Mot-clefmusique et littérature

su­jet

Leconte de Lisle, « Œuvres complètes. Tome V. Œuvres en prose (1852-1894) »

éd. H. Champion, coll. Textes de littérature moderne et contemporaine, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de lit­té­ra­ture mo­derne et contem­po­raine, Pa­ris

Il s’agit de « L’Inde fran­çaise » et autres œuvres de Charles-Ma­rie Le­conte de Lisle, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »1. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »2 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Leconte de Lisle, « Œuvres complètes. Tome IV. Poèmes tragiques • Les Érinnyes • Derniers Poèmes • L’Apollonide »

éd. H. Champion, coll. Textes de littérature moderne et contemporaine, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de lit­té­ra­ture mo­derne et contem­po­raine, Pa­ris

Il s’agit de « Poèmes tra­giques » et autres œuvres de Charles-Ma­rie Le­conte de Lisle, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »1. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »2 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Heredia, « Correspondance. Tome II. Les Années parnassiennes (1866-1876) »

éd. H. Champion, coll. Bibliothèque des correspondances, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Bi­blio­thèque des cor­res­pon­dances, Pa­ris

Il s’agit de la « Cor­res­pon­dance » de José-Ma­ria de He­re­dia1, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »2. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »3 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. À ne pas confondre avec José María He­re­dia y He­re­dia, cou­sin ger­main de He­re­dia et au­teur de l’ode au « Nia­gara ». Haut
  2. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Roûmî, « “Mathnawî” : la quête de l’absolu »

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Ro­cher, Mo­naco

Il s’agit du « Math­nawî »1 de Djé­lâl-ed-dîn Roûmî2, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des « der­viches tour­neurs », mais le di­rec­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, ai­mable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exalté ; un es­prit d’où émanent des par­fums, des lu­mières, des mu­siques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la ma­nière dont sa strophe prend le dé­part et s’élève au ciel, a déjà trans­porté son lec­teur », dit M. Mau­rice Bar­rès3. Ré­fu­gié à Ko­nya4 en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trouva dans cette ville ha­bi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poé­sie, à la mu­sique, aux danses, et il em­ploya cette poé­sie, cette mu­sique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son ac­tion im­mense en Orient jeta, pour ainsi dire, des ra­cines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses en­sei­gne­ments n’ont rien perdu de leur fraî­cheur ni de leur par­fum ; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, de­puis plus de sept siècles, ré­pètent ses plus beaux dé­lires au­tour de son tom­beau en l’appelant « notre Maître » (Maw­lânâ5). La beauté et l’esprit to­lé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes oc­ci­den­taux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lu­mière », dit-il avec rai­son

  1. En per­san « مثنوی ». Par­fois trans­crit « Mes­névi », « Mes­newi », « Meth­névi », « Mes­navi », « Mas­navi », « Mas­nawi », « Maṯ­nawī » ou « Math­navi ». Haut
  2. En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Je­la­lud­din Rumi, Ja­lal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Ca­la­laddīn Rūmī, Ja­lâl ad dîn Roûmî, Ya­lal ad-din Rumí, Ga­lal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Ja­lâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Roumi, Ja­lel Id­dine Roumi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Ce­la­le­din Rumi, Ce­la­led­din-i Rumi, Je­la­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Roumî, Djé­lal­le­din-i-Roumi ou Djel­lal-ed-Dine Roumi. Haut
  3. « Une En­quête aux pays du Le­vant. Tome II », p. 74. Haut
  1. On ren­contre aussi les gra­phies Co­gni, Cogne, Co­nia, Ko­nia et Ko­nié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut
  2. En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­lana, Mow­lânâ, Mev­lana ou Mew­lânâ. Haut

Schiller, « Esthétique »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Lettres sur l’éducation es­thé­tique de l’homme » (« Briefe über die äs­the­tische Er­zie­hung des Men­schen ») et autres trai­tés phi­lo­so­phiques de Schil­ler. L’espace com­pris entre les an­nées 1792 et 1795 marque un ré­pit dans les pro­duc­tions théâ­trales de Schil­ler. Don­nant quelque at­ten­tion aux ten­dances de son temps, le dra­ma­turge se livre à de grandes ré­flexions sur l’écart qu’il ob­serve entre la forme mo­derne de l’humanité et la forme an­cienne — la grecque par­ti­cu­liè­re­ment. Se­lon Schil­ler, à l’époque de l’heureux éveil grec, l’homme, à la fois phi­lo­sophe et ar­tiste, à la fois dé­li­cat et éner­gique, ne ren­fer­mait pas son ac­ti­vité dans les li­mites de ses fonc­tions ; il pos­sé­dait en soi l’essence to­tale de l’humanité ; et fa­vo­rable in­dif­fé­rem­ment à toutes les ma­ni­fes­ta­tions hu­maines, il n’en pro­té­geait au­cune ex­clu­si­ve­ment. « Comme il en est au­tre­ment chez nous autres, mo­dernes ! », dit Schil­ler1. Chez nous, l’image de l’espèce est dis­tri­buée, dis­per­sée dans les in­di­vi­dus à l’état de frag­ments, de telle sorte que les forces spi­ri­tuelles de l’humanité se montrent sé­pa­rées, et qu’il faut ad­di­tion­ner la sé­rie des in­di­vi­dus pour re­cons­ti­tuer la to­ta­lité de l’espèce. « Chez nous… nous voyons non seule­ment des in­di­vi­dus iso­lés, mais des classes en­tières d’hommes ne dé­ve­lop­per qu’une par­tie de leurs fa­cul­tés », dit Schil­ler2. C’est la ci­vi­li­sa­tion elle-même qui a fait cette bles­sure au monde mo­derne. Aus­si­tôt que, d’une part, une ex­pé­rience plus éten­due eut amené une di­vi­sion plus exacte des sciences, et que, de l’autre, la ma­chine com­pli­quée des États eut rendu né­ces­saire une sé­pa­ra­tion plus ri­gou­reuse des classes et des tâches so­ciales, le lien in­time de la na­ture hu­maine fut rompu. Une per­ni­cieuse lutte suc­céda à l’harmonie qui ré­gnait entre les di­verses sphères hu­maines. « La rai­son in­tui­tive et la rai­son spé­cu­la­tive se ren­fer­mèrent hos­ti­le­ment dans leurs do­maines sé­pa­rés, dont elles com­men­cèrent à gar­der les fron­tières avec mé­fiance et ja­lou­sie », dit Schil­ler3. Éter­nel­le­ment en­chaîné à un seul pe­tit frag­ment du tout, l’homme mo­derne ne se forme que comme frag­ment ; n’ayant sans cesse dans l’oreille que le bruit mo­no­tone de la roue qu’il fait tour­ner, il ne dé­ve­loppe ja­mais l’harmonie de sa na­ture ; et au lieu d’imprimer à son être le ca­chet de l’humanité, il fi­nit par n’être plus que l’empreinte de l’occupation à la­quelle il se consacre, de la science qu’il cultive. Et Schil­ler de conclure : « Quel que soit le pro­fit ré­sul­tant… de ce per­fec­tion­ne­ment dis­tinct et spé­cial des fa­cul­tés hu­maines, on ne peut nier que ce… soit une cause de souf­france et comme une ma­lé­dic­tion pour les in­di­vi­dus. Les exer­cices du gym­nase forment, il est vrai, des corps ath­lé­tiques, mais ce n’est que par le jeu libre et égal des membres que se dé­ve­loppe la beauté. De même, la ten­sion des forces spi­ri­tuelles iso­lées peut créer des hommes ex­tra­or­di­naires ; mais ce n’est que l’équilibre… de ces forces qui peut pro­duire des hommes heu­reux et ac­com­plis »

  1. p. 202. Haut
  2. id. Haut
  1. p. 203. Haut

Rimbaud, « Œuvres : des Ardennes au désert »

éd. Pocket, coll. Pocket classiques, Paris

éd. Po­cket, coll. Po­cket clas­siques, Pa­ris

Il s’agit d’Arthur Rim­baud, poète fran­çais (XIXe siècle). Les bê­tises se sont ac­cu­mu­lées sur le compte de Rim­baud, mais peut-être qu’il est cou­pable de les avoir per­mises, et de ne pas avoir rendu im­pos­sibles cer­taines in­ter­pré­ta­tions ex­tra­va­gantes, en se plai­sant, dans la se­conde par­tie de son œuvre, à faire des phrases sans suite, des phrases d’un es­prit fou, dé­tra­qué, dé­ré­glé, des phrases dont il se ré­ser­vait la tra­duc­tion, et dont il di­sait : « Ça dit ce que ça dit, lit­té­ra­le­ment et dans tous les sens »1 ; « Je no­tais l’inexprimable, je fixais des ver­tiges »2 ; « J’ai seul la clef de cette pa­rade sau­vage »3 ; etc. Mais nous n’avons pas en­vie de nous dé­cou­ra­ger d’avance. Nous avons en­vie, au contraire, de sa­voir, très dé­ci­dé­ment, à quoi nous en te­nir sur cette se­conde par­tie si contro­ver­sée. La bonne mé­thode est d’aller pas à pas, com­men­çant par le viol de Rim­baud. Et d’abord, qu’est-ce qui per­met de par­ler de viol ? Un de ses poèmes le per­met, qui porte le titre du « Cœur v[i]olé », et qui re­pro­duit, avec des mots qui ne s’inventent pas, les scènes abo­mi­nables aux­quelles Rim­baud a été obligé de se sou­mettre sous la vio­lence des ignobles in­di­vi­dus au mi­lieu des­quels il s’est trouvé en pleine Com­mune de Pa­ris (mai 1871), lui si jeune :

« Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur cou­vert de ca­po­ral :
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste cœur bave à la poupe :
Sous les quo­li­bets de la troupe
Qui pousse un rire gé­né­ral,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur cou­vert de ca­po­ral !
Ithy­phal­liques et piou­piesques,
Leurs quo­li­bets l’ont dé­pravé !
 », etc.

  1. À sa mère, à pro­pos d’« Une Sai­son en en­fer ». Haut
  2. « Al­chi­mie du Verbe ». Haut
  1. « Pa­rade ». Haut

Leconte de Lisle, « Œuvres complètes. Tome III. Poèmes barbares »

éd. H. Champion, coll. Textes de littérature moderne et contemporaine, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de lit­té­ra­ture mo­derne et contem­po­raine, Pa­ris

Il s’agit de « Poèmes bar­bares » de Charles-Ma­rie Le­conte de Lisle, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »1. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »2 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Leconte de Lisle, « Œuvres complètes. Tome II. Poèmes antiques »

éd. H. Champion, coll. Textes de littérature moderne et contemporaine, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de lit­té­ra­ture mo­derne et contem­po­raine, Pa­ris

Il s’agit de « Poèmes an­tiques » de Charles-Ma­rie Le­conte de Lisle, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »1. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »2 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Leconte de Lisle, « Œuvres complètes. Tome I. L’Œuvre romantique (1837-1847) »

éd. H. Champion, coll. Textes de littérature moderne et contemporaine, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de lit­té­ra­ture mo­derne et contem­po­raine, Pa­ris

Il s’agit de « Pre­mières Poé­sies » et autres œuvres de Charles-Ma­rie Le­conte de Lisle, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »1. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »2 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Heredia, « Correspondance. Tome I. Les Années de formation (1846-1865) »

éd. H. Champion, coll. Bibliothèque des correspondances, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Bi­blio­thèque des cor­res­pon­dances, Pa­ris

Il s’agit de la « Cor­res­pon­dance » de José-Ma­ria de He­re­dia1, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »2. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »3 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. À ne pas confondre avec José María He­re­dia y He­re­dia, cou­sin ger­main de He­re­dia et au­teur de l’ode au « Nia­gara ». Haut
  2. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Heredia, « Œuvres poétiques complètes. Tome II. Autres Sonnets • Poésies diverses »

éd. Les Belles Lettres, coll. Les Textes français, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Les Textes fran­çais, Pa­ris

Il s’agit des « Frag­ments poé­tiques » de José-Ma­ria de He­re­dia1, poète de l’école du Par­nasse (XIXe siècle). On nomme par­nas­siens le groupe d’écrivains fran­çais qui se consti­tua au­tour de la re­vue « Le Par­nasse contem­po­rain », et qui se pro­posa comme but l’admiration de l’antique : « Que j’entende par­ler de l’Égypte ou de l’Inde, aus­si­tôt mon es­prit s’agite pour fran­chir l’horizon qui m’emprisonne ; que le nom de la Grèce soit pro­noncé, et voilà mon ima­gi­na­tion par­tie : je vogue sur la mer Io­nienne, je dé­barque au Pi­rée, et je re­vois l’un après l’autre ces sen­tiers si sou­vent par­cou­rus sur le char des poètes en com­pa­gnie des hé­ros ou des dieux »2. L’impression que fit l’Antiquité sur ces écri­vains fut très pro­fonde. Mé­con­tents du monde in­dus­triel où les poètes de­ve­naient d’heure en heure plus in­utiles, et où l’art res­tait pré­sent par cha­rité et comme un dé­cor in­si­gni­fiant, les par­nas­siens cou­rurent en troupe vers les temples rui­nés de l’Antiquité. Ils s’attachèrent à elle ; ils se firent ses ser­vi­teurs ; ils se mon­trèrent in­justes pour tout ce qui ne la tou­chait pas : « Al­lons res­pec­tueu­se­ment de­man­der des le­çons à la Muse io­nienne ! C’est… une ri­chesse si grande que d’avoir, à l’abri des… émo­tions fié­vreuses de l’art mé­lan­co­lique et tour­menté de nos époques mo­dernes, un re­fuge dans le monde jeune et se­rein de la poé­sie an­tique. Plai­gnons ceux dont la pen­sée ne pé­nètre ja­mais dans cette ré­gion à la fois hé­roïque et pai­sible où se meuvent les poètes, les guer­riers et les sages ! »3 He­re­dia et Le­conte de Lisle furent les der­niers re­pré­sen­tants de cette école ; ils en furent aussi les plus fi­dèles, car ils en ap­pli­quèrent la doc­trine avec le plus de fer­meté et d’imperturbable confiance, sans dé­faillance. C’est que pour ces deux créoles — na­tifs l’un de Cuba, l’autre de la Réunion — l’Antiquité se mêle et se confond avec l’île na­tale, im­men­sé­ment agran­die par leur ima­gi­na­tion, aug­men­tée de tout pays où la na­ture, belle et ro­buste, a dé­ployé des éner­gies pri­mi­tives, que ce soit au pied de l’Himalaya ou dans les val­lons de la Grèce, dans les champs si­ci­liens ou sous le so­leil égyp­tien. « Il n’est pas be­soin d’être un grand psy­cho­logue pour com­prendre que [l’exotisme] sou­vent af­fi­ché par [He­re­dia et Le­conte de Lisle] n’est en réa­lité qu’une es­pèce d’exorcisme, d’incantation, pour échap­per [au sou­ve­nir] du dé­part, de l’exil, de la rup­ture avec la terre na­tale », dit avec rai­son M. Ed­gard Pich

  1. À ne pas confondre avec José María He­re­dia y He­re­dia, cou­sin ger­main de He­re­dia et au­teur de l’ode au « Nia­gara ». Haut
  2. Vic­tor de La­prade, « Ques­tions d’art et de mo­rale ». Haut
  1. id. Haut

Roûmî, « Roubâ’yât »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Li­brai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des « Qua­trains » (« Ru­bayat »1) de Djé­lâl-ed-dîn Roûmî2, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des « der­viches tour­neurs », mais le di­rec­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, ai­mable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exalté ; un es­prit d’où émanent des par­fums, des lu­mières, des mu­siques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la ma­nière dont sa strophe prend le dé­part et s’élève au ciel, a déjà trans­porté son lec­teur », dit M. Mau­rice Bar­rès3. Ré­fu­gié à Ko­nya4 en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trouva dans cette ville ha­bi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poé­sie, à la mu­sique, aux danses, et il em­ploya cette poé­sie, cette mu­sique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son ac­tion im­mense en Orient jeta, pour ainsi dire, des ra­cines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses en­sei­gne­ments n’ont rien perdu de leur fraî­cheur ni de leur par­fum ; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, de­puis plus de sept siècles, ré­pètent ses plus beaux dé­lires au­tour de son tom­beau en l’appelant « notre Maître » (Maw­lânâ5). La beauté et l’esprit to­lé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes oc­ci­den­taux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lu­mière », dit-il avec rai­son

  1. En per­san « رباعیات ». Par­fois trans­crit « Ru­baiat », « Robāïates », « Roubâ’yât », « Ro­baiyat », « Roba’yat », « Rou­bayyat », « Robái­j­ját », « Rou­baïyat » ou « Rubâi’yât ». Haut
  2. En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Je­la­lud­din Rumi, Ja­lal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Ca­la­laddīn Rūmī, Ja­lâl ad dîn Roûmî, Ya­lal ad-din Rumí, Ga­lal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Ja­lâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Roumi, Ja­lel Id­dine Roumi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Ce­la­le­din Rumi, Ce­la­led­din-i Rumi, Je­la­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Roumî, Djé­lal­le­din-i-Roumi ou Djel­lal-ed-Dine Roumi. Haut
  3. « Une En­quête aux pays du Le­vant. Tome II », p. 74. Haut
  1. On ren­contre aussi les gra­phies Co­gni, Cogne, Co­nia, Ko­nia et Ko­nié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut
  2. En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­lana, Mow­lânâ, Mev­lana ou Mew­lânâ. Haut

Roûmî, « Odes mystiques, “Dîvân-e Shams-e Tabrîzî” »

éd. du Seuil-UNESCO, coll. Points-Sagesses, Paris

éd. du Seuil-UNESCO, coll. Points-Sa­gesses, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Diwân-e-Shams »1 de Djé­lâl-ed-dîn Roûmî2, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des « der­viches tour­neurs », mais le di­rec­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, ai­mable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exalté ; un es­prit d’où émanent des par­fums, des lu­mières, des mu­siques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la ma­nière dont sa strophe prend le dé­part et s’élève au ciel, a déjà trans­porté son lec­teur », dit M. Mau­rice Bar­rès3. Ré­fu­gié à Ko­nya4 en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trouva dans cette ville ha­bi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poé­sie, à la mu­sique, aux danses, et il em­ploya cette poé­sie, cette mu­sique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son ac­tion im­mense en Orient jeta, pour ainsi dire, des ra­cines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses en­sei­gne­ments n’ont rien perdu de leur fraî­cheur ni de leur par­fum ; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, de­puis plus de sept siècles, ré­pètent ses plus beaux dé­lires au­tour de son tom­beau en l’appelant « notre Maître » (Maw­lânâ5). La beauté et l’esprit to­lé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes oc­ci­den­taux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lu­mière », dit-il avec rai­son

  1. En per­san « دیوان شمس ». Par­fois trans­crit « Di­van-i Shams », « Dî­vân-ı Şems » ou « Di­vân-ê Chams ». Éga­le­ment connu sous le titre de « Diwân ka­bir » (« دیوان کبیر ») et de « Kûl­liyât-e-Shams » (« کلیات شمس »). Haut
  2. En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Je­la­lud­din Rumi, Ja­lal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Ca­la­laddīn Rūmī, Ja­lâl ad dîn Roûmî, Ya­lal ad-din Rumí, Ga­lal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Ja­lâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Roumi, Ja­lel Id­dine Roumi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Ce­la­le­din Rumi, Ce­la­led­din-i Rumi, Je­la­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Roumî, Djé­lal­le­din-i-Roumi ou Djel­lal-ed-Dine Roumi. Haut
  3. « Une En­quête aux pays du Le­vant. Tome II », p. 74. Haut
  1. On ren­contre aussi les gra­phies Co­gni, Cogne, Co­nia, Ko­nia et Ko­nié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut
  2. En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­lana, Mow­lânâ, Mev­lana ou Mew­lânâ. Haut