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Mot-clefTôkyô (Japon)

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Kawabata, «Première Neige sur le mont Fuji et Autres Nouvelles»

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Traductions, Paris

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Tra­duc­tions, Paris

Il s’agit d’«En silence» («Mugon»*), «Pre­mière Neige sur le mont Fuji» («Fuji no hat­suyu­ki»**) et autres œuvres de Yasu­na­ri Kawa­ba­ta***, écri­vain japo­nais qui mérite d’être pla­cé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture moderne. «Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma peti­tesse je ne puis que les véné­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, regar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute», dit M. Yukio Mishi­ma dans une lettre adres­sée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami****. Kawa­ba­ta naquit en 1899. Son père, méde­cin let­tré, mou­rut de tuber­cu­lose en 1901; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, empor­tées par la même mala­die. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique parent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques habi­ta­tions, il pas­sa une enfance soli­taire, toute de silence et de mélan­co­lie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satis­faire ses fonc­tions natu­relles, tiraillé entre la com­pas­sion et le dégoût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, assis entre les grandes branches, il lisait «jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait»*****; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses parents défunts des lettres d’une éru­di­tion et d’une matu­ri­té de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un enfant : «Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur encore inno­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tra­cé les idéo­grammes de “Chas­te­té” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­se­ra jusqu’au nadir;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on arrive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­di­ra-t-il pas, fina­le­ment, lui aus­si?»

* En japo­nais «無言». Haut

** En japo­nais «富士の初雪». Haut

*** En japo­nais 川端康成. Haut

**** «Cor­res­pon­dance», p. 61-62. Haut

***** «L’Adolescent : récits auto­bio­gra­phiques», p. 45. Haut

Kawabata, «Barques en bambou, “Sasabune”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome II. Les Ailes, la Grenade, les Cheveux blancs (1945-1955) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 85-89

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome II. Les Ailes, la Gre­nade, les Che­veux blancs (1945-1955)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 85-89

Il s’agit de «Barques en bam­bou» («Sasa­bune»*) de Yasu­na­ri Kawa­ba­ta**, écri­vain japo­nais qui mérite d’être pla­cé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture moderne. «Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma peti­tesse je ne puis que les véné­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, regar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute», dit M. Yukio Mishi­ma dans une lettre adres­sée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami***. Kawa­ba­ta naquit en 1899. Son père, méde­cin let­tré, mou­rut de tuber­cu­lose en 1901; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, empor­tées par la même mala­die. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique parent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques habi­ta­tions, il pas­sa une enfance soli­taire, toute de silence et de mélan­co­lie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satis­faire ses fonc­tions natu­relles, tiraillé entre la com­pas­sion et le dégoût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, assis entre les grandes branches, il lisait «jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait»****; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses parents défunts des lettres d’une éru­di­tion et d’une matu­ri­té de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un enfant : «Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur encore inno­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tra­cé les idéo­grammes de “Chas­te­té” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­se­ra jusqu’au nadir;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on arrive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­di­ra-t-il pas, fina­le­ment, lui aus­si?»

* En japo­nais «笹舟». Haut

** En japo­nais 川端康成. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», p. 61-62. Haut

**** «L’Adolescent : récits auto­bio­gra­phiques», p. 45. Haut

Kawabata, «La Grenade, “Zakuro”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome II. Les Ailes, la Grenade, les Cheveux blancs (1945-1955) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 79-84

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome II. Les Ailes, la Gre­nade, les Che­veux blancs (1945-1955)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 79-84

Il s’agit de «La Gre­nade» («Zaku­ro»*) de Yasu­na­ri Kawa­ba­ta**, écri­vain japo­nais qui mérite d’être pla­cé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture moderne. «Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma peti­tesse je ne puis que les véné­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, regar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute», dit M. Yukio Mishi­ma dans une lettre adres­sée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami***. Kawa­ba­ta naquit en 1899. Son père, méde­cin let­tré, mou­rut de tuber­cu­lose en 1901; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, empor­tées par la même mala­die. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique parent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques habi­ta­tions, il pas­sa une enfance soli­taire, toute de silence et de mélan­co­lie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satis­faire ses fonc­tions natu­relles, tiraillé entre la com­pas­sion et le dégoût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, assis entre les grandes branches, il lisait «jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait»****; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses parents défunts des lettres d’une éru­di­tion et d’une matu­ri­té de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un enfant : «Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur encore inno­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tra­cé les idéo­grammes de “Chas­te­té” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­se­ra jusqu’au nadir;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on arrive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­di­ra-t-il pas, fina­le­ment, lui aus­si?»

* En japo­nais «ざくろ». Haut

** En japo­nais 川端康成. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», p. 61-62. Haut

**** «L’Adolescent : récits auto­bio­gra­phiques», p. 45. Haut

Kawabata, «Au fond de l’être, “Ningen no naka”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome III. Les Paons, la Grenouille, le Moine-Cigale (1955-1970) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 83-92

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome III. Les Paons, la Gre­nouille, le Moine-Cigale (1955-1970)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 83-92

Il s’agit d’«Au fond de l’être» («Nin­gen no naka»*) de Yasu­na­ri Kawa­ba­ta**, écri­vain japo­nais qui mérite d’être pla­cé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture moderne. «Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma peti­tesse je ne puis que les véné­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, regar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute», dit M. Yukio Mishi­ma dans une lettre adres­sée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami***. Kawa­ba­ta naquit en 1899. Son père, méde­cin let­tré, mou­rut de tuber­cu­lose en 1901; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, empor­tées par la même mala­die. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique parent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques habi­ta­tions, il pas­sa une enfance soli­taire, toute de silence et de mélan­co­lie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satis­faire ses fonc­tions natu­relles, tiraillé entre la com­pas­sion et le dégoût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, assis entre les grandes branches, il lisait «jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait»****; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses parents défunts des lettres d’une éru­di­tion et d’une matu­ri­té de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un enfant : «Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur encore inno­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tra­cé les idéo­grammes de “Chas­te­té” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­se­ra jusqu’au nadir;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on arrive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­di­ra-t-il pas, fina­le­ment, lui aus­si?»

* En japo­nais «人間のなか». Haut

** En japo­nais 川端康成. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», p. 61-62. Haut

**** «L’Adolescent : récits auto­bio­gra­phiques», p. 45. Haut

Humbert, «Le Japon illustré. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «Le Japon illus­tré» d’Aimé Hum­bert*, diplo­mate fran­co­phone (XIXe siècle). Dès les pre­miers contacts qu’ils eurent avec les mar­chands ou mis­sion­naires occi­den­taux, à par­tir de 1543 apr. J.-C., les Japo­nais s’intéressèrent à nos inven­tions et se mirent notam­ment à construire des «hor­loges méca­niques» («wado­kei»**) qui, bien que pro­cé­dant des mêmes prin­cipes que les nôtres, mon­traient une ori­gi­na­li­té indé­niable. Après que l’Empire du Soleil levant se fut, à par­tir de 1641 apr. J.-C., fer­mé aux étran­gers (période Sako­ku), des objets d’horlogerie conti­nuèrent cepen­dant à être impor­tés. Un cer­tain nombre de montres suisses de luxe péné­trèrent au Japon par la Chine dès la fin du XVIIIe siècle, sinon avant. La preuve en est dans celles, signées de noms d’horlogers hel­vé­tiques, que l’on y a retrou­vées plus tard. Ce n’est tou­te­fois qu’aux der­niers jours du shô­gu­nat (période Baku­mat­su) dans les années 1850 et 1860 que les impor­ta­tions de montres s’organisèrent vrai­ment. À la signa­ture des pre­miers trai­tés nip­po-suisses, le Conseil fédé­ral de la Confé­dé­ra­tion dési­gna l’Allemand Rodolphe Lin­dau, agent de l’Union hor­lo­gère***, et le Neu­châ­te­lois, Aimé Hum­bert, pré­sident de cette Union, pour se rendre en mis­sion au Japon; et ce, dans le but de ne plus dépendre des com­pa­gnies inter­mé­diaires qui contrô­laient les mar­chés de l’Asie. Les ambas­sades poli­tiques et com­mer­ciales de ces deux hommes per­mirent de recueillir, sur une nation trop peu connue encore, mais de plus en plus mêlée aux inté­rêts mon­diaux, de nom­breux témoi­gnages, estampes, pho­to­gra­phies, ency­clo­pé­dies illus­trées, etc. Ce sont ces docu­ments qui, joints à des sou­ve­nirs per­son­nels, ser­virent de base aux rela­tions de voyage que Lin­dau et Hum­bert firent paraître en 1864 et 1870.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Aimé Hum­bert-Droz. Haut

** En japo­nais 和時計. Haut

*** «Cette Union [hor­lo­gère] était un comp­toir d’escompte, de dépôts et d’exportation, une sorte de banque des­ti­née à sou­te­nir les fabri­cants d’horlogerie aux prises avec les dif­fi­cul­tés de la fin des années 1850», dit M. Fran­çois Jequier. Haut

Humbert, «Le Japon illustré. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «Le Japon illus­tré» d’Aimé Hum­bert*, diplo­mate fran­co­phone (XIXe siècle). Dès les pre­miers contacts qu’ils eurent avec les mar­chands ou mis­sion­naires occi­den­taux, à par­tir de 1543 apr. J.-C., les Japo­nais s’intéressèrent à nos inven­tions et se mirent notam­ment à construire des «hor­loges méca­niques» («wado­kei»**) qui, bien que pro­cé­dant des mêmes prin­cipes que les nôtres, mon­traient une ori­gi­na­li­té indé­niable. Après que l’Empire du Soleil levant se fut, à par­tir de 1641 apr. J.-C., fer­mé aux étran­gers (période Sako­ku), des objets d’horlogerie conti­nuèrent cepen­dant à être impor­tés. Un cer­tain nombre de montres suisses de luxe péné­trèrent au Japon par la Chine dès la fin du XVIIIe siècle, sinon avant. La preuve en est dans celles, signées de noms d’horlogers hel­vé­tiques, que l’on y a retrou­vées plus tard. Ce n’est tou­te­fois qu’aux der­niers jours du shô­gu­nat (période Baku­mat­su) dans les années 1850 et 1860 que les impor­ta­tions de montres s’organisèrent vrai­ment. À la signa­ture des pre­miers trai­tés nip­po-suisses, le Conseil fédé­ral de la Confé­dé­ra­tion dési­gna l’Allemand Rodolphe Lin­dau, agent de l’Union hor­lo­gère***, et le Neu­châ­te­lois, Aimé Hum­bert, pré­sident de cette Union, pour se rendre en mis­sion au Japon; et ce, dans le but de ne plus dépendre des com­pa­gnies inter­mé­diaires qui contrô­laient les mar­chés de l’Asie. Les ambas­sades poli­tiques et com­mer­ciales de ces deux hommes per­mirent de recueillir, sur une nation trop peu connue encore, mais de plus en plus mêlée aux inté­rêts mon­diaux, de nom­breux témoi­gnages, estampes, pho­to­gra­phies, ency­clo­pé­dies illus­trées, etc. Ce sont ces docu­ments qui, joints à des sou­ve­nirs per­son­nels, ser­virent de base aux rela­tions de voyage que Lin­dau et Hum­bert firent paraître en 1864 et 1870.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Aimé Hum­bert-Droz. Haut

** En japo­nais 和時計. Haut

*** «Cette Union [hor­lo­gère] était un comp­toir d’escompte, de dépôts et d’exportation, une sorte de banque des­ti­née à sou­te­nir les fabri­cants d’horlogerie aux prises avec les dif­fi­cul­tés de la fin des années 1850», dit M. Fran­çois Jequier. Haut

Lindau, «Un Voyage autour du Japon»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «Un Voyage autour du Japon» de Rodolphe Lin­dau*, diplo­mate fran­co­phone (XIXe siècle). Dès les pre­miers contacts qu’ils eurent avec les mar­chands ou mis­sion­naires occi­den­taux, à par­tir de 1543 apr. J.-C., les Japo­nais s’intéressèrent à nos inven­tions et se mirent notam­ment à construire des «hor­loges méca­niques» («wado­kei»**) qui, bien que pro­cé­dant des mêmes prin­cipes que les nôtres, mon­traient une ori­gi­na­li­té indé­niable. Après que l’Empire du Soleil levant se fut, à par­tir de 1641 apr. J.-C., fer­mé aux étran­gers (période Sako­ku), des objets d’horlogerie conti­nuèrent cepen­dant à être impor­tés. Un cer­tain nombre de montres suisses de luxe péné­trèrent au Japon par la Chine dès la fin du XVIIIe siècle, sinon avant. La preuve en est dans celles, signées de noms d’horlogers hel­vé­tiques, que l’on y a retrou­vées plus tard. Ce n’est tou­te­fois qu’aux der­niers jours du shô­gu­nat (période Baku­mat­su) dans les années 1850 et 1860 que les impor­ta­tions de montres s’organisèrent vrai­ment. À la signa­ture des pre­miers trai­tés nip­po-suisses, le Conseil fédé­ral de la Confé­dé­ra­tion dési­gna l’Allemand Rodolphe Lin­dau, agent de l’Union hor­lo­gère***, et le Neu­châ­te­lois, Aimé Hum­bert, pré­sident de cette Union, pour se rendre en mis­sion au Japon; et ce, dans le but de ne plus dépendre des com­pa­gnies inter­mé­diaires qui contrô­laient les mar­chés de l’Asie. Les ambas­sades poli­tiques et com­mer­ciales de ces deux hommes per­mirent de recueillir, sur une nation trop peu connue encore, mais de plus en plus mêlée aux inté­rêts mon­diaux, de nom­breux témoi­gnages, estampes, pho­to­gra­phies, ency­clo­pé­dies illus­trées, etc. Ce sont ces docu­ments qui, joints à des sou­ve­nirs per­son­nels, ser­virent de base aux rela­tions de voyage que Lin­dau et Hum­bert firent paraître en 1864 et 1870.

* En alle­mand Rudolf Lin­dau. Haut

** En japo­nais 和時計. Haut

*** «Cette Union [hor­lo­gère] était un comp­toir d’escompte, de dépôts et d’exportation, une sorte de banque des­ti­née à sou­te­nir les fabri­cants d’horlogerie aux prises avec les dif­fi­cul­tés de la fin des années 1850», dit M. Fran­çois Jequier. Haut

Akutagawa, «Jambes de cheval»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fic­tion, Paris

Il s’agit de «Jambes de che­val» («Uma no ashi»*) et autres nou­velles d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «馬の脚». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

«Un Haïku satirique : le “senryû”»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Bibliothèque japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Biblio­thèque japo­naise, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Haïku érotiques : extraits de la “Fleur du bout” et du “Tonneau de saule”»

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Pic­quier poche, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Courtisanes du Japon»

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

Kawabata, «Les Pissenlits : roman [inachevé]»

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Traductions, Paris

éd. A. Michel, coll. Les Grandes Tra­duc­tions, Paris

Il s’agit des «Pis­sen­lits» («Tan­po­po»*) de Yasu­na­ri Kawa­ba­ta**, écri­vain japo­nais qui mérite d’être pla­cé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture moderne. «Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma peti­tesse je ne puis que les véné­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, regar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute», dit M. Yukio Mishi­ma dans une lettre adres­sée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami***. Kawa­ba­ta naquit en 1899. Son père, méde­cin let­tré, mou­rut de tuber­cu­lose en 1901; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, empor­tées par la même mala­die. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique parent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques habi­ta­tions, il pas­sa une enfance soli­taire, toute de silence et de mélan­co­lie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satis­faire ses fonc­tions natu­relles, tiraillé entre la com­pas­sion et le dégoût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, assis entre les grandes branches, il lisait «jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait»****; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses parents défunts des lettres d’une éru­di­tion et d’une matu­ri­té de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un enfant : «Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur encore inno­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tra­cé les idéo­grammes de “Chas­te­té” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­se­ra jusqu’au nadir;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on arrive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­di­ra-t-il pas, fina­le­ment, lui aus­si?»

* En japo­nais «たんぽぽ». Haut

** En japo­nais 川端康成. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», p. 61-62. Haut

**** «L’Adolescent : récits auto­bio­gra­phiques», p. 45. Haut

Kawabata, «L’Adolescent : récits autobiographiques»

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de «Grand-mère» («Sobo»*) et autres œuvres de Yasu­na­ri Kawa­ba­ta**, écri­vain japo­nais qui mérite d’être pla­cé au plus haut som­met de la lit­té­ra­ture moderne. «Vos romans sont si grands, si sublimes, que dans ma peti­tesse je ne puis que les véné­rer de loin, comme le jeune ber­ger qui, regar­dant les cimes bleues des Alpes à l’horizon, rêve du jour où il sera en mesure d’escalader même la plus haute», dit M. Yukio Mishi­ma dans une lettre adres­sée à celui qui fut pour lui le maître et l’ami***. Kawa­ba­ta naquit en 1899. Son père, méde­cin let­tré, mou­rut de tuber­cu­lose en 1901; sa mère, sa grand-mère et sa sœur dis­pa­rurent à leur tour, empor­tées par la même mala­die. Il fut recueilli chez son grand-père aveugle, son der­nier et unique parent. Là, dans un vil­lage de cin­quante et quelques habi­ta­tions, il pas­sa une enfance soli­taire, toute de silence et de mélan­co­lie. Levé à l’aube, il devait aider son grand-père à satis­faire ses fonc­tions natu­relles, tiraillé entre la com­pas­sion et le dégoût. Puis, il mon­tait sur un arbre du jar­din et, assis entre les grandes branches, il lisait «jusqu’à ce que vînt à pas­ser une voi­ture ou un chien qui aboyait»****; ou alors, un car­net à la main, il écri­vait à ses parents défunts des lettres d’une éru­di­tion et d’une matu­ri­té de pen­sée qu’on s’étonne de ren­con­trer chez un enfant : «Père, vous vous êtes levé de votre lit de mort pour nous lais­ser, à moi et à ma sœur encore inno­cente, une sorte de tes­ta­ment écrit. Vous avez tra­cé les idéo­grammes de “Chas­te­té” pour ma sœur, et de “Prends garde à toi” pour moi-même… Tan­dis que j’écris cette lettre, il me vient à l’esprit cette phrase de Jean Coc­teau :

Gra­vez votre nom dans un arbre
Qui pous­se­ra jusqu’au nadir;
Un arbre vaut mieux que le marbre,
Car on y voit les noms gran­dir.

En fait, le poème reste un peu obs­cur… Mais si l’on arrive tout sim­ple­ment à gra­ver son nom dans le cœur d’un enfant ou d’un être aimé, ce nom ne gran­di­ra-t-il pas, fina­le­ment, lui aus­si?»

* En japo­nais «祖母». Haut

** En japo­nais 川端康成. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», p. 61-62. Haut

**** «L’Adolescent : récits auto­bio­gra­phiques», p. 45. Haut