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Pamuk, «Istanbul : souvenirs d’une ville»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit d’«Istan­bul : sou­ve­nirs d’une ville» («İst­anb­ul : Hatı­ra­lar ve Şehir»)* de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»**. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk***. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk****, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* Éga­le­ment connu sous le titre d’«Istan­bul illus­tré» («Resim­li İst­anb­ul»). Haut

** «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

*** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

**** id. p. 54-55. Haut

Pamuk, «La Femme aux cheveux roux : roman»

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman «La Femme aux che­veux roux» («Kırmızı Saçlı Kadın») de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»*. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk**. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk***, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

*** id. p. 54-55. Haut

Pamuk, «Cette chose étrange en moi : roman»

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit du roman «Cette chose étrange en moi» («Kafam­da Bir Tuha­flık») de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»*. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk**. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk***, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

*** id. p. 54-55. Haut

Pamuk, «D’Autres Couleurs : essais»

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit de «D’Autres Cou­leurs» («Öte­ki Renk­ler») de M. Orhan Pamuk, écri­vain turc pour lequel le centre du monde est Istan­bul, non seule­ment parce qu’il y a pas­sé toute sa vie, mais aus­si parce que toute sa vie il en a racon­té les recoins les plus intimes. En 1850, Gus­tave Flau­bert, en arri­vant à Istan­bul, frap­pé par la gigan­tesque bigar­rure de cette ville, par le côtoie­ment de «tant d’individualités sépa­rées, dont l’addition for­mi­dable apla­tit la vôtre», avait écrit que Constan­ti­nople devien­drait «plus tard la capi­tale de la Terre»*. Cette naïve pré­dic­tion n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de dis­pa­raître, et la capi­tale de perdre son nom de Constan­ti­nople, vidée de ses Grecs, ses Armé­niens, ses Juifs. À la nais­sance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flau­bert, Istan­bul, en tant que ville mon­diale, n’était plus qu’une ombre cré­pus­cu­laire et vivait les jours les plus faibles, les moins glo­rieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tris­tesse de ses rues fanées et flé­tries, de son pas­sé tom­bé en dis­grâce per­çait de toute part; elle avait une pré­sence visible dans le pay­sage et chez les gens; elle recou­vrait tel un brouillard «les vieilles fon­taines bri­sées ici et là, taries depuis des années, les bou­tiques de bric et de broc appa­rues… aux abords immé­diats des vieilles mos­quées…, les trot­toirs sales, tout tor­dus et défon­cés…, les vieux cime­tières égre­nés sur les hau­teurs…, les lam­pa­daires falots», dit M. Pamuk**. Parce que cette tris­tesse était cau­sée par le fait d’être des reje­tons d’un ancien Empire, les Stam­bou­liotes pré­fé­raient faire table rase du pas­sé. Ils arra­chaient des pierres aux murailles et aux véné­rables édi­fices afin de s’en ser­vir pour leurs propres construc­tions. Détruire, brû­ler, éri­ger à la place un immeuble occi­den­tal et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effa­cer le sou­ve­nir dou­lou­reux d’une ancienne maî­tresse, se débar­rasse en hâte des vête­ments, des bijoux, des pho­to­gra­phies et des meubles. Au bout du compte, ce trai­te­ment de choc et ces des­truc­tions par le feu ne fai­saient qu’accroître le sen­ti­ment de tris­tesse, en lui ajou­tant le ton du déses­poir et de la misère. «L’effort d’occidentalisation», dit M. Pamuk***, «ouvrit la voie… à la trans­for­ma­tion des inté­rieurs domes­tiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprou­vé toute cette incon­grui­té… Ce sen­ti­ment de tris­tesse, enfoui défi­ni­ti­ve­ment dans les tré­fonds de la ville, me fit prendre conscience de la néces­si­té de construire mon propre ima­gi­naire, si je ne vou­lais pas être pri­son­nier…» Un soir, après avoir pous­sé la porte de la mai­son fami­liale, fran­chi le seuil et lon­gue­ment mar­ché dans ces rues qui lui appor­taient conso­la­tion et récon­fort, M. Pamuk ren­tra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour res­ti­tuer quelque chose de leur atmo­sphère et de leur alchi­mie. Le len­de­main, il annon­ça à sa famille qu’il serait écri­vain.

