Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clef1122-221 av. J.-C. (dynastie des Zhou) : sujet

« Élégies de Chu, “Chu ci” »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit des « Élégies de Chu » (« Chu ci » *), recueil chinois de vingt-cinq élégies ou poésies lyriques, dont les plus célèbres furent composées par Qu Yuan ** (IIIe siècle av. J.-C.) et par son disciple Song Yu *** (IIe siècle av. J.-C.). Au point de vue de la forme, les « Élégies de Chu » se distinguent par le retour invariable d’une sorte d’interjection plaintive, « xi ! » ****, qui se répète tous les deux vers. Quant au fond, elles n’ont d’autre but que celui d’exhaler des plaintes, et de reprocher au roi de Chu la faute qu’il commit en congédiant Qu Yuan. On raconte que ce malheureux poète avait une conduite exemplaire ; c’est pourquoi il aima mieux mourir que de rester dans l’entourage corrompu du roi. Il s’en éloigna donc, et parvenu aux bords de la rivière Mi Luo *****, il erra longtemps se parlant à lui-même : il avait dénoué ses cheveux en signe de deuil et les laissait tomber sur son visage amaigri. Un pêcheur le rencontrant dans cet état lui dit : « N’es-tu pas celui que l’on croyait un des plus grands de l’Empire ? Comment donc en es-tu réduit à une pareille situation ? » Qu Yuan répondit : « Le monde entier est dans le désordre ; moi seul, j’ai conservé ma pureté. Tous se sont assoupis dans l’ivresse ; moi seul, je suis resté vigilant. Voilà pourquoi je suis exilé ». Le pêcheur dit : « Le véritable sage ne se laisse embarrasser par aucune chose et sait vivre avec son siècle. Si le monde entier est dans le désordre, pourquoi ne sais-tu pas t’en accommoder ?… » Qu Yuan répondit : « J’ai entendu dire que celui qui vient de se purifier dans un bain, prend soin de secouer la poussière de son bonnet et de changer de vêtements. Quel homme voudrait donc, quand il est pur, se laisser souiller au contact de ce qui ne l’est pas ? J’aime mieux chercher la mort dans les eaux de cette rivière et servir de pâture aux poissons… » Il écrivit alors un dernier poème, et serrant une grosse pierre contre sa poitrine, il se précipita dans la rivière Mi Luo. Lisez la suite›

* En chinois « 楚辭 ». Autrefois transcrit « Tsou-tse », « Tch’ou ts’eu » ou « Chu tzu ».

** En chinois 屈原. Autrefois transcrit Kiu-youen, K’iu-yuen, K’iu Yuan, K’üh Yüan, Chhu Yuan ou Ch’ü Yüan.

*** En chinois 宋玉. Autrefois transcrit Soung-yo ou Sung Yü.

**** En chinois .

***** En chinois 汩羅. Cette rivière, dans le Hunan, est formée par la confluence de la Mi et de la Luo.

« Divers Extraits du “Chu King” : maximes des anciens rois »

dans « Description géographique, historique, chronologique, politique de l’Empire de la Chine. Tome II » (XVIIIe siècle), p. 353-369

Il s’agit du « Shu Jing » * (« Canon des documents »), également connu sous le titre de « Shang Shu » ** (« Documents des générations antérieures »). Nous ne connaissons la haute antiquité des Chinois (XIe-VIIe siècle av. J.-C.) que par le « Shu Jing » ; c’est la première et la plus ancienne de leurs œuvres littéraires. Aussi, leurs Empereurs et leurs savants l’ont-ils appelée « La Source de la doctrine », « La Mer profonde de justice et de vérité », « Le Livre des Empereurs », « L’Art de régner », « Le Cri de l’antiquité », « La Règle de tous les siècles », etc. Malgré ces titres élogieux et une infinité d’autres qui lui ont été donnés, nous ne devons pas y chercher une composition faite d’après les grands principes de l’art et de la méthode. « C’est [se tromper] et transporter ses idées dans le “Shu Jing” d’aujourd’hui que d’y vouloir trouver un plan suivi et analysé », explique le père Pierre-Martial Cibot ***. « Un chapitre ne tient point à un autre, et tous ensemble ne présentent qu’une suite d’extraits plus décousus encore et plus détachés les uns [que les autres]. Les faits que raconte le “Shu Jing”, la doctrine, la morale, la politique et la belle philosophie qu’il enseigne, en font tout le prix. » Quelle a pu être l’origine de ce monument décousu et détaché, il est vrai, mais irrécusable des traditions, des croyances et de la sagesse primitive de la Chine ancienne ? On raconte qu’autrefois, il y avait sans cesse à la Cour de l’Empereur, et presque à ses côtés, deux personnages distingués par leur mérite, par leurs bonnes mœurs et par leur gravité, et dont l’emploi consistait à être attentifs à la vie privée et aux actes publics du souverain, à ses déclarations de guerre, à ses ordonnances, à ses édits, à ses sentences, à ses discours. Ces deux témoins devaient mettre tout par écrit, l’un ne recueillant que les paroles, l’autre ne s’attachant qu’aux actions. Et comme ces paroles et ces actions n’étaient pas toutes de nature à devoir être transmises à la postérité, on en fit plus tard une anthologie ; et cette anthologie est ce qu’on appelle le « Shu Jing ». Lisez la suite›

* En chinois « 書經 ». Autrefois transcrit « Xu Kin », « Shu-ching », « Shoo-king », « Shû King », « Schu-king », « Chou-kin », « Chou-king » ou « Chu King ».

** En chinois « 尚書 ». Autrefois transcrit « Chang-chou ».

*** « Mémoires. Tome I », p. 68-69.

« Odes choisies du “Chi King” »

dans « Description géographique, historique, chronologique, politique de l’Empire de la Chine. Tome II » (XVIIIe siècle), p. 369-380

Il s’agit d’une traduction partielle du « Shi Jing » *, ou « Le Livre des vers ». Le caractère « shi » signifie « vers, pièce de vers, poème », parce qu’en effet tout ce livre ne contient que des odes, composées entre le XIe et le VIe siècle av. J.-C., où l’on voit décrites les mœurs du peuple chinois. Confucius fait un grand éloge de ces odes et assure que la doctrine en est très pure et très sainte. « As-tu travaillé la première et la seconde partie du “Shi Jing” ? », dit-il **. « Qui voudrait faire son métier d’homme sans travailler la première et la seconde partie du “Shi Jing” restera comme planté le nez contre un mur. » Et encore : « Une seule phrase peut résumer les trois cents odes du “Shi Jing” et c’est “penser droit” » ***. Mais, aussi utile soit-elle, la mémorisation du « Shi Jing » n’est que le prélude ou le premier degré d’un savoir plus complet. Le philosophe est explicite à ce propos : « Imaginez un homme », dit-il ****, « qui saurait réciter les trois cents odes du “Shi Jing” ; on lui confie un gouvernement, mais il n’est pas à la hauteur ; on l’envoie en ambassade aux quatre coins du monde, mais il se montre incapable de donner la réplique. Que lui sert tout son savoir ? » Le « Shi Jing » se divise en quatre parties. La première, appelée « Guo Feng » *****, ou « Chansons des royaumes », comprend des chansons traditionnelles et des ballades, recueillies dans leurs royaumes respectifs par des percepteurs, puis offertes et soumises ensuite à l’Empereur ; elles témoignent des souffrances endurées par le peuple et font l’éloge de l’amour. La deuxième et troisième partie portent le nom de « Xiao Ya » ****** et « Da Ya » *******, ou petite et grande « Ya », mot qui signifie « ce qui est juste, convenable » ; la religion et la justice, la gravité et la décence, le respect envers l’autorité et l’horreur du vice sont le principal objet et comme l’âme des deux « Ya ». Enfin, la quatrième partie du « Shi Jing » s’appelle « Song » ********, ce qui signifie « Hymnes » ; ce sont, pour la plupart, des éloges solennels et des cantiques en l’honneur du Ciel, c’est-à-dire de Dieu même et des grands personnages de la vertueuse antiquité. Le tout compte trois cent cinq odes. Lisez la suite›

* En chinois « 詩經 ». Parfois transcrit « Cheu King », « Che’-king », « She King », « Shih Ching », « Schi-king », « Shi King », « Xi Kim », « Chi-kin » ou « Chi King ».

** « Les Entretiens de Confucius ; traduit du chinois par Pierre Ryckmans », XVII, 10.

*** id. II, 2.

**** id. XIII, 5.

***** En chinois « 國風 ». Autrefois transcrit « Kouo-Foung ».

****** En chinois « 小雅 ». Autrefois transcrit « Siao-Ia ».

******* En chinois « 大雅 ». Autrefois transcrit « Ta-Ia ».

******** En chinois «  ». Autrefois transcrit « Soung ».