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Mot-clefformes brèves (littérature)

sujet

Bashô, «Seigneur ermite : l’intégrale des haïkus»

éd. La Table ronde, Paris

éd. La Table ronde, Paris

Il s’agit des haï­kus de Mat­suo Bashô*, figure illustre de la poé­sie japo­naise (XVIIe siècle apr. J.-C.). Par son éthique de vie, encore plus que par son œuvre elle-même, ce fils de samou­raï a impo­sé la forme actuelle du haï­ku, mais sur­tout il en a défi­ni la manière, l’esprit : légè­re­té, recherche de sim­pli­ci­té, extrême res­pect pour la nature, et ce quelque chose qu’on ne peut défi­nir faci­le­ment et qu’il faut sen­tir — une élé­gance inté­rieure, comme revê­tue de pudeur dis­crète, qui est fon­ciè­re­ment japo­naise. Son poème de la rai­nette est un fameux exemple du saut par lequel le haï­ku se débar­rasse de l’artificiel pour atteindre la sobrié­té nue : «Vieil étang / une rai­nette y plon­geant / chu­cho­tis de l’eau»**. Ce haï­ku tra­duit et d’autres sont le pre­mier ouvrage par lequel la poé­sie et la pen­sée asia­tiques viennent jusqu’à Mme Mar­gue­rite Your­ce­nar qui a quinze ans : «Ce livre exquis a été l’équivalent pour moi d’une porte entre­bâillée; elle ne s’est plus jamais refer­mée depuis», écrit-elle dans une lettre datée de 1955. En 1982, pen­dant ses trois mois pas­sés au Japon, elle suit sur les sen­tiers étroits la trace de Bashô; et tan­dis qu’un ami japo­nais, qui la guide, com­mence à lui tra­duire «Elles mour­ront bien­tôt…», elle l’interrompt en citant par cœur la chute : «et pour­tant n’en montrent rien / chant des cigales». «Peut-être son plus beau poème», pré­cise-t-elle dans un petit article inti­tu­lé «Bashô sur la route». À Kyô­to, elle visite la hutte qui a héber­gé notre poète vers la fin de sa vie — Raku­shi­sha***la chau­mière où tombent les kakis»****) qui lui «fait pen­ser à la légère dépouille d’une cigale». À l’intérieur, si on peut par­ler d’intérieur dans un lieu si ouvert aux intem­pé­ries, rien ou presque pour se pro­té­ger du pas­sage des sai­sons, si pré­sentes jus­te­ment dans l’œuvre de Bashô «par les incon­vé­nients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dis­pense leur beau­té», comme explique Mme Your­ce­nar. Quant au maître lui-même : «Cet homme ambu­lant», écrit-elle, «qui a inti­tu­lé l’un de ses essais “Sou­ve­nirs d’un sque­lette expo­sé aux intem­pé­ries” voyage moins pour s’instruire… que pour subir. Subir est une facul­té japo­naise, pous­sée par­fois jusqu’au maso­chisme [!], mais l’émotion et la connais­sance chez Bashô naissent de cette sou­mis­sion à l’événement ou à l’incident : la pluie, le vent, les longues marches, les ascen­sions sur les sen­tiers gelés des mon­tagnes, les gîtes de hasard, comme celui de l’octroi à Shi­to­mae où il par­tage une pièce au plan­cher de terre bat­tue avec un che­val…» Sous des appa­rences de pro­me­nades, ces pèle­ri­nages éveillaient la pen­sée de Bashô et met­taient sa vie en confor­mi­té avec la haute idée qu’il se fai­sait du haï­ku : «Le vent me trans­perce / rési­gné à y lais­ser mes os / je pars en voyage»

* En japo­nais 松尾芭蕉. Autre­fois trans­crit Mat­sou­ra Bacho, Mat­su­ra Basho, Mat­souo Bashô ou Mat­su­wo Bashô. Haut

** En japo­nais «古池や蛙飛こむ水のおと». Haut

*** En japo­nais 落柿舎. Haut

**** Par­fois tra­duit «la vil­la où tombent les kakis», «vil­la aux kakis tom­bés» ou «la mai­son des kakis tom­bés à terre». Haut

