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Maïmonide, «Le Guide des égarés : traité de théologie et de philosophie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Guide des éga­rés»*Dala­lat al-hayi­rin»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Guide pour ceux qui sont dans la per­plexi­té», «Guide des per­plexes», «Guide des che­mins tor­tueux», «Doc­teur de ceux qui chan­cellent», «Guide des indé­cis» ou «Guide des dévoyés». Haut

** Par­fois trans­crit «Dela­lat elhaï­rin», «Dalā­lat al-ḥā’irīn», «Dala­lat al-harin», «Delâletü’l-hairîn» ou «Dala­la­tul hai­rin». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Le Guide des égarés : traité de théologie et de philosophie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Guide des éga­rés»*Dala­lat al-hayi­rin»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Guide pour ceux qui sont dans la per­plexi­té», «Guide des per­plexes», «Guide des che­mins tor­tueux», «Doc­teur de ceux qui chan­cellent», «Guide des indé­cis» ou «Guide des dévoyés». Haut

** Par­fois trans­crit «Dela­lat elhaï­rin», «Dalā­lat al-ḥā’irīn», «Dala­lat al-harin», «Delâletü’l-hairîn» ou «Dala­la­tul hai­rin». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Szymborska, «Je ne sais quelles gens»

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poé­sie, Paris

Il s’agit de «Je ne sais quelles gens» («Jacyś lud­zie») et autres œuvres de Mme Wisła­wa Szym­bors­ka, poé­tesse polo­naise, lau­réate du prix Nobel de lit­té­ra­ture, mais aus­si tra­duc­trice de la poé­sie fran­çaise du XVIe-XVIIe siècle (celle de d’Aubigné et de Viau notam­ment). La bien-pen­sance, le «poli­ti­que­ment cor­rect» veut que cette poé­tesse ait débu­té sa car­rière deux fois : la pre­mière avec ses poèmes com­mu­nistes : «Réjouis­sons-nous de la construc­tion d’une ville socia­liste» («Na powi­ta­nie budowy soc­ja­lis­tycz­ne­go mias­ta»), «Notre ouvrier parle des impé­ria­listes» («Robot­nik nasz mówi o impe­ria­lis­tach»), «Lénine» («Lenin»), etc.; la deuxième fois avec ses poèmes de la matu­ri­té artis­tique, taci­turnes sur les grands sujets de socié­té et à l’écart du débat poli­tique. Il est conve­nu de dire que la pre­mière Szym­bors­ka n’est pas la Szym­bors­ka réelle; que son entrée com­mu­niste est une entrée ratée, un «faux départ» sans rap­port avec «l’image que l’on se fait de la lau­réate du prix Nobel»*; un «fruit d’étourdissements idéo­lo­giques»** aux­quels n’a pu résis­ter la per­son­na­li­té «jeune et extra­or­di­nai­re­ment impres­sion­nable»*** de notre poé­tesse. Cette façon de scin­der une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confron­tée aux faits et nuan­cée. Car il n’y a que les fana­tiques et déma­gogues qui, forts de «quelques slo­gans hur­lés à tue-tête», sont per­sua­dés de «savoir», dit Mme Szym­bors­ka****; l’inspiration du poète, elle, naît d’un éter­nel «je ne sais pas» et ne pro­cède d’aucune filia­tion. Un poème comme «Le Bou­clier» («Tarc­za»), que les cen­seurs disent appar­te­nir au pre­mier ensemble, est frap­pé pour cette rai­son d’un ana­thème injuste et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pour­tant, il n’a rien d’une pro­pa­gande. Il fut écrit par Mme Szym­bors­ka en l’honneur d’une jeune com­mu­niste fran­çaise, une jeune enfant, qui s’était cou­chée sur les rails pour blo­quer un train trans­por­tant armes et chars à des­ti­na­tion d’Indochine. Et «le corps» de l’héroïne devint «un solide bou­clier pour les jeunes filles du Viêt-nam», dit le poème*****.

* Dans Woj­ciech Toma­sik, «Pour la défense de “Tarc­za”», p. 8. Haut

** «De la mort sans exa­gé­rer», p. 7. Haut

*** Dans Woj­ciech Toma­sik, «Pour la défense de “Tarc­za”», p. 8. Haut

**** «Le Poète et le Monde», p. 287. Haut

***** En polo­nais
«Ciało mło­dej fran­cus­kiej dziewc­zy­ny —
Sil­na tarc­za dla dziewcząt Viet­na­mu». Haut

Szymborska, «De la mort sans exagérer»

éd. Fayard, coll. Poésie, Paris

éd. Fayard, coll. Poé­sie, Paris

Il s’agit de «De la mort sans exa­gé­rer» («O śmier­ci bez prze­sa­dy») et autres œuvres de Mme Wisła­wa Szym­bors­ka, poé­tesse polo­naise, lau­réate du prix Nobel de lit­té­ra­ture, mais aus­si tra­duc­trice de la poé­sie fran­çaise du XVIe-XVIIe siècle (celle de d’Aubigné et de Viau notam­ment). La bien-pen­sance, le «poli­ti­que­ment cor­rect» veut que cette poé­tesse ait débu­té sa car­rière deux fois : la pre­mière avec ses poèmes com­mu­nistes : «Réjouis­sons-nous de la construc­tion d’une ville socia­liste» («Na powi­ta­nie budowy soc­ja­lis­tycz­ne­go mias­ta»), «Notre ouvrier parle des impé­ria­listes» («Robot­nik nasz mówi o impe­ria­lis­tach»), «Lénine» («Lenin»), etc.; la deuxième fois avec ses poèmes de la matu­ri­té artis­tique, taci­turnes sur les grands sujets de socié­té et à l’écart du débat poli­tique. Il est conve­nu de dire que la pre­mière Szym­bors­ka n’est pas la Szym­bors­ka réelle; que son entrée com­mu­niste est une entrée ratée, un «faux départ» sans rap­port avec «l’image que l’on se fait de la lau­réate du prix Nobel»*; un «fruit d’étourdissements idéo­lo­giques»** aux­quels n’a pu résis­ter la per­son­na­li­té «jeune et extra­or­di­nai­re­ment impres­sion­nable»*** de notre poé­tesse. Cette façon de scin­der une œuvre en deux ensembles, dont l’un doit s’effacer devant l’autre, mérite d’être remise en cause, confron­tée aux faits et nuan­cée. Car il n’y a que les fana­tiques et déma­gogues qui, forts de «quelques slo­gans hur­lés à tue-tête», sont per­sua­dés de «savoir», dit Mme Szym­bors­ka****; l’inspiration du poète, elle, naît d’un éter­nel «je ne sais pas» et ne pro­cède d’aucune filia­tion. Un poème comme «Le Bou­clier» («Tarc­za»), que les cen­seurs disent appar­te­nir au pre­mier ensemble, est frap­pé pour cette rai­son d’un ana­thème injuste et n’est plus publié en Pologne ni à l’étranger. Pour­tant, il n’a rien d’une pro­pa­gande. Il fut écrit par Mme Szym­bors­ka en l’honneur d’une jeune com­mu­niste fran­çaise, une jeune enfant, qui s’était cou­chée sur les rails pour blo­quer un train trans­por­tant armes et chars à des­ti­na­tion d’Indochine. Et «le corps» de l’héroïne devint «un solide bou­clier pour les jeunes filles du Viêt-nam», dit le poème*****.

* Dans Woj­ciech Toma­sik, «Pour la défense de “Tarc­za”», p. 8. Haut

** «De la mort sans exa­gé­rer», p. 7. Haut

*** Dans Woj­ciech Toma­sik, «Pour la défense de “Tarc­za”», p. 8. Haut

**** «Le Poète et le Monde», p. 287. Haut

***** En polo­nais
«Ciało mło­dej fran­cus­kiej dziewc­zy­ny —
Sil­na tarc­za dla dziewcząt Viet­na­mu». Haut

Joubert, «Correspondance générale (1774-1824). Tome III. La Restauration»

éd. William Blake & Co., Bordeaux

éd. William Blake & Co., Bor­deaux

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Correspondance générale (1774-1824). Tome II. La Période impériale»

éd. William Blake & Co., Bordeaux

éd. William Blake & Co., Bor­deaux

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Correspondance générale (1774-1824). Tome I. Les Temps révolutionnaires»

éd. William Blake & Co., Bordeaux

éd. William Blake & Co., Bor­deaux

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Carnets. Tome II»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Carnets. Tome I»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Essais (1779-1821)»

éd. A. G. Nizet, Paris

éd. A. G. Nizet, Paris

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Farrokhzad, «La Conquête du jardin : poèmes (1951-1965)»

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

éd. Lettres per­sanes, coll. Nou­velle Poé­sie per­sane, Paris

Il s’agit des poèmes de Mme Forough Far­ro­kh­zad*, «l’enfante ter­rible» de la poé­sie per­sane, une des écri­vaines les plus dis­cu­tées de l’Iran, morte dans un acci­dent tra­gique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consa­cra tout son être à la poé­sie — l’on peut même dire qu’elle se sacri­fia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en fai­sait — en expri­mant sans aucune rete­nue ses émois fémi­nins dans une socié­té ira­nienne qui refu­sait aux femmes de culti­ver leurs talents et leurs goûts. Elle esti­mait qu’un poème ne méri­tait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibra­tions de son âme. La moder­ni­té de Forough lais­sa rare­ment les lec­teurs impar­tiaux : elle sus­ci­ta une forte atti­rance ou une vive aver­sion; une hos­ti­li­té exa­gé­rée ou un éloge exal­té. Alors que les uns la consi­dé­raient comme une femme dépra­vée, dan­ge­reuse dans ses paroles et dans la pra­tique de son art; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne cultu­relle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conven­tions, était à la recherche de pro­grès éman­ci­pa­teur. «Je vou­lais être “une femme” et “un être humain”. Je vou­lais dire que j’avais le droit de res­pi­rer, de crier… Les autres vou­laient étouf­fer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poi­trine», dit-elle**. Elle savait qu’en pre­nant une atti­tude de défi, elle se ferait beau­coup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des rup­tures; mais elle croyait qu’il fal­lait enfin bri­ser les bar­rières et tenir droit face aux agi­ta­tions des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la pre­mière fois dans un poème inti­tu­lé «Le Péché» («Gonâh»***) :

«J’ai péché, péché dans le plai­sir,
Dans des bras chauds et enflam­més.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brû­lants et ran­cu­niers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regar­dé ses yeux pleins de mys­tère,
Et des sup­pli­ca­tions de ses yeux
Mon cœur, impa­tiem­ment, a trem­blé…
»

* En per­san فروغ فرخزاد. Par­fois trans­crit Foruq Far­roxzâd, Forugh Far­ro­kh­zod, Forugh Far­ro­khzād , Furugh Far­ru­kha­zad ou Furugh Far­ru­kh­zad. Haut

** «La Nuit lumi­neuse», p. 189-190. Haut

*** En per­san «گناه». Haut

Farrokhzad, «La Nuit lumineuse : écrits»

éd. Lettres persanes, Arcueil

éd. Lettres per­sanes, Arcueil

Il s’agit des lettres et entre­tiens de Mme Forough Far­ro­kh­zad*, «l’enfante ter­rible» de la poé­sie per­sane, une des écri­vaines les plus dis­cu­tées de l’Iran, morte dans un acci­dent tra­gique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consa­cra tout son être à la poé­sie — l’on peut même dire qu’elle se sacri­fia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en fai­sait — en expri­mant sans aucune rete­nue ses émois fémi­nins dans une socié­té ira­nienne qui refu­sait aux femmes de culti­ver leurs talents et leurs goûts. Elle esti­mait qu’un poème ne méri­tait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibra­tions de son âme. La moder­ni­té de Forough lais­sa rare­ment les lec­teurs impar­tiaux : elle sus­ci­ta une forte atti­rance ou une vive aver­sion; une hos­ti­li­té exa­gé­rée ou un éloge exal­té. Alors que les uns la consi­dé­raient comme une femme dépra­vée, dan­ge­reuse dans ses paroles et dans la pra­tique de son art; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne cultu­relle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conven­tions, était à la recherche de pro­grès éman­ci­pa­teur. «Je vou­lais être “une femme” et “un être humain”. Je vou­lais dire que j’avais le droit de res­pi­rer, de crier… Les autres vou­laient étouf­fer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poi­trine», dit-elle**. Elle savait qu’en pre­nant une atti­tude de défi, elle se ferait beau­coup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des rup­tures; mais elle croyait qu’il fal­lait enfin bri­ser les bar­rières et tenir droit face aux agi­ta­tions des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la pre­mière fois dans un poème inti­tu­lé «Le Péché» («Gonâh»***) :

«J’ai péché, péché dans le plai­sir,
Dans des bras chauds et enflam­més.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brû­lants et ran­cu­niers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regar­dé ses yeux pleins de mys­tère,
Et des sup­pli­ca­tions de ses yeux
Mon cœur, impa­tiem­ment, a trem­blé…
»

* En per­san فروغ فرخزاد. Par­fois trans­crit Foruq Far­roxzâd, Forugh Far­ro­kh­zod, Forugh Far­ro­khzād , Furugh Far­ru­kha­zad ou Furugh Far­ru­kh­zad. Haut

** «La Nuit lumi­neuse», p. 189-190. Haut

*** En per­san «گناه». Haut

Roûmî, «“Mathnawî” : la quête de l’absolu»

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Mona­co

Il s’agit du «Math­nawî»* de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «مثنوی». Par­fois trans­crit «Mes­né­vi», «Mes­ne­wi», «Meth­né­vi», «Mes­na­vi», «Mas­na­vi», «Mas­na­wi», «Maṯ­nawī» ou «Math­na­vi». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut