Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

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mère de Fujiwara no Michitsuna, « Mémoires d’une éphémère (954-974) »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

Il s’agit du « Journal d’une éphémère ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

mère du révérend Jôjin, « Un Malheur absolu »

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

Il s’agit du « Journal de la mère du révérend Jôjin ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Murasaki-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

Il s’agit du « Journal de Murasaki-shikibu ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

fille de Sugawara no Takasue, « Le Journal de Sarashina »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Journal de Sarashina ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Izumi-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Journal d’Izumi-shikibu ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Tsurayuki, « Le Journal de Tosa »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit du « Journal de Tosa ». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la littérature féminine du Japon, je veux dire le « nikki » (« journal »), fut inauguré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsurayuki *, poète et critique, qui venait d’exercer, pendant cinq ans, les fonctions de préfet de la province de Tosa. Dans son « Tosa nikki » ** (« Journal de Tosa »), rédigé en 935 apr. J.-C., il racontait dans une prose exquise, entremêlée de poésies, son voyage de retour à la capitale. Mais le principal intérêt de son journal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la première phrase, où l’auteur faisait le choix de l’écriture japonaise, qu’on appelait communément « onnade » *** (« main de femme »), par opposition à l’écriture chinoise, qu’on appelait communément « otokode » **** (« main d’homme »). C’est non seulement en « onnade » qu’il écrivit son journal, mais aussi dans la langue même que pratiquaient les femmes, démontrant de la sorte que cette langue parvenait à exprimer parfaitement, sinon les concepts abstraits de l’écriture chinoise, du moins les mouvements délicats du cœur, communs à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le langage certes diffère », dit le « Journal de Tosa » *****, « mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pourquoi n’en serait-il de même du cœur humain ? » Les dames de la Cour japonaise ne tardèrent pas à entendre cette leçon, et cloîtrées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loisir pour lire et pour songer à leurs malheurs, elles se mirent à noter leurs tristes pensées sous forme de journal. La violence des émotions dont elles étaient suffoquées, et qu’elles ne pouvaient pas dire à haute voix, éclata bientôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de semblable dans la littérature universelle. Se suivirent à quelques années d’intervalle : le « Kagerô (no) nikki » ****** (« Journal d’une éphémère ») ; le « Murasaki-shikibu nikki » ******* (« Journal de Murasaki-shikibu ») ; l’« Izumi-shikibu nikki » ******** (« Journal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sarashina nikki » ********* (« Journal de Sarashina ») ; le « Jôjin-ajari (no) haha no shû » ********** (« Journal de la mère du révérend Jôjin ») ; enfin le « Sanuki no suke (no) nikki » *********** (« Journal de la dame d’honneur Sanuki »). Lisez la suite›

* En japonais 紀貫之. Autrefois transcrit Tsourayouki.

** En japonais « 土佐日記 ». Autrefois transcrit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ».

*** En japonais 女手. Parfois transcrit « wonnade ».

**** En japonais 男手. Parfois transcrit « wotokode » ou « wotoko no te ».

***** p. 36-37.

****** En japonais « 蜻蛉日記 ». Autrefois transcrit « Kagherô nikki ».

******* En japonais « 紫式部日記 ». Autrefois transcrit « Mouraçaki Shikibou niki » ou « Mourasaki Shikibou nikki ».

******** En japonais « 和泉式部日記 ». Autrefois transcrit « Izoumi-shikibou nikki ».

********* En japonais « 更級日記 ».

********** En japonais « 成尋阿闍梨母集 ».

*********** En japonais « 讃岐典侍日記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Sanouki no souké no nikki ».

Murasaki-shikibu, « Poèmes »

éd. Publications orientalistes de France, Paris

éd. Publications orientalistes de France, Paris

Il s’agit du « Recueil de Murasaki-shikibu » (« Murasaki-shikibu shû » *). Le chef-d’œuvre de la prose qu’est le « Dit du genji » fait parfois oublier que son auteur était aussi comptée parmi les trente-six « génies de la poésie », autant pour les sept cent quatre-vingt-quatorze poèmes qu’elle attribue aux personnages de son roman, que pour ceux, plus personnels, que contient son « Recueil ».

