Mot-clefIsabelle de Gastines

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Nezâmî, « Layla et Majnûn »

éd. Fayard, Paris

éd. Fayard, Pa­ris

Il s’agit d’une ver­sion per­sane du « Ma­j­nûn et Laylâ »1, lé­gende de l’amour im­pos­sible et par­fait, ou par­fait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Ré­pan­due en Orient par les poètes, cette lé­gende y conserve une cé­lé­brité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Ro­méo et Ju­liette, avec les­quelles elle pré­sente plus d’un trait de res­sem­blance. « Il n’est pas si in­dif­fé­rent, pour­tant, de pen­ser que l’amour, bien avant de trou­ver le che­min de notre Oc­ci­dent, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son dé­sert, avec ses mots », ex­plique M. An­dré Mi­quel. Ma­j­nûn et Laylâ vi­vaient un peu après Ma­ho­met. La vie no­made des Arabes de ce temps-là, si propre à ali­men­ter l’amour, ainsi que la proxi­mité des camps, ag­glu­ti­nés dans les lieux de halte et au­tour des puits, de­vaient don­ner na­tu­rel­le­ment aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tri­bus dif­fé­rentes l’occasion de se voir et faire naître les pas­sions les plus vives. Mais, en même temps, la né­ces­sité de chan­ger fré­quem­ment de place, pour al­ler cher­cher au loin d’abondants pâ­tu­rages, de­vait contra­rier non moins sou­vent les amours nais­santes : « Déjà deux jeunes cœurs lan­guis­saient l’un pour l’autre ; déjà leurs sou­pirs, aussi brû­lants que l’air en­flammé du dé­sert, al­laient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de le­ver les tentes ; la jeune fille, ti­mide, s’éloigne len­te­ment en dé­vo­rant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa dou­leur, vient gé­mir sur les traces de l’habitation de sa bien-ai­mée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur al­liance, en les li­vrant au plus sombre déses­poir »2. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Ara­bie Ma­j­nûn et Laylâ, mais aussi Ja­mîl et Bu­thayna, Ku­thayyir et ‘Azza, etc.

  1. Par­fois tra­duit « Mec­nun et Leylâ », « Me­gnoun et Leï­leh », « Ma­gnoun et Leïla », « Med­j­noun et Leïlé », « Med­jnūn et Leylā », « Mad­j­noûn et Leylî », « Mad­j­noune et Leily », « Mad­sch­nun et Leila », « Med­sch­nun et Leila », « Med­sch­noun et Leila », « Ma­j­noon et Leili », « Med­gnoun et Lei­leh », « Me­j­noûn et Laïla », « Mad­j­non et Lalé », « Ma­j­noune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Ma­j­noun et Laili », « Mu­j­noon et Laili » ou « May­nun et Layla ». Haut
  1. An­toine-Léo­nard de Chézy, « Pré­face au “Med­j­noun et Leïlâ” de Djâmî ». Haut

Nezâmî ‘Arûzî, « Les Quatre Discours »

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

éd. G.-P. Mai­son­neuve et La­rose, coll. UNESCO d’œuvres re­pré­sen­ta­tives-Bi­blio­thèque des œuvres clas­siques per­sanes, Pa­ris

Il s’agit des « Quatre Dis­cours » (« Tcha­hâr Ma­qâ­leh »1) de Nezâmî de Sa­mar­cande2, cri­tique lit­té­raire per­san. On le sur­nomme com­mu­né­ment Nezâmî ‘Arûzî3 (« Nezâmî le Pro­sa­teur ») afin de le dis­tin­guer de son ho­mo­nyme, le grand poète de Gand­jeh. On ne sait de sa vie que le peu qu’il en a dit lui-même dans ses « Quatre Dis­cours ». En 1110-1111 apr. J.-C., il était dans sa ville na­tale de Sa­mar­cande (Ouz­bé­kis­tan), re­cueillant des tra­di­tions re­la­tives au poète Rû­daki ; en 1112-1113 apr. J.-C., il ren­con­tra à Balkh (Af­gha­nis­tan) Omar Khayyam dont il de­vint un proche, un élève même ; trois ans plus tard, il sé­journa à Hé­rat (Af­gha­nis­tan) ; l’année sui­vante, se trou­vant dans le be­soin, il se ren­dit à Ṭoûs (Iran) avec l’espoir de ga­gner la fa­veur du sul­tan Ah­mad San­jar ; là-bas, il vi­sita la tombe de Fir­dousi et re­cueillit à son su­jet plu­sieurs dé­tails in­sé­rés dans son livre ; la même an­née, il se ren­dit à Ni­sha­pur (Iran), où il fit vi­site au poète Moezzi. Ses « Quatre Dis­cours » ont été pro­ba­ble­ment com­po­sés peu avant la mort du sul­tan Ah­mad San­jar en 1157 apr. J.-C. Ils se di­visent en quatre cha­pitres, trai­tant des quatre classes d’hommes — se­cré­taires, poètes, as­tro­logues et mé­de­cins — qui sont né­ces­saires au ser­vice des rois. Pour chaque classe, Nezâmî ‘Arûzî ra­conte une di­zaine d’anecdotes : « Vien­dront [ci-après] dix au­then­tiques et plai­santes anec­dotes », dit-il dans sa pré­face4, « choi­sies parmi les plus ori­gi­nales et les plus ap­pro­priées à [chaque] cha­pitre, afin d’éclairer le roi et de le convaincre que l’office de se­cré­taire n’est pas une pe­tite charge ; que ce­lui de poète n’est pas une fu­tile oc­cu­pa­tion ; que l’astrologie est une science né­ces­saire ; que la mé­de­cine est un art in­dis­pen­sable ». Outre leur charme, leur style ad­mi­rable d’élégance et de na­tu­rel, ces anec­dotes ont le mé­rite de don­ner de pré­cieux ren­sei­gne­ments, qu’on ne trouve nulle part ailleurs, sur l’histoire in­tel­lec­tuelle de cette époque ; elles four­nissent le seul té­moi­gnage contem­po­rain sur Khayyam et le plus an­cien dé­tail bio­gra­phique sur Fir­dousi. En somme, comme dit un orien­ta­liste5, leur au­teur est « un de ceux qui jettent le plus de lu­mière sur la vie de Cour en Perse et en Asie cen­trale au XIIe siècle de notre ère ».

  1. En per­san « چهارمقاله ». Par­fois trans­crit « Čahār Maḳāla », « Chahár Ma­qála », « Chahār Ma­qāle », « Tschar-Mag­hâ­leh » ou « Ca­hâr Ma­ka­leh ». Haut
  2. En per­san نظامی سمرقندی. Par­fois trans­crit Ni­zami Sa­mar­candi, Ni­zami de Sa­mar­qand, Niẓāmī Sa­marḳandī ou Niẓāmī-i Sa­mar­qandī. Haut
  3. En per­san نظامی عروضی. Par­fois trans­crit Nid­hami-i Arudi, Niẓāmī ‘Arūḍī ou Nizâmi-è-Arouzi. Haut
  1. p. 34. Haut
  2. Ed­ward Gran­ville Browne. Haut

Attar, « Le Livre de l’épreuve, “Musībatnāma” »

éd. Fayard, coll. L’Espace intérieur, Paris

éd. Fayard, coll. L’Espace in­té­rieur, Pa­ris

Il s’agit du « Livre de l’épreuve » (« Mo­si­bet na­mèh »1) de Fé­rid-ed­din At­tar2 (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère At­tar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont ac­quis tant de gloire, que cette opi­nion peut pa­raître ha­sar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien in­fé­rieur ; mais de toutes les idées de ce cé­lèbre dis­ciple, je dé­fie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à At­tar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « At­tar a par­couru les sept ci­tés de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle »3 ; et en­core : « At­tar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sa­naï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces »4. Fé­rid-ed­din exerça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ainsi que l’indique son sur­nom d’Attar (« qui fa­brique ou qui vend des par­fums »). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui at­ti­rait les re­gards du pu­blic et qui flat­tait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était as­sis sur le de­vant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme im­por­tant, un fou, ou pour mieux dire, un re­li­gieux très avancé dans la vie spi­ri­tuelle5, vint à sa porte, jeta un re­gard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis poussa un pro­fond sou­pir. At­tar, étonné, le pria de pas­ser son che­min. « Tu as rai­son », lui ré­pon­dit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est fa­cile pour moi. Je ne suis pas em­bar­rassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ainsi de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage. »

  1. En per­san « مصیبت‌نامه ». Par­fois trans­crit « Mos­si­bat-nā­meh », « Moṣi­bat-nāme » ou « Muṣī­bat-nāma ». Haut
  2. En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Fa­rî­dod­dîn ’At­târ, Fé­ryd-ed­dyn At­thar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Fe­ri­dud­din At­tar, Fa­ri­dud­dine At­tar, Fa­ri­dad­din At­tar ou Fa­rîd-ud-Dîn ‘At­târ. Haut
  3. En per­san

    « هفت شهر عشق راعطار گشت
    ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
     ».

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  1. En per­san

    « عطار روح بود و سنایی دو چشم او
    ما از پی سنایی و عطار آمدیم
     ».

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  2. Les fous sont re­gar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés parmi les sou­fis. Haut