* «Lettre à Louis Bouil­het du 14.XI.1850». Haut

** «Istan­bul», p. 68-69. Haut

*** id. p. 54-55. Haut

«Textes mathématiques babyloniens»

éd. E. J. Brill, Leyde

éd. E. J. Brill, Leyde

Il s’agit de textes mathé­ma­tiques méso­po­ta­miens. La masse impo­sante de tablettes mathé­ma­tiques cunéi­formes, déchif­frée, tra­duite et com­men­tée dans les décen­nies 1920-1940 en fran­çais par Fran­çois Thu­reau-Dan­gin et en alle­mand par Otto Eduard Neu­ge­bauer, reste assez mécon­nue en dehors du cercle res­treint des spé­cia­listes. Pour­tant, ces tablettes mathé­ma­tiques sont un fait cultu­rel unique et pro­di­gieux eu égard à leur anti­qui­té, qui remonte le plus sou­vent à l’ère paléo­ba­by­lo­nienne (2004-1595 av. J.-C.) et par­fois avant. Elles témoignent, dans le manie­ment des nombres, d’un immense savoir arith­mé­tique et algé­brique, qui ne sera redé­cou­vert qu’au IIIe siècle apr. J.-C. par Dio­phante, le «Baby­lo­nien hel­lé­ni­sé», qui lui impo­se­ra le moule de la logique grecque pour en créer l’algèbre; celle-ci sera à son tour reprise et por­tée à sa per­fec­tion par les Arabes au VIIIe-IXe siècle. Ain­si, la mai­son de la sagesse de Bag­dad suc­cé­de­ra, par-delà les siècles, à des mai­sons de la sagesse méso­po­ta­miennes, dis­pa­rues sous les sables ira­kiens. «Ce n’est pas dans les milieux pytha­go­ri­ciens de la Grèce antique, au VIe siècle av. J.-C., que sont nées la théo­rie des nombres et l’arithmétique théo­rique. C’est à Baby­lone, au cœur de l’Irak actuel…»* Com­ment expli­quer que la tra­di­tion grecque soit muette à ce sujet? Autant elle se plaît à faire hon­neur aux Égyp­tiens et à leur dieu-scribe Thoth, aux­quels elle attri­bue à tort l’invention «des nombres, du cal­cul, de la géo­mé­trie et de l’astronomie, des jeux [de dames] et de l’écriture»**; autant elle ne dit rien des Méso­po­ta­miens, qui en sont les pre­miers maîtres et les véri­tables ins­ti­ga­teurs. Sans doute les Mèdes, puis les Perses, en pre­nant pos­ses­sion de la Méso­po­ta­mie dès le VIIe siècle av. J.-C., en ont-ils inter­dit l’accès aux Grecs his­to­ri­que­ment, géo­gra­phi­que­ment. Sans doute ces der­niers, éprou­vés par leur guerre de défense contre l’Empire perse, ont-ils été por­tés à jeter le dis­cré­dit sur le savoir des enva­his­seurs. Il n’empêche que l’aventure numé­rique débute à Sumer, Akkad et Baby­lone, et nulle part ailleurs.

* Roger Cara­ti­ni, «Les Mathé­ma­ti­ciens de Baby­lone», p. 174. Haut

** Pla­ton, «Phèdre», 274d. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Journal de voyage d’un jeune noble savoyard à Paris en 1766-1767»

éd. Presses universitaires du Septentrion, coll. Documents et témoignages, Villeneuve-d’Ascq

éd. Presses uni­ver­si­taires du Sep­ten­trion, coll. Docu­ments et témoi­gnages, Villeneuve-d’Ascq

Il s’agit du «Jour­nal de voyage à Paris en 1766-1767» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Mélanges tirés d’un por­te­feuille mili­taire» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Mélanges tirés d’un por­te­feuille mili­taire» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Un Homme d’autrefois : souvenirs recueillis par son arrière-petit-fils»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut