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Mot-clefbouddhisme de la Terre pure

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Chômei, «Histoires de conversion»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cer­gy

Il s’agit de Kamo no Chô­mei*, essayiste et moine japo­nais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa ving­tième année, étant deve­nu orphe­lin, il per­dit en même temps l’espoir d’hériter de l’office pater­nel — celui de gar­dien du fameux temple de Kamo, à Kyô­to. Il se voua, dès lors, à la poé­sie et à la musique. Vers sa trente-cin­quième année, fort du suc­cès que rem­por­ta auprès de l’Empereur son recueil poé­tique, le «Recueil de Chô­mei» («Chô­mei-shû»**), il reprit l’espoir de se pro­cu­rer la fonc­tion de son père; mais il man­quait de sou­tiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent défi­ni­ti­ve­ment de la suc­ces­sion et du palais. Cette décep­tion per­son­nelle, ain­si que les désastres et les cala­mi­tés qui vinrent frap­per le Japon au même moment (grand incen­die de Kyô­to en 1177, épou­van­tables famines sui­vies d’épidémies en 1181-1182, trem­ble­ment de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chô­mei de res­sen­tir l’instabilité des choses humaines, les­quelles lui fai­saient pen­ser «à la rosée sur le lise­ron du matin… : la rosée a beau demeu­rer, elle ne dure jamais jusqu’au soir»***. «Au fond, toutes les entre­prises humaines sont stu­pides et vaines», se dit-il****; et au milieu de ces hor­reurs, s’étant rasé la tête, il se reti­ra dans une petite cabane de dix pieds car­rés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shô­gun Sane­to­mo, son frère en poé­sie et en mal­heur, il alla pas­ser un peu de temps à Kama­ku­ra, il revint bien vite à la soli­tude de son ermi­tage. C’est là qu’il com­po­sa ses trois grands essais : 1o «Notes sans titre» («Mumyô-shô»******), livre de cri­tique poé­tique; 2o «His­toires de conver­sion» («Hos­shin­shû»*******), ouvrage d’édification boud­dhique, plein d’anecdotes sur les per­sonnes entrées en reli­gion et ayant renon­cé au siècle; et sur­tout 3o «Notes de ma cabane de moine» («Hôjô-ki»********), jour­nal intime médi­tant sur la vani­té du monde («mujô»*********) et le carac­tère éphé­mère de tout ce qui existe. Cette der­nière œuvre, mal­gré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre «zui­hit­su»**********essais au fil du pin­ceau») : «Après les “Notes de l’oreiller” et en atten­dant le “Cahier des heures oisives”, il consti­tue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait lais­sés la lit­té­ra­ture japo­naise», explique Michel Revon. «Chô­mei ne se contente pas de noter, à la for­tune du pin­ceau, des obser­va­tions ou des pen­sées dis­pa­rates, il veut phi­lo­so­pher, écrire d’une manière sui­vie… Et son char­mant écrit, si dénué de toute pré­ten­tion, n’en devient pas moins un expo­sé magis­tral de la sagesse pes­si­miste.»

* En japo­nais 鴨長明. Autre­fois trans­crit Tchô­mei ou Chou­mei. Chô­mei est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 長明, qui se lisent Nagaa­ki­ra à la japo­naise. On disait, paraît-il, Nagaa­ki­ra à l’époque de l’auteur; mais l’usage en a déci­dé autre­ment. Haut

** En japo­nais «長明集», inédit en fran­çais. Haut

*** «Notes de ma cabane de moine», p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japo­nais 日野山. Haut

****** En japo­nais «無名抄». Autre­fois trans­crit «Mou­miô­çô». Haut

******* En japo­nais «発心集». Haut

******** En japo­nais «方丈記». Autre­fois trans­crit «Hôd­jô­ki», «Hôziô­ki» ou «Hou­jou­ki». Haut

********* En japo­nais 無常. Haut

********** En japo­nais 随筆. Autre­fois trans­crit «zouï-hit­sou». Haut

Chômei, «Notes sans titre, “Mumyôshô” : propos sur les poètes et la poésie»

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chô­mei*, essayiste et moine japo­nais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa ving­tième année, étant deve­nu orphe­lin, il per­dit en même temps l’espoir d’hériter de l’office pater­nel — celui de gar­dien du fameux temple de Kamo, à Kyô­to. Il se voua, dès lors, à la poé­sie et à la musique. Vers sa trente-cin­quième année, fort du suc­cès que rem­por­ta auprès de l’Empereur son recueil poé­tique, le «Recueil de Chô­mei» («Chô­mei-shû»**), il reprit l’espoir de se pro­cu­rer la fonc­tion de son père; mais il man­quait de sou­tiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent défi­ni­ti­ve­ment de la suc­ces­sion et du palais. Cette décep­tion per­son­nelle, ain­si que les désastres et les cala­mi­tés qui vinrent frap­per le Japon au même moment (grand incen­die de Kyô­to en 1177, épou­van­tables famines sui­vies d’épidémies en 1181-1182, trem­ble­ment de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chô­mei de res­sen­tir l’instabilité des choses humaines, les­quelles lui fai­saient pen­ser «à la rosée sur le lise­ron du matin… : la rosée a beau demeu­rer, elle ne dure jamais jusqu’au soir»***. «Au fond, toutes les entre­prises humaines sont stu­pides et vaines», se dit-il****; et au milieu de ces hor­reurs, s’étant rasé la tête, il se reti­ra dans une petite cabane de dix pieds car­rés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shô­gun Sane­to­mo, son frère en poé­sie et en mal­heur, il alla pas­ser un peu de temps à Kama­ku­ra, il revint bien vite à la soli­tude de son ermi­tage. C’est là qu’il com­po­sa ses trois grands essais : 1o «Notes sans titre» («Mumyô-shô»******), livre de cri­tique poé­tique; 2o «His­toires de conver­sion» («Hos­shin­shû»*******), ouvrage d’édification boud­dhique, plein d’anecdotes sur les per­sonnes entrées en reli­gion et ayant renon­cé au siècle; et sur­tout 3o «Notes de ma cabane de moine» («Hôjô-ki»********), jour­nal intime médi­tant sur la vani­té du monde («mujô»*********) et le carac­tère éphé­mère de tout ce qui existe. Cette der­nière œuvre, mal­gré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre «zui­hit­su»**********essais au fil du pin­ceau») : «Après les “Notes de l’oreiller” et en atten­dant le “Cahier des heures oisives”, il consti­tue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait lais­sés la lit­té­ra­ture japo­naise», explique Michel Revon. «Chô­mei ne se contente pas de noter, à la for­tune du pin­ceau, des obser­va­tions ou des pen­sées dis­pa­rates, il veut phi­lo­so­pher, écrire d’une manière sui­vie… Et son char­mant écrit, si dénué de toute pré­ten­tion, n’en devient pas moins un expo­sé magis­tral de la sagesse pes­si­miste.»

* En japo­nais 鴨長明. Autre­fois trans­crit Tchô­mei ou Chou­mei. Chô­mei est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 長明, qui se lisent Nagaa­ki­ra à la japo­naise. On disait, paraît-il, Nagaa­ki­ra à l’époque de l’auteur; mais l’usage en a déci­dé autre­ment. Haut

** En japo­nais «長明集», inédit en fran­çais. Haut

*** «Notes de ma cabane de moine», p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japo­nais 日野山. Haut

****** En japo­nais «無名抄». Autre­fois trans­crit «Mou­miô­çô». Haut

******* En japo­nais «発心集». Haut

******** En japo­nais «方丈記». Autre­fois trans­crit «Hôd­jô­ki», «Hôziô­ki» ou «Hou­jou­ki». Haut

********* En japo­nais 無常. Haut

********** En japo­nais 随筆. Autre­fois trans­crit «zouï-hit­sou». Haut

Chômei, «Notes de ma cabane de moine»

