnes de l’Asie Cen­trale? Dieu l’y condui­sit pas à pas et presque sans qu’il s’en aper­çût. La «ren­contre» for­tuite d’un mys­tique afghan du XIe siècle apr. J.-C., Ansâ­rî, fut déci­sive. Le père de Beau­re­cueil n’y vit au début qu’un bon sujet d’étude à pour­suivre au couvent du Caire. Il entre­prit d’éditer rigou­reu­se­ment, à par­tir de tous les manus­crits exis­tants, les textes ori­gi­naux d’Ansârî, en per­san et en arabe, ce mys­tique ayant écrit dans les deux langues. Il en apprit même les plus beaux pas­sages par cœur pour nour­rir ses médi­ta­tions; celui-ci par exemple : «Com­ment aurais-je su que la souf­france est mère de la joie, et que sous une décep­tion se cachent mille tré­sors?»*, qu’il rap­pro­chait du psaume biblique : «Ceux qui sèment dans les larmes, mois­sonnent avec des cris de joie»**. Ses tra­vaux magis­traux lui valurent d’être invi­té à Kaboul pour un sémi­naire sur Ansâ­rî, en 1962. On lui sug­gé­ra de res­ter, ce qu’il fit une bonne ving­taine d’années. La ville de Kaboul, ren­dez-vous de tant d’ethnies, invi­tées à se recon­naître, à vivre ensemble, avec évi­dem­ment tous les heurts pos­sibles, le fas­ci­na : «Kaboul, ma fian­cée, mon épouse, dont je porte la bague, don­née il y a bien long­temps par un petit bon­homme épi­lep­tique que j’avais fait soi­gner!… Quel roman d’amour entre nous! Avec bien­tôt vingt ans de fidé­li­té», écrit-il dans un hymne consa­cré à cette ville

* «Cris du cœur, “Munâ­jât”», no 28. Haut

** «Livre des psaumes», CXXVI, 5. Haut