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Mot-clefHenri Massé

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

«Anthologie de la poésie persane (XIe-XXe siècle)»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une antho­lo­gie per­sane (XIe-XXe siècle). La poé­sie est le talent propre et par­ti­cu­lier des Per­sans, et la par­tie de leur lit­té­ra­ture où ils excellent : la viva­ci­té de leur ima­gi­na­tion, la poli­tesse de leurs mœurs, la dou­ceur de leur langue, telles sont peut-être les causes de leur fécon­di­té poé­tique. Un homme qui ne sait pas un mot de per­san ne lais­se­ra pas, en enten­dant réci­ter des vers per­sans, d’être épris du son et de la cadence qui y est très sen­sible. Allez en Iran, par­lez aux gens dans la rue, aux bou­chers, aux mar­chands; ils feront entrer dans leur réponse des tour­nures qui suf­fi­ront à vous plon­ger dans une rêve­rie pro­fonde. Comme dit Hâfez :

«Le secret de Dieu que le gnos­tique pèle­rin ne dit à per­sonne,
Je suis stu­pé­fait, ne sachant d’où le mar­chand de vin l’a enten­du
»*.

Si les belles-lettres de l’islam comptent par­mi les plus remar­quables du monde, c’est avant tout grâce au génie ira­nien. Les pre­miers maîtres dans l’art de la gram­maire étaient d’origine per­sane, même s’ils avaient pas­sé leur jeu­nesse dans la pra­tique de la langue arabe. Tous les savants musul­mans qui ont trai­té des prin­cipes fon­da­men­taux de la science, tous ceux qui se sont dis­tin­gués dans la juris­pru­dence, et la plu­part de ceux qui ont culti­vé l’exégèse cora­nique, appar­te­naient à la race per­sane ou s’étaient assi­mi­lés aux Per­sans par les manières et par l’éducation. Cela suf­fit pour démon­trer la véri­té de la parole attri­buée au pro­phète Maho­met : «Si la science était sus­pen­due au haut du ciel, il y aurait des gens par­mi les Per­sans pour s’en empa­rer»**. Comme dit Jan Ryp­ka : «Les Ira­niens sont les Fran­çais de l’Orient. Chez les uns comme chez les autres, la pro­duc­tion lit­té­raire et artis­tique pré­sente une éten­due et une valeur inap­pré­ciables…

** Dans Ibn Khal­doun, «Pro­lé­go­mènes». Haut

Gorgâni, «Le Roman de “Wîs et Râmîn”»

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Traduction de textes persans, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Tra­duc­tion de textes per­sans, Paris

Il s’agit du «Wîs et Râmîn»* de Fakhr-od-Dîn As’ad Gor­gâ­ni**. Gor­gâ­ni est le créa­teur du roman cour­tois en langue per­sane. On doit recon­naître que sou­vent les pré­cio­si­tés et l’afféterie qui dominent son style l’ont des­ser­vi, mais il serait injuste de le confondre avec les auteurs à peu près oubliés. Il a beau­coup de leurs défauts, mais ils n’ont aucune de ses beau­tés. Le «Wîs et Râmîn» ser­vit à embel­lir les œuvres de Nezâ­mî et de Roû­mî. Peut-on dou­ter qu’un homme qui ren­dit ce ser­vice n’eût quelque génie? «Si tu es Râmîn», dit Roû­mî***, «ne cherche rien d’autre que ta Wîs! C’est ton “moi” essen­tiel qui est ta Wîs et ta bien-aimée, et toutes ces choses exté­rieures ne sont pour toi que cala­mi­té.» Voi­ci en quelle occa­sion Gor­gâ­ni com­po­sa ce roman qui offre de grandes ana­lo­gies avec un autre roman que ses ver­sions en diverses langues ont ren­du célèbre en Occi­dent : «Tris­tan et Iseut». Entre les années 1049 et 1055, Gor­gâ­ni se ren­dit dans la ville d’Ispahan, à la requête d’Abou’l-Fath, gou­ver­neur de cette ville****. Abou’l-Fath adres­sa la parole au poète, qui s’en trou­va très hono­ré, et il lui dit : «Reste avec nous cet hiver et ne pense pas au Kou­hes­tân. Au prin­temps, quand l’univers se réno­ve­ra, quand l’atmosphère s’adoucira, tu t’en iras; je te ferai cadeau du néces­saire, rien ne te man­que­ra». Un mois après, il lui dit : «Quel est ton avis sur la légende de “Wîs et Râmîn”? On dit que c’est une fort belle chose; dans ce pays, tous l’aiment». Gor­gâ­ni répon­dit : «En effet, c’est une fort jolie légende, col­li­gée par six éru­dits. Je ne connais pas meilleure his­toire; on dirait un char­mant jar­din. Mais elle est écrite en langue pehl­vi*****, et ceux qui la lisent ne peuvent l’expliquer; car un cha­cun ne lit pas bien cette langue, et si même il la lit bien, il n’en com­prend pas le sens… Mais si un écri­vain capable s’y appli­quait, cette his­toire serait aus­si belle qu’un tré­sor plein de joyaux, car elle est renom­mée, pos­sède ori­gi­na­li­tés sans nombre en ses diverses par­ties». Ayant enten­du ce dis­cours, Abou’l-Fath deman­da au poète d’aller écrire cette légende avec la plume de l’éloquence, la faire vivre par son souffle, l’animer de méta­phores enchâs­sées çà et là dans le récit «comme des perles dignes des rois enchâs­sées dans l’or»

* En per­san «ویس و رامین». Par­fois tra­duit «Veïs et Ramin», «Veï­çeh et Ramin», «Wéis­sé et Ramin», «Weise et Ramin», «Veisse et Ramin», «Viz et Ramin», «Vis et Raminn» ou «Wis et Râm­min». Haut

** En per­san فخرالدین اسعد گرگانی. Par­fois trans­crit Faḵr al-Din As‘ad Gorgā­ni, Fachr-uddīn As’ad Dschurd­schānī, Fakhr Eddin Essaad Djourd­ja­ni, Fakhr-uddin Asad Jur­ja­ni, Fakh­rod­din Asaad Gor­ga­ni, Fakhr ad-Din Asad Gurgā­ni ou Fakh­ré-aldin-assad Gor­gâ­ni. Haut

*** «Math­nawî», liv. III, v. 228-229. Haut

**** Le même que celui décrit dans le «Safar-nâmeh» : «Le sul­tan Togrul Beg le Seld­jou­kide (que Dieu lui fasse misé­ri­corde!) avait éta­bli comme gou­ver­neur à Ispa­han, après qu’il s’en fut ren­du maître, un homme encore jeune, ori­gi­naire de Nicha­pour et qui avait une grande habi­le­té comme secré­taire et comme cal­li­graphe; son carac­tère était calme et sa phy­sio­no­mie agréable» (p. 253-254). Haut

***** Ancienne langue de l’Iran, for­mée par le mélange de l’idiome des Perses (peuple aryen) et des Baby­lo­niens (peuple sémi­tique). Haut

Asadî de Ṭoûs, «Le Livre de Gerchâsp : poème persan. Tome II»

éd. P. Geuthner, coll. Publications de l’École nationale des langues orientales vivantes, Paris

éd. P. Geuth­ner, coll. Publi­ca­tions de l’École natio­nale des langues orien­tales vivantes, Paris

Il s’agit du «Livre de Ger­châsp» («Ger­châsp-nâmè»*), épo­pée ira­nienne (XIe siècle apr. J.-C.). Fir­dou­si n’avait pas épui­sé toute la masse de sou­ve­nirs qui s’étaient conser­vés sur la chro­no­lo­gie des rois de l’Iran, sur leurs généa­lo­gies, sur leurs expé­di­tions et sur leurs bio­gra­phies; son «Livre des rois», parce qu’il tou­chait vive­ment et direc­te­ment un sen­ti­ment natio­nal, trou­va une foule d’imitateurs. Presque tous les héros dont Fir­dou­si avait par­lé, ain­si que quelques autres qu’il avait négli­gés, devinrent les sujets d’épopées secon­daires, écrites par on ne sait trop qui et on ne sait trop quand. «La lon­gueur exces­sive de quelques-uns de ces ouvrages prouve non seule­ment l’abondance des maté­riaux qui exis­taient encore, mais aus­si l’intérêt que le peuple y met­tait : car ces inter­mi­nables aven­tures, racon­tées sans art et sans grâce, n’auraient trou­vé ni lec­teurs ni audi­teurs, si l’intérêt du fond n’eût pas fait sup­por­ter la médio­cri­té de la forme», dit Jules Mohl**. «Le Livre de Ger­châsp» d’Asadî de Ṭoûs*** fut la seule épo­pée de ce cycle secon­daire à se rendre illustre et à faire conser­ver le nom de son auteur. La supé­rio­ri­té de son art est du côté de la des­crip­tion du tumulte des guerres, de la dévas­ta­tion, du car­nage, des feux de l’incendie. Asa­dî de Ṭoûs four­nit quelques détails sur les motifs qui lui firent entre­prendre son poème. Il raconte qu’il cher­chait un moyen pour que son nom fût connu, lorsque deux per­son­nages vinrent l’exhorter en lui disant : «Fir­dou­si de Ṭoûs, ce cer­veau pur, a ren­du jus­tice aux dis­cours élé­gants. Il a orné le monde en écri­vant le “Livre des Rois”; il a cher­ché la gloire en com­po­sant ce poème. Tu es son com­pa­triote, et de même pro­fes­sion : tu as, dans ton dis­cours, des pen­sées alertes. Au moyen de ce vieux livre qui est notre com­pa­gnon, mets en vers une his­toire…! Par la science, tu crée­ras ain­si un gai jar­din qui ne sera jamais vide de fruits. Le monde ne dure éter­nel­le­ment pour per­sonne; la meilleure chose à en conser­ver, c’est la bonne renom­mée, et c’est assez»****. Il conçut dès lors l’ambition d’égaler ou de sur­pas­ser Fir­dou­si.

* En per­san «گرشاسپ‌نامه». Par­fois trans­crit «Guer­schasp-nameh», «Karšāsp-nāmah», «Garšāsb-nāma» ou «Gar­shasp­na­ma». Haut

** «Pré­face au “Livre des rois. Tome I”», p. LXII. Haut

*** En per­san اسدی طوسی. Par­fois trans­crit Asse­di de Thous, Assa­di Tusi, Asadī Ṭūsī ou Asa­di Tou­si. Haut

**** «Le Livre de Ger­châsp. Tome I», p. 23 & 25. Haut

«Anthologie persane (XIe-XIXe siècle)»

éd. Payot, coll. Bibliothèque historique, Paris

éd. Payot, coll. Biblio­thèque his­to­rique, Paris

Il s’agit d’une antho­lo­gie per­sane (XIe-XIXe siècle). La poé­sie est le talent propre et par­ti­cu­lier des Per­sans, et la par­tie de leur lit­té­ra­ture où ils excellent : la viva­ci­té de leur ima­gi­na­tion, la poli­tesse de leurs mœurs, la dou­ceur de leur langue, telles sont peut-être les causes de leur fécon­di­té poé­tique. Un homme qui ne sait pas un mot de per­san ne lais­se­ra pas, en enten­dant réci­ter des vers per­sans, d’être épris du son et de la cadence qui y est très sen­sible. Allez en Iran, par­lez aux gens dans la rue, aux bou­chers, aux mar­chands; ils feront entrer dans leur réponse des tour­nures qui suf­fi­ront à vous plon­ger dans une rêve­rie pro­fonde. Comme dit Hâfez :

«Le secret de Dieu que le gnos­tique pèle­rin ne dit à per­sonne,
Je suis stu­pé­fait, ne sachant d’où le mar­chand de vin l’a enten­du
»*.

Si les belles-lettres de l’islam comptent par­mi les plus remar­quables du monde, c’est avant tout grâce au génie ira­nien. Les pre­miers maîtres dans l’art de la gram­maire étaient d’origine per­sane, même s’ils avaient pas­sé leur jeu­nesse dans la pra­tique de la langue arabe. Tous les savants musul­mans qui ont trai­té des prin­cipes fon­da­men­taux de la science, tous ceux qui se sont dis­tin­gués dans la juris­pru­dence, et la plu­part de ceux qui ont culti­vé l’exégèse cora­nique, appar­te­naient à la race per­sane ou s’étaient assi­mi­lés aux Per­sans par les manières et par l’éducation. Cela suf­fit pour démon­trer la véri­té de la parole attri­buée au pro­phète Maho­met : «Si la science était sus­pen­due au haut du ciel, il y aurait des gens par­mi les Per­sans pour s’en empa­rer»**. Comme dit Jan Ryp­ka : «Les Ira­niens sont les Fran­çais de l’Orient. Chez les uns comme chez les autres, la pro­duc­tion lit­té­raire et artis­tique pré­sente une éten­due et une valeur inap­pré­ciables…

** Dans Ibn Khal­doun, «Pro­lé­go­mènes». Haut

Nezâmî, «Le Roman de “Chosroès et Chîrîn”»

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

éd. G.-P. Mai­son­neuve et Larose, coll. Biblio­thèque des œuvres clas­siques per­sanes, Paris

Il s’agit de «Chos­roès et Chî­rîn» («Khos­row va Chî­rîn»*) de Nezâ­mî de Gand­jeh**, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue per­sane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâ­mî fut le pre­mier qui rema­nia dans un sens roma­nesque le vieux fonds des tra­di­tions per­sanes. Sans se sou­cier d’en pré­ser­ver la pure­té et la cou­leur, il les amal­ga­ma libre­ment tan­tôt aux récits plus ou moins légen­daires des com­pi­la­teurs arabes, tan­tôt aux fic­tions des roman­ciers alexan­drins. Par sa sophis­ti­ca­tion poé­tique, il dépas­sa les uns et les autres. Ses œuvres les plus impor­tantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil inti­tu­lé «Kham­seh»***Les Cinq») en arabe ou «Pandj Gandj»****Les Cinq Tré­sors») en per­san. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout hon­nête homme devait connaître, au point d’en pou­voir réci­ter des pas­sages entiers. Au sein de leur aire cultu­relle, à tra­vers cette immen­si­té qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débor­dait même sur l’Inde musul­mane, elles occu­paient une place équi­va­lente à celle qu’eut «L’Énéide» en Europe occi­den­tale. «Les mérites et per­fec­tions mani­festes de Nezâ­mî — Allah lui soit misé­ri­cor­dieux! — se passent de com­men­taires. Per­sonne ne pour­rait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Tré­sors”; bien plus, cela échappe au pou­voir du genre humain», dira Djâ­mî***** en choi­sis­sant de se faire peindre age­nouillé devant son illustre pré­dé­ces­seur.

* En per­san «خسرو و شیرین». Par­fois trans­crit «Khos­reu ve Chi­rin», «Khus­rau va Shīrīn», «Khos­rô wa Shî­rîn», «Khus­ro-wa-Shi­reen», «Khas­raw wa Shy­ryn», «Khos­rou ve Schi­rin», «Khos­row-o Shi­rin», «Khos­raw-o Shi­rin», «Khus­raw u-Shīrīn» ou «Khos­rau o Chî­rîn». Haut

** En per­san نظامی گنجوی. Par­fois trans­crit Nadha­mi, Nid­ha­mi, Niz­hâ­mî, Niz­ha­my, Niza­my, Niza­mi, Nishâ­mi, Nisa­my, Nisa­mi, Nezâ­my ou Nez­ha­mi. Haut

*** En arabe «خمسة». Par­fois trans­crit «Kham­sè», «Kham­sah», «Kham­sa», «Ham­sa», «Ham­sah», «Hamse», «Cham­seh» ou «Ham­seh». Haut

**** En per­san «پنج گنج». Par­fois trans­crit «Pendsch Kendj», «Pendch Kendj», «Pandsch Gandsch», «Pendj Guendj», «Penj Ghenj», «Pentch-Ghandj» ou «Panj Ganj». Haut

***** «Le Béhâ­ris­tân», p. 185-186. Haut