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Mot-clefdécouverte et exploration françaises

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«Le Voyage de Lapérouse (1785-1788). Tome II. [Journal de Lapérouse]»

éd. Imprimerie nationale, coll. Voyages et Découvertes, Paris

éd. Impri­me­rie natio­nale, coll. Voyages et Décou­vertes, Paris

Il s’agit de la grande expé­di­tion confiée à La Pérouse*. En 1783, Louis XVI vou­lut voir la France prendre toute sa place dans l’achèvement de la recon­nais­sance du globe, jaloux des suc­cès acquis sur ce ter­rain par sa per­pé­tuelle rivale — l’Angleterre. Il choi­sit pour ce but une âme expé­ri­men­tée qui, endur­cie par le genre de vie dif­fi­cile des marins, la ren­drait capable de mener avec suc­cès une expé­di­tion ras­sem­blant en un seul les trois voyages de Cook. Cette âme, c’était Jean-Fran­çois de La Pérouse**. Les ins­truc­tions pour ce voyage, que La Pérouse était auto­ri­sé à modi­fier s’il le jugeait conve­nable, furent dic­tées par Louis XVI lui-même et mises au propre par Charles-Pierre Cla­ret, comte de Fleu­rieu, futur ministre de la Marine et des Colo­nies. Elles sont regar­dées comme un modèle de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’en citer quelques lignes qui ne carac­té­risent pas moins le plan du roi que la lar­geur de ses vues sur l’action que la France est appe­lée à exer­cer à l’étranger : «Le sieur de La Pérouse», dit le «Mémoire du roi», «dans toutes les occa­sions en use­ra avec beau­coup de dou­ceur et d’humanité envers les dif­fé­rents peuples qu’il visi­te­ra dans le cours de son voyage. Il s’occupera avec zèle et inté­rêt de tous les moyens qui peuvent amé­lio­rer leur condi­tion, en pro­cu­rant à leur pays les… arbres utiles d’Europe, en leur ensei­gnant la manière de les semer et de les culti­ver… Si des cir­cons­tances impé­rieuses, qu’il est de la pru­dence de pré­voir… obli­geaient jamais le sieur de La Pérouse à faire usage de la supé­rio­ri­té de ses armes sur celles des peuples sau­vages… il n’userait de sa force qu’avec la plus grande modé­ra­tion… Sa Majes­té regar­de­rait comme un des suc­cès les plus heu­reux de l’expédition qu’elle pût être ter­mi­née sans qu’il en eût coû­té la vie à un seul homme». On pré­pa­ra la Bous­sole et l’Astrolabe; les deux navires bien­tôt, ten­dant leurs cor­dages, déployèrent leur voi­lure au milieu des cris et des adieux mêlés aux chants joyeux des mate­lots. On pla­ça à bord une gra­vure repré­sen­tant la mort de Cook. Et la vue de cette image avi­vait l’ardeur de ces har­dis marins, qui disaient sou­vent : «Voi­ci la mort que doivent envier les gens de notre métier!» Pauvres hommes, ils ne croyaient pas si bien dire.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Lapey­rouse. Haut

** Le roi avait lu son rap­port sur la cam­pagne de la baie d’Hudson avec inté­rêt et dans la copie ori­gi­nale : «on pénètre mieux la pen­sée d’un auteur sur son manus­crit que sur une trans­crip­tion» (le capi­taine de Bros­sard, «Ren­dez-vous avec Lapé­rouse à Vani­ko­ro»). Haut

«Le Voyage de Lapérouse (1785-1788). Tome I. [Mémoire du roi pour servir d’instruction particulière au sieur de Lapérouse]»

éd. Imprimerie nationale, coll. Voyages et Découvertes, Paris

éd. Impri­me­rie natio­nale, coll. Voyages et Décou­vertes, Paris

Il s’agit de la grande expé­di­tion confiée à La Pérouse*. En 1783, Louis XVI vou­lut voir la France prendre toute sa place dans l’achèvement de la recon­nais­sance du globe, jaloux des suc­cès acquis sur ce ter­rain par sa per­pé­tuelle rivale — l’Angleterre. Il choi­sit pour ce but une âme expé­ri­men­tée qui, endur­cie par le genre de vie dif­fi­cile des marins, la ren­drait capable de mener avec suc­cès une expé­di­tion ras­sem­blant en un seul les trois voyages de Cook. Cette âme, c’était Jean-Fran­çois de La Pérouse**. Les ins­truc­tions pour ce voyage, que La Pérouse était auto­ri­sé à modi­fier s’il le jugeait conve­nable, furent dic­tées par Louis XVI lui-même et mises au propre par Charles-Pierre Cla­ret, comte de Fleu­rieu, futur ministre de la Marine et des Colo­nies. Elles sont regar­dées comme un modèle de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’en citer quelques lignes qui ne carac­té­risent pas moins le plan du roi que la lar­geur de ses vues sur l’action que la France est appe­lée à exer­cer à l’étranger : «Le sieur de La Pérouse», dit le «Mémoire du roi», «dans toutes les occa­sions en use­ra avec beau­coup de dou­ceur et d’humanité envers les dif­fé­rents peuples qu’il visi­te­ra dans le cours de son voyage. Il s’occupera avec zèle et inté­rêt de tous les moyens qui peuvent amé­lio­rer leur condi­tion, en pro­cu­rant à leur pays les… arbres utiles d’Europe, en leur ensei­gnant la manière de les semer et de les culti­ver… Si des cir­cons­tances impé­rieuses, qu’il est de la pru­dence de pré­voir… obli­geaient jamais le sieur de La Pérouse à faire usage de la supé­rio­ri­té de ses armes sur celles des peuples sau­vages… il n’userait de sa force qu’avec la plus grande modé­ra­tion… Sa Majes­té regar­de­rait comme un des suc­cès les plus heu­reux de l’expédition qu’elle pût être ter­mi­née sans qu’il en eût coû­té la vie à un seul homme». On pré­pa­ra la Bous­sole et l’Astrolabe; les deux navires bien­tôt, ten­dant leurs cor­dages, déployèrent leur voi­lure au milieu des cris et des adieux mêlés aux chants joyeux des mate­lots. On pla­ça à bord une gra­vure repré­sen­tant la mort de Cook. Et la vue de cette image avi­vait l’ardeur de ces har­dis marins, qui disaient sou­vent : «Voi­ci la mort que doivent envier les gens de notre métier!» Pauvres hommes, ils ne croyaient pas si bien dire.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Lapey­rouse. Haut

** Le roi avait lu son rap­port sur la cam­pagne de la baie d’Hudson avec inté­rêt et dans la copie ori­gi­nale : «on pénètre mieux la pen­sée d’un auteur sur son manus­crit que sur une trans­crip­tion» (le capi­taine de Bros­sard, «Ren­dez-vous avec Lapé­rouse à Vani­ko­ro»). Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome VII. Journal de marche • Événements du Siam»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome VI. Passage du Mékong au Tonkin»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome V. Voyages dans le Haut-Laos et sur les frontières de Chine et de Birmanie»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome IV. Voyages au centre de l’Annam et du Laos et dans les régions sauvages de l’Est de l’Indochine»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome III. Voyages au Laos et chez les sauvages du Sud-Est de l’Indochine»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome II. Exposé des travaux de la mission»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut

«Mission Pavie. Géographie et Voyages. Tome I. Exposé des travaux de la mission»

éd. E. Leroux, Paris

éd. E. Leroux, Paris

Il s’agit d’Auguste Pavie, explo­ra­teur fran­çais (XIXe-XXe siècle) qui, seul ou avec quelques com­pa­gnons fidèles, sillon­na pen­dant des décen­nies le Cam­bodge et le Laos. La voca­tion d’explorateur de Pavie, timide et modeste ser­gent, fils de ses œuvres, ne se révé­la que dans le petit port cam­bod­gien de Kam­pot*, où il débar­qua en tant qu’agent du télé­graphe. Dans un pre­mier temps, il vécut iso­lé, seul Euro­péen; mais séduit par le charme du pays et des habi­tants, il cher­cha à connaître leur langue et leurs cou­tumes. Un bonze let­tré lui ser­vit d’initiateur. Pavie décou­vrit chez ce der­nier «une sorte de coffre laqué rouge et noir, orné de dorures, et [conte­nant] plu­sieurs cen­taines de manus­crits sur feuilles de pal­mier… : livres sur l’astronomie, l’astrologie, la chi­ro­man­cie et la divi­na­tion…; romans [rela­tant] les exis­tences pas­sées du Boud­dha; [manuels] sur les usages : édu­ca­tion, codes, lois»**. En même temps qu’il était char­mé par les édi­fices de la bon­ze­rie qui dor­maient à l’ombre des figuiers, Pavie entre­voyait toute la richesse de cette antique civi­li­sa­tion khmère dont des «restes de lit­té­ra­ture et de théâtre», de «vagues idées de des­sin et de musique» conser­vaient pieu­se­ment «un sou­ve­nir nébu­leux»***. Pavie se mit à s’entretenir fami­liè­re­ment avec les habi­tants et acquit peu à peu une connais­sance intime de l’âme indi­gène qui lui ser­vit par la suite. De ses sor­ties au bord de la mer, il rap­por­ta en outre une col­lec­tion de mol­lusques et de coquilles, qu’il envoya à l’Exposition de Saï­gon. Ces tra­vaux retinrent l’attention de Le Myre de Vilers, gou­ver­neur de Cochin­chine. Char­gé par ce der­nier en 1880 d’une pre­mière et dure mis­sion, Pavie par­cou­rut la région inex­plo­rée qui s’étendait du golfe de Siam au Mékong, en dres­sant une carte et une rela­tion de voyage afin d’établir une ligne télé­gra­phique. Ce fut chose faite en 1883 avec la ligne Saï­gon-Bang­kok de plus d’un mil­lier de kilo­mètres. Pavie avait mon­tré de telles dis­po­si­tions, qu’on le char­gea aus­si­tôt d’une autre mis­sion : celle d’explorer le Laos afin d’élaborer la pre­mière carte com­plète de l’Indochine. Pareilles mis­sions étaient peut-être un hon­neur, mais com­bien les auraient refu­sées! Si Pavie les accep­ta, c’est par crainte de se faire devan­cer; car il vou­lait être le pre­mier inven­teur de ces forêts et de ces monts où même les indi­gènes ne s’aventuraient qu’à contre­cœur. «Faites», dit-il, en avouant la pointe d’orgueil dans ses pro­jets****, «faites que je sois le pre­mier; que j’aille le plus loin; que je parte tout de suite et tout seul; et qu’on s’en rap­porte à moi. La France et la Répu­blique n’auront jamais été mieux ser­vies, dites-le-leur. Le gou­ver­ne­ment de Cochin­chine, m’ayant cru, m’a char­gé d’unir Saï­gon à Bang­kok; c’est fini. Je veux mar­cher en avant…; chose natu­relle, il me faut une tâche plus grande… Si vous vou­lez, je l’aurai. Don­nez donc. Vive la Répu­blique!»

* En khmer កំពត. Haut

** «Géo­gra­phie et Voyages. Tome I», p. 14-15. Haut

*** «Études diverses. Tome I», p. XII. Haut

**** «Lettre à Jules Har­mand du 15.VI.1883» dans Dion, «Auguste Pavie», p. 68. Haut