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Eunape, «Vies de philosophes et de sophistes. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Vies de phi­lo­sophes et de sophistes» («Bioi phi­lo­so­phôn kai sophis­tôn»*) d’Eunape de Sardes**, bio­graphe grec. Il naquit en 349 apr. J.-C. C’était un Orien­tal, un Grec d’Asie, et bien qu’il vécût dans l’Empire romain d’Orient, il ne se consi­dé­rait ni comme sujet de l’Empire ni encore moins comme chré­tien; car il fut éle­vé dans la reli­gion païenne et dans le poly­théisme tra­di­tion­nel des Hel­lènes. Tous les pen­seurs qui feront plus tard l’objet de ses «Vies» seront des païens de l’Orient, fidèles comme lui à une reli­gion et à une tra­di­tion expi­rantes. Eunape eut pour pre­mier maître le phi­lo­sophe Chry­santhe, son com­pa­triote et son parent par alliance***. Il apprit auprès de lui aus­si bien les œuvres des poètes que celles des phi­lo­sophes ou des ora­teurs. À quinze ans, il fit le voyage obli­gé de tout intel­lec­tuel d’alors à Athènes. Arri­vé malade et fié­vreux, il reçut une hos­pi­ta­li­té très géné­reuse dans la mai­son de Pro­hé­ré­sius, sophiste d’origine armé­nienne, qui le soi­gna comme son propre fils. Eunape lui voua en retour une affec­tion et une admi­ra­tion qu’il consi­gne­ra plus tard dans ses «Vies». Après un séjour de cinq ans à Athènes, il fut rap­pe­lé à Sardes par un ordre fami­lial : «une école de sophis­tique m’était offerte», dit-il****, «tous m’appelaient dans cette inten­tion». Ren­tré dans sa ville natale, il y retrou­va son pre­mier maître, Chry­santhe; et bien qu’il eût à ensei­gner les matières sophis­tiques à ses propres élèves durant la mati­née, il cou­rait dès le début de l’après-midi chez Chry­santhe, pour dis­cu­ter à ses côtés des doc­trines plus hautes et plus divines de la phi­lo­so­phie, lors de pro­me­nades très longues, mais très pro­fi­tables : «On oubliait qu’on avait mal aux pieds, tant on était ensor­ce­lé par ses expo­sés», dit-il*****. C’est pro­ba­ble­ment au cours d’une de ces pro­me­nades que Chry­santhe ins­ti­gua Eunape à com­po­ser une œuvre en l’honneur des phi­lo­sophes, des méde­cins et des sophistes célèbres dont il était le contem­po­rain ou qui avaient vécu peu avant lui. C’est de cette œuvre que je veux rendre compte ici. Elle nous est par­ve­nue en entier. Grosse de vingt-deux notices bio­gra­phiques, elle parle non des doc­trines de ces divers per­son­nages, mais des détails de leur vie — détails qui ne prennent un véri­table inté­rêt que par les indices qu’ils four­nissent, quel­que­fois très vagues, d’autres fois plus pré­cis, sur le carac­tère des temps et des hommes aux­quels ils se rap­portent : «Dans ces bio­gra­phies il faut dis­tin­guer deux par­ties : l’une, où l’auteur traite de temps et d’hommes qu’il ne connaît que par tra­di­tion; l’autre, où il parle de temps où il a vécu et d’hommes qu’il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les pre­miers et ne s’arrête que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plo­tin; il y en a un peu plus sur Por­phyre; un peu plus encore sur Jam­blique; mais ensuite, les bio­gra­phies deviennent plus éten­dues», explique Vic­tor Cou­sin.

* En grec «Βίοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν». Haut

** En grec Εὐνάπιος Σαρδιανός. Autre­fois trans­crit Euna­pius de Sardes. Haut

*** «Chry­santhe avait une épouse du nom de Méli­tè qu’il admi­rait plus que tout; elle était ma cou­sine», dit Eunape (VII, 48). Haut

**** X, 87. Haut

***** XXIII, 32. Haut

Eunape, «Vies de philosophes et de sophistes. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Vies de phi­lo­sophes et de sophistes» («Bioi phi­lo­so­phôn kai sophis­tôn»*) d’Eunape de Sardes**, bio­graphe grec. Il naquit en 349 apr. J.-C. C’était un Orien­tal, un Grec d’Asie, et bien qu’il vécût dans l’Empire romain d’Orient, il ne se consi­dé­rait ni comme sujet de l’Empire ni encore moins comme chré­tien; car il fut éle­vé dans la reli­gion païenne et dans le poly­théisme tra­di­tion­nel des Hel­lènes. Tous les pen­seurs qui feront plus tard l’objet de ses «Vies» seront des païens de l’Orient, fidèles comme lui à une reli­gion et à une tra­di­tion expi­rantes. Eunape eut pour pre­mier maître le phi­lo­sophe Chry­santhe, son com­pa­triote et son parent par alliance***. Il apprit auprès de lui aus­si bien les œuvres des poètes que celles des phi­lo­sophes ou des ora­teurs. À quinze ans, il fit le voyage obli­gé de tout intel­lec­tuel d’alors à Athènes. Arri­vé malade et fié­vreux, il reçut une hos­pi­ta­li­té très géné­reuse dans la mai­son de Pro­hé­ré­sius, sophiste d’origine armé­nienne, qui le soi­gna comme son propre fils. Eunape lui voua en retour une affec­tion et une admi­ra­tion qu’il consi­gne­ra plus tard dans ses «Vies». Après un séjour de cinq ans à Athènes, il fut rap­pe­lé à Sardes par un ordre fami­lial : «une école de sophis­tique m’était offerte», dit-il****, «tous m’appelaient dans cette inten­tion». Ren­tré dans sa ville natale, il y retrou­va son pre­mier maître, Chry­santhe; et bien qu’il eût à ensei­gner les matières sophis­tiques à ses propres élèves durant la mati­née, il cou­rait dès le début de l’après-midi chez Chry­santhe, pour dis­cu­ter à ses côtés des doc­trines plus hautes et plus divines de la phi­lo­so­phie, lors de pro­me­nades très longues, mais très pro­fi­tables : «On oubliait qu’on avait mal aux pieds, tant on était ensor­ce­lé par ses expo­sés», dit-il*****. C’est pro­ba­ble­ment au cours d’une de ces pro­me­nades que Chry­santhe ins­ti­gua Eunape à com­po­ser une œuvre en l’honneur des phi­lo­sophes, des méde­cins et des sophistes célèbres dont il était le contem­po­rain ou qui avaient vécu peu avant lui. C’est de cette œuvre que je veux rendre compte ici. Elle nous est par­ve­nue en entier. Grosse de vingt-deux notices bio­gra­phiques, elle parle non des doc­trines de ces divers per­son­nages, mais des détails de leur vie — détails qui ne prennent un véri­table inté­rêt que par les indices qu’ils four­nissent, quel­que­fois très vagues, d’autres fois plus pré­cis, sur le carac­tère des temps et des hommes aux­quels ils se rap­portent : «Dans ces bio­gra­phies il faut dis­tin­guer deux par­ties : l’une, où l’auteur traite de temps et d’hommes qu’il ne connaît que par tra­di­tion; l’autre, où il parle de temps où il a vécu et d’hommes qu’il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les pre­miers et ne s’arrête que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plo­tin; il y en a un peu plus sur Por­phyre; un peu plus encore sur Jam­blique; mais ensuite, les bio­gra­phies deviennent plus éten­dues», explique Vic­tor Cou­sin.

* En grec «Βίοι φιλοσόφων καὶ σοφιστῶν». Haut

** En grec Εὐνάπιος Σαρδιανός. Autre­fois trans­crit Euna­pius de Sardes. Haut

*** «Chry­santhe avait une épouse du nom de Méli­tè qu’il admi­rait plus que tout; elle était ma cou­sine», dit Eunape (VII, 48). Haut

**** X, 87. Haut

***** XXIII, 32. Haut

Josèphe, «Antiquités judaïques. Tome III. Livres XI à XV»

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publi­ca­tions de la Socié­té des études juives, Paris

Il s’agit des «Anti­qui­tés judaïques» («Iou­daï­kê archaio­lo­gia»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Antiquités judaïques. Tome II. Livres VI à X»

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publi­ca­tions de la Socié­té des études juives, Paris

Il s’agit des «Anti­qui­tés judaïques» («Iou­daï­kê archaio­lo­gia»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Antiquités judaïques. Tome I. Livres I à V»

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publi­ca­tions de la Socié­té des études juives, Paris

Il s’agit des «Anti­qui­tés judaïques» («Iou­daï­kê archaio­lo­gia»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Contre Apion»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Contre Apion» («Kata Apiô­nos»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Κατὰ Ἀπίωνος». «Le “Contre Apion”, tel est le titre inexact, mais com­mode, sous lequel, s’inspirant de deux pas­sages de saint Jérôme, on a pris l’habitude de dési­gner le der­nier opus­cule de Fla­vius Josèphe, dont le titre véri­table paraît avoir été “De l’antiquité du peuple juif” (“Περὶ τῆς τῶν Ἰουδαίων ἀρχαιότητος”)», explique Théo­dore Rei­nach. Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Guerre des Juifs. Tome III»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Guerre des Juifs» («Peri tou Iou­daï­kou pole­mou»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Περὶ τοῦ Ἰουδαϊκοῦ πολέμου». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Guerre des Juifs. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Guerre des Juifs» («Peri tou Iou­daï­kou pole­mou»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Περὶ τοῦ Ἰουδαϊκοῦ πολέμου». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Guerre des Juifs. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Guerre des Juifs» («Peri tou Iou­daï­kou pole­mou»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Περὶ τοῦ Ἰουδαϊκοῦ πολέμου». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Autobiographie»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de l’«Auto­bio­gra­phie» («Bios»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Βίος». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Diogène Laërce, «Vies et Doctrines des philosophes illustres»

éd. Librairie générale française, coll. La Pochothèque-Classiques modernes, Paris

éd. Librai­rie géné­rale fran­çaise, coll. La Pocho­thèque-Clas­siques modernes, Paris

Il s’agit d’un expo­sé de Dio­gène Laërce* (IIIe siècle apr. J.-C.) sur les «Vies, doc­trines et apoph­tegmes»** de quatre-vingt-quatre phi­lo­sophes grecs. À vrai dire, Dio­gène Laërce n’a qu’une connais­sance indi­recte de la phi­lo­so­phie, qu’il trouve dans des antho­lo­gies tar­dives et qu’il ramasse sans choix, sans exa­men, et avec ce faux air d’érudition qui est un des carac­tères de la médio­cri­té d’esprit. Non seule­ment les grandes étapes de la pen­sée grecque lui échappent, mais il ignore éga­le­ment les influences subies d’une école à l’autre. «On le sent», explique un tra­duc­teur***, «très sou­vent per­du, ne com­pre­nant les idées qu’à demi, émer­veillé par ce qu’il com­prend, l’expliquant alors pas à pas, avec des redites, sans faire grâce au lec­teur du moindre détail». Et cepen­dant, l’utilité d’un ouvrage ne se mesure pas tou­jours à sa régu­la­ri­té et sa gran­deur. Cette informe com­pi­la­tion, qui res­semble plus à un recueil d’historiettes qu’à une his­toire de la pen­sée, ren­ferme des maté­riaux d’un prix ines­ti­mable qu’on cher­che­rait vai­ne­ment ailleurs; elle retrace la pré­sence concrète et vivante des phi­lo­sophes, c’est-à-dire leurs saillies, leurs actions ingé­nieuses, leurs pointes d’esprit, «là où les idées et la vie se rejoignent dans une forme de sagesse au quo­ti­dien», comme dit Mme Marie-Odile Gou­let-Cazé****. Avec quelle net­te­té Dio­gène Laërce des­sine par exemple la figure d’Aris­tote! Quel por­trait pit­to­resque et fami­lier il en donne par une heu­reuse accu­mu­la­tion de maximes! Je ne sais laquelle est la plus riche de sens et la plus mémo­rable, du «Rien ne vieillit plus vite que la gra­ti­tude»***** ou de cette réponse du phi­lo­sophe à quelqu’un qui lui repro­chait d’avoir fait l’aumône à un fai­néant : «Ce n’est pas à l’homme que j’ai don­né, mais à son huma­ni­té»

* En grec Διογένης Λαέρτιος. Par­fois trans­crit Dio­gène Laërte, Dio­gène Laer­tien, Dio­genes Laër­tius ou Dio­gènes de Laërtes. Haut

** Le titre authen­tique de cet expo­sé est incon­nu : Sopa­tros d’Apamée le cite comme «Vies des phi­lo­sophes» («Φιλοσόφων Βίοι»), tan­dis que, dans le manus­crit de Paris, il porte l’intitulé «Vies et Sen­tences de ceux qui se sont illus­trés en phi­lo­so­phie, et (Recueil) des doc­trines pré­va­lant dans chaque école» («Βίοι καὶ Γνῶμαι τῶν ἐν φιλοσοφία εὐδοκιμησάντων, καὶ τῶν ἑκάστῃ αἱρέσει ἀρεσκόντων (Συναγωγή)»). Haut

*** M. Robert Genaille. Haut

**** p. 25. Haut

***** p. 572. Haut