Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-cleflittérature sapientiale : sujet

« L’Histoire d’Aḥiqar en éthiopien »

dans « Annales d’Éthiopie », vol. 11, p. 141-152

Il s’agit de la version éthiopienne de l’« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien », un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voici le résumé de ce conte : Aḥiqar * était un homme vertueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adopta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adressa une première série de leçons, sous forme de maximes et de proverbes. Plus tard, empêché par les infirmités de la vieillesse de remplir ses fonctions, Aḥiqar présenta Nadan comme son successeur. Comblé d’honneurs, Nadan ne tarda pas à faire preuve de la plus noire ingratitude. Il trahit indignement son père adoptif et bienfaiteur : il le calomnia auprès du roi Assarhaddon (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordonna sa mort. Cependant, le bourreau était un obligé d’Aḥiqar et ne remplit pas l’ordre donné. Il exécuta un autre criminel, dont il apporta la tête au roi, et tint Aḥiqar caché. Enhardi par la nouvelle de la mort du conseiller royal, le pharaon d’Égypte lança au roi le défi de résoudre plusieurs énigmes perfides, sous peine d’avoir à lui payer un tribut. Sorti de sa cachette, Aḥiqar alla en Égypte, répondit aux énigmes du pharaon et, à son retour, demanda que Nadan lui fût livré. Il le frappa de mille coups, pour faire entrer la sagesse « par derrière son dos » ** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adressa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et destinées à prouver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en criminel. Lisez la suite›

* En araméen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Parfois transcrit Achichar, Achiqar, Achikar, Aḥicar ou Aḥikar. On rencontre aussi la graphie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Parfois transcrit Haiqâr, Haïkar, Heycar, Hicar, Khikar ou Ḥikar.

** « Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien ; traduction des versions syriaques par François Nau », p. 236.

« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien »

éd. Letouzey et Ané, coll. Documents pour l’étude de la Bible, Paris

Il s’agit des versions syriaques de l’« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien », un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voici le résumé de ce conte : Aḥiqar * était un homme vertueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adopta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adressa une première série de leçons, sous forme de maximes et de proverbes. Plus tard, empêché par les infirmités de la vieillesse de remplir ses fonctions, Aḥiqar présenta Nadan comme son successeur. Comblé d’honneurs, Nadan ne tarda pas à faire preuve de la plus noire ingratitude. Il trahit indignement son père adoptif et bienfaiteur : il le calomnia auprès du roi Assarhaddon (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordonna sa mort. Cependant, le bourreau était un obligé d’Aḥiqar et ne remplit pas l’ordre donné. Il exécuta un autre criminel, dont il apporta la tête au roi, et tint Aḥiqar caché. Enhardi par la nouvelle de la mort du conseiller royal, le pharaon d’Égypte lança au roi le défi de résoudre plusieurs énigmes perfides, sous peine d’avoir à lui payer un tribut. Sorti de sa cachette, Aḥiqar alla en Égypte, répondit aux énigmes du pharaon et, à son retour, demanda que Nadan lui fût livré. Il le frappa de mille coups, pour faire entrer la sagesse « par derrière son dos » ** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adressa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et destinées à prouver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en criminel. Lisez la suite›

* En araméen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Parfois transcrit Achichar, Achiqar, Achikar, Aḥicar ou Aḥikar. On rencontre aussi la graphie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Parfois transcrit Haiqâr, Haïkar, Heycar, Hicar, Khikar ou Ḥikar.

** « Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien ; traduction des versions syriaques par François Nau », p. 236.

« Oracles sibyllins. Livres VI, VII et VIII »

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

Il s’agit des vers apocryphes qu’on appelle « Oracles sibyllins » (« Sibylliakoi Chrêsmoi » *) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chrétiens pour pasticher les « Livres sibyllins » des païens. La sibylle était une femme inspirée, qui entrait en extase et qui annonçait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écrivait ses prophéties sur des feuilles volantes qu’elle plaçait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consulter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait laissées, avant qu’elles fussent dispersées par les quatre vents. Le premier témoignage la concernant est celui d’Héraclite qui dit : « La sibylle, ni souriante, ni fardée, ni parfumée, de sa bouche délirante se faisant entendre, franchit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On localisait de façon variée cette devineresse idéale, cette incarnation surhumaine, presque dégagée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arriva à en compter plusieurs : la sibylle phrygienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les historiens, l’une d’entre elles vint à Rome et proposa à Tarquin le Superbe de lui vendre neuf « Livres » de prophéties qu’elle lui assura être authentiques ; Tarquin lui en demanda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle radotait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et proposa à Tarquin les six autres pour le même prix. Tarquin la crut encore plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla encore trois autres, sans baisser le prix, ce procédé parut si extraordinaire à Tarquin, qu’il accepta. Quel était le contenu de ces « Livres sibyllins » ? On n’a jamais cessé à Rome de garder là-dessus un secret absolu, en considération du danger qu’il aurait pu y avoir à interpréter les oracles de façon arbitraire, et on a toujours réservé aux moments d’urgence nationale la consultation de ces « Livres ». Deux magistrats appelés « duumviri sacris faciundis » avaient pour charge d’en dégager le sens et les conséquences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en présentait et à condition que le Sénat l’ordonnât. Autrement, il ne leur était pas permis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trouvaient encore à Rome, et le crédit dont ils jouissaient ne paraissait pas devoir faiblir de sitôt, lorsque Stilicon, cédant à la propagande chrétienne, ordonna leur destruction. Il faut laisser parler le poète Rutilius Namatianus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le forfait du sinistre Stilicon », dit Rutilius Namatianus **, « car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brûlant les oracles secourables de la sibylle [et en] détruisant le gage irrévocable de la domination éternelle [de Rome] ». Lisez la suite›

* En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ».

** « Sur son retour », liv. II, v. 41-60.

« Oracles sibyllins. Fragments • Livres III, IV et V »

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

Il s’agit des vers apocryphes qu’on appelle « Oracles sibyllins » (« Sibylliakoi Chrêsmoi » *) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chrétiens pour pasticher les « Livres sibyllins » des païens. La sibylle était une femme inspirée, qui entrait en extase et qui annonçait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écrivait ses prophéties sur des feuilles volantes qu’elle plaçait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consulter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait laissées, avant qu’elles fussent dispersées par les quatre vents. Le premier témoignage la concernant est celui d’Héraclite qui dit : « La sibylle, ni souriante, ni fardée, ni parfumée, de sa bouche délirante se faisant entendre, franchit mille ans par sa voix grâce au dieu ». On localisait de façon variée cette devineresse idéale, cette incarnation surhumaine, presque dégagée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arriva à en compter plusieurs : la sibylle phrygienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les historiens, l’une d’entre elles vint à Rome et proposa à Tarquin le Superbe de lui vendre neuf « Livres » de prophéties qu’elle lui assura être authentiques ; Tarquin lui en demanda le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle radotait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et proposa à Tarquin les six autres pour le même prix. Tarquin la crut encore plus folle ; mais lorsqu’elle en brûla encore trois autres, sans baisser le prix, ce procédé parut si extraordinaire à Tarquin, qu’il accepta. Quel était le contenu de ces « Livres sibyllins » ? On n’a jamais cessé à Rome de garder là-dessus un secret absolu, en considération du danger qu’il aurait pu y avoir à interpréter les oracles de façon arbitraire, et on a toujours réservé aux moments d’urgence nationale la consultation de ces « Livres ». Deux magistrats appelés « duumviri sacris faciundis » avaient pour charge d’en dégager le sens et les conséquences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en présentait et à condition que le Sénat l’ordonnât. Autrement, il ne leur était pas permis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trouvaient encore à Rome, et le crédit dont ils jouissaient ne paraissait pas devoir faiblir de sitôt, lorsque Stilicon, cédant à la propagande chrétienne, ordonna leur destruction. Il faut laisser parler le poète Rutilius Namatianus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : « Il n’en est que plus cruel, le forfait du sinistre Stilicon », dit Rutilius Namatianus **, « car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brûlant les oracles secourables de la sibylle [et en] détruisant le gage irrévocable de la domination éternelle [de Rome] ». Lisez la suite›

* En grec « Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί ».

** « Sur son retour », liv. II, v. 41-60.

« Sentences de Publius Syrus »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Sentences du mime Publilius Syrus » (« Publilii Syri mimi Sententiæ »). J’imagine que beaucoup de lecteurs, même parmi les amateurs des lettres latines, n’ont jamais entendu parler de Publilius Syrus *. Et pourtant, le nom de cet auteur de comédies bouffonnes nous est venu escorté des éloges de la postérité ; car quatre siècles après sa mort, on le faisait lire encore dans les écoles publiques, pour initier la jeunesse aux beautés de la langue latine. Au dire de saint Jérôme, Publilius « régna sur la scène de Rome » (« Romæ scenam tenet ») de César à Auguste, et sa renommée fut loin de périr avec lui. Sénèque lui fait plusieurs emprunts et revient souvent sur ses qualités : c’est, dit-il **, « un poète plus vigoureux que les tragiques et les comiques, quand il renonce aux plates bouffonneries du mime et aux mots faits pour le public des [derniers] gradins ». « Combien de vers », écrit-il ailleurs ***, « d’une frappe admirable, enfouis dans la collection de nos mimes ! Que de pensées de Publilius qui devraient avoir pour interprètes non des pitres déchaussés, mais des tragédiens en cothurnes ! » (Les acteurs de comédies bouffonnes jouaient pieds nus.) Macrobe et Aulu-Gelle, qui ont le plus contribué, avec Sénèque, à nous conserver ces « Sentences », ne les vantent pas moins que lui. Pétrone, qui en admire l’auteur jusqu’à le mettre en parallèle avec Cicéron, n’accorde à ce dernier que la supériorité de l’éloquence : « Je crois », dit-il, « que Publilius était plus honnête » (« honestiorem fuisse »). Enfin, La Bruyère a semé dans ses « Caractères », qui sont sans contredit l’un des plus beaux ouvrages que nous ayons en langue française, la meilleure partie de ces « Sentences » : il en a traduit quelques-unes, il a donné aux autres un peu plus d’étendue, en les présentant sous plusieurs angles différents. Je n’en rapporterai ici que deux exemples. 1o Publilius : « La crainte de la mort est plus cruelle que la mort elle-même » (« Mortem timere crudelius est quam mori »). La Bruyère : « Il est plus dur d’appréhender la mort que de la souffrir ». 2o Publilius : « La vie, par elle-même, est courte, mais les malheurs la rendent bien longue » (« Brevis ipsa vita est, sed malis fit longior »). La Bruyère : « La vie est courte, si elle ne mérite ce nom que lorsqu’elle est agréable ». Lisez la suite›

* On rencontre aussi les graphies Publius Syrus, Publilius Lochius et Publianus, dit Publian.

** « Entretiens », liv. IX, ch. 11, sect. 8.

*** « Lettres à Lucilius », lettre VIII, sect. 8.

Josèphe, « Antiquités judaïques. Tome III. Livres XI à XV »

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

Il s’agit des « Antiquités judaïques » (« Ioudaïkê archaiologia » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Antiquités judaïques. Tome II. Livres VI à X »

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

Il s’agit des « Antiquités judaïques » (« Ioudaïkê archaiologia » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Antiquités judaïques. Tome I. Livres I à V »

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

Il s’agit des « Antiquités judaïques » (« Ioudaïkê archaiologia » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Contre Apion »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit du « Contre Apion » (« Kata Apiônos » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Κατὰ Ἀπίωνος ». « Le “Contre Apion”, tel est le titre inexact, mais commode, sous lequel, s’inspirant de deux passages de saint Jérôme, on a pris l’habitude de désigner le dernier opuscule de Flavius Josèphe, dont le titre véritable paraît avoir été : “De l’antiquité du peuple juif” (“Περὶ τῆς τῶν Ἰουδαίων ἀρχαιότητος”) », explique Théodore Reinach.

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Guerre des Juifs. Tome III »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit de la « Guerre des Juifs » (« Peri tou Ioudaïkou polemou » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Περὶ τοῦ Ἰουδαϊκοῦ πολέμου ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Guerre des Juifs. Tome II »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit de la « Guerre des Juifs » (« Peri tou Ioudaïkou polemou » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Περὶ τοῦ Ἰουδαϊκοῦ πολέμου ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Guerre des Juifs. Tome I »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit de la « Guerre des Juifs » (« Peri tou Ioudaïkou polemou » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Περὶ τοῦ Ἰουδαϊκοῦ πολέμου ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

Josèphe, « Autobiographie »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit de l’« Autobiographie » (« Bios » *) de Josèphe ben Matthias, historien juif, plus connu sous le surnom de Flavius Josèphe ** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour devenir grand rabbin ou roi ; les circonstances en firent un historien. Et telle fut la destinée singulière de sa vie qu’il se transforma en admirateur et en flatteur d’une dynastie d’empereurs romains, dont l’exploit fondamental était l’anéantissement de Jérusalem, et sur les monnaies desquels figurait une femme assise, pleurant sous un palmier, avec la légende « Judæa capta, Judæa devicta » (« la Judée captive, la Judée vaincue »). « Au lieu de la renommée qu’il ambitionnait… et que semblaient lui promettre de précoces succès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plupart des siens, tandis que les Romains, d’abord ses ennemis, le comblèrent finalement de biens et d’honneurs », dit le père Louis-Hugues Vincent ***. C’est que ce descendant de famille illustre, ce prodige des écoles de Jérusalem, ce chef « des deux Galilées… et de Gamala » ****, racheta sa vie en pactisant avec l’ennemi ; abandonna ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote ; et finit ses jours dans la douceur d’une retraite dorée, après être devenu citoyen de Rome et client de Vespasien. Il feignit de voir dans ce général étranger, destructeur de la Ville sainte et tueur d’un million de Juifs, le libérateur promis à ses aïeux ; il lui prédit, en se prosternant devant lui : « Tu seras maître, César, non seulement de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain » ***** ; et cette basse flatterie, cette honteuse duplicité, est une tache indélébile sur la vie d’un homme par ailleurs estimable. Ayant pris le surnom de Flavius pour mieux montrer sa soumission, il consacra l’abondance de ses loisirs, la souplesse de son talent et l’étendue de son érudition à relever les succès des soldats qui détruisirent sa patrie et la rayèrent de la carte. « Il a décrit [cette destruction] tout entière ; il en a recueilli les moindres détails, et son exactitude scrupuleuse étonne encore le lecteur… L’Israélite, ébloui de ces merveilles, ne se souvient pas que ce sont les dépouilles de ses concitoyens ; qu’il s’agit de la Judée anéantie ; que ce Dieu outragé est son Dieu, et qu’il assiste aux funérailles de son pays », dit Philarète Chasles Lisez la suite›

* En grec « Βίος ».

** En latin Flavius Josephus. Autrefois transcrit Flave Josèphe ou Flavien Joseph.

*** « Chronologie des œuvres de Josèphe », p. 366.

**** En grec « τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα ». « Guerre des Juifs », liv. II, sect. 568.

***** En grec « Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους ». « Guerre des Juifs », liv. III, sect. 402.

« Histoire d’Haïkar le Sage, d’après les manuscrits arabes »

dans « Revue de l’Orient chrétien », sér. 2, vol. 3, p. 367-388 ; vol. 4, p. 50-70 & 143-154

Il s’agit des versions arabes de l’« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien », un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voici le résumé de ce conte : Aḥiqar * était un homme vertueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adopta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adressa une première série de leçons, sous forme de maximes et de proverbes. Plus tard, empêché par les infirmités de la vieillesse de remplir ses fonctions, Aḥiqar présenta Nadan comme son successeur. Comblé d’honneurs, Nadan ne tarda pas à faire preuve de la plus noire ingratitude. Il trahit indignement son père adoptif et bienfaiteur : il le calomnia auprès du roi Assarhaddon (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordonna sa mort. Cependant, le bourreau était un obligé d’Aḥiqar et ne remplit pas l’ordre donné. Il exécuta un autre criminel, dont il apporta la tête au roi, et tint Aḥiqar caché. Enhardi par la nouvelle de la mort du conseiller royal, le pharaon d’Égypte lança au roi le défi de résoudre plusieurs énigmes perfides, sous peine d’avoir à lui payer un tribut. Sorti de sa cachette, Aḥiqar alla en Égypte, répondit aux énigmes du pharaon et, à son retour, demanda que Nadan lui fût livré. Il le frappa de mille coups, pour faire entrer la sagesse « par derrière son dos » ** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adressa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et destinées à prouver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en criminel. Lisez la suite›

* En araméen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Parfois transcrit Achichar, Achiqar, Achikar, Aḥicar ou Aḥikar. On rencontre aussi la graphie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Parfois transcrit Haiqâr, Haïkar, Heycar, Hicar, Khikar ou Ḥikar.

** « Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien ; traduction des versions syriaques par François Nau », p. 236.

Ibn al-Moqaffa, « Le Livre de “Kalila et Dimna” »

éd. Klincksieck, Paris

éd. Klincksieck, Paris

Il s’agit du « Kalila et Dimna » (« Kalîla wa Dimna » *), ensemble de contes qui font aujourd’hui encore l’admiration de l’Orient, et dont les animaux sont les principaux acteurs. Tous les éléments assurent à l’Inde l’honneur d’avoir donné naissance à ces contes : un fort ancien recueil de fables, le « Pañcatantra », ne laisse aucun doute sur l’origine indienne ; et Firdousi confirme cette même origine dans son « Livre des rois », où il dit : « Il y a dans le trésor du radja un livre que les hommes de bien appellent “Pañcatantra”, et quand les hommes sont engourdis par l’ignorance, le “Pañcatantra” est comme l’herbe de leur résurrection… car il est le guide vers la [sagesse] » **. Ce fut au VIe siècle apr. J.-C. qu’un médecin persan nommé Barzoui ou Barzouyèh *** rapporta de l’Inde, outre le « Pañcatantra », divers autres ouvrages du même genre et qu’il en composa un recueil auquel on donna le nom de « Kalila et Dimna », parce que le récit des aventures de ces deux chacals en formait la première et principale partie. Cette version du « Kalila et Dimna » eut le sort de tout ce qui constituait la littérature persane au temps des Sassanides : elle fut détruite lors de la conquête de la Perse par les Arabes et sacrifiée au zèle aveugle des premiers musulmans. Trois siècles plus tard, le peu qui échappa à la destruction fut traduit en arabe par un autre Persan, Ibn al-Moqaffa ****, avec tant de mérite et d’élégance, que ces mêmes musulmans l’accusèrent d’avoir travaillé, mais en vain, à imiter et même à surpasser le style du Coran. « Alors, arabe vraiment, le “Kalila”, ou iranien, indien même, en ses plus lointains refuges ? La réponse est à chercher dans l’histoire du livre. Et que nous dit-elle ? Qu’il est devenu, très vite, l’une des pièces essentielles d’un patrimoine, un livre-clef », dit M. André Miquel Lisez la suite›

* En arabe « كليلة ودمنة ». Parfois transcrit « Kalīlah wa Dimnah ».

** « Le Livre des rois ; traduit et commenté par Jules Mohl. Tome VI », p. 361.

*** En persan برزوی ou برزویه. Parfois transcrit Burzōy, Burzoyé, Burzōē, Borzūya, Burzuyah, Borzoueh, Borzouyeh ou Berzouyèh.

**** En arabe بن المقفع. Parfois transcrit Ibn al-Muqaffa‘, Ibn Muqafaa, Ibn Moqafaa’, Ebn-almoukaffa, Ibn al-Mukaffâ, Ibn al-Moḳaffa‘, Ibn al-Mouqaffa’, Ibn al Mouqafaa, Aben Mochafa, Ebn-almocaffa ou Ebn-almokaffa. Par suite d’une faute, بن المقنع, transcrit Ebn-almocanna, Ebn Mocannaa, Ben Mocannâ ou Ben Mocannaah.