Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-cleflittérature islamique : sujet

Nezâmî, « Layla et Majnûn »

éd. Fayard, Paris

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ » *, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir » **. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ».

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ».

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla » *), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quelle inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc **. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris *** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. » Lisez la suite›

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ».

** Préface à l’édition de 1822-1823.

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles.

Ibn Thofaïl, « Hayy ben Yaqdhân : roman philosophique »

éd. Imprimerie catholique, coll. Institut d’études orientales de la Faculté des lettres d’Alger, Beyrouth

éd. Imprimerie catholique, coll. Institut d’études orientales de la Faculté des lettres d’Alger, Beyrouth

Il s’agit du « Hayy ben Yaqdhân » * (« Le Vivant fils du Vigilant »), connu en latin sous le titre du « Philosophus autodidactus » (« Le Philosophe autodidacte »), traité du philosophe andalou Aboû Bekr Ibn Thofaïl ** (XIIe siècle apr. J.-C.). « De tous les monuments de la philosophie arabe », dit Ernest Renan en parlant du « Hayy ben Yaqdhân » ***, « c’est peut-être le seul qui puisse nous offrir plus qu’un intérêt historique ». Cet ouvrage, curieux à plus d’un égard, offre six cents ans avant Daniel Defoe un prototype scientifique, philosophique et mystique du « Robinson Crusoé ». Il s’ouvre par la supposition d’un enfant qui naît sans père ni mère, dans une île déserte. Cet enfant, c’est Hayy ben Yaqdhân. Il est adopté par une gazelle, qui l’allaite. Il grandit, observe, réfléchit. Doué d’une intelligence supérieure, non seulement il sait ingénieusement pourvoir à tous ses besoins, mais il arrive bientôt à découvrir de lui-même, par les seules forces de son raisonnement, les notions les plus élevées que la science humaine possède sur l’univers. Avec le temps, il reconnaît que les êtres qui l’entourent renferment la multiplicité et l’unité, attendu que, s’ils sont multiples du côté de leurs formes, ils sont une même chose quant à l’essence. Enfin, le système auquel il aboutit, le conduit à chercher dans l’extase mystique l’union intime avec Dieu, qui constitue à la fois la plénitude de la science humaine et la félicité souveraine et absolue. « Seul parmi les auteurs arabes d’allégories philosophiques, Ibn Thofaïl a su garder la juste mesure, tenir la balance égale entre les [différents] genres [littéraires] », dit Léon Gauthier ****. « [Sa] phrase est courte, alerte, d’une correction absolue, d’une élégance parfaite, d’une lumineuse clarté… Si donc il fallait indiquer à des étudiants orientalistes un modèle à imiter de style philosophique arabe, nous désignerions sans hésiter le style d’Ibn Thofaïl, c’est-à-dire du “Hayy ben Yaqdhân”. S’il fallait leur choisir, en outre, le meilleur ouvrage arabe à lire pour prendre, au prix d’un minimum de temps et de peine, une idée d’ensemble de la philosophie musulmane, et de la science arabe dont elle fait la synthèse, nous leur nommerions encore, sans balancer, le “Hayy ben Yaqdhân”… Disons, en un mot, qu’Ibn Thofaïl est à tous égards, dans la pléiade des “falâcifa” *****… le modèle des vulgarisateurs. » Lisez la suite›

* En arabe « حي بن يقظان ». Parfois transcrit « Hay ben Yoqthsân », « Hai ebn Yokdhan », « Hay ibn-Iokdhan », « Hây ben Yaqzân », « Ḥaij ibn Iaqẓân », « Hayy ibn Yagzan », « Hayi ibn Iakzan » ou « Ḥayy b. Yaḳẓān ». À ne pas confondre avec le traité éponyme d’Avicenne, dont Ibn Thofaïl n’a emprunté que les noms de ses personnages.

** En arabe أبو بكر بن طفيل. Parfois transcrit Ebn Tophail, Abentofail, Ibn al-Toufaïl, Ibn-Tofaïl, Ibn Tofeïl, Ibn Ṭufail ou Ibn Ṭufayl.

*** « Averroès et l’Averroïsme », p. 99.

**** « Ibn Thofaïl : sa vie, ses œuvres », p. 93 & 95-96.

***** Le mot « falâcifa », pluriel de « faïlaçoûf » (فيلسوف), est une simple transcription du mot grec « philosophos » (φιλόσοφος).

Djâmî, « Medjnoun et Leïlâ : poème »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ » *, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir » **. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ».

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ».

« Le Fou de Laylâ : le “dîwân” de Majnûn »

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

Il s’agit de versions arabes du « Majnûn et Laylâ » *, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir » **. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ».

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ».

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla » *), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quelle inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc **. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris *** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. » Lisez la suite›

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ».

** Préface à l’édition de 1822-1823.

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles.

Hamadhânî, « Le Livre des vagabonds : séances d’un beau parleur impénitent »

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

Il s’agit des « Maqâmât » * (« Séances ») de Hamadhânî ** (Xe siècle apr. J.-C.), littérateur persan d’expression arabe, également connu sous le surnom de Badî‘ al-Zamân *** (« le Miracle de son siècle »). Les « Maqâmât » sont des assemblées ou des conversations, des allocutions d’apparat ou des discours d’éloquence, des acrobaties poétiques ou des prestidigitations lexicographiques, que pratiquaient ensemble les gens de lettres. Cette manière de briller, dans les cercles et dans les compagnies, par des pièces en vers et en prose était aussi fréquente parmi les Orientaux, qu’elle l’avait été autrefois chez les Romains, et qu’elle le sera plus tard dans les salons de Paris. Les Orientaux ont plusieurs de ces « Maqâmât », qui passent parmi eux pour des chefs-d’œuvre du bel esprit et du beau style. Hamadhânî a été le premier à en publier. Harîrî l’a imité et, de l’avis général, surpassé ; en sorte que M. René Rizqallah Khawam, traducteur arabe, dit que « le livre de Harîrî est sans doute, aux côtés des “Mille et une Nuits”, la meilleure introduction que nous sachions aux mystères de l’âme arabe, et aux secrets de l’arme qu’elle a toujours privilégiée : la parole » ****. Il est impossible, en effet, de pénétrer et d’approfondir les finesses de la langue arabe sans l’étude préalable de ces « Maqâmât », sortes d’écrins merveilleux de la rhétorique musulmane. Le canevas sur lequel Hamadhânî et Harîrî ont brodé ces compositions est un des plus originaux de la littérature universelle. C’est la série des métamorphoses et des travestissements d’un mendiant lettré, sorte de coquin éhonté, aussi exercé en subtilités grammaticales qu’en escroqueries, ne faisant servir sa science littéraire qu’à extorquer quelque aumône, et payant ses dîners en bons mots et en tirades dénuées de points diacritiques. Tour à tour imam ou pèlerin, marchand ambulant ou faux médecin, aveugle ou pied-bot, rigide censeur ou voleur avide, il sait retourner sa veste et contrefaire sa voix, grimer sa figure et farder son esprit, changer ses métiers et varier ses principes selon la circonstance. « Aujourd’hui vertueux et dévot, il édifie par son humilité ceux que la veille il scandalisait par son cynisme effronté », dit Auguste Cherbonneau *****. « Tantôt revêtu de haillons, il vante la vie frugale et prêche la charité ; tantôt paré des habits de l’opulence, il chante la bonne chère et les joyeux plaisirs. Vivant d’artifices… il raille les sots, dupe les âmes crédules, et parvient toujours à mettre les rieurs de son côté. » Lisez la suite›

* En arabe « مقامات ». Parfois transcrit « Meqâmât », « Mékamat », « Mécamat », « Mocamat », « Macamat » ou « Maḳāmāt ».

** En persan همدانی. Parfois transcrit Hamadâny ou Hamadānī.

*** En persan بدیع‌الزمان. Parfois transcrit Bédi-alzéman, Badi uz-Zaman, Bady-l-zemân, Badī‘ az-Zamān ou Badî al-Zamâne.

**** « Préface au “Livre des malins : séances d’un vagabond de génie” de Harîrî », p. 10.

***** « Préface à “Extrait des Mékamat de Hariri. XXXe séance : la noce des mendiants” », p. IV.

Harîrî, « Le Livre des malins : séances d’un vagabond de génie »

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

Il s’agit des « Maqâmât » * (« Séances ») d’al-Qâsim al-Harîrî **, littérateur irakien (XIe siècle apr. J.-C.). Les « Maqâmât » sont des assemblées ou des conversations, des allocutions d’apparat ou des discours d’éloquence, des acrobaties poétiques ou des prestidigitations lexicographiques, que pratiquaient ensemble les gens de lettres. Cette manière de briller, dans les cercles et dans les compagnies, par des pièces en vers et en prose était aussi fréquente parmi les Orientaux, qu’elle l’avait été autrefois chez les Romains, et qu’elle le sera plus tard dans les salons de Paris. Les Orientaux ont plusieurs de ces « Maqâmât », qui passent parmi eux pour des chefs-d’œuvre du bel esprit et du beau style. Hamadhânî a été le premier à en publier. Harîrî l’a imité et, de l’avis général, surpassé ; en sorte que M. René Rizqallah Khawam, traducteur arabe, dit que « le livre de Harîrî est sans doute, aux côtés des “Mille et une Nuits”, la meilleure introduction que nous sachions aux mystères de l’âme arabe, et aux secrets de l’arme qu’elle a toujours privilégiée : la parole » ***. Il est impossible, en effet, de pénétrer et d’approfondir les finesses de la langue arabe sans l’étude préalable de ces « Maqâmât », sortes d’écrins merveilleux de la rhétorique musulmane. Le canevas sur lequel Hamadhânî et Harîrî ont brodé ces compositions est un des plus originaux de la littérature universelle. C’est la série des métamorphoses et des travestissements d’un mendiant lettré, sorte de coquin éhonté, aussi exercé en subtilités grammaticales qu’en escroqueries, ne faisant servir sa science littéraire qu’à extorquer quelque aumône, et payant ses dîners en bons mots et en tirades dénuées de points diacritiques. Tour à tour imam ou pèlerin, marchand ambulant ou faux médecin, aveugle ou pied-bot, rigide censeur ou voleur avide, il sait retourner sa veste et contrefaire sa voix, grimer sa figure et farder son esprit, changer ses métiers et varier ses principes selon la circonstance. « Aujourd’hui vertueux et dévot, il édifie par son humilité ceux que la veille il scandalisait par son cynisme effronté », dit Auguste Cherbonneau ****. « Tantôt revêtu de haillons, il vante la vie frugale et prêche la charité ; tantôt paré des habits de l’opulence, il chante la bonne chère et les joyeux plaisirs. Vivant d’artifices… il raille les sots, dupe les âmes crédules, et parvient toujours à mettre les rieurs de son côté. » Lisez la suite›

* En arabe « مقامات ». Parfois transcrit « Meqâmât », « Mékamat », « Mécamat », « Mocamat », « Macamat » ou « Maḳāmāt ».

** En arabe القاسم الحريري. Parfois transcrit al-Cassem al-Hariri, êl Qâcem êl Hharyry, el Kassam el Hareery ou al-Ḳāsim al-Ḥarīrī.

*** p. 10.

**** « Préface à “Extrait des Mékamat de Hariri. XXXe séance : la noce des mendiants” », p. IV.

Galland, « Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mille et une Nuits » (« Alf layla wa-layla » *), contes arabes. Rarement, la richesse de la narration et les trésors de l’imagination ont été dépensés dans une œuvre avec plus de prodigalité ; et rarement, une œuvre a eu une réussite plus éclatante que celle des « Mille et une Nuits » depuis qu’elle a été transportée en France par l’orientaliste Antoine Galland au commencement du XVIIIe siècle. De là, elle a immédiatement rempli le monde de sa renommée, et depuis, son succès n’a fait que croître de jour en jour, sans souffrir ni des caprices de la mode ni du changement des goûts. Quelle extraordinaire fécondité dans ces contes ! Quelle variété ! Avec quelle inépuisable intérêt on suit les aventures enchanteresses de Sindbad le Marin ou les merveilles opérées par la lampe d’Aladdin : « C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naïveté », dit Édouard Gauttier d’Arc **. « On y chercherait en vain ou ces teintes mélancoliques du Nord, ou ces allusions sérieuses et profondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plaisirs… Ces génies qu’elle a produits, vont répandant partout les perles, l’or, les diamants ; ils élèvent en un instant des palais superbes ; ils livrent à celui qu’ils favorisent, des houris *** enchanteresses ; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouissances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acquérir. Il faut aux Orientaux un bonheur facile et complet ; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire. » Lisez la suite›

* En arabe « ألف ليلة وليلة ». Autrefois transcrit « Alef léïlét oué-léïlét », « Alef leilet we leilet », « Alef leila wa leila » ou « Alf laila wa-laila ».

** Préface à l’édition de 1822-1823.

*** Beautés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles.

Ibn al Fâridh, « Extraits du “Diwan” »

dans « Anthologie arabe, ou Choix de poésies arabes inédites », XIXe siècle

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) de ‘Omar ibn al Fâridh *, poète et mystique arabe. Le soufisme, auquel on applique par abus le nom de « mysticisme arabe », a eu peu de racines dans la péninsule arabique et en Afrique. Son apparition a été même décrite comme une réaction du génie asiatique contre le génie arabe. Il arrive que ce mysticisme s’exprime en arabe : voilà tout. Il est persan de tendance et d’esprit. Parmi les rares exceptions à cette règle, il faut compter le poète Ibn al Fâridh, né au Caire l’an 1181 et mort dans la même ville l’an 1235 apr. J.-C. Dans une préface placée à la tête de ses poésies, ‘Ali, petit-fils de ce poète, rapporte sur lui des choses étonnantes, auxquelles on est peu disposé à croire. Il dit qu’Ibn al Fâridh tombait quelquefois en de si violentes convulsions, que la sueur sortait abondamment de tout son corps en coulant jusqu’à ses pieds, et qu’ensuite, frappé de stupeur, le regard fixe, il n’entendait ni ne voyait ceux qui lui parlaient : l’usage de ses sens était complètement suspendu. Il gisait renversé sur le dos, enveloppé comme un mort dans son drap. Il restait plusieurs jours dans cette position, et pendant ce temps, il ne prenait aucune nourriture, ne proférait aucune parole et ne faisait aucun mouvement. Lorsque, sorti de cet étrange état, il pouvait de nouveau converser avec ses amis, il leur expliquait que, tandis qu’ils le voyaient hors de lui-même et comme privé de la raison, il s’entretenait avec Dieu et en recevait les plus grandes inspirations poétiques. Lisez la suite›

* En arabe عمر بن الفارض. Parfois transcrit Omar ben al Faredh, ‘Umar ibnu’l-Fáriḍ, Omar iben Phered, Omar-ebn-el-Farid ou Omer ibn-el-Fáridh.

Hallâj, « Recueil du “Dîwân” • Hymnes et Prières • Sentences prophétiques et philosophiques »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique et poète persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj * (« cardeur de coton »). « Ce sobriquet de “cardeur”, donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père que par allusion au sien propre », explique Louis Massignon **. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq » ***), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi » ****, Hallâj fut supplicié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, il ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors, il se tut un long moment ; puis, il s’écria : « vérité, vérité » *****. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis, il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi » ******. Shiblî étendit son tapis. Alors, Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? » ******* Et après avoir achevé cette prière, il dit un poème de son cru :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite›

* En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Hallay, Hallage, Hallac ou Ḥallāǧ.

** « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142.

*** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ».

**** « Recueil du “Dîwân” », p. 129.

***** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620.

****** Dans id. p. 649.

******* III, 185.

Hallâj, « Le Livre “Tâwasîn” • Le Jardin de la connaissance »

éd. Albouraq, Beyrouth

éd. Albouraq, Beyrouth

Il s’agit du « Livre du Tâ et du Sîn » (« Kitâb al-Tâ-wa-Sîn » *) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique et poète persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj ** (« cardeur de coton »). « Ce sobriquet de “cardeur”, donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père que par allusion au sien propre », explique Louis Massignon ***. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq » ****), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi » *****, Hallâj fut supplicié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, il ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors, il se tut un long moment ; puis, il s’écria : « vérité, vérité » ******. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis, il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi » *******. Shiblî étendit son tapis. Alors, Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? » ******** Et après avoir achevé cette prière, il dit un poème de son cru :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الطاوسين ». Par suite d’une faute, « كتاب الطواسين », transcrit « Kitâb al Tawâsîn » ou « Kitaab at-Tawaaseen ».

** En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Hallay, Hallage, Hallac ou Ḥallāǧ.

*** « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142.

**** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ».

***** « Recueil du “Dîwân” », p. 129.

****** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620.

******* Dans id. p. 649.

******** III, 185.