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Mot-clef10ᵉ siècle

sujet

Murasaki-shikibu, «Poèmes»

éd. Publications orientalistes de France, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, Paris

Il s’agit du «Recueil de Mura­sa­ki-shi­ki­bu» («Mura­sa­ki-shi­ki­bu shû»*). Le chef-d’œuvre de la prose qu’est le «Dit du gen­ji» fait par­fois oublier que son auteur était aus­si comp­tée par­mi les trente-six «génies de la poé­sie», autant pour les sept cent quatre-vingt-qua­torze poèmes qu’elle attri­bue aux per­son­nages de son roman, que pour ceux, plus per­son­nels, que contient son «Recueil».

«Il m’est arri­vé par­fois de res­ter assise par­mi [les autres dames de la Cour], com­plè­te­ment désem­pa­rée. Ce n’est point tant que je crai­gnisse la médi­sance, mais excé­dée, je finis­sais par avoir l’air tout à fait éga­rée, ce qui fait que l’une après l’autre main­te­nant me dit : “Vous cachiez bien votre jeu! Quand tout le monde vous détes­tait, disant et pen­sant que vous étiez manié­rée, dis­tante, d’un abord peu amène, imbue de vos dits, pré­ten­tieuse et férue de poé­sie… voi­ci qu’on vous trouve étran­ge­ment bonne per­sonne, à croire qu’il s’agit de quelqu’un d’autre!”»** Tel est l’un des seuls pas­sages de son «Jour­nal» où la dame Mura­sa­ki-shi­ki­bu rap­porte des pro­pos sur son propre compte. C’est un pas­sage révé­la­teur. «Femme d’une nature ren­fer­mée»***, elle était convain­cue que les gens ne la com­pre­naient pas. Elle pre­nait peu de plai­sir au com­merce de la socié­té et elle avait la répu­ta­tion, assez excep­tion­nelle dans son cercle, d’être prude.

* En japo­nais «紫式部集». Haut

** «Jour­nal; tra­duit du japo­nais par René Sief­fert», p. 101. Haut

*** id. p. 93. Haut

Murasaki-shikibu, «Le Dit du genji. Tome II. Impermanence»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Dit du gen­ji» («Gen­ji mono­ga­ta­ri»*) de la dame Mura­sa­ki-shi­ki­bu**, roman qui marque le som­met le plus haut atteint par la lit­té­ra­ture japo­naise. «De tous les tré­sors du Japon, le “Dit du gen­ji” est de loin le plus pré­cieux.»*** On sup­pose que ce roman monu­men­tal fut com­po­sé vers 1004 apr. J.-C. Une jolie légende asso­cie sa com­po­si­tion au temple d’Ishiyama****, à l’extrémité méri­dio­nale du lac Biwa. En ce site divin, la dame Mura­sa­ki-shi­ki­bu se reti­ra, dit-on, loin de la Cour : chaque nuit, accou­dée à sa table, elle contem­plait le lac Biwa dont la nappe argen­tée réflé­chis­sait la lune étin­ce­lante et, la séré­ni­té des choses entrant dans son cœur, elle écri­vait, d’un pin­ceau tran­quille et ins­pi­ré, ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, si vous visi­tez le temple d’Ishiyama, les bonzes vous mon­tre­ront la chambre où le «Dit du gen­ji» fut écrit, et l’encrier même dont la roman­cière se ser­vit — preuves qui, si elles ne satis­font pas les his­to­riens rigou­reux, sont bien suf­fi­santes pour convaincre les visi­teurs ordi­naires. «Le “Dit du gen­ji” est une chose inex­pli­cable», dit un Empe­reur japo­nais*****. «Il ne peut être l’ouvrage d’une per­sonne ordi­naire.» Com­ment, en effet, expli­quer ce chef-d’œuvre com­plexe où, sur un fond d’exquises obser­va­tions emprun­tées à tout ce que la vie galante de la Cour, les brillantes fêtes du Palais, les ren­contres intimes entre cava­liers et dames, mais aus­si les rivages de l’exil ou la paix reli­gieuse d’un ermi­tage, peuvent offrir de plus char­mant à une roman­cière, on voit se déta­cher une constel­la­tion de quelque trois cents per­son­nages, dont l’unité est assu­rée par la pré­sence cen­trale d’un don Juan au cœur sen­sible — le «gen­ji»******? Et que dire des quelque huit cents poèmes que ces per­son­nages s’envoient les uns aux autres sous forme de billets pour se confier mutuel­le­ment leurs émo­tions? Quoi qu’il en soit, conve­nons avec M. René Sief­fert******* «qu’il s’agit là… du roman psy­cho­lo­gique le plus éton­nant, par sa sub­ti­li­té et sa péné­tra­tion, qui ait jamais été écrit dans aucune langue».

* En japo­nais «源氏物語». Autre­fois trans­crit «Gen-zi mono-gata­ri», «Ghen­zi mono­ga­ta­ri», «Guend­ji mono­ga­ta­ri», «Guen­ji-mono­ga­ta­ri», «Ghennd­ji mono­gha­ta­ri», «Ghen­ji mono­ga­ta­ri» ou «Ghenn­ji mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais 紫式部. Autre­fois trans­crit Mou­ra­sa­ki Chi­ki­bou, Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou ou Mou­ra­sa­ki Siki­bou. Haut

*** Ichi­jô Kaneyo­shi, «Kachô yosei» («Images de fleurs et d’oiseaux»), inédit en fran­çais. Haut

**** En japo­nais 石山寺. Haut

***** L’Empereur Jun­to­ku. Haut

****** «Gen­ji» est un titre hono­ri­fique accor­dé à un fils ou à une fille d’Empereur à qui est refu­sée la qua­li­té d’héritier ou d’héritière. Haut

******* Dans Phi­lippe Pons, «“Le Dit du gen­ji”, un fleuve sans fin : un entre­tien». Haut

Murasaki-shikibu, «Le Dit du genji. Tome I. Magnificence»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Dit du gen­ji» («Gen­ji mono­ga­ta­ri»*) de la dame Mura­sa­ki-shi­ki­bu**, roman qui marque le som­met le plus haut atteint par la lit­té­ra­ture japo­naise. «De tous les tré­sors du Japon, le “Dit du gen­ji” est de loin le plus pré­cieux.»*** On sup­pose que ce roman monu­men­tal fut com­po­sé vers 1004 apr. J.-C. Une jolie légende asso­cie sa com­po­si­tion au temple d’Ishiyama****, à l’extrémité méri­dio­nale du lac Biwa. En ce site divin, la dame Mura­sa­ki-shi­ki­bu se reti­ra, dit-on, loin de la Cour : chaque nuit, accou­dée à sa table, elle contem­plait le lac Biwa dont la nappe argen­tée réflé­chis­sait la lune étin­ce­lante et, la séré­ni­té des choses entrant dans son cœur, elle écri­vait, d’un pin­ceau tran­quille et ins­pi­ré, ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, si vous visi­tez le temple d’Ishiyama, les bonzes vous mon­tre­ront la chambre où le «Dit du gen­ji» fut écrit, et l’encrier même dont la roman­cière se ser­vit — preuves qui, si elles ne satis­font pas les his­to­riens rigou­reux, sont bien suf­fi­santes pour convaincre les visi­teurs ordi­naires. «Le “Dit du gen­ji” est une chose inex­pli­cable», dit un Empe­reur japo­nais*****. «Il ne peut être l’ouvrage d’une per­sonne ordi­naire.» Com­ment, en effet, expli­quer ce chef-d’œuvre com­plexe où, sur un fond d’exquises obser­va­tions emprun­tées à tout ce que la vie galante de la Cour, les brillantes fêtes du Palais, les ren­contres intimes entre cava­liers et dames, mais aus­si les rivages de l’exil ou la paix reli­gieuse d’un ermi­tage, peuvent offrir de plus char­mant à une roman­cière, on voit se déta­cher une constel­la­tion de quelque trois cents per­son­nages, dont l’unité est assu­rée par la pré­sence cen­trale d’un don Juan au cœur sen­sible — le «gen­ji»******? Et que dire des quelque huit cents poèmes que ces per­son­nages s’envoient les uns aux autres sous forme de billets pour se confier mutuel­le­ment leurs émo­tions? Quoi qu’il en soit, conve­nons avec M. René Sief­fert******* «qu’il s’agit là… du roman psy­cho­lo­gique le plus éton­nant, par sa sub­ti­li­té et sa péné­tra­tion, qui ait jamais été écrit dans aucune langue».

* En japo­nais «源氏物語». Autre­fois trans­crit «Gen-zi mono-gata­ri», «Ghen­zi mono­ga­ta­ri», «Guend­ji mono­ga­ta­ri», «Guen­ji-mono­ga­ta­ri», «Ghennd­ji mono­gha­ta­ri», «Ghen­ji mono­ga­ta­ri» ou «Ghenn­ji mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais 紫式部. Autre­fois trans­crit Mou­ra­sa­ki Chi­ki­bou, Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou ou Mou­ra­sa­ki Siki­bou. Haut

*** Ichi­jô Kaneyo­shi, «Kachô yosei» («Images de fleurs et d’oiseaux»), inédit en fran­çais. Haut

**** En japo­nais 石山寺. Haut

***** L’Empereur Jun­to­ku. Haut

****** «Gen­ji» est un titre hono­ri­fique accor­dé à un fils ou à une fille d’Empereur à qui est refu­sée la qua­li­té d’héritier ou d’héritière. Haut

******* Dans Phi­lippe Pons, «“Le Dit du gen­ji”, un fleuve sans fin : un entre­tien». Haut

«Abou ṭ-Ṭayyib al-Motanabbî, un poète arabe du Xe siècle : essai d’histoire littéraire»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Paris

Il s’agit d’Abou’ltayyib*, sur­nom­mé Moté­nab­bi**, orgueilleux poète de Cour, ren­du célèbre en ser­vant dif­fé­rents princes arabes, en chan­tant leurs hauts faits et leurs bien­faits, en se brouillant avec eux, en se ven­geant par des satires des louanges qu’il leur avait don­nées aupa­ra­vant. Ses poèmes ont quel­que­fois de la beau­té dans leur élo­quence; mais, plus sou­vent encore, ils ne brillent que par ce sin­gu­lier mélange d’insolence et de poli­tesse, de bas­sesse et d’orgueil qui dis­tingue les cour­ti­sans; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple por­teur d’eau dans la ville de Kou­fa (en Irak), quoiqu’il se van­tât beau­coup de sa noblesse. Dès sa jeu­nesse, il fut tour­men­té par une ambi­tion incom­men­su­rable, récon­for­tée par les suc­cès de sa poé­sie, qui était payée très chè­re­ment par les princes aux­quels il s’attachait. Bien­tôt, la tête lui tour­na, et il crut pou­voir pas­ser à un aus­si juste titre pour pro­phète en vers, que Maho­met l’avait été en prose; cela lui valut le sur­nom de Moté­nab­bi («celui qui se pré­tend pro­phète»). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réa­li­ser cet idéal; quand le temps et les occa­sions le détrom­pèrent en le rap­pe­lant à une vie si brève, si ordi­naire, si fata­le­ment humaine; quand il son­gea que des pans entiers de son ambi­tieuse nature res­te­raient à jamais ense­ve­lis dans l’ombre, ce fut un débor­de­ment d’une amer­tume sans pareille. «De là, cet amour-propre qui, au lieu de recher­cher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et deve­nir altruisme, se trans­forme en égoïsme hai­neux et mal­veillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué», dit M. Joseph Daher***. Témoin les vers sui­vants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui ins­pirent : «Je cri­tique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un cré­tin, le plus éner­gique un lâche, le plus noble un chien, le plus clair­voyant un aveugle, le plus vigi­lant un loir, et le plus cou­ra­geux un singe».

* En arabe أبو الطيب. Par­fois trans­crit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut

** En arabe المتنبي. Par­fois trans­crit Mota­nab­bî, Mota­nab­by, Moté­nab­by, Mote­na­bi, Mote­neb­bi, Mou­ta­nab­bi, Mou­ta­na­bi, Muta­na­bi ou Muta­nabbī. Haut

*** «Essai sur le pes­si­misme chez le poète arabe al-Muta­nabbī», p. 54. Haut

Bâbâ Tâhir, «Les Quatrains»

dans « Journal asiatique », sér. 8, vol. 6, p. 502-545

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 8, vol. 6, p. 502-545

Il s’agit de Bâbâ Tâhir*, poète per­san, dont la sim­pli­ci­té des sen­ti­ments et du voca­bu­laire fait le charme de ses qua­trains. On sait peu de choses sur lui; on ignore même le temps où il vécut (entre le Xe et XIIe siècle apr. J.-C. pro­ba­ble­ment). Il était un de ces der­viches errants, ces fous de Dieu qui passent pour saints en Orient, et que pour cela, tout le monde révère et res­pecte. Le sur­nom de ‘Uryân**le Nu») sous lequel il est dési­gné lui vient, disent cer­tains, de ce qu’il se pro­me­nait sans vête­ments dans les bazars et dans les rues; mais il est tout aus­si vrai­sem­blable qu’il vivait dans le dénue­ment ou le renon­ce­ment, plu­tôt que dans la com­plète nudi­té : «Je suis le bohème mys­tique qu’on appelle “qalen­der”; je n’ai ni feu ni lieu, nul point d’attache», dit-il. «Le jour, j’erre autour du monde, et la nuit, je m’endors une brique sous la tête… Il n’y a point dans l’univers de papillon aus­si étour­di, de fou aus­si étrange que moi. Les ser­pents et les four­mis ont tous une retraite, mais moi je n’ai pas même — infor­tu­né! — le mur d’une mai­son en ruines»***. En tout cas, l’on constate que son mys­ti­cisme ne lui épar­gna ni les tour­ments de l’amour ni les angoisses cau­sées par la pen­sée de la mort. Il est, d’ailleurs, un des pre­miers der­viches à avoir décrit ses trans­ports amou­reux dans la langue per­sane : «Le col­chique des mon­tagnes ne dure qu’une semaine, ain­si que la vio­lette des bords de la rivière; je veux crier, de ville en ville, que la fidé­li­té des belles aux joues rosées ne dure qu’une semaine… Mon cœur est plein de feu, mes yeux pleins de larmes; ma vie n’est qu’un vase rem­pli de tris­tesses et d’ennuis. Eh bien! si, après ma mort, tu viens à pas­ser près de ma tombe, ton par­fum me ren­dra la vie»

* En per­san باباطاهر. Par­fois trans­crit Bâbâ Tâher. Haut

** En per­san عریان. Par­fois trans­crit Uriyan, ‘Oriyān ou Oryân. Haut

*** p. 516 & 528. Haut