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chô­mei*, essayiste et moine japo­nais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa ving­tième année, étant deve­nu orphe­lin, il per­dit en même temps l’espoir d’hériter de l’office pater­nel — celui de gar­dien du fameux temple de Kamo, à Kyô­to. Il se voua, dès lors, à la poé­sie et à la musique. Vers sa trente-cin­quième année, fort du suc­cès que rem­por­ta auprès de l’Empereur son recueil poé­tique, le «Recueil de Chô­mei» («Chô­mei-shû»**), il reprit l’espoir de se pro­cu­rer la fonc­tion de son père; mais il man­quait de sou­tiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent défi­ni­ti­ve­ment de la suc­ces­sion et du palais. Cette décep­tion per­son­nelle, ain­si que les désastres et les cala­mi­tés qui vinrent frap­per le Japon au même moment (grand incen­die de Kyô­to en 1177, épou­van­tables famines sui­vies d’épidémies en 1181-1182, trem­ble­ment de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chô­mei de res­sen­tir l’instabilité des choses humaines, les­quelles lui fai­saient pen­ser «à la rosée sur le lise­ron du matin… : la rosée a beau demeu­rer, elle ne dure jamais jusqu’au soir»***. «Au fond, toutes les entre­prises humaines sont stu­pides et vaines», se dit-il****; et au milieu de ces hor­reurs, s’étant rasé la tête, il se reti­ra dans une petite cabane de dix pieds car­rés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shô­gun Sane­to­mo, son frère en poé­sie et en mal­heur, il alla pas­ser un peu de temps à Kama­ku­ra, il revint bien vite à la soli­tude de son ermi­tage. C’est là qu’il com­po­sa ses trois grands essais : 1o «Notes sans titre» («Mumyô-shô»******), livre de cri­tique poé­tique; 2o «His­toires de conver­sion» («Hos­shin­shû»*******), ouvrage d’édification boud­dhique, plein d’anecdotes sur les per­sonnes entrées en reli­gion et ayant renon­cé au siècle; et sur­tout 3o «Notes de ma cabane de moine» («Hôjô-ki»********), jour­nal intime médi­tant sur la vani­té du monde («mujô»*********) et le carac­tère éphé­mère de tout ce qui existe. Cette der­nière œuvre, mal­gré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre «zui­hit­su»**********essais au fil du pin­ceau») : «Après les “Notes de l’oreiller” et en atten­dant le “Cahier des heures oisives”, il consti­tue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait lais­sés la lit­té­ra­ture japo­naise», explique Michel Revon. «Chô­mei ne se contente pas de noter, à la for­tune du pin­ceau, des obser­va­tions ou des pen­sées dis­pa­rates, il veut phi­lo­so­pher, écrire d’une manière sui­vie… Et son char­mant écrit, si dénué de toute pré­ten­tion, n’en devient pas moins un expo­sé magis­tral de la sagesse pes­si­miste.»

* En japo­nais 鴨長明. Autre­fois trans­crit Tchô­mei ou Chou­mei. Chô­mei est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 長明, qui se lisent Nagaa­ki­ra à la japo­naise. On disait, paraît-il, Nagaa­ki­ra à l’époque de l’auteur; mais l’usage en a déci­dé autre­ment. Haut

** En japo­nais «長明集», inédit en fran­çais. Haut

*** «Notes de ma cabane de moine», p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japo­nais 日野山. Haut

****** En japo­nais «無名抄». Autre­fois trans­crit «Mou­miô­çô». Haut

******* En japo­nais «発心集». Haut

******** En japo­nais «方丈記». Autre­fois trans­crit «Hôd­jô­ki», «Hôziô­ki» ou «Hou­jou­ki». Haut

********* En japo­nais 無常. Haut

********** En japo­nais 随筆. Autre­fois trans­crit «zouï-hit­sou». Haut

Michinaga, «Notes journalières. Tome III»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit du «Midô kan­pa­ku­ki»*Notes jour­na­lières», ou lit­té­ra­le­ment «Notes du grand chan­ce­lier de la cha­pelle») de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga**, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»***. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»****Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»*****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais «御堂関白記». Par­fois trans­crit «Midô kam­pa­ku­ki». Haut

** En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

*** Michi­na­ga, «Poèmes», p. 114. Haut

**** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

***** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Michinaga, «Notes journalières. Tome II»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit du «Midô kan­pa­ku­ki»*Notes jour­na­lières», ou lit­té­ra­le­ment «Notes du grand chan­ce­lier de la cha­pelle») de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga**, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»***. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»****Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»*****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais «御堂関白記». Par­fois trans­crit «Midô kam­pa­ku­ki». Haut

** En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

*** Michi­na­ga, «Poèmes», p. 114. Haut

**** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

***** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Michinaga, «Notes journalières. Tome I»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit du «Midô kan­pa­ku­ki»*Notes jour­na­lières», ou lit­té­ra­le­ment «Notes du grand chan­ce­lier de la cha­pelle») de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga**, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»***. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»****Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»*****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais «御堂関白記». Par­fois trans­crit «Midô kam­pa­ku­ki». Haut

** En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

*** Michi­na­ga, «Poèmes», p. 114. Haut

**** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

***** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Michinaga, «Poèmes»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit des poèmes de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga*, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»**. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»***Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

** p. 114. Haut

*** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

**** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Kenkô, «Les Heures oisives, “Tsurezure-gusa”»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit du chef-d’œuvre de la lit­té­ra­ture d’ermitage du Japon : le «Cahier des heures oisives» («Tsu­re­zure-gusa»*) du moine Yoshi­da Ken­kô ou Urabe Ken­kô**. Ce «Cahier» d’une forme très libre (Ken­kô pré­tend qu’il s’agit de «baga­telles» écrites «au gré de ses heures oisives»***, d’où le titre) consti­tue un ensemble d’anecdotes curieuses et édi­fiantes, emprun­tées tant aux clas­siques chi­nois et japo­nais, qu’au vécu de l’auteur; d’impressions notées au caprice de la plume; de réflexions de tout ordre sur l’instabilité de la vie, sur l’homme et la femme, sur la reli­gion et la foi, sur l’amitié et l’amour; de règles sur le céré­mo­nial et l’étiquette (XIIIe-XIVe siècle). Ken­kô ne se rasa la tête qu’à qua­rante-deux ans, peu après la mort de l’Empereur Go Uda****, auquel il était atta­ché. Cela peut expli­quer cer­taines anec­dotes amou­reuses de son œuvre, qu’il serait dif­fi­cile de conce­voir comme étant les paroles d’un reli­gieux. S’il avait été moine dès son enfance, il n’aurait pu écrire d’une manière si vivante sur toutes les contin­gences de la vie humaine. Le mérite et le charme de Ken­kô tiennent à sa pro­fonde culture, à son style simple et natu­rel, à son goût sûr et déli­cat, toutes qua­li­tés qui le rap­prochent de Mon­taigne. Je le tiens pour le plus grand mora­liste, l’esprit le plus har­mo­nieux et le plus com­plet du Japon. «Ses essais», dit un orien­ta­liste*****, «res­semblent à la conver­sa­tion polie d’un homme du monde et ont cet air de sim­pli­ci­té et cette aisance d’expression qui sont en réa­li­té le fait d’un art consom­mé. On ne peut, pour com­men­cer l’étude de l’ancienne lit­té­ra­ture japo­naise, faire de meilleur choix que celui du “Cahier des heures oisives”». À exa­mi­ner ce «Cahier» riche de confi­dences sin­cères, il sem­ble­rait y avoir chez Ken­kô deux per­son­na­li­tés : l’homme du monde, adroit et poli, qui même dans la ver­tu conser­va un cer­tain cynisme; et le bonze qui ne renon­ça au monde que pour échap­per à l’attention de ses contem­po­rains. Ces deux élé­ments de son carac­tère se com­binent pour for­mer un type de vieux gar­çon ave­nant, et qui le devient plus encore lorsqu’on médite à loi­sir toutes les choses sen­sibles qu’il a dites, ou toutes celles qu’il a sen­ties sans les dire ouver­te­ment. «Le “Cahier des heures oisives” est un de ces écrits ori­gi­naux, si rares dans toutes les lit­té­ra­tures, qui méritent une étude plus atten­tive que maints gros ouvrages pré­ten­tieux», dit Michel Revon.

* En japo­nais «徒然草». Autre­fois trans­crit «Tsou­ré-zou­ré-gou­ça», «Tsou­ré-dzou­ré-gou­sa» ou «Tsu­red­zure Gusa». Haut

** En japo­nais 吉田兼好 ou 卜部兼好. En réa­li­té, Ken­kô est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 兼好 qui se lisent Kaneyo­shi à la japo­naise. Haut

*** p. 45. Haut

**** En japo­nais 後宇多. Autre­fois trans­crit Go-ouda. Haut

***** William George Aston. Haut