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Mot-clefhindouisme et culture

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«Kabir : une expérience mystique au-delà des religions»

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris

Il s’agit de Kabîr*, sur­nom­mé «le tis­se­rand de Béna­rès», l’un des poètes les plus popu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hin­di, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a employé le hin­di, mais il a insis­té sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simu­lacre, et ne jugeait vraie que la parole inté­rieure de l’âme : «Je n’ai jamais tou­ché», dit-il**, «ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche». Sa renom­mée repose sur les cinq cents cou­plets («dohâs»***) et les cent stances («padas»****) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis figurent dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. Ils se dis­tinguent par leur valeur poé­tique, par leur conci­sion et inten­si­té, mais aus­si et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions isla­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adop­té par un tis­se­rand musul­man, Kabîr rêvait d’amalgamer hin­douisme et islam en une seule et même reli­gion mys­tique. Lui-même se disait «l’enfant d’Allah et de Râma» et esti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des «pots de la même argile»*****. On raconte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes décla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler; les musul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit recou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, finirent par s’approcher du cadavre et sou­le­vèrent le lin­ceul; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet endroit un mau­so­lée. Les musul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. «Il y a donc aujourd’hui à Maghar****** deux monu­ments dédiés à Kabîr», dit Mme Char­lotte Vau­de­ville*******. «Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils témoignent de l’irréductible contra­dic­tion que le génie même du réfor­ma­teur devait être fina­le­ment impuis­sant à résoudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité!»

* En hin­di कबीर. Autre­fois trans­crit Cabir. Haut

** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 151. Haut

*** En hin­di दोहा. Haut

**** En hin­di पद. Haut

***** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 95 & 11. Haut

****** En hin­di मगहर. Par­fois trans­crit Maga­har. Ville située dans le dis­trict actuel de Sant Kabîr Nagar. Haut

******* «Pré­face à “Au caba­ret de l’amour : paroles de Kabîr”», p. 16. Haut

Nâm-dev, «Psaumes du tailleur, ou la Religion de l’Inde profonde»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Nâm-dev*, poète dévot hin­dou (XIVe siècle apr. J.-C.). On lui doit un nombre impor­tant de poèmes, sur­tout des «Psaumes» («Abhang»**), dont soixante et un sont repris dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. On le sur­nomme «le tailleur de Pand­har­pour», car il naquit au sein d’une famille de tailleurs, dont il embras­sa d’abord la pro­fes­sion. En ce temps-là, les simples gens n’étaient plus satis­faits de leurs dieux ni de leurs prêtres : ils récla­maient un seul Dieu et qui par­lât une langue orale qui Le dis­pen­sât des inter­prètes, des tra­duc­teurs, des impos­teurs. Alors, Dieu Se mit à par­ler marathe; et les orfèvres, tis­seurs et autres fabri­cants de belles choses se mirent à dan­ser de joie et à fabri­quer des poèmes au lieu de bijoux et d’étoffes. «Pour­quoi pas moi?», se dit Nâm-dev, et de tailleur, il devint poète. «Je ne fais que coudre les habits de [Dieu]… Aiguilles et fils, mètres et ciseaux sont les ins­tru­ments de mon constant bon­heur», écrit-il***. Et plus loin : «À coudre ain­si le Nom [divin] sans me las­ser, les nœuds de la mort se dénouent. Je couds, je couds encore, je couds tou­jours; com­ment pour­rais-je vivre sans [le Sei­gneur]? Mon aiguille est ma jouis­sance; mon fil est mon amour»****. Le jeune tailleur tis­sa tant de poèmes, que sa renom­mée se répan­dit à tra­vers toute l’Inde. On vint de par­tout l’écouter, on le pro­cla­ma «le pre­mier poète-saint de notre âge kali»*****. On raconte plu­sieurs évé­ne­ments qui montrent sa sain­te­té. Une fois, par exemple, il alla faire ses dévo­tions dans le temple de Pand­har­pour, où se ren­daient les pèle­rins et les dévots les plus célèbres. Mais ce temple était deve­nu la pro­prié­té des brah­manes bad­vé, appe­lés par le peuple les «matra­queurs» en rai­son de leur pro­pen­sion à user de leurs gour­dins pour empê­cher les fidèles de basses castes d’y péné­trer. Quand Nâm-dev vou­lut entrer, les employés du temple, mécon­tents, lui don­nèrent cinq à sept coups sur la tête et le mirent dehors en le repous­sant. Mais lui, il n’en conçut pas la moindre colère dans son cœur; s’étant reti­ré der­rière le temple, il s’assit et se mit à chan­ter ses «Psaumes». Lorsqu’il ache­va son chant, il dit : «Ô Sei­gneur, cette puni­tion est peut-être juste, mais néan­moins, dès aujourd’hui, ceci sera le lieu où je ferai entendre mon [chant]. Que Vous l’écoutiez ou non, je ne retour­ne­rai plus [à la façade de] Votre temple»******. La légende dit qu’à ces mots, l’Invisible tour­na le sanc­tuaire de façon que Nâm-dev fût en face, et que les brah­manes fussent à dos. Ces der­niers se cou­vrirent de confu­sion; et tom­bant aux pieds de Nâm-dev, ils lui deman­dèrent le par­don de leur faute.

* En marathe नामदेव. Par­fois trans­crit Nāma­de­va, Nam Déo ou Namd­haio. Haut

** En marathe «अभंग». Par­fois trans­crit «Abhan­ga» ou «Abhaṃg». Lit­té­ra­le­ment «Vers inin­ter­rom­pus». Haut

*** Psaume «Du bon­heur d’être tailleur». Haut

**** Psaume «À quoi bon la caste…». Haut

***** En hin­di «कलिजुगि प्रथमि नामदे भईयौ» (Anan­ta­dâs, «Nâm-dev par­caî», inédit en fran­çais). Haut

****** Dans Gar­cin de Tas­sy, «His­toire de la lit­té­ra­ture hin­doui et hin­dous­ta­ni, 2e édi­tion. Tome II», p. 437. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Vâlmîki, «Le Rāmāyaṇa»

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Ency­clo­pé­die de la Pléiade, Paris

Il s’agit du «Râmâyaṇa»* de Vâl­mî­ki**. Le «Râmâyaṇa» res­semble à un de ces grands monu­ments où toute une nation se recon­naît et s’admire avec com­plai­sance, et qui excitent la curio­si­té des autres peuples. Toute l’Inde se recon­naît et s’admire dans cette monu­men­tale «Iliade» de vingt-quatre mille ver­sets, dont l’Homère s’appelle Vâl­mî­ki; elle est vue, à bon droit, comme le chef-d’œuvre de la poé­sie indienne. On n’en sait pas plus sur l’Homère indien que sur l’Homère grec; on ignore jusqu’au siècle où il a vécu (quelque part au Ier mil­lé­naire av. J.-C.). Dans le cha­pitre I.2, il est racon­té que c’est Brah­mâ lui-même, le créa­teur des mondes, qui a inci­té Vâl­mî­ki à écrire cette épo­pée, en pro­met­tant au poète que «tant qu’il y aura sur terre des mon­tagnes et des rivières, l’histoire du “Râmâyaṇa” cir­cu­le­ra dans les mondes». La pro­messe a été tenue. Les éloges dithy­ram­biques de Miche­let, les pages enthou­siastes de Laprade attestent l’émotion qui sai­sit aujourd’hui encore les esprits culti­vés en pré­sence de ce chef-d’œuvre : «L’année… où j’ai pu lire le grand poème sacré de l’Inde, le divin “Râmâyaṇa”… me res­te­ra chère et bénie… “La réci­ta­tion d’un seul vers de ce poème suf­fit à laver de ses fautes même celui qui en com­met chaque jour”***… Notre péché per­ma­nent, la lie, le levain amer qu’apporte et laisse le temps, ce grand fleuve de poé­sie l’emporte et nous puri­fie. Qui­conque a séché son cœur, qu’il l’abreuve au “Râmâyaṇa”… Qui­conque a trop fait, trop vou­lu, qu’il boive à cette coupe pro­fonde un long trait de vie, de jeu­nesse», dit Miche­let****. C’est que, dans tout le cours de cette épo­pée, on se trouve, à chaque pas, aux prises avec un être et une forme pro­vi­soires : homme, ani­mal, plante, rien de défi­ni­tif, rien d’immuable. De là ce res­pect et cette crainte reli­gieuse de la nature, qui four­nissent à la poé­sie de Vâl­mî­ki des détails si tou­chants; de là aus­si ces médi­ta­tions rêveuses, ces pein­tures de la vie ascé­tique, enfin ces dis­ser­ta­tions phi­lo­so­phiques, qui tiennent non moins de place que les com­bats. Celle-ci par exemple : «La vieillesse ruine l’homme : que peut-il faire pour s’y oppo­ser? Les hommes se réjouissent quand le soleil se lève, ils se réjouissent quand le jour s’éteint… Ils sont heu­reux de voir com­men­cer une sai­son nou­velle, comme si c’était un renou­veau : mais le retour des sai­sons ne fait qu’épuiser la vigueur des créa­tures»*****. Quelle gran­deur dans ces ver­sets pleins de mélan­co­lie!

* En sans­crit «रामायण». «Râmâyaṇa» signi­fie «La Marche de Râma». Autre­fois tra­duit «La Râmaïde». Haut

** En sans­crit वाल्मीकि. Haut

*** «Râmâyaṇa», ch. VII.111. Haut

**** «Bible de l’humanité. Tome I», p. 1-2. Haut

***** «Râmâyaṇa», ch. II.105. Haut

Kabîr, «Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes»

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Paris

Il s’agit de Kabîr*, sur­nom­mé «le tis­se­rand de Béna­rès», l’un des poètes les plus popu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hin­di, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a employé le hin­di, mais il a insis­té sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simu­lacre, et ne jugeait vraie que la parole inté­rieure de l’âme : «Je n’ai jamais tou­ché», dit-il**, «ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche». Sa renom­mée repose sur les cinq cents cou­plets («dohâs»***) et les cent stances («padas»****) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis figurent dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. Ils se dis­tinguent par leur valeur poé­tique, par leur conci­sion et inten­si­té, mais aus­si et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions isla­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adop­té par un tis­se­rand musul­man, Kabîr rêvait d’amalgamer hin­douisme et islam en une seule et même reli­gion mys­tique. Lui-même se disait «l’enfant d’Allah et de Râma» et esti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des «pots de la même argile»*****. On raconte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes décla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler; les musul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit recou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, finirent par s’approcher du cadavre et sou­le­vèrent le lin­ceul; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet endroit un mau­so­lée. Les musul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. «Il y a donc aujourd’hui à Maghar****** deux monu­ments dédiés à Kabîr», dit Mme Char­lotte Vau­de­ville*******. «Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils témoignent de l’irréductible contra­dic­tion que le génie même du réfor­ma­teur devait être fina­le­ment impuis­sant à résoudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité!»

* En hin­di कबीर. Autre­fois trans­crit Cabir. Haut

** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 151. Haut

*** En hin­di दोहा. Haut

**** En hin­di पद. Haut

***** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 95 & 11. Haut

****** En hin­di मगहर. Par­fois trans­crit Maga­har. Ville située dans le dis­trict actuel de Sant Kabîr Nagar. Haut

******* «Pré­face à “Au caba­ret de l’amour : paroles de Kabîr”», p. 16. Haut

Tulsî-dâs, «Le Lac spirituel : un chef-d’œuvre de la poésie religieuse indienne»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Râm-carit-mânas»*Le Lac spi­ri­tuel de la geste de Râma»), qu’on appelle aus­si le «Tul­sî-kṛt Râmâyaṇ»**, c’est-à-dire le «Râmâyaṇa com­po­sé par Tul­sî», pour le dis­tin­guer de l’ancienne épo­pée en sans­crit, le «Râmâyaṇa», attri­buée au sage Vâl­mî­ki. Il suf­fit d’ouvrir le «Râm-carit-mânas» pour voir com­bien Tul­sî-dâs*** a emprun­té à Vâl­mî­ki, com­bien il l’a sui­vi à chaque pas et même dans toutes les inven­tions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imi­ta­tions. «C’est une com­po­si­tion qui, l’intention reli­gieuse à part, res­semble à quelque chose d’une imi­ta­tion fort libre et — j’ose le dire — tout à fait arbi­traire, où Tul­sî-dâs… a vou­lu peut-être évi­ter sou­vent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches para­sites, a cou­pé des rameaux utiles», explique Hip­po­lyte Fauche****. Cepen­dant, tout en l’imitant, Tul­sî-dâs a cru devoir faire autre­ment que Vâl­mî­ki; il a fait non pas mieux — c’eût été une tâche au-des­sus de ses forces — mais plus froid, plus empe­sé, plus dévot. Son Râma n’est plus un héros qui parle, c’est un dieu dont l’élément humain s’est éva­po­ré com­plè­te­ment : «Le mer­veilleux en est-il aug­men­té? Loin de là! Il s’en trouve affai­bli, car le mer­veilleux était dans l’union inef­fable de ces deux natures; et main­te­nant on ne sent plus dans le dieu un cœur d’homme, où vienne se réchauf­fer un sang humain…; et l’on a per­du le charme de recon­naître ici dans le dieu cet “Homo sum : huma­ni nil a me alie­num puto”», conclut Fauche*****. Le fait que le «Râm-carit-mânas» a été com­po­sé en langue vul­gaire (en hin­di) et non en langue savante (en sans­crit) explique à la fois son immense popu­la­ri­té auprès des masses hin­doues, et les cri­tiques quel­que­fois dédai­gneuses, mais quel­que­fois aus­si jus­ti­fiées, que lui ont adres­sées les let­trés du pays. Tul­sî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apo­lo­gie qu’il a mise en tête du «Râm-carit-mânas» : «Les savants poé­ti­ciens, dénués de ten­dresse pour Râma, pren­dront plai­sir à se gaus­ser de mon poème», dit-il, «car il est en langue vul­gaire, et mon esprit est faible! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit!… Les cœurs nobles me par­don­ne­ront ma témé­ri­té, et ils écou­te­ront avec bien­veillance mes pro­pos enfan­tins, comme un père et une mère écoutent avec joie les bal­bu­tie­ments de leur petit enfant!»

* En hin­di «रामचरितमानस». Par­fois trans­crit «Ram-cha­rit-manas», «Ram­cha­ri­ta­ma­na­sa», «Rāma­ca­ri­tamā­nas» ou «Rāma­ca­ri­tamā­na­sa». Haut

** En hin­di «तुलसीकृत रामायण». Haut

*** En hin­di तुलसीदास. Par­fois trans­crit Toul­si-das, Tul­cî-dâs, Tulasīdā­sa ou Tulasīdās. Haut

**** «Râmâya­na : poème sans­crit; tra­duit en fran­çais pour la pre­mière fois par Hip­po­lyte Fauche. Tome VII», p. CLIX. Haut

***** id. p. CXXIV. Haut

Tulsî-dâs, «Le Rāmāyan»

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Le Monde indien, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Râm-carit-mânas»*Le Lac spi­ri­tuel de la geste de Râma»), qu’on appelle aus­si le «Tul­sî-kṛt Râmâyaṇ»**, c’est-à-dire le «Râmâyaṇa com­po­sé par Tul­sî», pour le dis­tin­guer de l’ancienne épo­pée en sans­crit, le «Râmâyaṇa», attri­buée au sage Vâl­mî­ki. Il suf­fit d’ouvrir le «Râm-carit-mânas» pour voir com­bien Tul­sî-dâs*** a emprun­té à Vâl­mî­ki, com­bien il l’a sui­vi à chaque pas et même dans toutes les inven­tions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imi­ta­tions. «C’est une com­po­si­tion qui, l’intention reli­gieuse à part, res­semble à quelque chose d’une imi­ta­tion fort libre et — j’ose le dire — tout à fait arbi­traire, où Tul­sî-dâs… a vou­lu peut-être évi­ter sou­vent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches para­sites, a cou­pé des rameaux utiles», explique Hip­po­lyte Fauche****. Cepen­dant, tout en l’imitant, Tul­sî-dâs a cru devoir faire autre­ment que Vâl­mî­ki; il a fait non pas mieux — c’eût été une tâche au-des­sus de ses forces — mais plus froid, plus empe­sé, plus dévot. Son Râma n’est plus un héros qui parle, c’est un dieu dont l’élément humain s’est éva­po­ré com­plè­te­ment : «Le mer­veilleux en est-il aug­men­té? Loin de là! Il s’en trouve affai­bli, car le mer­veilleux était dans l’union inef­fable de ces deux natures; et main­te­nant on ne sent plus dans le dieu un cœur d’homme, où vienne se réchauf­fer un sang humain…; et l’on a per­du le charme de recon­naître ici dans le dieu cet “Homo sum : huma­ni nil a me alie­num puto”», conclut Fauche*****. Le fait que le «Râm-carit-mânas» a été com­po­sé en langue vul­gaire (en hin­di) et non en langue savante (en sans­crit) explique à la fois son immense popu­la­ri­té auprès des masses hin­doues, et les cri­tiques quel­que­fois dédai­gneuses, mais quel­que­fois aus­si jus­ti­fiées, que lui ont adres­sées les let­trés du pays. Tul­sî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apo­lo­gie qu’il a mise en tête du «Râm-carit-mânas» : «Les savants poé­ti­ciens, dénués de ten­dresse pour Râma, pren­dront plai­sir à se gaus­ser de mon poème», dit-il, «car il est en langue vul­gaire, et mon esprit est faible! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit!… Les cœurs nobles me par­don­ne­ront ma témé­ri­té, et ils écou­te­ront avec bien­veillance mes pro­pos enfan­tins, comme un père et une mère écoutent avec joie les bal­bu­tie­ments de leur petit enfant!»

* En hin­di «रामचरितमानस». Par­fois trans­crit «Ram-cha­rit-manas», «Ram­cha­ri­ta­ma­na­sa», «Rāma­ca­ri­tamā­nas» ou «Rāma­ca­ri­tamā­na­sa». Haut

** En hin­di «तुलसीकृत रामायण». Haut

*** En hin­di तुलसीदास. Par­fois trans­crit Toul­si-das, Tul­cî-dâs, Tulasīdā­sa ou Tulasīdās. Haut

**** «Râmâya­na : poème sans­crit; tra­duit en fran­çais pour la pre­mière fois par Hip­po­lyte Fauche. Tome VII», p. CLIX. Haut

***** id. p. CXXIV. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut