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Novalis, «[Œuvres philosophiques. Tome III.] Art et Utopie : les derniers “Fragments” (1799-1800)»

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École normale supérieure, coll. Æsthetica, Paris

éd. Rue d’Ulm-Presses de l’École nor­male supé­rieure, coll. Æsthe­ti­ca, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Frag­ments» («Frag­mente») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «[Œuvres philosophiques. Tome II.] Semences»

éd. Allia, Paris

éd. Allia, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Frag­ments» («Frag­mente») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «[Œuvres philosophiques. Tome I.] Le Brouillon général : matériaux pour une encyclopédistique (1798-1799)»

éd. Allia, Paris

éd. Allia, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Frag­ments» («Frag­mente») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «Henri d’Ofterdingen, “Heinrich von Ofterdingen”»

éd. Aubier, coll. bilingue, Paris

éd. Aubier, coll. bilingue, Paris

Il s’agit d’«Hen­ri d’Ofterdingen» («Hein­rich von Ofter­din­gen») de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

Novalis, «Les Disciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Journal intime»

éd. Fata Morgana, Saint-Clément

éd. Fata Mor­ga­na, Saint-Clé­ment

Il s’agit des «Dis­ciples à Saïs» («Die Lehr­linge zu Sais») et autres œuvres de Nova­lis, roman­tique alle­mand, ancêtre loin­tain du sym­bo­lisme (XVIIIe siècle). Le comte de Pla­ten écrit dans ses «Jour­naux»* : «On est pour les roman­tiques alle­mands, [mais] moi, j’aime les Anciens. On m’a lu un jour une poé­sie de Nova­lis, dont je n’ai pas com­pris une seule syl­labe». Il est vrai que l’œuvre de Nova­lis est l’une des plus énig­ma­tiques, l’une des moins com­pré­hen­sibles de la poé­sie alle­mande; elle est, d’un bout à l’autre, un code secret, un chiffre dont la clef s’appelle Sophie von Kühn, dite Sophie de Kühn. C’est au cours d’une tour­née admi­nis­tra­tive, en 1795, que Nova­lis ren­con­tra, au châ­teau de Grü­nin­gen**, cette toute jeune fille, un peu femme déjà, en qui devait s’incarner son idéal; elle n’avait pas encore treize prin­temps. Il tom­ba aus­si­tôt sous son charme et bien­tôt il se fian­ça avec elle. Entre ce jeune homme rêveur et cette «fleur bleue» («blaue Blume») qui s’ouvrait à la vie, sui­vant le mot de Nova­lis, naquit une idylle aus­si inso­lite que brève. Sophie mou­rait à peine deux ans plus tard, en 1797, après de cruelles souf­frances cau­sées par une tumeur. Sa fra­gile et angé­lique figure, sur laquelle la dou­leur et sur­tout l’ombre solen­nelle de la mort avaient répan­du une pré­coce matu­ri­té, lais­sa à Nova­lis un sou­ve­nir impé­ris­sable et funèbre. «Le soir s’est fait autour de moi», dit-il trois jours plus tard***, «pen­dant que je regar­dais se lever l’aurore de ma vie.» Si ensuite son étude favo­rite devint la phi­lo­so­phie, c’est qu’elle s’appelait au fond comme sa bien-aimée : Sophie. Si ensuite il se décla­ra fer­vem­ment chré­tien, c’est que, dans le déchaî­ne­ment des mal­heurs de Sophie, il crut recon­naître ceux de Jésus. Elle était, pour lui, l’être céleste qui était venu réa­li­ser un idéal jusque-là vague­ment pres­sen­ti et rêvé, et main­te­nant contem­plé dans sa réa­li­té :

«Des­cen­dons», dit-il****, «vers la tendre Fian­cée,
Vers notre Bien-Aimé Jésus!
Venez, l’ombre du soir s’est éployée
Douce aux amants par le deuil abat­tus…
»

* En date du 10 avril 1817. Haut

** Par­fois trans­crit Gru­ningue. Haut

*** Dans Hen­ri Lich­ten­ber­ger, «Nova­lis», p. 55. Haut

**** «Les Dis­ciples à Saïs • Hymnes à la nuit • Jour­nal intime», p. 90. Haut

comte de Platen, «Odes italiennes : poèmes»

éd. La Différence, coll. Littérature-Le Fleuve et l’Écho, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Lit­té­ra­ture-Le Fleuve et l’Écho, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Odes» («Oden») du comte August von Pla­ten, dit Auguste de Pla­ten, poète alle­mand (XIXe siècle). Il appar­te­nait à une famille noble et fut des­ti­né, selon un usage répan­du dans les pays ger­ma­niques, à l’état mili­taire. Mais une iro­nie du des­tin sem­bla prendre plai­sir à lui enle­ver toute occa­sion de briller sur un champ de bataille. Car le jour où il devint offi­cier dans l’armée, le 31 mars 1814, fut le jour même où les Alliés met­taient fin à leur pre­mière cam­pagne de France. Et quand, lors de la deuxième, la divi­sion bava­roise dont il fai­sait par­tie pas­sa le Rhin à Mann­heim, le 13 juin 1815, elle se trou­va bien trop loin de Water­loo pour prendre part au moindre com­bat. Aus­si, notre sol­dat ren­tra en Alle­magne en n’ayant accom­pli, selon ses mots, qu’une «action paci­fique»* en cette guerre. L’amour d’une Fran­çaise émi­grée à Munich, la jolie mar­quise Euphra­sie de Bois­sé­son, sem­bla désor­mais poindre en son cœur. Voi­ci à quelle occa­sion il avait fait sa ren­contre : «À la suite de la vic­toire rem­por­tée sur la France, il y eut ce matin un “Te Deum” à la cha­pelle royale où j’étais de ser­vice. La joie me fut don­née d’y ren­con­trer la jeune mar­quise de B. qui est cer­tai­ne­ment la plus jolie jeune fille à la Cour»**. Mais cet amour fémi­nin, le seul, paraît-il, de sa vie, fut vite dis­si­pé. Confi­né dans une fier­té altière, un farouche iso­le­ment, il mon­tra de plus en plus de mépris pour les temps où il vivait et les goûts domi­nants de sa nation, qui n’offraient à ses yeux que pla­ti­tude et bas­sesse. Voué au seul ser­vice de la beau­té antique, «immuable et tou­jours essen­tielle» («unwan­del­bar und stets bedeut­sam»), il par­tit pour le sol sacré de l’Italie, qu’il appe­la sa véri­table patrie, et dont il s’institua le grand prêtre. Ses poèmes en mètres «anti­qui­sants» alle­mands, où il chan­ta tan­tôt les décep­tions humaines, tan­tôt les ruines majes­tueuses de Rome, tan­tôt Venise et le «sou­pir éter­nel» qui sort des «palais où trô­naient jadis la joie et l’allégresse»***, sont les fleurs les plus pré­cieuses de sa cou­ronne lyrique. La déca­dence pré­sente, la gloire déchue des cités ita­liennes, ne jetant plus que l’ombre de leurs anciens jours, se voit déplo­rée par lui avec une sobrié­té et une véri­té de colo­ris qui font par­ta­ger au lec­teur l’émotion de l’écrivain. «Aucun poète», dit le comte Adolphe de Cir­court, «n’a sen­ti plus pro­fon­dé­ment que Pla­ten, n’a expri­mé avec plus de véri­té, cette émo­tion géné­reuse que l’aspect d’une grande ruine, la dis­so­lu­tion d’une antique puis­sance fait éprou­ver aux âmes capables de sym­pa­thie pour ce que la Terre voit pas­ser d’élevé.» «Je n’ai pu moins faire que de recon­naître la richesse de son talent», nuance Gœthe****, «mais il lui manque l’amour. Jamais il n’exercera toute l’action qu’il aurait dû.»

* «Jour­naux», p. 172. Haut

** id. p. 72. Haut

*** «Son­nets d’amour et Son­nets véni­tiens», p. 147. Haut

**** «Conver­sa­tions avec Gœthe dans les der­nières années de sa vie; trad. par Jean Chu­ze­ville. Tome I», p. 170. Haut

comte de Platen, «Églogues et Idylles • L’Élégie “Au théâtre de Taormina”»

éd. La Différence, coll. Le Fleuve et l’Écho, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Le Fleuve et l’Écho, Paris

Il s’agit des «Églogues et Idylles» («Eklo­gen und Idyl­len») et «L’Élégie “Au théâtre de Taor­mi­na”» («Die Ele­gie “Im Thea­ter von Taor­mi­na”») du comte August von Pla­ten, dit Auguste de Pla­ten, poète alle­mand (XIXe siècle). Il appar­te­nait à une famille noble et fut des­ti­né, selon un usage répan­du dans les pays ger­ma­niques, à l’état mili­taire. Mais une iro­nie du des­tin sem­bla prendre plai­sir à lui enle­ver toute occa­sion de briller sur un champ de bataille. Car le jour où il devint offi­cier dans l’armée, le 31 mars 1814, fut le jour même où les Alliés met­taient fin à leur pre­mière cam­pagne de France. Et quand, lors de la deuxième, la divi­sion bava­roise dont il fai­sait par­tie pas­sa le Rhin à Mann­heim, le 13 juin 1815, elle se trou­va bien trop loin de Water­loo pour prendre part au moindre com­bat. Aus­si, notre sol­dat ren­tra en Alle­magne en n’ayant accom­pli, selon ses mots, qu’une «action paci­fique»* en cette guerre. L’amour d’une Fran­çaise émi­grée à Munich, la jolie mar­quise Euphra­sie de Bois­sé­son, sem­bla désor­mais poindre en son cœur. Voi­ci à quelle occa­sion il avait fait sa ren­contre : «À la suite de la vic­toire rem­por­tée sur la France, il y eut ce matin un “Te Deum” à la cha­pelle royale où j’étais de ser­vice. La joie me fut don­née d’y ren­con­trer la jeune mar­quise de B. qui est cer­tai­ne­ment la plus jolie jeune fille à la Cour»**. Mais cet amour fémi­nin, le seul, paraît-il, de sa vie, fut vite dis­si­pé. Confi­né dans une fier­té altière, un farouche iso­le­ment, il mon­tra de plus en plus de mépris pour les temps où il vivait et les goûts domi­nants de sa nation, qui n’offraient à ses yeux que pla­ti­tude et bas­sesse. Voué au seul ser­vice de la beau­té antique, «immuable et tou­jours essen­tielle» («unwan­del­bar und stets bedeut­sam»), il par­tit pour le sol sacré de l’Italie, qu’il appe­la sa véri­table patrie, et dont il s’institua le grand prêtre. Ses poèmes en mètres «anti­qui­sants» alle­mands, où il chan­ta tan­tôt les décep­tions humaines, tan­tôt les ruines majes­tueuses de Rome, tan­tôt Venise et le «sou­pir éter­nel» qui sort des «palais où trô­naient jadis la joie et l’allégresse»***, sont les fleurs les plus pré­cieuses de sa cou­ronne lyrique. La déca­dence pré­sente, la gloire déchue des cités ita­liennes, ne jetant plus que l’ombre de leurs anciens jours, se voit déplo­rée par lui avec une sobrié­té et une véri­té de colo­ris qui font par­ta­ger au lec­teur l’émotion de l’écrivain. «Aucun poète», dit le comte Adolphe de Cir­court, «n’a sen­ti plus pro­fon­dé­ment que Pla­ten, n’a expri­mé avec plus de véri­té, cette émo­tion géné­reuse que l’aspect d’une grande ruine, la dis­so­lu­tion d’une antique puis­sance fait éprou­ver aux âmes capables de sym­pa­thie pour ce que la Terre voit pas­ser d’élevé.» «Je n’ai pu moins faire que de recon­naître la richesse de son talent», nuance Gœthe****, «mais il lui manque l’amour. Jamais il n’exercera toute l’action qu’il aurait dû.»

* «Jour­naux», p. 172. Haut

** id. p. 72. Haut

*** «Son­nets d’amour et Son­nets véni­tiens», p. 147. Haut

**** «Conver­sa­tions avec Gœthe dans les der­nières années de sa vie; trad. par Jean Chu­ze­ville. Tome I», p. 170. Haut

comte de Platen, «Le Livre des épigrammes»

éd. La Différence, coll. Le Fleuve et l’Écho, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Le Fleuve et l’Écho, Paris

Il s’agit des «Épi­grammes» («Epi­gramme») du comte August von Pla­ten, dit Auguste de Pla­ten, poète alle­mand (XIXe siècle). Il appar­te­nait à une famille noble et fut des­ti­né, selon un usage répan­du dans les pays ger­ma­niques, à l’état mili­taire. Mais une iro­nie du des­tin sem­bla prendre plai­sir à lui enle­ver toute occa­sion de briller sur un champ de bataille. Car le jour où il devint offi­cier dans l’armée, le 31 mars 1814, fut le jour même où les Alliés met­taient fin à leur pre­mière cam­pagne de France. Et quand, lors de la deuxième, la divi­sion bava­roise dont il fai­sait par­tie pas­sa le Rhin à Mann­heim, le 13 juin 1815, elle se trou­va bien trop loin de Water­loo pour prendre part au moindre com­bat. Aus­si, notre sol­dat ren­tra en Alle­magne en n’ayant accom­pli, selon ses mots, qu’une «action paci­fique»* en cette guerre. L’amour d’une Fran­çaise émi­grée à Munich, la jolie mar­quise Euphra­sie de Bois­sé­son, sem­bla désor­mais poindre en son cœur. Voi­ci à quelle occa­sion il avait fait sa ren­contre : «À la suite de la vic­toire rem­por­tée sur la France, il y eut ce matin un “Te Deum” à la cha­pelle royale où j’étais de ser­vice. La joie me fut don­née d’y ren­con­trer la jeune mar­quise de B. qui est cer­tai­ne­ment la plus jolie jeune fille à la Cour»**. Mais cet amour fémi­nin, le seul, paraît-il, de sa vie, fut vite dis­si­pé. Confi­né dans une fier­té altière, un farouche iso­le­ment, il mon­tra de plus en plus de mépris pour les temps où il vivait et les goûts domi­nants de sa nation, qui n’offraient à ses yeux que pla­ti­tude et bas­sesse. Voué au seul ser­vice de la beau­té antique, «immuable et tou­jours essen­tielle» («unwan­del­bar und stets bedeut­sam»), il par­tit pour le sol sacré de l’Italie, qu’il appe­la sa véri­table patrie, et dont il s’institua le grand prêtre. Ses poèmes en mètres «anti­qui­sants» alle­mands, où il chan­ta tan­tôt les décep­tions humaines, tan­tôt les ruines majes­tueuses de Rome, tan­tôt Venise et le «sou­pir éter­nel» qui sort des «palais où trô­naient jadis la joie et l’allégresse»***, sont les fleurs les plus pré­cieuses de sa cou­ronne lyrique. La déca­dence pré­sente, la gloire déchue des cités ita­liennes, ne jetant plus que l’ombre de leurs anciens jours, se voit déplo­rée par lui avec une sobrié­té et une véri­té de colo­ris qui font par­ta­ger au lec­teur l’émotion de l’écrivain. «Aucun poète», dit le comte Adolphe de Cir­court, «n’a sen­ti plus pro­fon­dé­ment que Pla­ten, n’a expri­mé avec plus de véri­té, cette émo­tion géné­reuse que l’aspect d’une grande ruine, la dis­so­lu­tion d’une antique puis­sance fait éprou­ver aux âmes capables de sym­pa­thie pour ce que la Terre voit pas­ser d’élevé.» «Je n’ai pu moins faire que de recon­naître la richesse de son talent», nuance Gœthe****, «mais il lui manque l’amour. Jamais il n’exercera toute l’action qu’il aurait dû.»

* «Jour­naux», p. 172. Haut

** id. p. 72. Haut

*** «Son­nets d’amour et Son­nets véni­tiens», p. 147. Haut

**** «Conver­sa­tions avec Gœthe dans les der­nières années de sa vie; trad. par Jean Chu­ze­ville. Tome I», p. 170. Haut

comte de Platen, «Journaux, [ou] Mémorandum de ma vie (1813-1835)»

éd. La Différence, coll. Littérature, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Lit­té­ra­ture, Paris

Il s’agit des «Jour­naux» («Die Tagebü­cher»), ou «Mémo­ran­dum de ma vie» («Memo­ran­dum meines Lebens») du comte August von Pla­ten, dit Auguste de Pla­ten, poète alle­mand (XIXe siècle). Il appar­te­nait à une famille noble et fut des­ti­né, selon un usage répan­du dans les pays ger­ma­niques, à l’état mili­taire. Mais une iro­nie du des­tin sem­bla prendre plai­sir à lui enle­ver toute occa­sion de briller sur un champ de bataille. Car le jour où il devint offi­cier dans l’armée, le 31 mars 1814, fut le jour même où les Alliés met­taient fin à leur pre­mière cam­pagne de France. Et quand, lors de la deuxième, la divi­sion bava­roise dont il fai­sait par­tie pas­sa le Rhin à Mann­heim, le 13 juin 1815, elle se trou­va bien trop loin de Water­loo pour prendre part au moindre com­bat. Aus­si, notre sol­dat ren­tra en Alle­magne en n’ayant accom­pli, selon ses mots, qu’une «action paci­fique»* en cette guerre. L’amour d’une Fran­çaise émi­grée à Munich, la jolie mar­quise Euphra­sie de Bois­sé­son, sem­bla désor­mais poindre en son cœur. Voi­ci à quelle occa­sion il avait fait sa ren­contre : «À la suite de la vic­toire rem­por­tée sur la France, il y eut ce matin un “Te Deum” à la cha­pelle royale où j’étais de ser­vice. La joie me fut don­née d’y ren­con­trer la jeune mar­quise de B. qui est cer­tai­ne­ment la plus jolie jeune fille à la Cour»**. Mais cet amour fémi­nin, le seul, paraît-il, de sa vie, fut vite dis­si­pé. Confi­né dans une fier­té altière, un farouche iso­le­ment, il mon­tra de plus en plus de mépris pour les temps où il vivait et les goûts domi­nants de sa nation, qui n’offraient à ses yeux que pla­ti­tude et bas­sesse. Voué au seul ser­vice de la beau­té antique, «immuable et tou­jours essen­tielle» («unwan­del­bar und stets bedeut­sam»), il par­tit pour le sol sacré de l’Italie, qu’il appe­la sa véri­table patrie, et dont il s’institua le grand prêtre. Ses poèmes en mètres «anti­qui­sants» alle­mands, où il chan­ta tan­tôt les décep­tions humaines, tan­tôt les ruines majes­tueuses de Rome, tan­tôt Venise et le «sou­pir éter­nel» qui sort des «palais où trô­naient jadis la joie et l’allégresse»***, sont les fleurs les plus pré­cieuses de sa cou­ronne lyrique. La déca­dence pré­sente, la gloire déchue des cités ita­liennes, ne jetant plus que l’ombre de leurs anciens jours, se voit déplo­rée par lui avec une sobrié­té et une véri­té de colo­ris qui font par­ta­ger au lec­teur l’émotion de l’écrivain. «Aucun poète», dit le comte Adolphe de Cir­court, «n’a sen­ti plus pro­fon­dé­ment que Pla­ten, n’a expri­mé avec plus de véri­té, cette émo­tion géné­reuse que l’aspect d’une grande ruine, la dis­so­lu­tion d’une antique puis­sance fait éprou­ver aux âmes capables de sym­pa­thie pour ce que la Terre voit pas­ser d’élevé.» «Je n’ai pu moins faire que de recon­naître la richesse de son talent», nuance Gœthe****, «mais il lui manque l’amour. Jamais il n’exercera toute l’action qu’il aurait dû.»

* «Jour­naux», p. 172. Haut

** id. p. 72. Haut

*** «Son­nets d’amour et Son­nets véni­tiens», p. 147. Haut

**** «Conver­sa­tions avec Gœthe dans les der­nières années de sa vie; trad. par Jean Chu­ze­ville. Tome I», p. 170. Haut

comte de Platen, «Sonnets d’amour et Sonnets vénitiens»

éd. La Différence, coll. Orphée, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Orphée, Paris

Il s’agit des «Son­nets véni­tiens» («Sonette aus Vene­dig») et des «Son­nets d’amour» («Lie­bes­so­nette») du comte August von Pla­ten, dit Auguste de Pla­ten, poète alle­mand (XIXe siècle). Il appar­te­nait à une famille noble et fut des­ti­né, selon un usage répan­du dans les pays ger­ma­niques, à l’état mili­taire. Mais une iro­nie du des­tin sem­bla prendre plai­sir à lui enle­ver toute occa­sion de briller sur un champ de bataille. Car le jour où il devint offi­cier dans l’armée, le 31 mars 1814, fut le jour même où les Alliés met­taient fin à leur pre­mière cam­pagne de France. Et quand, lors de la deuxième, la divi­sion bava­roise dont il fai­sait par­tie pas­sa le Rhin à Mann­heim, le 13 juin 1815, elle se trou­va bien trop loin de Water­loo pour prendre part au moindre com­bat. Aus­si, notre sol­dat ren­tra en Alle­magne en n’ayant accom­pli, selon ses mots, qu’une «action paci­fique»* en cette guerre. L’amour d’une Fran­çaise émi­grée à Munich, la jolie mar­quise Euphra­sie de Bois­sé­son, sem­bla désor­mais poindre en son cœur. Voi­ci à quelle occa­sion il avait fait sa ren­contre : «À la suite de la vic­toire rem­por­tée sur la France, il y eut ce matin un “Te Deum” à la cha­pelle royale où j’étais de ser­vice. La joie me fut don­née d’y ren­con­trer la jeune mar­quise de B. qui est cer­tai­ne­ment la plus jolie jeune fille à la Cour»**. Mais cet amour fémi­nin, le seul, paraît-il, de sa vie, fut vite dis­si­pé. Confi­né dans une fier­té altière, un farouche iso­le­ment, il mon­tra de plus en plus de mépris pour les temps où il vivait et les goûts domi­nants de sa nation, qui n’offraient à ses yeux que pla­ti­tude et bas­sesse. Voué au seul ser­vice de la beau­té antique, «immuable et tou­jours essen­tielle» («unwan­del­bar und stets bedeut­sam»), il par­tit pour le sol sacré de l’Italie, qu’il appe­la sa véri­table patrie, et dont il s’institua le grand prêtre. Ses poèmes en mètres «anti­qui­sants» alle­mands, où il chan­ta tan­tôt les décep­tions humaines, tan­tôt les ruines majes­tueuses de Rome, tan­tôt Venise et le «sou­pir éter­nel» qui sort des «palais où trô­naient jadis la joie et l’allégresse»***, sont les fleurs les plus pré­cieuses de sa cou­ronne lyrique. La déca­dence pré­sente, la gloire déchue des cités ita­liennes, ne jetant plus que l’ombre de leurs anciens jours, se voit déplo­rée par lui avec une sobrié­té et une véri­té de colo­ris qui font par­ta­ger au lec­teur l’émotion de l’écrivain. «Aucun poète», dit le comte Adolphe de Cir­court, «n’a sen­ti plus pro­fon­dé­ment que Pla­ten, n’a expri­mé avec plus de véri­té, cette émo­tion géné­reuse que l’aspect d’une grande ruine, la dis­so­lu­tion d’une antique puis­sance fait éprou­ver aux âmes capables de sym­pa­thie pour ce que la Terre voit pas­ser d’élevé.» «Je n’ai pu moins faire que de recon­naître la richesse de son talent», nuance Gœthe****, «mais il lui manque l’amour. Jamais il n’exercera toute l’action qu’il aurait dû.»

* «Jour­naux», p. 172. Haut

** id. p. 72. Haut

*** «Son­nets d’amour et Son­nets véni­tiens», p. 147. Haut

**** «Conver­sa­tions avec Gœthe dans les der­nières années de sa vie; trad. par Jean Chu­ze­ville. Tome I», p. 170. Haut

Schiller et Gœthe, «Correspondance (1794-1805). Tome II»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance entre Schil­ler et Gœthe» («Brief­wech­sel zwi­schen Schil­ler und Goethe»). Il est dif­fi­cile d’apprécier la ren­contre, le choc sym­pa­thique, l’alliance sereine et féconde de deux génies tels que l’auteur de «Faust» et l’auteur de «Wal­len­stein», à moins de connaître exac­te­ment leur anti­pa­thie de départ. Écou­tons-les se juger l’un l’autre, au moment où, arri­vés tous deux à l’apogée de leur renom­mée par des che­mins concur­rents et paral­lèles, ils tenaient l’admiration de l’Allemagne en sus­pens : «Je détes­tais Schil­ler, parce que son talent vigou­reux, mais sans matu­ri­té, avait déchaî­né à tra­vers l’Allemagne, comme un tor­rent impé­tueux, tous les para­doxes moraux et dra­ma­tiques dont je m’étais effor­cé de puri­fier mon intel­li­gence», disait Gœthe. «Je serais mal­heu­reux si je me ren­con­trais sou­vent avec Gœthe. Il n’a pas un seul moment d’expansion, même avec ses amis les plus intimes. Il annonce son exis­tence par les bien­faits, mais à la manière des dieux, sans se don­ner lui-même», disait Schil­ler. Étant très grands l’un et l’autre, ils étaient en même temps très dif­fé­rents et très oppo­sés. «Jamais deux hommes ne sont par­tis de si loin pour se ren­con­trer», dit un cri­tique*. Gœthe était un réa­liste, tour­né vers la nature exté­rieure en spec­ta­teur immo­bile et pai­sible; Schil­ler, au contraire, était un idéa­liste, ne voyant le monde qu’à tra­vers les brumes de ses rêves, et le voyant plus vibrant et plus entraî­nant qu’il n’apparaissait à la plu­part des gens. Bien­tôt pour­tant, ces deux âmes allaient unir leurs sen­ti­ments et leurs pen­sées; ces deux esprits allaient se com­plé­ter, s’enrichir mutuel­le­ment, prendre un même essor vers de nou­velles régions de la lit­té­ra­ture, et s’insuffler une seconde jeu­nesse; tout cela à un âge où ils étaient plei­ne­ment for­més l’un et l’autre. «On peut com­prendre par là toute la valeur de [leurs] lettres : elles ne contiennent pas seule­ment des confi­dences pleines de charme et d’intérêt; elles forment un véri­table cours de lit­té­ra­ture, où les ques­tions les plus impor­tantes de l’art et de la poé­sie sont trai­tées avec la lar­geur de vue et le sen­ti­ment pro­fond qui n’appartiennent qu’au génie. Ce sont deux poètes qui nous livrent, en quelque sorte, le secret de leur art; qui nous ini­tient à leurs plus intimes pré­oc­cu­pa­tions, et nous font entrer ain­si dans ce qu’a de plus pro­fond leur esprit par­ti­cu­lier, d’abord, et ensuite l’esprit de leur race», dit un tra­duc­teur

* Adolphe Bos­sert. Haut

Schiller et Gœthe, «Correspondance (1794-1805). Tome I»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance entre Schil­ler et Gœthe» («Brief­wech­sel zwi­schen Schil­ler und Goethe»). Il est dif­fi­cile d’apprécier la ren­contre, le choc sym­pa­thique, l’alliance sereine et féconde de deux génies tels que l’auteur de «Faust» et l’auteur de «Wal­len­stein», à moins de connaître exac­te­ment leur anti­pa­thie de départ. Écou­tons-les se juger l’un l’autre, au moment où, arri­vés tous deux à l’apogée de leur renom­mée par des che­mins concur­rents et paral­lèles, ils tenaient l’admiration de l’Allemagne en sus­pens : «Je détes­tais Schil­ler, parce que son talent vigou­reux, mais sans matu­ri­té, avait déchaî­né à tra­vers l’Allemagne, comme un tor­rent impé­tueux, tous les para­doxes moraux et dra­ma­tiques dont je m’étais effor­cé de puri­fier mon intel­li­gence», disait Gœthe. «Je serais mal­heu­reux si je me ren­con­trais sou­vent avec Gœthe. Il n’a pas un seul moment d’expansion, même avec ses amis les plus intimes. Il annonce son exis­tence par les bien­faits, mais à la manière des dieux, sans se don­ner lui-même», disait Schil­ler. Étant très grands l’un et l’autre, ils étaient en même temps très dif­fé­rents et très oppo­sés. «Jamais deux hommes ne sont par­tis de si loin pour se ren­con­trer», dit un cri­tique*. Gœthe était un réa­liste, tour­né vers la nature exté­rieure en spec­ta­teur immo­bile et pai­sible; Schil­ler, au contraire, était un idéa­liste, ne voyant le monde qu’à tra­vers les brumes de ses rêves, et le voyant plus vibrant et plus entraî­nant qu’il n’apparaissait à la plu­part des gens. Bien­tôt pour­tant, ces deux âmes allaient unir leurs sen­ti­ments et leurs pen­sées; ces deux esprits allaient se com­plé­ter, s’enrichir mutuel­le­ment, prendre un même essor vers de nou­velles régions de la lit­té­ra­ture, et s’insuffler une seconde jeu­nesse; tout cela à un âge où ils étaient plei­ne­ment for­més l’un et l’autre. «On peut com­prendre par là toute la valeur de [leurs] lettres : elles ne contiennent pas seule­ment des confi­dences pleines de charme et d’intérêt; elles forment un véri­table cours de lit­té­ra­ture, où les ques­tions les plus impor­tantes de l’art et de la poé­sie sont trai­tées avec la lar­geur de vue et le sen­ti­ment pro­fond qui n’appartiennent qu’au génie. Ce sont deux poètes qui nous livrent, en quelque sorte, le secret de leur art; qui nous ini­tient à leurs plus intimes pré­oc­cu­pa­tions, et nous font entrer ain­si dans ce qu’a de plus pro­fond leur esprit par­ti­cu­lier, d’abord, et ensuite l’esprit de leur race», dit un tra­duc­teur

* Adolphe Bos­sert. Haut