Issa, «Haïkus satiriques»

éd. Pippa, coll. Kolam-Poésie, Paris

éd. Pip­pa, coll. Kolam-Poé­sie, Paris

Il s’agit de Kobaya­shi Issa*, poète japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle). C’est le plus grand maître du haï­ku, plus grand encore que Bashô, non seule­ment par son génie, mais aus­si par son immense sym­pa­thie pour la vie qui ne lui fut cepen­dant pas clé­mente. D’un être minus­cule, d’un escar­got bavant sous la pluie, il pou­vait faire des ter­cets, dont l’élégante aisance émer­veillait hommes et dieux : «Petit escar­got / grimpe dou­ce­ment sur­tout / c’est le mont Fuji!»** Et aus­si : «Porte de bran­chages / pour rem­pla­cer la ser­rure / juste un escar­got»***. Son vil­lage natal était dans la pro­vince du Shi­na­no, caché dans un repli de mon­tagne. La neige fon­dait seule­ment en été; et dès le début de l’automne, le givre appa­rais­sait. Issa avait deux ans quand il per­dit sa mère. Cela le ren­dait triste d’entendre tous les autres enfants se moquer de lui, en chan­tant : «On recon­naît l’enfant sans mère par­tout, il se tient devant la porte en se mor­dant les doigts». C’est pour cela qu’il ne se mêlait pas à leurs jeux, mais res­tait accrou­pi près des fagots de bois et des bottes de foin entas­sés dans les champs : «Viens donc avec moi / et amu­sons-nous un peu / moi­neau sans parents!»**** Il avait sept ans quand son père se rema­ria avec une fille de pay­san, sévère et déci­dée. Bien vite, elle prit en grippe Issa qui, selon elle, avait le défaut de vou­loir étu­dier. Dès que le prin­temps arri­vait, il devait tra­vailler aux champs toute la jour­née, ramas­ser les légumes, faire les foins, mener les che­vaux, et toute la soi­rée, assis près de la fenêtre dans le clair de lune, tres­ser des san­dales et des sabots avec de la paille, sans qu’il lui res­tât le moindre moment pour lire. Sa belle-mère lui inter­di­sait même de se ser­vir de la lampe. Chaque fois qu’il pou­vait s’échapper, il allait lire en cachette chez Naka­mu­ra Roku­zae­mon*****, patron d’auberge et poète, tou­jours constant à lui témoi­gner de l’amitié. Issa avait onze ans quand sa belle-mère mit au monde un fils. À par­tir de ce jour-là, de dure, elle devint méchante. Elle l’obligea à s’occuper du bébé, et chaque fois que celui-ci pleu­rait, elle l’en ren­dait de quelque façon res­pon­sable. Il rece­vait des coups de bâton cent fois par jour, huit mille fois par mois. Une aube de prin­temps, dans sa qua­tor­zième année, las de sa belle-mère et de ses colères plus cou­pantes que la bise de mon­tagne, il quit­ta la mai­son où il était né et prit le che­min de la capi­tale. Son père l’accompagna jusqu’au vil­lage voi­sin et lui dit : «Ne fais rien qui puisse lais­ser les gens pen­ser du mal de toi, et reviens bien­tôt me mon­trer ton tendre visage»

* En japo­nais 小林一茶. Haut

** En japo­nais «蝸牛そろそろのぼれ富士の山». Haut

*** En japo­nais «柴の戸や錠の代りにかたつむり». Haut

**** En japo­nais «我と来て遊べや親のない雀». Haut

***** En japo­nais 中村六左衛門. Haut

Issa, «Haïku»

éd. Verdier, Lagrasse

éd. Ver­dier, Lagrasse

Il s’agit de Kobaya­shi Issa*, poète japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle). C’est le plus grand maître du haï­ku, plus grand encore que Bashô, non seule­ment par son génie, mais aus­si par son immense sym­pa­thie pour la vie qui ne lui fut cepen­dant pas clé­mente. D’un être minus­cule, d’un escar­got bavant sous la pluie, il pou­vait faire des ter­cets, dont l’élégante aisance émer­veillait hommes et dieux : «Petit escar­got / grimpe dou­ce­ment sur­tout / c’est le mont Fuji!»** Et aus­si : «Porte de bran­chages / pour rem­pla­cer la ser­rure / juste un escar­got»***. Son vil­lage natal était dans la pro­vince du Shi­na­no, caché dans un repli de mon­tagne. La neige fon­dait seule­ment en été; et dès le début de l’automne, le givre appa­rais­sait. Issa avait deux ans quand il per­dit sa mère. Cela le ren­dait triste d’entendre tous les autres enfants se moquer de lui, en chan­tant : «On recon­naît l’enfant sans mère par­tout, il se tient devant la porte en se mor­dant les doigts». C’est pour cela qu’il ne se mêlait pas à leurs jeux, mais res­tait accrou­pi près des fagots de bois et des bottes de foin entas­sés dans les champs : «Viens donc avec moi / et amu­sons-nous un peu / moi­neau sans parents!»**** Il avait sept ans quand son père se rema­ria avec une fille de pay­san, sévère et déci­dée. Bien vite, elle prit en grippe Issa qui, selon elle, avait le défaut de vou­loir étu­dier. Dès que le prin­temps arri­vait, il devait tra­vailler aux champs toute la jour­née, ramas­ser les légumes, faire les foins, mener les che­vaux, et toute la soi­rée, assis près de la fenêtre dans le clair de lune, tres­ser des san­dales et des sabots avec de la paille, sans qu’il lui res­tât le moindre moment pour lire. Sa belle-mère lui inter­di­sait même de se ser­vir de la lampe. Chaque fois qu’il pou­vait s’échapper, il allait lire en cachette chez Naka­mu­ra Roku­zae­mon*****, patron d’auberge et poète, tou­jours constant à lui témoi­gner de l’amitié. Issa avait onze ans quand sa belle-mère mit au monde un fils. À par­tir de ce jour-là, de dure, elle devint méchante. Elle l’obligea à s’occuper du bébé, et chaque fois que celui-ci pleu­rait, elle l’en ren­dait de quelque façon res­pon­sable. Il rece­vait des coups de bâton cent fois par jour, huit mille fois par mois. Une aube de prin­temps, dans sa qua­tor­zième année, las de sa belle-mère et de ses colères plus cou­pantes que la bise de mon­tagne, il quit­ta la mai­son où il était né et prit le che­min de la capi­tale. Son père l’accompagna jusqu’au vil­lage voi­sin et lui dit : «Ne fais rien qui puisse lais­ser les gens pen­ser du mal de toi, et reviens bien­tôt me mon­trer ton tendre visage»

* En japo­nais 小林一茶. Haut

** En japo­nais «蝸牛そろそろのぼれ富士の山». Haut

*** En japo­nais «柴の戸や錠の代りにかたつむり». Haut

**** En japo­nais «我と来て遊べや親のない雀». Haut

***** En japo­nais 中村六左衛門. Haut

Issa, «En village de miséreux : choix de poèmes»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Kobaya­shi Issa*, poète japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle). C’est le plus grand maître du haï­ku, plus grand encore que Bashô, non seule­ment par son génie, mais aus­si par son immense sym­pa­thie pour la vie qui ne lui fut cepen­dant pas clé­mente. D’un être minus­cule, d’un escar­got bavant sous la pluie, il pou­vait faire des ter­cets, dont l’élégante aisance émer­veillait hommes et dieux : «Petit escar­got / grimpe dou­ce­ment sur­tout / c’est le mont Fuji!»** Et aus­si : «Porte de bran­chages / pour rem­pla­cer la ser­rure / juste un escar­got»***. Son vil­lage natal était dans la pro­vince du Shi­na­no, caché dans un repli de mon­tagne. La neige fon­dait seule­ment en été; et dès le début de l’automne, le givre appa­rais­sait. Issa avait deux ans quand il per­dit sa mère. Cela le ren­dait triste d’entendre tous les autres enfants se moquer de lui, en chan­tant : «On recon­naît l’enfant sans mère par­tout, il se tient devant la porte en se mor­dant les doigts». C’est pour cela qu’il ne se mêlait pas à leurs jeux, mais res­tait accrou­pi près des fagots de bois et des bottes de foin entas­sés dans les champs : «Viens donc avec moi / et amu­sons-nous un peu / moi­neau sans parents!»**** Il avait sept ans quand son père se rema­ria avec une fille de pay­san, sévère et déci­dée. Bien vite, elle prit en grippe Issa qui, selon elle, avait le défaut de vou­loir étu­dier. Dès que le prin­temps arri­vait, il devait tra­vailler aux champs toute la jour­née, ramas­ser les légumes, faire les foins, mener les che­vaux, et toute la soi­rée, assis près de la fenêtre dans le clair de lune, tres­ser des san­dales et des sabots avec de la paille, sans qu’il lui res­tât le moindre moment pour lire. Sa belle-mère lui inter­di­sait même de se ser­vir de la lampe. Chaque fois qu’il pou­vait s’échapper, il allait lire en cachette chez Naka­mu­ra Roku­zae­mon*****, patron d’auberge et poète, tou­jours constant à lui témoi­gner de l’amitié. Issa avait onze ans quand sa belle-mère mit au monde un fils. À par­tir de ce jour-là, de dure, elle devint méchante. Elle l’obligea à s’occuper du bébé, et chaque fois que celui-ci pleu­rait, elle l’en ren­dait de quelque façon res­pon­sable. Il rece­vait des coups de bâton cent fois par jour, huit mille fois par mois. Une aube de prin­temps, dans sa qua­tor­zième année, las de sa belle-mère et de ses colères plus cou­pantes que la bise de mon­tagne, il quit­ta la mai­son où il était né et prit le che­min de la capi­tale. Son père l’accompagna jusqu’au vil­lage voi­sin et lui dit : «Ne fais rien qui puisse lais­ser les gens pen­ser du mal de toi, et reviens bien­tôt me mon­trer ton tendre visage»

* En japo­nais 小林一茶. Haut

** En japo­nais «蝸牛そろそろのぼれ富士の山». Haut

*** En japo­nais «柴の戸や錠の代りにかたつむり». Haut

**** En japo­nais «我と来て遊べや親のない雀». Haut

***** En japo­nais 中村六左衛門. Haut

Issa, «“Ora ga haru”, Mon Année de printemps»

éd. C. Defaut, Nantes

éd. C. Defaut, Nantes

Il s’agit de Kobaya­shi Issa*, poète japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle). C’est le plus grand maître du haï­ku, plus grand encore que Bashô, non seule­ment par son génie, mais aus­si par son immense sym­pa­thie pour la vie qui ne lui fut cepen­dant pas clé­mente. D’un être minus­cule, d’un escar­got bavant sous la pluie, il pou­vait faire des ter­cets, dont l’élégante aisance émer­veillait hommes et dieux : «Petit escar­got / grimpe dou­ce­ment sur­tout / c’est le mont Fuji!»** Et aus­si : «Porte de bran­chages / pour rem­pla­cer la ser­rure / juste un escar­got»***. Son vil­lage natal était dans la pro­vince du Shi­na­no, caché dans un repli de mon­tagne. La neige fon­dait seule­ment en été; et dès le début de l’automne, le givre appa­rais­sait. Issa avait deux ans quand il per­dit sa mère. Cela le ren­dait triste d’entendre tous les autres enfants se moquer de lui, en chan­tant : «On recon­naît l’enfant sans mère par­tout, il se tient devant la porte en se mor­dant les doigts». C’est pour cela qu’il ne se mêlait pas à leurs jeux, mais res­tait accrou­pi près des fagots de bois et des bottes de foin entas­sés dans les champs : «Viens donc avec moi / et amu­sons-nous un peu / moi­neau sans parents!»**** Il avait sept ans quand son père se rema­ria avec une fille de pay­san, sévère et déci­dée. Bien vite, elle prit en grippe Issa qui, selon elle, avait le défaut de vou­loir étu­dier. Dès que le prin­temps arri­vait, il devait tra­vailler aux champs toute la jour­née, ramas­ser les légumes, faire les foins, mener les che­vaux, et toute la soi­rée, assis près de la fenêtre dans le clair de lune, tres­ser des san­dales et des sabots avec de la paille, sans qu’il lui res­tât le moindre moment pour lire. Sa belle-mère lui inter­di­sait même de se ser­vir de la lampe. Chaque fois qu’il pou­vait s’échapper, il allait lire en cachette chez Naka­mu­ra Roku­zae­mon*****, patron d’auberge et poète, tou­jours constant à lui témoi­gner de l’amitié. Issa avait onze ans quand sa belle-mère mit au monde un fils. À par­tir de ce jour-là, de dure, elle devint méchante. Elle l’obligea à s’occuper du bébé, et chaque fois que celui-ci pleu­rait, elle l’en ren­dait de quelque façon res­pon­sable. Il rece­vait des coups de bâton cent fois par jour, huit mille fois par mois. Une aube de prin­temps, dans sa qua­tor­zième année, las de sa belle-mère et de ses colères plus cou­pantes que la bise de mon­tagne, il quit­ta la mai­son où il était né et prit le che­min de la capi­tale. Son père l’accompagna jusqu’au vil­lage voi­sin et lui dit : «Ne fais rien qui puisse lais­ser les gens pen­ser du mal de toi, et reviens bien­tôt me mon­trer ton tendre visage»

* En japo­nais 小林一茶. Haut

** En japo­nais «蝸牛そろそろのぼれ富士の山». Haut

*** En japo­nais «柴の戸や錠の代りにかたつむり». Haut

**** En japo­nais «我と来て遊べや親のない雀». Haut

***** En japo­nais 中村六左衛門. Haut

Issa, «Et pourtant, et pourtant : poèmes»

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit de Kobaya­shi Issa*, poète japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle). C’est le plus grand maître du haï­ku, plus grand encore que Bashô, non seule­ment par son génie, mais aus­si par son immense sym­pa­thie pour la vie qui ne lui fut cepen­dant pas clé­mente. D’un être minus­cule, d’un escar­got bavant sous la pluie, il pou­vait faire des ter­cets, dont l’élégante aisance émer­veillait hommes et dieux : «Petit escar­got / grimpe dou­ce­ment sur­tout / c’est le mont Fuji!»** Et aus­si : «Porte de bran­chages / pour rem­pla­cer la ser­rure / juste un escar­got»***. Son vil­lage natal était dans la pro­vince du Shi­na­no, caché dans un repli de mon­tagne. La neige fon­dait seule­ment en été; et dès le début de l’automne, le givre appa­rais­sait. Issa avait deux ans quand il per­dit sa mère. Cela le ren­dait triste d’entendre tous les autres enfants se moquer de lui, en chan­tant : «On recon­naît l’enfant sans mère par­tout, il se tient devant la porte en se mor­dant les doigts». C’est pour cela qu’il ne se mêlait pas à leurs jeux, mais res­tait accrou­pi près des fagots de bois et des bottes de foin entas­sés dans les champs : «Viens donc avec moi / et amu­sons-nous un peu / moi­neau sans parents!»**** Il avait sept ans quand son père se rema­ria avec une fille de pay­san, sévère et déci­dée. Bien vite, elle prit en grippe Issa qui, selon elle, avait le défaut de vou­loir étu­dier. Dès que le prin­temps arri­vait, il devait tra­vailler aux champs toute la jour­née, ramas­ser les légumes, faire les foins, mener les che­vaux, et toute la soi­rée, assis près de la fenêtre dans le clair de lune, tres­ser des san­dales et des sabots avec de la paille, sans qu’il lui res­tât le moindre moment pour lire. Sa belle-mère lui inter­di­sait même de se ser­vir de la lampe. Chaque fois qu’il pou­vait s’échapper, il allait lire en cachette chez Naka­mu­ra Roku­zae­mon*****, patron d’auberge et poète, tou­jours constant à lui témoi­gner de l’amitié. Issa avait onze ans quand sa belle-mère mit au monde un fils. À par­tir de ce jour-là, de dure, elle devint méchante. Elle l’obligea à s’occuper du bébé, et chaque fois que celui-ci pleu­rait, elle l’en ren­dait de quelque façon res­pon­sable. Il rece­vait des coups de bâton cent fois par jour, huit mille fois par mois. Une aube de prin­temps, dans sa qua­tor­zième année, las de sa belle-mère et de ses colères plus cou­pantes que la bise de mon­tagne, il quit­ta la mai­son où il était né et prit le che­min de la capi­tale. Son père l’accompagna jusqu’au vil­lage voi­sin et lui dit : «Ne fais rien qui puisse lais­ser les gens pen­ser du mal de toi, et reviens bien­tôt me mon­trer ton tendre visage»

* En japo­nais 小林一茶. Haut

** En japo­nais «蝸牛そろそろのぼれ富士の山». Haut

*** En japo­nais «柴の戸や錠の代りにかたつむり». Haut

**** En japo­nais «我と来て遊べや親のない雀». Haut

***** En japo­nais 中村六左衛門. Haut

La Bruyère, «Les Caractères, ou les Mœurs de ce siècle»

éd. Le Cercle du bibliophile, coll. Les Classiques immortels, Évreux

éd. Le Cercle du biblio­phile, coll. Les Clas­siques immor­tels, Évreux

Il s’agit des «Carac­tères» de Jean de La Bruyère*, écri­vain fran­çais (XVIIe siècle), qui consu­ma sa vie à obser­ver les hommes, et qui s’ingénia à nous mon­trer tout ce qui se cachait de vani­té, de peti­tesse ou de cal­cul mes­quin sous leurs allures impor­tantes et leurs titres pom­peux. «Il n’y a presque point de [tour­nure] dans l’éloquence qu’on ne trouve dans La Bruyère; et [s’il y manque] quelque chose, ce ne sont pas cer­tai­ne­ment les expres­sions, qui sont d’une force infi­nie et tou­jours les plus propres et les plus pré­cises qu’on puisse employer», dit un cri­tique**. En effet, La Bruyère est un des meilleurs pro­sa­teurs dans aucune langue. Il l’est par sa com­po­si­tion, qui fond avec art deux genres qui jouis­saient alors d’une grande faveur : les maximes et les por­traits. Mais il l’est sur­tout par son style, par son choix de mots non seule­ment très juste, mais néces­saire; il dit lui-même qu’«entre toutes les dif­fé­rentes expres­sions qui peuvent rendre une seule de nos pen­sées, il n’y en a qu’une qui soit la bonne»*** : cette expres­sion unique, La Bruyère sait la trou­ver et lui don­ner la place où elle aura le plus d’éclat. Émile Lit­tré, l’auteur du célèbre «Dic­tion­naire de la langue fran­çaise», dit à ce sujet : «Vou­lez-vous faire un inven­taire des richesses de notre langue; en vou­lez-vous connaître tous les tours, tous les mou­ve­ments, toutes les figures, toutes les res­sources? Il n’est pas néces­saire de recou­rir à cent volumes; lisez et reli­sez La Bruyère». Tout vit et tout s’anime sous la plume de La Bruyère; tout parle à notre ima­gi­na­tion; il nous dit en une phrase ce qu’un autre ne nous dit pas cor­rec­te­ment en une tren­taine; il brille sur­tout dans l’emploi ingé­nieux et détour­né qu’il sait faire des mots de l’usage cou­rant. «La véri­table gran­deur», dit-il****, «se laisse “tou­cher” et “manier”; elle ne perd rien à être “vue de près”». Ou encore : «Il y a dans quelques femmes… un mérite “pai­sible”, mais solide, accom­pa­gné de mille ver­tus qu’elles ne peuvent cou­vrir [mal­gré] toute leur modes­tie, qui “échappent”, et qui se montrent à “ceux qui ont des yeux”»

* On ren­contre aus­si la gra­phie La Bruière. Haut

** le mar­quis de Vau­ve­nargues. Haut

*** ch. I, sect. 17. Haut

**** ch. II, sect. 42. Haut

«Le Livre de phrases de trois mots, “San-tseu-king”»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre de phrases de trois mots»*San zi jing»**), manuel d’enseignement élé­men­taire (XIIIe siècle apr. J.-C.) que les maîtres ou les parents met­taient entre les mains des débu­tants, pour qu’il fût appris par cœur, rete­nu et réci­té. Le texte, comme le titre l’indique, était dis­po­sé par phrases de trois mots ou de trois carac­tères, de telle sorte qu’il offrait le pré­cieux avan­tage de consti­tuer une intro­duc­tion idéale à la lec­ture du chi­nois clas­sique, en même temps que le résu­mé des connais­sances qui for­maient la base de l’éducation confu­céenne. «À l’origine de l’homme, sa nature est radi­ca­le­ment bonne; la nature rap­proche les hommes, mais leur conduite les éloigne». Tel était le début du «Livre de phrases de trois mots»***. La suite trai­tait de l’importance des devoirs, des trois grands pou­voirs, des quatre sai­sons, des cinq ver­tus constantes, des six espèces de grains, des sept pas­sions, des huit notes de musique, des neuf degrés de paren­té, des dix devoirs rela­tifs, de l’histoire géné­rale et de la suc­ces­sion des dynas­ties impé­riales; le tout com­plé­té par des remarques sur l’importance de l’étude. Pen­dant sept siècles et jusqu’à la Révo­lu­tion cultu­relle, ce fut le livre le plus répan­du dans les écoles pri­maires de l’Asie orien­tale : «Ce fut en réa­li­té», dit un com­men­ta­teur****, «comme un radeau que, dans les com­men­ce­ments de leurs études, les jeunes gens qui cher­chaient à s’instruire pou­vaient employer pour arri­ver à atteindre les sources pro­fondes de l’étude de l’Antiquité». Son influence fut immense, et plu­sieurs de ses phrases de trois mots sont pas­sées en locu­tions pro­ver­biales dans l’usage cou­rant : «C’est un livre d’une morale irré­pro­chable», dit Marie-René Rous­sel, mar­quis de Cour­cy*****, «mais d’une par­faite ari­di­té, pro­cé­dant par sen­tences brèves, affir­ma­tives, heur­tées… La plu­part de [ses] notions dépassent de beau­coup l’intelligence de l’enfant. Aus­si, répète-t-il d’abord le “San zi jing” uni­que­ment comme il répé­te­rait un syl­la­baire, sans com­prendre les signes qu’il lit, ni les sons qu’il émet. Quand, après deux années d’un labeur assi­du, il énonce sans hési­ta­tion tous les carac­tères du clas­sique tri­mé­trique, avec les into­na­tions vou­lues, et les retrace élé­gam­ment à l’aide du pin­ceau, son maître com­mence à lui en expli­quer la signi­fi­ca­tion; et dès que son intel­li­gence peut la sai­sir, il place sous ses yeux d’autres ouvrages, comme “Le Livre des mille mots” où il retrouve les mêmes mots et fait connais­sance avec de nou­veaux signes».

* Par­fois tra­duit «Clas­sique tri­mé­trique» ou «Le Livre clas­sique des trois carac­tères». Haut

** En chi­nois «三字經». Autre­fois trans­crit «San tzu ching», «San-tsi-king», «San-tsze-king», «San-tse-king», «San-ze-king» ou «San-tseu-king». Haut

*** À rap­pro­cher du grand prin­cipe de Rous­seau «que la nature a fait l’homme heu­reux et bon, mais que la socié­té le déprave», etc. Haut

**** Wang Jin­sheng (王晉升). Haut

***** «L’Empire du Milieu». Haut