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le père de Angelis, «Relation du royaume d’Iezo»

dans « Histoire de ce qui s’est passé au Japon, tirée des lettres écrites ès années 1619, 1620 et 1621 » (XVIIᵉ siècle), p. 365-380

dans «His­toire de ce qui s’est pas­sé au Japon, tirée des lettres écrites ès années 1619, 1620 et 1621» (XVIIe siècle), p. 365-380

Il s’agit de la «Rela­tion du royaume d’Iezo» («Rela­zione del regno di Iezo») du bien­heu­reux père Giro­la­mo de Ange­lis, dit Jérôme de Ange­lis*, prêtre jésuite, que le shô­gun fit brû­ler vif le 4 décembre 1623. Le père de Ange­lis était natif d’Enna, en Sicile. Il entra dans la Com­pa­gnie de Jésus à l’âge de dix-huit ans. Pen­dant ses études en théo­lo­gie et avant même d’être prêtre, on lui accor­da de par­tir pour la mis­sion du Japon. Il s’embarqua avec le père Charles Spi­no­la pour Lis­bonne, d’où ils firent voile le 10 avril 1596. Une très vio­lente tem­pête les assaillit au cap de Bonne-Espé­rance et endom­ma­gea gra­ve­ment leur vais­seau, qui dut tour­ner en arrière pour être répa­ré au Bré­sil, puis aban­don­né à Por­to Rico à cause d’une nou­velle ava­rie. Le 21 août 1597, ils s’embarquèrent sur un navire mar­chand; mais quelques cor­saires anglais les sur­prirent en che­min et ame­nèrent pri­son­niers à Londres. Remis en liber­té presque aus­si­tôt, nos pères retour­nèrent à Lis­bonne et repar­tirent pour le Japon, où ils arri­vèrent en 1602 au terme de ce voyage si long, si tra­ver­sé, qui leur deman­da, comme vous voyez, six années. Le père de Ange­lis mit encore une année à apprendre le japo­nais, après quoi il par­cou­rut plu­sieurs fois le pays. Bra­vant et sur­mon­tant tous les obs­tacles, il fit d’innombrables conver­sions. Les fidèles ne pou­vant le visi­ter ouver­te­ment, il se dégui­sait et allait les attendre à des lieux déter­mi­nés. Le tout pre­mier, il por­ta la foi chré­tienne jusque dans l’île d’Ezo ou Iezo** (l’actuel Hok­kai­dô) où il fut en 1618, puis en 1621. Cette île inté­res­sait ses supé­rieurs, d’autant qu’elle ne sem­blait pas encore reven­di­quée par les Japo­nais, dont la pré­sence se can­ton­nait dans le fief de Mat­su­mae ou Mat­su­mai***. Tout le reste, depuis Mat­su­mae jusqu’à la pointe sep­ten­trio­nale, sans comp­ter les îles encore plus au Nord, Sakha­line et les Kou­riles, était habi­té par des indi­gènes à demi sau­vages, nom­més Aïnous; la «Rela­tion» les appelle Iezois. D’autre part, les routes d’Ezo n’étaient pas des che­mins bat­tus comme au Japon, mais des sen­tiers rocailleux qui bor­daient des pré­ci­pices effrayants, «tel­le­ment que ce n’est pas [éton­nant] que les Iezois mettent plus de jour­nées pour aller de Mat­su­mai jusqu’[à l’autre bout de leur île] que les Japo­nais n’en mettent pour aller de Nii­ga­ta jusqu’à la pointe de Corée»****. Pour toutes ces rai­sons, les Japo­nais ne connais­saient ces terres que par des ouï-dire contra­dic­toires et par cer­tains articles de com­merce qu’ils rece­vaient des mains des Aïnous : des baleines, des peaux de phoques, des habits faits avec l’écorce des arbres, des peaux de cerfs… Et ils igno­raient même «si le royaume d’Iezo est une île ou non»

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jérosme des Anges et Hié­rosme de Ange­lis. Haut

** En japo­nais 蝦夷. Par­fois trans­crit Iéso, Yezo, Yes­so, Yéso, Jeso ou Jes­so. Haut

*** En japo­nais 松前藩. Par­fois trans­crit Mats­maï, Mats­mayé, Mats­mey, Mat­sou­may ou Mat­sou­maï. Haut

**** p. 376. Haut

le capitaine Dillon, «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et Relation de la découverte du sort de La Pérouse. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828» du capi­taine Peter Dillon* et les recherches, cou­ron­nées de suc­cès, qu’il fit sur l’île de Vani­ko­ro pour trou­ver une trace des fré­gates de La Pérouse. Le nom de La Pérouse est bien célèbre, sinon au point de vue scien­ti­fique, du moins au point de vue dra­ma­tique, si j’ose dire. La Pérouse avait été envoyé par Louis XVI pour un voyage de cir­cum­na­vi­ga­tion; le roi avait des­si­né l’itinéraire de sa propre main. Et par un paral­lèle étrange, la tra­gique dis­pa­ri­tion du bour­lin­gueur coïn­ci­da, à peu de mois près, avec l’effondrement de la monar­chie. La Pérouse périt vic­time des flots ou des sau­vages; et Louis XVI — des tem­pêtes révo­lu­tion­naires. La légende veut qu’en mon­tant sur l’échafaud le 21 jan­vier 1793, le roi ait deman­dé à ses bour­reaux : «A-t-on des nou­velles de M. de La Pérouse?» On sait aujourd’hui le lieu du nau­frage des deux vais­seaux de l’expédition; et c’est au capi­taine Dillon, né en Mar­ti­nique, qu’appartient l’honneur de cette décou­verte. Per­sonne ne connais­sait peut-être mieux les îles du Paci­fique Sud et les cou­tumes des insu­laires que ce capi­taine che­vron­né qui, pen­dant plus de vingt années, avait navi­gué et tra­fi­qué dans ces parages. Le 15 mai 1826, son navire de com­merce, le Saint-Patrick, dans sa route de Val­pa­rai­so (Chi­li) à Cal­cut­ta (Inde), pas­sa près de l’île de Tiko­pia, dans l’archipel des Salo­mon. Sur les pirogues qui vinrent l’accoster se trou­vait le Prus­sien Mar­tin Bushart** que le capi­taine Dillon avait jadis dépo­sé sur cette île, et qui lui mon­tra, au qua­trième ou cin­quième verre de rhum, la poi­gnée d’une épée qu’il avait ache­tée, une épée d’officier, sur laquelle étaient gra­vés des carac­tères. Inter­ro­gé à cet égard, Bushart répon­dit que cette épée pro­ve­nait du nau­frage de deux bâti­ments, dont les débris exis­taient encore devant Vani­ko­ro. De ce récit, le capi­taine Dillon infé­ra que c’étaient les fré­gates de La Pérouse et per­sua­da Bushart à l’accompagner dans son enquête. Arri­vé à Cal­cut­ta, il fit part de ses soup­çons dans une lettre qu’il sou­mit à l’appréciation du secré­taire en chef du gou­ver­ne­ment du Ben­gale, Charles Lushing­ton. La voi­ci*** : «Mon­sieur, étant convain­cu que vous êtes ani­mé de l’esprit de phi­lan­thro­pie qui a tou­jours mar­qué la conduite du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, je n’ai pas besoin d’excuse pour appe­ler votre atten­tion sur cer­taines cir­cons­tances qui me paraissent rela­tives à l’infortuné navi­ga­teur fran­çais comte de La Pérouse, dont le sort est demeu­ré incon­nu depuis près d’un demi-siècle…» La Com­pa­gnie des Indes orien­tales déci­da qu’un navire, le Research, irait enquê­ter sous les ordres du capi­taine Dillon; elle affec­ta mille rou­pies à l’achat des pré­sents à faire aux indi­gènes et pla­ça à bord un diplo­mate fran­çais, Eugène Chai­gneau, qui consta­te­rait la décou­verte.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Pierre Dillon. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bus­sart, Bus­shardt, Buchart, Buchert et Buschert. Haut

