Mot-clef1600-1868 (époque d’Edo)

sujet

Saikaku, « Du devoir des guerriers : récits »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Buke giri monogatari »* (« Récits de guerriers fidèles à leur devoir »**) d’Ihara Saikaku***, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 武家義理物語 ». Haut

** Parfois traduit « Récits au sujet du “giri” des familles militaires ». Haut

*** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

**** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

***** En japonais « 世の人心 ». Haut

****** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Saikaku, « Histoires de marchands »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Nippon eitai gura »* (« Magasin perpétuel du Japon ») et « Seken mune san.yô »** (« Comptes et Mécomptes »***) d’Ihara Saikaku****, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »*****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »******) comme il dit lui-même*******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 日本永代蔵 ». Haut

** En japonais « 世間胸算用 ». Parfois transcrit « Seken muna-zanyô » ou « Sekken munezan’yō ». Haut

*** Parfois traduit « Les Calculs qui permettent de réussir dans le monde ». Haut

**** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

***** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

****** En japonais « 世の人心 ». Haut

******* Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Saikaku, « Contes des provinces • Vingt Parangons d’impiété filiale de notre pays »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Saikaku shokoku banashi »* (« Contes des provinces par Saikaku »**) et « Honchô nijû fukô »*** (« Vingt Parangons d’impiété filiale de notre pays ») d’Ihara Saikaku****, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »*****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »******) comme il dit lui-même*******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 西鶴諸国ばなし ». Haut

** Parfois traduit « Récits provinciaux de Saikaku ». Haut

*** En japonais « 本朝二十不孝 ». Haut

**** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

***** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

****** En japonais « 世の人心 ». Haut

******* Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Saikaku, « La Lune de ce monde flottant »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit du « Saikaku okimiyage »* (« La Lune de ce monde flottant », ou littéralement « Présent d’adieu de Saikaku »**) d’Ihara Saikaku***, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 西鶴置土産 ». Haut

** Parfois traduit « Souvenirs d’adieu de Saikaku ». Haut

*** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

**** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

***** En japonais « 世の人心 ». Haut

****** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Saikaku, « Vie de Wankyû : roman »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit du « Wankyû issei no monogatari »* (« Vie de Wankyû ») d’Ihara Saikaku**, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »***), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »****) comme il dit lui-même*****. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 椀久一世の物語 ». Haut

** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

*** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

**** En japonais « 世の人心 ». Haut

***** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Saikaku, « Vie d’une amie de la volupté : roman de mœurs paru en 1686 »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Kôshoku ichidai onna »* (« Vie d’une amie de la volupté »**) d’Ihara Saikaku***, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 好色一代女 ». Autrefois transcrit « Kôshokou-itchidaï-onna » Haut

** Parfois traduit « Une Femme de volupté ». Haut

*** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

**** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

***** En japonais « 世の人心 ». Haut

****** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Saikaku, « Cinq Amoureuses »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Kôshoku gonin onna »* (« Cinq Amoureuses »**) d’Ihara Saikaku***, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »****), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et osés, allant jusqu’à la vulgarité, font que l’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 好色五人女 ». Haut

** Parfois traduit « Cinq Libertines ». Haut

*** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

**** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

***** En japonais « 世の人心 ». Haut

****** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Akinari, « Contes de pluie et de lune, “Ugetsu-monogatari” »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de contes fantastiques d’Akinari Ueda*, la figure la plus attachante de la littérature japonaise du XVIIIe siècle. Fils d’une courtisane et d’un père inconnu, le jeune Akinari mena quelque temps une vie dissolue, avant de rencontrer le philologue Katô Umaki**, de séjour à Ôsaka. Il se mit aussitôt à l’école de celui qui devint pour lui le maître et l’ami. Ce fut une révélation : « Le maître passait ses heures de loisir près de ma demeure. Au hasard des questions que je lui posais sur des mots anciens, nous en vînmes à parler du “Dit du genji”. Je lui posai çà et là quelques questions, puis je copiai en regard du texte ma traduction en termes vulgaires ; comme je lui exposais en outre ma propre façon de comprendre, il sourit avec un signe d’approbation… Je lui demandai sept ans des renseignements par lettres »***. Le résultat de cette liaison fut d’élever peu à peu les horizons d’Akinari ; de le détourner des succès faciles qu’il avait obtenus jusque-là pour le conduire à cet art véritable qu’il conquerra, la plume à la main, dans son « Ugetsu-monogatari »**** (« Dit de pluie et de lune »). Par « ugetsu », c’est-à-dire « pluie et lune », Akinari fait allusion au calme après la pluie, quand la lune se couvre de brumes — temps idéal pour les spectres et les démons qui peuplent ses contes. Par « monogatari », c’est-à-dire « dit », Akinari indique qu’il renoue par son grand style, par sa manière noble et agréable de s’exprimer, avec les lettres anciennes de la Chine et du Japon. « L’originalité, dans l’“Ugetsu-monogatari”, réside, en effet, dans le style d’Akinari, même quand il traduit, même lorsqu’il compose — comme c’est le cas pour la “Maison dans les roseaux” — des paragraphes entiers avec des fragments glanés dans les classiques les mieux connus de tous. Dans le second cas, le plaisir du lecteur japonais est parfait : il y retrouve à profusion les allusions littéraires dont il est friand, mais il les retrouve dans un agencement nouveau qui leur rend une intensité inattendue, de telle sorte que, sous le pinceau d’Akinari, les poncifs les plus éculés se chargent d’une signification nouvelle », dit M. René Sieffert

* En japonais 上田秋成. Haut

** En japonais 加藤美樹. Haut

*** Dans Pierre Humbertclaude, « Essai sur la vie et l’œuvre de Ueda Akinari ». Haut

**** En japonais « 雨月物語 ». Haut