« Il m’est arrivé parfois de rester assise parmi [les autres dames de la Cour], complètement désemparée. Ce n’est point tant que je craignisse la médisance, mais excédée, je finissais par avoir l’air tout à fait égarée, ce qui fait que l’une après l’autre maintenant me dit : “Vous cachiez bien votre jeu ! Quand tout le monde vous détestait, disant et pensant que vous étiez maniérée, distante, d’un abord peu amène, imbue de vos dits, prétentieuse et férue de poésie… voici qu’on vous trouve étrangement bonne personne, à croire qu’il s’agit de quelqu’un d’autre !” » ** Tel est l’un des seuls passages de son « Journal » où la dame Murasaki-shikibu rapporte des propos sur son propre compte. C’est un passage révélateur. « Femme d’une nature renfermée » ***, elle était convaincue que les gens ne la comprenaient pas. Elle prenait peu de plaisir au commerce de la société et elle avait la réputation, assez exceptionnelle dans son cercle, d’être prude. Lisez la suite›

* En japonais « 紫式部集 ».

** « Journal ; traduit du japonais par René Sieffert », p. 101.

*** id. p. 93.

Murasaki-shikibu, « Le Dit du genji. Tome II. Impermanence »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit du genji » (« Genji monogatari » *) de la dame Murasaki-shikibu **, roman qui marque le sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise. « De tous les trésors du Japon, le “Dit du genji” est de loin le plus précieux. » *** On suppose que ce roman monumental fut composé vers 1004 apr. J.-C. Une jolie légende associe sa composition au temple d’Ishiyama ****, à l’extrémité méridionale du lac Biwa. En ce site divin, la dame Murasaki-shikibu se retira, dit-on, loin de la Cour : chaque nuit, accoudée à sa table, elle contemplait le lac Biwa dont la nappe argentée réfléchissait la lune étincelante et, la sérénité des choses entrant dans son cœur, elle écrivait, d’un pinceau tranquille et inspiré, ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, si vous visitez le temple d’Ishiyama, les bonzes vous montreront la chambre où le « Dit du genji » fut écrit, et l’encrier même dont la romancière se servit — preuves qui, si elles ne satisfont pas les historiens rigoureux, sont bien suffisantes pour convaincre les visiteurs ordinaires. « Le “Dit du genji” est une chose inexplicable », dit un Empereur japonais *****. « Il ne peut être l’ouvrage d’une personne ordinaire. » Comment, en effet, expliquer ce chef-d’œuvre complexe où, sur un fond d’exquises observations empruntées à tout ce que la vie galante de la Cour, les brillantes fêtes du Palais, les rencontres intimes entre cavaliers et dames, mais aussi les rivages de l’exil ou la paix religieuse d’un ermitage, peuvent offrir de plus charmant à une romancière, on voit se détacher une constellation de quelque trois cents personnages, dont l’unité est assurée par la présence centrale d’un don Juan au cœur sensible — le « genji » ****** ? Et que dire des quelque huit cents poèmes que ces personnages s’envoient les uns aux autres sous forme de billets pour se confier mutuellement leurs émotions ? Quoi qu’il en soit, convenons avec M. René Sieffert ******* « qu’il s’agit là… du roman psychologique le plus étonnant, par sa subtilité et sa pénétration, qui ait jamais été écrit dans aucune langue ». Lisez la suite›

* En japonais « 源氏物語 ». Autrefois transcrit « Gen-zi mono-gatari », « Ghenzi monogatari », « Guendji monogatari », « Guenji-monogatari », « Ghenndji monoghatari », « Ghenji monogatari » ou « Ghennji monogatari ».

** En japonais 紫式部. Autrefois transcrit Mourasaki Chikibou, Mouraçaki Shikibou ou Mourasaki Sikibou.

*** Ichijô Kaneyoshi, « Kachô yosei » (« Images de fleurs et d’oiseaux »), inédit en français.

**** En japonais 石山寺.

***** L’Empereur Juntoku.

****** « Genji » est un titre honorifique accordé à un fils ou à une fille d’Empereur à qui est refusée la qualité d’héritier ou d’héritière.

******* Dans Philippe Pons, « “Le Dit du genji”, un fleuve sans fin : un entretien ».

Murasaki-shikibu, « Le Dit du genji. Tome I. Magnificence »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit du genji » (« Genji monogatari » *) de la dame Murasaki-shikibu **, roman qui marque le sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise. « De tous les trésors du Japon, le “Dit du genji” est de loin le plus précieux. » *** On suppose que ce roman monumental fut composé vers 1004 apr. J.-C. Une jolie légende associe sa composition au temple d’Ishiyama ****, à l’extrémité méridionale du lac Biwa. En ce site divin, la dame Murasaki-shikibu se retira, dit-on, loin de la Cour : chaque nuit, accoudée à sa table, elle contemplait le lac Biwa dont la nappe argentée réfléchissait la lune étincelante et, la sérénité des choses entrant dans son cœur, elle écrivait, d’un pinceau tranquille et inspiré, ses plus belles pages. Aujourd’hui encore, si vous visitez le temple d’Ishiyama, les bonzes vous montreront la chambre où le « Dit du genji » fut écrit, et l’encrier même dont la romancière se servit — preuves qui, si elles ne satisfont pas les historiens rigoureux, sont bien suffisantes pour convaincre les visiteurs ordinaires. « Le “Dit du genji” est une chose inexplicable », dit un Empereur japonais *****. « Il ne peut être l’ouvrage d’une personne ordinaire. » Comment, en effet, expliquer ce chef-d’œuvre complexe où, sur un fond d’exquises observations empruntées à tout ce que la vie galante de la Cour, les brillantes fêtes du Palais, les rencontres intimes entre cavaliers et dames, mais aussi les rivages de l’exil ou la paix religieuse d’un ermitage, peuvent offrir de plus charmant à une romancière, on voit se détacher une constellation de quelque trois cents personnages, dont l’unité est assurée par la présence centrale d’un don Juan au cœur sensible — le « genji » ****** ? Et que dire des quelque huit cents poèmes que ces personnages s’envoient les uns aux autres sous forme de billets pour se confier mutuellement leurs émotions ? Quoi qu’il en soit, convenons avec M. René Sieffert ******* « qu’il s’agit là… du roman psychologique le plus étonnant, par sa subtilité et sa pénétration, qui ait jamais été écrit dans aucune langue ». Lisez la suite›

* En japonais « 源氏物語 ». Autrefois transcrit « Gen-zi mono-gatari », « Ghenzi monogatari », « Guendji monogatari », « Guenji-monogatari », « Ghenndji monoghatari », « Ghenji monogatari » ou « Ghennji monogatari ».

** En japonais 紫式部. Autrefois transcrit Mourasaki Chikibou, Mouraçaki Shikibou ou Mourasaki Sikibou.

*** Ichijô Kaneyoshi, « Kachô yosei » (« Images de fleurs et d’oiseaux »), inédit en français.

**** En japonais 石山寺.

***** L’Empereur Juntoku.

****** « Genji » est un titre honorifique accordé à un fils ou à une fille d’Empereur à qui est refusée la qualité d’héritier ou d’héritière.

******* Dans Philippe Pons, « “Le Dit du genji”, un fleuve sans fin : un entretien ».

« Contes d’Ise, “Ise monogatari” »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une traduction de l’« Ise monogatari » * (« Récits d’Ise »). Ce recueil de cent vingt-cinq anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert **, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari » *** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ». Lisez la suite›

* En japonais « 伊勢物語 ». Autrefois transcrit « Icé monogatari » ou « Içé monogatari ».

** « Préface aux “Contes de Yamato” », p. 10.

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ».

« Contes de Yamato »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit d’une traduction du « Yamato monogatari » * (« Récits de Yamato »). Ce recueil de cent soixante-treize anecdotes est le résultat d’une activité très remarquable à laquelle les Japonais se livraient autrefois (Xe siècle apr. J.-C.), laquelle consistait à situer tel ou tel poème, en en donnant l’histoire, en en faisant connaître la destination, le but, l’humeur, en indiquant en un mot toutes les circonstances de sa composition, quitte à enjoliver, à inventer. En ce temps-là, la poésie faisait bel et bien partie de l’art du quotidien. Que ce fût pour envoyer un cadeau, pour écrire un billet doux, un mot d’excuse, pour briller dans la conversation, pour exprimer des condoléances ou encore une prière aux dieux, tout le monde avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’improviser un poème. « Mais quand tout le monde est poète », dit M. René Sieffert **, « les bons poètes n’en sont que plus rares et que plus prisés, et l’on ne manquera pas de guetter et de relever la moindre parole de quiconque se sera fait une réputation en la matière. Et surtout, l’on se délectera à en parler, à se répéter et à commenter l’histoire de chaque poème. » Dès l’anthologie « Man-yô-shû », les vers étaient inséparables d’une narration en prose, qui les situait. Il suffisait d’agrandir cette narration, d’en soigner la forme, d’en faire un conte ou une nouvelle galante, par exemple, pour obtenir un genre nouveau : l’« uta-monogatari » *** (le « récit centré autour d’un poème »). C’est précisément cette tradition de l’« uta-monogatari » qui atteint sa perfection dans le « Yamato monogatari » et dans l’« Ise monogatari ». Un siècle plus tard, le mélange de cette tradition avec celle du journal intime aboutira, sous le pinceau de la dame Murasaki-shikibu, au sommet le plus haut atteint par la littérature japonaise : le « Dit du genji ». Lisez la suite›

* En japonais « 大和物語 ».

** p. 10.

*** En japonais 歌物語. Autrefois transcrit « outamonogatari ».

« Le Dit des Heiké : le cycle épique des Taïra et des Minamoto »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit des Heiké » (« Heike monogatari » *). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intestines et de guerres acharnées qui culminèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani **, dans laquelle les Taira, protecteurs du jeune Empereur et maîtres de Kyôto et du Japon de l’Ouest, furent vaincus par les Minamoto, tenants du Japon oriental. L’incidence de ce branle-bas fut sensible dans le domaine littéraire. Alors que l’époque précédente, relativement paisible, avait vu se développer le genre des dits courtois, ce furent les dits guerriers ou « gunki monogatari » *** qui vinrent à éclosion dans ces années troublées. Rédigés d’après des traditions orales, ces dits guerriers furent récités sur les marchés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croisements des chemins par des « biwa-hôshi » **** — des aveugles qui portaient l’habit des moines (« hôshi ») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes (« biwa » *****). Ces aveugles portaient la robe monacale, parce qu’ils étaient sans doute sous la protection des temples et des grandes bonzeries. Du reste, la chronique qu’ils récitaient avait pour but, non pas tant de conserver le souvenir des héros, comme l’épopée européenne, mais d’exprimer la vanité des splendeurs terrestres et le néant de la gloire ; et au lieu de chanter « les armes et l’homme », elle rappelait dès la première ligne « l’impermanence de toutes choses ». « [Cette chronique a] pu jouer une fonction rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les combats. Mais il s’agit aussi de chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien », disent des orientalistes ******.

« chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien »

Je regrette que des dits guerriers aussi illustres n’aient pas trouvé un poète également illustre, qui les eût fixés à jamais ; qu’ils aient manqué un Homère, qui leur eût donné une beauté, une noblesse éternellement admirée. J’avoue que j’ai peu d’estime pour les versions conservées. Leurs auteurs se contentent de suivre le cours de l’histoire réelle et la surchargent de milliers de détails très fastidieux. Les héros d’Homère ont souvent des gaietés ou des faiblesses étranges qui nous font toucher du doigt leur humanité ; ceux de ces auteurs ne cessent jamais d’être conventionnels et froids. Si le naïf conteur grec laisse souvent percer un vague et fin sourire derrière les mots, ces graves rhapsodes ne quittent jamais leur sérieux presque dévot et leur espèce de prosaïsme. On peut cependant faire une exception. Dans quelques rares passages du « Dit des Heiké » qui forment, à eux tous, une partie absolument minime de la chronique, on trouve quelque chose qui ressemble à cette alternance de phrases de cinq et sept syllabes qui constitue la métrique japonaise, tandis que les idées et les expressions semblent faire croire à une tentative pour traiter le sujet d’une manière poétique. Lisez la suite›

* En japonais « 平家物語 ».

** En japonais 一ノ谷の戦い.

*** En japonais 軍記物語.

**** En japonais 琵琶法師.

***** « Né dans le royaume de Perse et ses régions limitrophes, le “biwa” s’est diffusé en Asie orientale le long de la Route de la soie. Perfectionné en Chine, il est parvenu dans l’archipel japonais vers le VIIIe siècle apr. J.-C. », dit M. Hyôdô Hiromi (dans « De l’épopée au Japon », p. 55-56).

****** MM. Daniel Struve et Jean-Jacques Tschudin.

« Le Dit de Hôgen • Le Dit de Heiji : le cycle épique des Taïra et des Minamoto »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Dit de Hôgen » (« Hôgen monogatari » *) et du « Dit de Heiji » (« Heiji monogatari » **). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intestines et de guerres acharnées qui culminèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani ***, dans laquelle les Taira, protecteurs du jeune Empereur et maîtres de Kyôto et du Japon de l’Ouest, furent vaincus par les Minamoto, tenants du Japon oriental. L’incidence de ce branle-bas fut sensible dans le domaine littéraire. Alors que l’époque précédente, relativement paisible, avait vu se développer le genre des dits courtois, ce furent les dits guerriers ou « gunki monogatari » **** qui vinrent à éclosion dans ces années troublées. Rédigés d’après des traditions orales, ces dits guerriers furent récités sur les marchés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croisements des chemins par des « biwa-hôshi » ***** — des aveugles qui portaient l’habit des moines (« hôshi ») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes (« biwa » ******). Ces aveugles portaient la robe monacale, parce qu’ils étaient sans doute sous la protection des temples et des grandes bonzeries. Du reste, la chronique qu’ils récitaient avait pour but, non pas tant de conserver le souvenir des héros, comme l’épopée européenne, mais d’exprimer la vanité des splendeurs terrestres et le néant de la gloire ; et au lieu de chanter « les armes et l’homme », elle rappelait dès la première ligne « l’impermanence de toutes choses ». « [Cette chronique a] pu jouer une fonction rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les combats. Mais il s’agit aussi de chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien », disent des orientalistes *******.

« chercher un sens aux événements chaotiques qui ont mis fin à l’ordre ancien »

Je regrette que des dits guerriers aussi illustres n’aient pas trouvé un poète également illustre, qui les eût fixés à jamais ; qu’ils aient manqué un Homère, qui leur eût donné une beauté, une noblesse éternellement admirée. J’avoue que j’ai peu d’estime pour les versions conservées. Leurs auteurs se contentent de suivre le cours de l’histoire réelle et la surchargent de milliers de détails très fastidieux. Les héros d’Homère ont souvent des gaietés ou des faiblesses étranges qui nous font toucher du doigt leur humanité ; ceux de ces auteurs ne cessent jamais d’être conventionnels et froids. Si le naïf conteur grec laisse souvent percer un vague et fin sourire derrière les mots, ces graves rhapsodes ne quittent jamais leur sérieux presque dévot et leur espèce de prosaïsme. On peut cependant faire une exception. Dans quelques rares passages du « Dit des Heiké » qui forment, à eux tous, une partie absolument minime de la chronique, on trouve quelque chose qui ressemble à cette alternance de phrases de cinq et sept syllabes qui constitue la métrique japonaise, tandis que les idées et les expressions semblent faire croire à une tentative pour traiter le sujet d’une manière poétique. Lisez la suite›

* En japonais « 保元物語 ». Autrefois transcrit « Hôghenn monogatari ».

** En japonais « 平治物語 ». Autrefois transcrit « Heïdji monogatari ».

*** En japonais 一ノ谷の戦い.

**** En japonais 軍記物語.

***** En japonais 琵琶法師.

****** « Né dans le royaume de Perse et ses régions limitrophes, le “biwa” s’est diffusé en Asie orientale le long de la Route de la soie. Perfectionné en Chine, il est parvenu dans l’archipel japonais vers le VIIIe siècle apr. J.-C. », dit M. Hyôdô Hiromi (dans « De l’épopée au Japon », p. 55-56).

******* MM. Daniel Struve et Jean-Jacques Tschudin.