*** p. 39. Haut

le capitaine Dillon, «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et Relation de la découverte du sort de La Pérouse. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828» du capi­taine Peter Dillon* et les recherches, cou­ron­nées de suc­cès, qu’il fit sur l’île de Vani­ko­ro pour trou­ver une trace des fré­gates de La Pérouse. Le nom de La Pérouse est bien célèbre, sinon au point de vue scien­ti­fique, du moins au point de vue dra­ma­tique, si j’ose dire. La Pérouse avait été envoyé par Louis XVI pour un voyage de cir­cum­na­vi­ga­tion; le roi avait des­si­né l’itinéraire de sa propre main. Et par un paral­lèle étrange, la tra­gique dis­pa­ri­tion du bour­lin­gueur coïn­ci­da, à peu de mois près, avec l’effondrement de la monar­chie. La Pérouse périt vic­time des flots ou des sau­vages; et Louis XVI — des tem­pêtes révo­lu­tion­naires. La légende veut qu’en mon­tant sur l’échafaud le 21 jan­vier 1793, le roi ait deman­dé à ses bour­reaux : «A-t-on des nou­velles de M. de La Pérouse?» On sait aujourd’hui le lieu du nau­frage des deux vais­seaux de l’expédition; et c’est au capi­taine Dillon, né en Mar­ti­nique, qu’appartient l’honneur de cette décou­verte. Per­sonne ne connais­sait peut-être mieux les îles du Paci­fique Sud et les cou­tumes des insu­laires que ce capi­taine che­vron­né qui, pen­dant plus de vingt années, avait navi­gué et tra­fi­qué dans ces parages. Le 15 mai 1826, son navire de com­merce, le Saint-Patrick, dans sa route de Val­pa­rai­so (Chi­li) à Cal­cut­ta (Inde), pas­sa près de l’île de Tiko­pia, dans l’archipel des Salo­mon. Sur les pirogues qui vinrent l’accoster se trou­vait le Prus­sien Mar­tin Bushart** que le capi­taine Dillon avait jadis dépo­sé sur cette île, et qui lui mon­tra, au qua­trième ou cin­quième verre de rhum, la poi­gnée d’une épée qu’il avait ache­tée, une épée d’officier, sur laquelle étaient gra­vés des carac­tères. Inter­ro­gé à cet égard, Bushart répon­dit que cette épée pro­ve­nait du nau­frage de deux bâti­ments, dont les débris exis­taient encore devant Vani­ko­ro. De ce récit, le capi­taine Dillon infé­ra que c’étaient les fré­gates de La Pérouse et per­sua­da Bushart à l’accompagner dans son enquête. Arri­vé à Cal­cut­ta, il fit part de ses soup­çons dans une lettre qu’il sou­mit à l’appréciation du secré­taire en chef du gou­ver­ne­ment du Ben­gale, Charles Lushing­ton. La voi­ci*** : «Mon­sieur, étant convain­cu que vous êtes ani­mé de l’esprit de phi­lan­thro­pie qui a tou­jours mar­qué la conduite du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, je n’ai pas besoin d’excuse pour appe­ler votre atten­tion sur cer­taines cir­cons­tances qui me paraissent rela­tives à l’infortuné navi­ga­teur fran­çais comte de La Pérouse, dont le sort est demeu­ré incon­nu depuis près d’un demi-siècle…» La Com­pa­gnie des Indes orien­tales déci­da qu’un navire, le Research, irait enquê­ter sous les ordres du capi­taine Dillon; elle affec­ta mille rou­pies à l’achat des pré­sents à faire aux indi­gènes et pla­ça à bord un diplo­mate fran­çais, Eugène Chai­gneau, qui consta­te­rait la décou­verte.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Pierre Dillon. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bus­sart, Bus­shardt, Buchart, Buchert et Buschert. Haut

*** p. 39. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome VII. Journal de marche • Événements du Siam»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome VI. Passage du Mékong au Tonkin»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome V. Voyages dans le Haut-Laos et sur les frontières de Chine et de Birmanie»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome IV. Voyages au centre de l’Annam et du Laos et dans les régions sauvages de l’Est de l’Indochine»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome III. Voyages au Laos et chez les sauvages du Sud-Est de l’Indochine»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome II. Exposé des travaux de la mission»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut