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Mot-clef1644-1912 (dynastie mandchoue)

sujet

Aina, «Propos oisifs sous la tonnelle aux haricots»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit des «Pro­pos oisifs sous la ton­nelle aux hari­cots» («Dou­peng xian­hua»*), la der­nière des grandes col­lec­tions de contes chi­nois (XVIIe siècle apr. J.-C.). La prin­ci­pale ori­gi­na­li­té des «Pro­pos oisifs» n’est pas tant dans les contes eux-mêmes, que dans la manière soi­gnée dont ils sont pré­sen­tés et reliés entre eux. «C’est à notre connais­sance», dit M. André Lévy**, «la seule œuvre chi­noise qui fasse usage du cadre cyclique». Cette œuvre se divise, en effet, en douze cha­pitres cor­res­pon­dant à douze jour­nées, un peu à la façon du «Déca­mé­ron». Le cadre du récit est une ton­nelle où grimpent des plants de hari­cots, et sous laquelle des vil­la­geois viennent se retrou­ver tous les jours, pour pro­fi­ter de la fraî­cheur et pour bavar­der. «Il y a là des jeunes et des vieux, des hommes et des femmes», disent les «Pro­pos oisifs»***. «Cer­tains apportent un tabou­ret, un petit banc tres­sé, ou bien étalent une natte à même le sol; cha­cun se fait une place comme il peut». Ce cadre rural per­met à l’auteur de mettre les contes dans la bouche des per­son­nages réunis sous la ton­nelle, et de reje­ter sur eux la res­pon­sa­bi­li­té de ses paroles. Lui-même se cache sous le pseu­do­nyme d’Aina jushi****Aina, let­tré reti­ré»), et mal­gré les efforts des cher­cheurs, son nom véri­table est incon­nu. Dans son pro­logue, il évoque un poète du can­ton, oublié et peut-être fic­tif, Xu Jutan*****, qui aurait com­po­sé une «Chan­son de la ton­nelle aux hari­cots». Comme ce poète, Aina «a dis­pa­ru dans la brume, et l’on ne sait rien de lui» («yan mo wu chuan»******); et c’est en fin de compte sous la ton­nelle elle-même que nous pou­vons le retrou­ver, puisque c’est la place qu’il a choi­sie pour y dépo­ser le témoi­gnage de sa vie entière.

* En chi­nois «豆棚閒話». Haut

** «Études sur trois recueils anciens de contes chi­nois», p. 132. Haut

*** p. 38. Haut

**** En chi­nois 艾納居士. Haut

***** En chi­nois 徐菊潭. Haut

****** En chi­nois «湮沒無傳». Haut

Yuan Mei, «Choses dont le Maître ne parlait jamais : cinq contes tirés du “Zi bu yu”»

éd. électronique

éd. élec­tro­nique

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de «Ce dont le Maître ne par­lait pas» («Zi bu yu»*) de Yuan Mei, col­lec­tion chi­noise de contes, d’historiettes, de faits divers, met­tant en scène toutes sortes d’esprits ou d’êtres sur­na­tu­rels (XVIIIe siècle). Le titre ren­voie au pas­sage sui­vant des «Entre­tiens de Confu­cius» : «Le Maître ne trai­tait ni des pro­diges, ni de la vio­lence, ni du désordre, ni des esprits»**. Or, tels sont jus­te­ment les thèmes qui sont abor­dés avec pré­di­lec­tion dans «Ce dont le Maître ne par­lait pas». Par la suite, sans doute pour évi­ter de trop se com­pro­mettre aux yeux des bien-pen­sants, Yuan Mei chan­gea ce titre quelque peu fron­deur par celui de «Nou­veau “Qi xie”» («Xin “Qi xie”»***) tiré, cette fois-ci, de «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu, où il est ques­tion d’un livre ou d’un homme qui aurait recueilli des légendes et qui se serait appe­lé Qi xie. Yuan Mei s’empara donc de cette appel­la­tion obs­cure pour en tirer une nou­velle, volon­tai­re­ment énig­ma­tique, et sur laquelle ses adver­saires ne pou­vaient faire que des conjec­tures, en l’absence de toute autre expli­ca­tion. «Aux yeux de la pos­té­ri­té, le renom de Yuan Mei tient sur­tout à l’originalité et au charme de sa poé­sie. Le “Zi bu yu” n’est sou­vent consi­dé­ré que comme une œuvre mineure, sinon même indigne de son auteur», explique M. Jean-Pierre Dié­ny****. Dans un XVIIIe siècle mar­qué, en Chine, par une éclo­sion de contes, le recueil de Yuan Mei fait, en effet, modeste figure aux côtés de deux recueils plus impor­tants : les «Contes extra­or­di­naires du pavillon des loi­sirs» du sublime Pu Son­gling, qui mou­rut un an avant la nais­sance de Yuan Mei, et les «Notes de la chau­mière des obser­va­tions sub­tiles» de l’érudit Ji Yun, son cadet de quelques années. En ban­nis­sant de sa prose les élé­gances de la poé­sie, en ne cher­chant l’inspiration que dans les confi­dences de parents et d’amis, en abor­dant le sexe jusque dans ses aspects les moins atten­dus, Yuan Mei est par trop désin­volte, et les herbes folles abondent dans son ouvrage. Il le pré­sente avec rai­son, dans sa pré­face, comme un recueil «de récits abra­ca­da­brants, sans pro­fonde signi­fi­ca­tion» fait prin­ci­pa­le­ment «pour le plai­sir»*****; il dit ailleurs****** avoir vou­lu «dans les his­toires de fan­tômes se défou­ler de l’absurdité».

* En chi­nois «子不語». Autre­fois trans­crit «Tseu-pou-yu» ou «Tzu pu yu». Haut

** VII, 21. Haut

*** En chi­nois «新齊諧». Autre­fois trans­crit «Sin “Ts’i-hiai”». Haut

**** p. 26. Haut

***** Dans Pierre Kaser, «Yuan Mei et son “Zi bu yu”», p. 84-85. Haut

****** «Divers Plai­sirs à la vil­la Sui», p. 40. Haut

Yuan Mei, «Ce dont le Maître ne parle pas, “Zi bu yu” : contes»

dans « Le Visage vert », nº 16, p. 65-82

dans «Le Visage vert», no 16, p. 65-82

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de «Ce dont le Maître ne par­lait pas» («Zi bu yu»*) de Yuan Mei, col­lec­tion chi­noise de contes, d’historiettes, de faits divers, met­tant en scène toutes sortes d’esprits ou d’êtres sur­na­tu­rels (XVIIIe siècle). Le titre ren­voie au pas­sage sui­vant des «Entre­tiens de Confu­cius» : «Le Maître ne trai­tait ni des pro­diges, ni de la vio­lence, ni du désordre, ni des esprits»**. Or, tels sont jus­te­ment les thèmes qui sont abor­dés avec pré­di­lec­tion dans «Ce dont le Maître ne par­lait pas». Par la suite, sans doute pour évi­ter de trop se com­pro­mettre aux yeux des bien-pen­sants, Yuan Mei chan­gea ce titre quelque peu fron­deur par celui de «Nou­veau “Qi xie”» («Xin “Qi xie”»***) tiré, cette fois-ci, de «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu, où il est ques­tion d’un livre ou d’un homme qui aurait recueilli des légendes et qui se serait appe­lé Qi xie. Yuan Mei s’empara donc de cette appel­la­tion obs­cure pour en tirer une nou­velle, volon­tai­re­ment énig­ma­tique, et sur laquelle ses adver­saires ne pou­vaient faire que des conjec­tures, en l’absence de toute autre expli­ca­tion. «Aux yeux de la pos­té­ri­té, le renom de Yuan Mei tient sur­tout à l’originalité et au charme de sa poé­sie. Le “Zi bu yu” n’est sou­vent consi­dé­ré que comme une œuvre mineure, sinon même indigne de son auteur», explique M. Jean-Pierre Dié­ny****. Dans un XVIIIe siècle mar­qué, en Chine, par une éclo­sion de contes, le recueil de Yuan Mei fait, en effet, modeste figure aux côtés de deux recueils plus impor­tants : les «Contes extra­or­di­naires du pavillon des loi­sirs» du sublime Pu Son­gling, qui mou­rut un an avant la nais­sance de Yuan Mei, et les «Notes de la chau­mière des obser­va­tions sub­tiles» de l’érudit Ji Yun, son cadet de quelques années. En ban­nis­sant de sa prose les élé­gances de la poé­sie, en ne cher­chant l’inspiration que dans les confi­dences de parents et d’amis, en abor­dant le sexe jusque dans ses aspects les moins atten­dus, Yuan Mei est par trop désin­volte, et les herbes folles abondent dans son ouvrage. Il le pré­sente avec rai­son, dans sa pré­face, comme un recueil «de récits abra­ca­da­brants, sans pro­fonde signi­fi­ca­tion» fait prin­ci­pa­le­ment «pour le plai­sir»*****; il dit ailleurs****** avoir vou­lu «dans les his­toires de fan­tômes se défou­ler de l’absurdité».

* En chi­nois «子不語». Autre­fois trans­crit «Tseu-pou-yu» ou «Tzu pu yu». Haut

** VII, 21. Haut

*** En chi­nois «新齊諧». Autre­fois trans­crit «Sin “Ts’i-hiai”». Haut

**** p. 26. Haut

***** Dans Pierre Kaser, «Yuan Mei et son “Zi bu yu”», p. 84-85. Haut

****** «Divers Plai­sirs à la vil­la Sui», p. 40. Haut

Yuan Mei, «Ce dont le Maître ne parlait pas : le merveilleux onirique»

éd. Gallimard, Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de «Ce dont le Maître ne par­lait pas» («Zi bu yu»*) de Yuan Mei, col­lec­tion chi­noise de contes, d’historiettes, de faits divers, met­tant en scène toutes sortes d’esprits ou d’êtres sur­na­tu­rels (XVIIIe siècle). Le titre ren­voie au pas­sage sui­vant des «Entre­tiens de Confu­cius» : «Le Maître ne trai­tait ni des pro­diges, ni de la vio­lence, ni du désordre, ni des esprits»**. Or, tels sont jus­te­ment les thèmes qui sont abor­dés avec pré­di­lec­tion dans «Ce dont le Maître ne par­lait pas». Par la suite, sans doute pour évi­ter de trop se com­pro­mettre aux yeux des bien-pen­sants, Yuan Mei chan­gea ce titre quelque peu fron­deur par celui de «Nou­veau “Qi xie”» («Xin “Qi xie”»***) tiré, cette fois-ci, de «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu, où il est ques­tion d’un livre ou d’un homme qui aurait recueilli des légendes et qui se serait appe­lé Qi xie. Yuan Mei s’empara donc de cette appel­la­tion obs­cure pour en tirer une nou­velle, volon­tai­re­ment énig­ma­tique, et sur laquelle ses adver­saires ne pou­vaient faire que des conjec­tures, en l’absence de toute autre expli­ca­tion. «Aux yeux de la pos­té­ri­té, le renom de Yuan Mei tient sur­tout à l’originalité et au charme de sa poé­sie. Le “Zi bu yu” n’est sou­vent consi­dé­ré que comme une œuvre mineure, sinon même indigne de son auteur», explique M. Jean-Pierre Dié­ny****. Dans un XVIIIe siècle mar­qué, en Chine, par une éclo­sion de contes, le recueil de Yuan Mei fait, en effet, modeste figure aux côtés de deux recueils plus impor­tants : les «Contes extra­or­di­naires du pavillon des loi­sirs» du sublime Pu Son­gling, qui mou­rut un an avant la nais­sance de Yuan Mei, et les «Notes de la chau­mière des obser­va­tions sub­tiles» de l’érudit Ji Yun, son cadet de quelques années. En ban­nis­sant de sa prose les élé­gances de la poé­sie, en ne cher­chant l’inspiration que dans les confi­dences de parents et d’amis, en abor­dant le sexe jusque dans ses aspects les moins atten­dus, Yuan Mei est par trop désin­volte, et les herbes folles abondent dans son ouvrage. Il le pré­sente avec rai­son, dans sa pré­face, comme un recueil «de récits abra­ca­da­brants, sans pro­fonde signi­fi­ca­tion» fait prin­ci­pa­le­ment «pour le plai­sir»*****; il dit ailleurs****** avoir vou­lu «dans les his­toires de fan­tômes se défou­ler de l’absurdité».

* En chi­nois «子不語». Autre­fois trans­crit «Tseu-pou-yu» ou «Tzu pu yu». Haut

** VII, 21. Haut

*** En chi­nois «新齊諧». Autre­fois trans­crit «Sin “Ts’i-hiai”». Haut

**** p. 26. Haut

***** Dans Pierre Kaser, «Yuan Mei et son “Zi bu yu”», p. 84-85. Haut

****** «Divers Plai­sirs à la vil­la Sui», p. 40. Haut

Yuan Mei, «Divers Plaisirs à la villa Sui : poèmes»

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit des «Poèmes» de Yuan Zicai*, plus connu sous le sur­nom de Yuan Mei**, poète et conteur chi­nois, que son indé­pen­dance, son savoir, sa liber­té d’esprit met­taient en marge des aca­dé­mismes du temps. Il naquit en l’an 1716 apr. J.-C. Sa famille était loin d’être riche. Son père voya­geait comme secré­taire dans des pro­vinces recu­lées pour envoyer de quoi nour­rir la mai­son­née, tan­dis que sa mère res­tait à Hangz­hou avec plu­sieurs fils et filles en bas âge et fai­sait des pro­diges d’économie pour les éle­ver. Déjà dans son enfance, Yuan Mei ché­ris­sait les livres plus qu’il ne ché­ris­sait la vie. Chaque fois qu’il pas­sait devant une librai­rie, ses pieds s’arrêtaient natu­rel­le­ment, et l’eau lui en venait à la bouche; mais les prix étaient trop éle­vés : «Il n’y avait que dans le rêve que j’en ache­tais», dit-il non sans amer­tume***. Le goût des livres lui était «plus suave que celui d’un vin vieux»****. Le but de sa vie était la satis­fac­tion de ce goût, et non pas la réus­site aux concours ni l’obtention des diplômes qui ouvraient les portes du man­da­ri­nat : «Une fois le livre ouvert, j’ignore les cent affaires. Quand j’ai un livre ancien, je suis comme ivre; homme d’aujourd’hui je gas­pille mon temps avec les hommes d’autrefois», dit-il dans un de ses poèmes*****. À l’âge de qua­rante ans, ayant acquis une cer­taine for­tune, Yuan Mei s’adonna tout entier aux belles-lettres. Pour ne pas être dis­trait de ses tra­vaux par «les pen­sées du monde de pous­sière»******, il alla se fixer dans une vil­la qu’il avait ache­tée aux portes de Nan­kin. Dans son «Recueil de lit­té­ra­ture de la mai­son sise sur la Col­line du Gre­nier» («Xiao­cang shan­fang wen­ji»*******), l’on peut lire de nom­breux détails sur cette vil­la, son his­toire et ses envi­rons : «À deux “li” à l’Ouest du pont de la porte sep­ten­trio­nale de Nan­kin, je trou­vai la Col­line du Gre­nier… Là, au temps de l’Empereur Kangxi********, un cer­tain Sui, direc­teur de la Fabrique impé­riale de Soie­ries, avait éle­vé un pavillon sur le pic sep­ten­trio­nal de la Col­line, avait plan­té autour des arbres, des arbustes et avait cir­cons­crit le tout d’un mur. Tous les habi­tants de Nan­kin venaient se pro­me­ner et admi­rer la nature dans cet endroit : on l’appelait “Sui yuan”********* (“vil­la Sui”, ou lit­té­ra­le­ment “jar­din de Sui”), du nom de son pro­prié­taire. Trente ans plus tard, lorsque je fus nom­mé [magis­trat] à Nan­kin, ce jar­din était presque entiè­re­ment détruit, et le pavillon s’était trans­for­mé en un vul­gaire caba­ret où les char­re­tiers et les por­teurs de chaises se dis­pu­taient tout le jour. À cette vue j’eus le cœur ser­ré; je pris ce jar­din en pitié et deman­dai le prix du ter­rain»

* En chi­nois 袁子才. Autre­fois trans­crit Yuan Tseu-ts’aï ou Yüan Tzu-ts’ai. Haut

** En chi­nois 袁枚. Autre­fois trans­crit Yuen Mei. Haut

*** p. 117. Haut

**** p. 96. Haut

***** p. 113. Haut

****** p. 13. Haut

******* En chi­nois «小倉山房文集». Autre­fois trans­crit «Siao-ts’ang-chan-fang-ouen-tsi», «Siao tshang chan fang oen tsi» ou «Hsiao-ts’ang shan-fang wen-chi». Haut

******** Qui régnait entre les années 1661 et 1722. Haut

********* En chi­nois 隨園. Autre­fois trans­crit «Soei yuen» ou «Soueï-yuan». Haut

Shen Fu, «Récits d’une vie fugitive : mémoires d’un lettré pauvre»

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit des «Six Récits au fil incons­tant des jours»*Fu sheng liu ji»**) de Shen Fu***. Ces six récits — qui, en véri­té, ne sont que quatre, les deux der­niers n’étant pas par­ve­nus jusqu’à nous — consti­tuent un monu­ment éle­vé par Shen Fu à la mémoire de Yun, son épouse défunte. «C’était le 30 mars 1803», dit-il****. «Sa main agrip­pant la mienne, Yun vou­lut par­ler…; mais, sans forces, elle ne put que répé­ter dans un souffle : “lai shi, lai shi”… “l’existence future”…***** Sou­dain, elle hale­ta, sa mâchoire se rai­dit et son regard dila­té prit une fixi­té sai­sis­sante. Je l’appelai et l’appelai de nou­veau et encore; mais en vain. Elle ne pou­vait plus pro­fé­rer une parole. Deux ruis­seaux de larmes conti­nuèrent à cou­ler le long de ses joues. Bien­tôt, son souffle s’affaiblit, ses larmes se tarirent et enfin son âme s’éteignit.» Ce sont des récits uniques jusque-là dans la lit­té­ra­ture chi­noise par leurs petits faits exacts et par leurs détails fami­liers sur la vie conju­gale. Nous nous trou­vons intro­duits, sans pré­ten­tion et en toute sim­pli­ci­té, dans l’intimité d’un pauvre let­tré qui manie la langue clas­sique d’une manière certes mal­ha­bile, mais dont l’austère sin­cé­ri­té nous émeut par­fois : «Mon regret», dit-il******, «est de n’avoir reçu, étant enfant, qu’une ins­truc­tion incom­plète et d’être bor­né dans mes connais­sances. Aus­si, ne rela­te­rai-je, sans orne­ment, que des sen­ti­ments vrais et des faits réels. Recher­cher le style dans ce que j’écris serait comme exi­ger l’éclat d’un miroir non poli». Para­doxa­le­ment, c’est ce carac­tère ordi­naire de Shen Fu qui fait son extra­or­di­naire moder­ni­té et qui est la rai­son majeure du suc­cès que connut son ouvrage depuis qu’il a été trou­vé sur l’étal d’un bro­can­teur en 1849.

* Autre­fois tra­duit «Six Cha­pitres d’une vie flot­tante» ou «Six Mémoires sur une vie flot­tante». Haut

** En chi­nois «浮生六記». Autre­fois trans­crit «Fou-cheng lieou-ki» ou «Fou­sheng liu­ji». Titre emprun­té au poème «Chun ye yan tao li yuan xu» («春夜宴桃李園序») de Li Po : «L’univers n’est que [la halte] des créa­tures, et le temps — l’hôte pro­vi­soire de l’éternité; “au fil incons­tant des jours”, notre vie n’est qu’un songe», etc. Haut

*** En chi­nois 沈復. Autre­fois trans­crit Chen Fou. Haut

**** p. 98. Haut

***** En chi­nois 來世. C’est, selon les croyances boud­dhiques, l’existence qui vient immé­dia­te­ment après l’existence actuelle. Haut

****** p. 21. Haut

Ji Yun, «Passe-temps d’un été à Luanyang»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Notes de la chau­mière de la sub­tile per­cep­tion»*Yue wei cao tang bi ji»**) de Ji Yun***, éru­dit chi­nois, biblio­thé­caire de l’Empereur Qian Long. L’œuvre offi­cielle de Ji Yun, celle qui ins­cri­vit à jamais son nom dans les annales, ce fut la «Col­lec­tion inté­grale des quatre maga­sins»****Si ku quan shu»*****) dont il fut l’éditeur en chef. Entre­prise en 1772 sous le patro­nage impé­rial, cette gigan­tesque col­lec­tion ras­sem­blait, sous la plume de quinze mille copistes, tous les livres chi­nois qui, soit par le sujet qu’ils trai­taient, soit par la manière dont ce sujet était abor­dé, méri­taient de pas­ser à la pos­té­ri­té. «À la tête d’une minu­tieuse armée de lec­teurs, com­pi­la­teurs, rédac­teurs, véri­fi­ca­teurs, révi­seurs, scribes, copistes et gref­fiers de haut vol, Ji Yun s’absorba dans cette tâche abys­sale durant près de quinze ans; et les ava­tars de cette col­lec­tion, dont seuls de raris­simes exem­plaires sub­sistent de nos jours, ont fait rêver Borges», explique M. Jacques Dars******. Mais son autre œuvre, toute per­son­nelle et pour ain­si dire exu­toire à de si graves tra­vaux, ce fut un recueil de mille deux cents anec­dotes curieuses, his­toires de fan­tômes et d’esprits-renards, sin­gu­la­ri­tés piquantes, gla­nées çà et là dans ses lec­tures. Ce recueil, qu’un dis­ciple de Ji Yun réunit plus tard sous le titre de «Notes de la chau­mière de la sub­tile per­cep­tion», fut publié ori­gi­nel­le­ment en cinq livres suc­ces­sifs, parus entre 1789 et 1798 : «Vil­lé­gia­ture d’été à Lua­nyang», («Luan yang xiao xia lu»*******), «Telle est l’histoire qui m’est par­ve­nue» («Ru shi wo wen»********), «Mélanges à l’Ouest du sopho­ra» («Huai xi za zhi»*********), «On peut tou­jours prê­ter l’oreille» («Gu wang ting zhi»**********) et «Suite à la “Vil­lé­gia­ture d’été à Lua­nyang”» («Luan yang xu lu»***********).

* Par­fois tra­duit «Anec­dotes de l’ermitage Yue­wei», «Notes de la chau­mière sub­tile», «Notes de la chau­mière des obser­va­tions sub­tiles», «Notes au fil du pin­ceau de la chau­mière où scru­ter les mys­tères sub­tils», «Notes de la chau­mière de revues minu­tieuses» ou «Notes du stu­dio de chaume sur de menues remarques». Haut

** En chi­nois «閱微草堂筆記». Par­fois trans­crit «Yue-wei-ts’ao-t’ang-pi-ki» ou «Yüeh-wei ts’ao-t’ang pi-chi». Haut

*** En chi­nois 紀昀. Autre­fois trans­crit Ki Yun ou Chi Yün. Haut

**** Autre­fois tra­duit «Biblio­thèque com­plète en quatre sec­tions», «Biblio­thèque com­plète des quatre tré­sors», «Col­lec­tion des quatre gre­niers», «Recueil de tous les livres qui rem­plissent les quatre maga­sins», «Somme des livres des quatre cor­pus» ou «Col­lec­tion com­plète des œuvres écrites répar­ties en quatre maga­sins». Par «quatre maga­sins», il faut com­prendre les quatre caté­go­ries tra­di­tion­nelles : ouvrages cano­niques (), ouvrages his­to­riques (), ouvrages phi­lo­so­phiques (), ouvrages lit­té­raires ou mélanges (). Haut

***** En chi­nois «四庫全書». Autre­fois trans­crit «Sseu-k’ou ts’iuan-chou», «Sée-kou-tsiuen-chou», «Ssu-k’u ch’üan-shu» ou «Szu k’u ch’üan shu». Haut

****** «Pré­face à “Des Nou­velles de l’au-delà”» (éd. Gal­li­mard, coll. Folio, Paris). Haut

******* En chi­nois «灤陽消夏錄». Autre­fois trans­crit «Luan-yang hsiao-hsia lu». Haut

******** En chi­nois «如是我聞». Par­fois trans­crit «Ju-shih wo-wen». Haut

********* En chi­nois «槐西雜志». Par­fois trans­crit «Huai-hsi tsa-chih». «À l’Ouest du sopho­ra» était le nom d’une rési­dence de fonc­tion que Ji Yun occu­pa dans la ban­lieue Ouest de Pékin. Haut

********** En chi­nois «姑妄聽之». Par­fois trans­crit «Ku-wang t’ing-chih». Haut

*********** En chi­nois «灤陽續錄». Par­fois trans­crit «Luan-yang hsü-lu». Haut

Ji Yun, «Notes de la chaumière des observations subtiles»

éd. Kwok On, coll. Culture, Paris

éd. Kwok On, coll. Culture, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Notes de la chau­mière de la sub­tile per­cep­tion»*Yue wei cao tang bi ji»**) de Ji Yun***, éru­dit chi­nois, biblio­thé­caire de l’Empereur Qian Long. L’œuvre offi­cielle de Ji Yun, celle qui ins­cri­vit à jamais son nom dans les annales, ce fut la «Col­lec­tion inté­grale des quatre maga­sins»****Si ku quan shu»*****) dont il fut l’éditeur en chef. Entre­prise en 1772 sous le patro­nage impé­rial, cette gigan­tesque col­lec­tion ras­sem­blait, sous la plume de quinze mille copistes, tous les livres chi­nois qui, soit par le sujet qu’ils trai­taient, soit par la manière dont ce sujet était abor­dé, méri­taient de pas­ser à la pos­té­ri­té. «À la tête d’une minu­tieuse armée de lec­teurs, com­pi­la­teurs, rédac­teurs, véri­fi­ca­teurs, révi­seurs, scribes, copistes et gref­fiers de haut vol, Ji Yun s’absorba dans cette tâche abys­sale durant près de quinze ans; et les ava­tars de cette col­lec­tion, dont seuls de raris­simes exem­plaires sub­sistent de nos jours, ont fait rêver Borges», explique M. Jacques Dars******. Mais son autre œuvre, toute per­son­nelle et pour ain­si dire exu­toire à de si graves tra­vaux, ce fut un recueil de mille deux cents anec­dotes curieuses, his­toires de fan­tômes et d’esprits-renards, sin­gu­la­ri­tés piquantes, gla­nées çà et là dans ses lec­tures. Ce recueil, qu’un dis­ciple de Ji Yun réunit plus tard sous le titre de «Notes de la chau­mière de la sub­tile per­cep­tion», fut publié ori­gi­nel­le­ment en cinq livres suc­ces­sifs, parus entre 1789 et 1798 : «Vil­lé­gia­ture d’été à Lua­nyang», («Luan yang xiao xia lu»*******), «Telle est l’histoire qui m’est par­ve­nue» («Ru shi wo wen»********), «Mélanges à l’Ouest du sopho­ra» («Huai xi za zhi»*********), «On peut tou­jours prê­ter l’oreille» («Gu wang ting zhi»**********) et «Suite à la “Vil­lé­gia­ture d’été à Lua­nyang”» («Luan yang xu lu»***********).

* Par­fois tra­duit «Anec­dotes de l’ermitage Yue­wei», «Notes de la chau­mière sub­tile», «Notes de la chau­mière des obser­va­tions sub­tiles», «Notes au fil du pin­ceau de la chau­mière où scru­ter les mys­tères sub­tils», «Notes de la chau­mière de revues minu­tieuses» ou «Notes du stu­dio de chaume sur de menues remarques». Haut

** En chi­nois «閱微草堂筆記». Par­fois trans­crit «Yue-wei-ts’ao-t’ang-pi-ki» ou «Yüeh-wei ts’ao-t’ang pi-chi». Haut

*** En chi­nois 紀昀. Autre­fois trans­crit Ki Yun ou Chi Yün. Haut

**** Autre­fois tra­duit «Biblio­thèque com­plète en quatre sec­tions», «Biblio­thèque com­plète des quatre tré­sors», «Col­lec­tion des quatre gre­niers», «Recueil de tous les livres qui rem­plissent les quatre maga­sins», «Somme des livres des quatre cor­pus» ou «Col­lec­tion com­plète des œuvres écrites répar­ties en quatre maga­sins». Par «quatre maga­sins», il faut com­prendre les quatre caté­go­ries tra­di­tion­nelles : ouvrages cano­niques (), ouvrages his­to­riques (), ouvrages phi­lo­so­phiques (), ouvrages lit­té­raires ou mélanges (). Haut

***** En chi­nois «四庫全書». Autre­fois trans­crit «Sseu-k’ou ts’iuan-chou», «Sée-kou-tsiuen-chou», «Ssu-k’u ch’üan-shu» ou «Szu k’u ch’üan shu». Haut

****** «Pré­face à “Des Nou­velles de l’au-delà”» (éd. Gal­li­mard, coll. Folio, Paris). Haut

******* En chi­nois «灤陽消夏錄». Autre­fois trans­crit «Luan-yang hsiao-hsia lu». Haut

******** En chi­nois «如是我聞». Par­fois trans­crit «Ju-shih wo-wen». Haut

********* En chi­nois «槐西雜志». Par­fois trans­crit «Huai-hsi tsa-chih». «À l’Ouest du sopho­ra» était le nom d’une rési­dence de fonc­tion que Ji Yun occu­pa dans la ban­lieue Ouest de Pékin. Haut

********** En chi­nois «姑妄聽之». Par­fois trans­crit «Ku-wang t’ing-chih». Haut

*********** En chi­nois «灤陽續錄». Par­fois trans­crit «Luan-yang hsü-lu». Haut