Aller au contenu

Lie-tseu, «L’Authentique Classique de la parfaite vacuité»

éd. Entrelacs, Paris

éd. Entre­lacs, Paris

Il s’agit du trai­té «L’Authentique Clas­sique de la ver­tu suprême de la par­faite vacui­té» («Chong xu zhi de zhen jing»), plus connu sous le titre abré­gé de «L’Authentique Clas­sique de la par­faite vacui­té» («Chong xu zhen jing»*), ouvrage fon­da­men­tal du taoïsme chi­nois. On l’appelle encore com­mu­né­ment le «Lie-tseu»**, du nom du phi­lo­sophe chi­nois qui en est le per­son­nage prin­ci­pal. Ce Lie-tseu est, aux côtés de Lao-tseu et de Tchouang-tseu, l’un des fon­da­teurs de l’école du tao. Il est cer­tai­ne­ment le moins connu des trois. On ignore tout de sa per­sonne, sinon qu’il avait la facul­té de che­vau­cher le vent et de voya­ger dans les airs. Son confrère Tchouang-tseu lui prête ce pou­voir magique dans le pas­sage sui­vant : «Lie-tseu se dépla­çait en che­vau­chant le vent. Il voya­geait de la façon la plus agréable et s’en reve­nait au bout de quinze jours. Certes, un tel homme est rare»***. Dans le «Lie-tseu» actuel, qui ne date que du IIIe siècle apr. J.-C., il y a une part de «Lie-tseu» ori­gi­nal et une part d’interpolations tar­dives, venant de recueils divers et quel­que­fois oppo­sés au taoïsme : «Les Entre­tiens de Confu­cius», «Prin­temps et Automnes du sieur Lü», etc. Son conte­nu est de la dis­pa­ri­té la plus com­plète : «Nous devons… noter que les prin­cipes phi­lo­so­phiques qu’on y trouve déve­lop­pés le sont sans aucune méthode; ils sont au contraire répan­dus çà et là, sans le moindre sou­ci d’un ordre ou d’une méthode quel­conque», dit mon­sei­gneur Charles de Har­lez. Mal­gré ces dis­pa­rates, ce cha­pe­let de bons mots et de conseils pour une vie humaine conve­nable, rat­ta­chés entre eux par le fil le plus léger, tient notre atten­tion sous le charme par son agré­ment et sa sim­pli­ci­té. «Lie-tseu est sans doute le plus acces­sible des fon­da­teurs du taoïsme», dit M. Rémi Mathieu.

Il n’existe pas moins de sept tra­duc­tions fran­çaises du «Lie-tseu», mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle de M. Rémi Mathieu.

「子列子適衛,食於道,從者見百歲髑髏,攓蓬而指,顧謂弟子百豐曰:『唯予與彼知而未嘗生未嘗死也.此過養乎?此過歡乎?』」

— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

«Maître Lie zi se ren­dait à Wèi. En che­min, alors qu’il man­geait, il aper­çut [depuis] la route un crâne d’une cen­taine d’années; il arra­cha les four­rés et le mon­tra, tour­né vers son dis­ciple Bai Feng. Il lui dit : “Il n’y a guère que lui et moi qui sachions qu’il n’y a jamais ni vie ni mort. Est-ce qu’en fin de compte, on peut vrai­ment consi­dé­rer celle-ci comme un mal­heur et celle-là comme une joie?”»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Mathieu

«Lie­zi man­geait au bord d’une route au cours d’un voyage au Wei lorsqu’il vit un crâne de cent ans. Il arra­cha une ver­ge­rette qu’il poin­ta vers le crâne, se tour­na vers son dis­ciple Bofeng et dit : “Qui, à part lui et moi, sait qu’il n’est pas mort et n’est jamais né? Ce savoir est-il par-delà le bon­heur et le mal­heur?”»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Jean-Jacques Lafitte («Trai­té du vide par­fait», éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris)

«Comme Lie-tzeu, qui se ren­dait dans la prin­ci­pau­té de Wei, pre­nait son repas au bord du che­min, quelqu’un de ceux qui l’accompagnaient ayant vu un crâne sécu­laire qui gisait là, le ramas­sa et le lui mon­tra. Lie-tzeu le regar­da, puis dit à son dis­ciple Pai-fong : “Lui et moi savons que la dis­tinc­tion entre la vie et la mort n’est qu’imaginaire (lui par expé­rience, moi par rai­son­ne­ment). Lui et moi savons que tenir à la vie et craindre la mort est dérai­son­nable (la vie et la mort n’étant que deux phases fata­le­ment suc­ces­sives)”.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion du père Léon Wie­ger («“Tch’oung-hu-tchenn-king”, l’Œuvre de Lie-tzeu» dans «Les Pères du sys­tème taoïste», éd. élec­tro­nique)

«Maître Lie Zi se ren­dait à Wei et pre­nait son repas au bord du che­min. Un de ses com­pa­gnons vit un crâne vieux de cent ans. Lie Zi enle­va les éri­gé­rons qui le cachaient et le mon­tra du doigt en se tour­nant vers son dis­ciple Bo Feng… “Lui et moi savons seuls qu’on n’est jamais en vie et qu’on n’est jamais mort. Lui, est-il vrai­ment mal­heu­reux? Moi, suis-je vrai­ment heu­reux?”»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Fang Sheng («“Lie­zi”, le Vrai Clas­sique de la ver­tu par­faite du vide har­mo­nieux», éd. You Feng, Paris)

«Le maître Lie-tze, se ren­dant au pays de Wei, se mit à man­ger sur le che­min. Ses dis­ciples qui le sui­vaient aper­çurent un crâne vieux de cent ans; ils écar­tèrent les buis­sons et le lui mon­trèrent. Se tour­nant vers Pe-fong, il lui dit : “Moi seul et celui-là savons qu’il n’y a pas de vie ni de mort abso­lues. Cette connais­sance sur­passe tout entre­tien, toute joie”.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de mon­sei­gneur Charles de Har­lez («Lie-tze» dans «Textes tâoïstes», XIXe siècle)

«Le phi­lo­sophe Lie-tseu se ren­dait à Wei. Comme il man­geait, en cours de route, ses dis­ciples ayant décou­vert un sque­lette, vieux de cent ans, écar­tèrent les herbes qui le voi­laient et le mon­trèrent à leur maître. Celui-ci, se tour­nant vers Po Fong, son dis­ciple, lui par­la ain­si : “Ce sque­lette et moi, nous savons qu’il n’y a jamais eu vrai­ment ni vie ni mort. Cet état dépasse (tout sou­ci) de nour­ri­ture et est au-delà de toute joie”.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion indi­recte de M. Bene­dykt Gryn­pas («Le Vrai Clas­sique du vide par­fait» dans «Phi­lo­sophes taoïstes», éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris, p. 359-609)

Cette tra­duc­tion n’a pas été faite sur l’original.

«En che­min pour Wei, le maître Lie Tseu pre­nait un repas sur le bord du che­min. Ses fidèles déni­chèrent un vieux crâne et le sor­tirent du sous-bois pour le lui mon­trer. Se tour­nant vers son dis­ciple Po Fêng, le maître dit : “Ce crâne et moi savons tous deux que la mort ou la vie abso­lue n’existe pas. (Si nous nous consi­dé­rons comme pas­sant le long de la route de l’évolution, alors je suis vivant, et lui — mort. Mais du point de vue de l’absolu, puisqu’il n’existe pas de prin­cipe tel que la vie en soi, il s’ensuit qu’il ne peut y avoir de chose telle que la mort en soi.) Cette connais­sance est bien meilleure que toutes vos méthodes pour pro­lon­ger la vie, et une plus puis­sante source de bon­heur que toute autre”.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion indi­recte de Mme Marielle Saint-Prix («Lie tseu» dans «Textes taoïstes», éd. Myo­ho, Paris, p. 5-94)

Cette tra­duc­tion n’a pas été faite sur l’original.

Téléchargez ces œuvres imprimées au format PDF

Téléchargez ces œuvres imprimées au format PDF

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Jean-Paul Reding, «Les Fon­de­ments phi­lo­so­phiques de la rhé­to­rique chez les sophistes grecs et chez les sophistes chi­nois» (éd. P. Lang, coll. Publi­ca­tions uni­ver­si­taires euro­péennes, Berne-Franc­fort-New York).

* En chi­nois «沖虛眞經». Autre­fois trans­crit «Tch’oung-hu-tchenn-king», «Tch’ong siu tchen king», «Tchoung-hiu-tchin-king», «Tchong-hiu tchen-king» ou «Tchong xu zhen jing». Haut

** En chi­nois «列子». Par­fois trans­crit «Liä Dsi», «Lieht­zyy», «Lie-tze», «Lie-tse», «Lie-tsée», «Lieh Tzǔ», «Lie-tzeu» ou «Lie­zi». Haut