Mot-clefpoètes arabes

su­jet

Abû al-Faraj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” : une anthologie »

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

éd. Fayard, coll. Bi­blio­thèque Mak­taba, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Livre des chants » (« Ki­tâb al-Ag­hâni »1) d’Abû al-Fa­raj2, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî3. Il na­quit, ainsi que son sur­nom l’indique, à Is­pa­han (en Iran), mais tout à fait par ha­sard, car il se rat­ta­chait à la li­gnée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­porté de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie ; il se consti­tua, en outre, un so­lide ba­gage mé­di­cal, as­tro­lo­gique, mu­si­cal. Il de­vint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les do­maines de la connais­sance. À un âge avancé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il laissa der­rière lui plu­sieurs beaux ou­vrages, entre autres ce­lui in­ti­tulé « Le Livre des chants », au­quel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à re­gar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce su­jet. Abû al-Fa­raj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant an­ciens que mo­dernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dé­si­gner l’auteur des vers et ce­lui de la mu­sique ; à in­di­quer, avec clarté et avec pré­ci­sion, l’occasion qui donna nais­sance au poème ou à l’air ; le tout avec des dé­tails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les gé­néa­lo­gies, la suc­ces­sion des dy­nas­ties, etc. Au ha­sard des cha­pitres, nous ac­com­pa­gnons un poète à la Cour du ca­life Hâ­roun al-Ra­chîd, as­sis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une ta­verne de Bag­dad, pé­né­trons dans le sa­lon d’une chan­teuse de re­nom. C’est « une ma­tière luxu­riante, consi­dé­rable par le vo­lume, pré­cieuse dans le dé­tail ; une ri­chesse pro­fuse, un pêle-mêle pa­pillo­tant, un gi­se­ment ou­vert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un fi­lon ex­ploi­table, et d’ailleurs ex­ploité jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste », dit un tra­duc­teur4. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­rité aura traité « Le Livre des chants » plu­tôt qu’en œuvre ayant une in­di­vi­dua­lité propre. Car, tout en re­con­nais­sant le mé­rite in­con­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de vo­lumes, et tout en ad­mi­rant l’abondance et la va­riété des faits qu’Abû al-Fa­raj a ac­cu­mu­lés en pré­pa­rant son su­jet, la pos­té­rité aura re­gretté que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est in­utile ou su­per­flu et uni en­semble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences as­sez lé­gères.

  1. En arabe « كتاب الأغاني ». Par­fois trans­crit « Kit­tab el Aghani », « Ki­tâb Ala­gâni », « Ki­tâb Alag­hâny », « Ki­tab el Ag­hâ­niy » ou « Ke­tab el Aghani ». Haut
  2. En arabe أبو الفرج. Au­tre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Fa­radj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Fa­radg ou Aboûl­fa­raj. Haut
  1. En arabe الأصفهاني. Au­tre­fois trans­crit al As­fa­hânî, Alis­fa­hâny, el-Es­fa­hani, el-Iç­fa­hâni ou el-Is­pa­hani. On ren­contre aussi la gra­phie الأصبهاني (al-Is­ba­hânî). Au­tre­fois trans­crit el-Iç­ba­hâni. Haut
  2. M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, « Musiques sur le fleuve : les plus belles pages du “Kitâb al-Aghâni” »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Mi­chel, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Livre des chants » (« Ki­tâb al-Ag­hâni »1) d’Abû al-Fa­raj2, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî3. Il na­quit, ainsi que son sur­nom l’indique, à Is­pa­han (en Iran), mais tout à fait par ha­sard, car il se rat­ta­chait à la li­gnée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­porté de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie ; il se consti­tua, en outre, un so­lide ba­gage mé­di­cal, as­tro­lo­gique, mu­si­cal. Il de­vint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les do­maines de la connais­sance. À un âge avancé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il laissa der­rière lui plu­sieurs beaux ou­vrages, entre autres ce­lui in­ti­tulé « Le Livre des chants », au­quel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à re­gar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce su­jet. Abû al-Fa­raj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant an­ciens que mo­dernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dé­si­gner l’auteur des vers et ce­lui de la mu­sique ; à in­di­quer, avec clarté et avec pré­ci­sion, l’occasion qui donna nais­sance au poème ou à l’air ; le tout avec des dé­tails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les gé­néa­lo­gies, la suc­ces­sion des dy­nas­ties, etc. Au ha­sard des cha­pitres, nous ac­com­pa­gnons un poète à la Cour du ca­life Hâ­roun al-Ra­chîd, as­sis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une ta­verne de Bag­dad, pé­né­trons dans le sa­lon d’une chan­teuse de re­nom. C’est « une ma­tière luxu­riante, consi­dé­rable par le vo­lume, pré­cieuse dans le dé­tail ; une ri­chesse pro­fuse, un pêle-mêle pa­pillo­tant, un gi­se­ment ou­vert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un fi­lon ex­ploi­table, et d’ailleurs ex­ploité jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste », dit un tra­duc­teur4. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­rité aura traité « Le Livre des chants » plu­tôt qu’en œuvre ayant une in­di­vi­dua­lité propre. Car, tout en re­con­nais­sant le mé­rite in­con­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de vo­lumes, et tout en ad­mi­rant l’abondance et la va­riété des faits qu’Abû al-Fa­raj a ac­cu­mu­lés en pré­pa­rant son su­jet, la pos­té­rité aura re­gretté que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est in­utile ou su­per­flu et uni en­semble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences as­sez lé­gères.

  1. En arabe « كتاب الأغاني ». Par­fois trans­crit « Kit­tab el Aghani », « Ki­tâb Ala­gâni », « Ki­tâb Alag­hâny », « Ki­tab el Ag­hâ­niy » ou « Ke­tab el Aghani ». Haut
  2. En arabe أبو الفرج. Au­tre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Fa­radj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Fa­radg ou Aboûl­fa­raj. Haut
  1. En arabe الأصفهاني. Au­tre­fois trans­crit al As­fa­hânî, Alis­fa­hâny, el-Es­fa­hani, el-Iç­fa­hâni ou el-Is­pa­hani. On ren­contre aussi la gra­phie الأصبهاني (al-Is­ba­hânî). Au­tre­fois trans­crit el-Iç­ba­hâni. Haut
  2. M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, « Notices anecdotiques sur les principaux musiciens arabes des trois premiers siècles de l’islamisme »

dans « Journal asiatique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

dans « Jour­nal asia­tique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Livre des chants » (« Ki­tâb al-Ag­hâni »1) d’Abû al-Fa­raj2, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî3. Il na­quit, ainsi que son sur­nom l’indique, à Is­pa­han (en Iran), mais tout à fait par ha­sard, car il se rat­ta­chait à la li­gnée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­porté de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie ; il se consti­tua, en outre, un so­lide ba­gage mé­di­cal, as­tro­lo­gique, mu­si­cal. Il de­vint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les do­maines de la connais­sance. À un âge avancé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il laissa der­rière lui plu­sieurs beaux ou­vrages, entre autres ce­lui in­ti­tulé « Le Livre des chants », au­quel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à re­gar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce su­jet. Abû al-Fa­raj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant an­ciens que mo­dernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dé­si­gner l’auteur des vers et ce­lui de la mu­sique ; à in­di­quer, avec clarté et avec pré­ci­sion, l’occasion qui donna nais­sance au poème ou à l’air ; le tout avec des dé­tails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les gé­néa­lo­gies, la suc­ces­sion des dy­nas­ties, etc. Au ha­sard des cha­pitres, nous ac­com­pa­gnons un poète à la Cour du ca­life Hâ­roun al-Ra­chîd, as­sis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une ta­verne de Bag­dad, pé­né­trons dans le sa­lon d’une chan­teuse de re­nom. C’est « une ma­tière luxu­riante, consi­dé­rable par le vo­lume, pré­cieuse dans le dé­tail ; une ri­chesse pro­fuse, un pêle-mêle pa­pillo­tant, un gi­se­ment ou­vert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un fi­lon ex­ploi­table, et d’ailleurs ex­ploité jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste », dit un tra­duc­teur4. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­rité aura traité « Le Livre des chants » plu­tôt qu’en œuvre ayant une in­di­vi­dua­lité propre. Car, tout en re­con­nais­sant le mé­rite in­con­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de vo­lumes, et tout en ad­mi­rant l’abondance et la va­riété des faits qu’Abû al-Fa­raj a ac­cu­mu­lés en pré­pa­rant son su­jet, la pos­té­rité aura re­gretté que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est in­utile ou su­per­flu et uni en­semble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences as­sez lé­gères.

  1. En arabe « كتاب الأغاني ». Par­fois trans­crit « Kit­tab el Aghani », « Ki­tâb Ala­gâni », « Ki­tâb Alag­hâny », « Ki­tab el Ag­hâ­niy » ou « Ke­tab el Aghani ». Haut
  2. En arabe أبو الفرج. Au­tre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Fa­radj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Fa­radg ou Aboûl­fa­raj. Haut
  1. En arabe الأصفهاني. Au­tre­fois trans­crit al As­fa­hânî, Alis­fa­hâny, el-Es­fa­hani, el-Iç­fa­hâni ou el-Is­pa­hani. On ren­contre aussi la gra­phie الأصبهاني (al-Is­ba­hânî). Au­tre­fois trans­crit el-Iç­ba­hâni. Haut
  2. M. Jacques Berque. Haut

« Mémoire sur l’ouvrage intitulé “Kitâb Alagâni”, c’est-à-dire “Recueil de chansons”, [d’Abû al-Faraj] »

dans « Journal asiatique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

dans « Jour­nal asia­tique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Livre des chants » (« Ki­tâb al-Ag­hâni »1) d’Abû al-Fa­raj2, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî3. Il na­quit, ainsi que son sur­nom l’indique, à Is­pa­han (en Iran), mais tout à fait par ha­sard, car il se rat­ta­chait à la li­gnée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­porté de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie ; il se consti­tua, en outre, un so­lide ba­gage mé­di­cal, as­tro­lo­gique, mu­si­cal. Il de­vint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les do­maines de la connais­sance. À un âge avancé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il laissa der­rière lui plu­sieurs beaux ou­vrages, entre autres ce­lui in­ti­tulé « Le Livre des chants », au­quel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à re­gar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce su­jet. Abû al-Fa­raj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant an­ciens que mo­dernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dé­si­gner l’auteur des vers et ce­lui de la mu­sique ; à in­di­quer, avec clarté et avec pré­ci­sion, l’occasion qui donna nais­sance au poème ou à l’air ; le tout avec des dé­tails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les gé­néa­lo­gies, la suc­ces­sion des dy­nas­ties, etc. Au ha­sard des cha­pitres, nous ac­com­pa­gnons un poète à la Cour du ca­life Hâ­roun al-Ra­chîd, as­sis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une ta­verne de Bag­dad, pé­né­trons dans le sa­lon d’une chan­teuse de re­nom. C’est « une ma­tière luxu­riante, consi­dé­rable par le vo­lume, pré­cieuse dans le dé­tail ; une ri­chesse pro­fuse, un pêle-mêle pa­pillo­tant, un gi­se­ment ou­vert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un fi­lon ex­ploi­table, et d’ailleurs ex­ploité jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste », dit un tra­duc­teur4. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­rité aura traité « Le Livre des chants » plu­tôt qu’en œuvre ayant une in­di­vi­dua­lité propre. Car, tout en re­con­nais­sant le mé­rite in­con­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de vo­lumes, et tout en ad­mi­rant l’abondance et la va­riété des faits qu’Abû al-Fa­raj a ac­cu­mu­lés en pré­pa­rant son su­jet, la pos­té­rité aura re­gretté que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est in­utile ou su­per­flu et uni en­semble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences as­sez lé­gères.

  1. En arabe « كتاب الأغاني ». Par­fois trans­crit « Kit­tab el Aghani », « Ki­tâb Ala­gâni », « Ki­tâb Alag­hâny », « Ki­tab el Ag­hâ­niy » ou « Ke­tab el Aghani ». Haut
  2. En arabe أبو الفرج. Au­tre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Fa­radj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Fa­radg ou Aboûl­fa­raj. Haut
  1. En arabe الأصفهاني. Au­tre­fois trans­crit al As­fa­hânî, Alis­fa­hâny, el-Es­fa­hani, el-Iç­fa­hâni ou el-Is­pa­hani. On ren­contre aussi la gra­phie الأصبهاني (al-Is­ba­hânî). Au­tre­fois trans­crit el-Iç­ba­hâni. Haut
  2. M. Jacques Berque. Haut

Moténabbi, « Le Livre des sabres : choix de poèmes »

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sind­bad, coll. La Pe­tite Bi­blio­thèque de Sind­bad, Arles

Il s’agit d’Abou’ltayyib1, sur­nommé Mo­té­nabbi2, or­gueilleux poète de Cour, rendu cé­lèbre en ser­vant dif­fé­rents princes arabes, en chan­tant leurs hauts faits et leurs bien­faits, en se brouillant avec eux, en se ven­geant par des sa­tires des louanges qu’il leur avait don­nées au­pa­ra­vant. Ses poèmes ont quel­que­fois de la beauté dans leur élo­quence ; mais, plus sou­vent en­core, ils ne brillent que par ce sin­gu­lier mé­lange d’insolence et de po­li­tesse, de bas­sesse et d’orgueil qui dis­tingue les cour­ti­sans ; cet art de plaire aux grands en se mo­quant d’eux. Si l’on en croit ses ri­vaux, ce poète était le fils d’un simple por­teur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se van­tât beau­coup de sa no­blesse. Dès sa jeu­nesse, il fut tour­menté par une am­bi­tion in­com­men­su­rable, ré­con­for­tée par les suc­cès de sa poé­sie, qui était payée très chè­re­ment par les princes aux­quels il s’attachait. Bien­tôt, la tête lui tourna, et il crut pou­voir pas­ser à un aussi juste titre pour pro­phète en vers, que Ma­ho­met l’avait été en prose ; cela lui va­lut le sur­nom de Mo­té­nabbi (« ce­lui qui se pré­tend pro­phète »). Mais, en­fin, quand il se vit dans l’impossibilité de réa­li­ser cet idéal ; quand le temps et les oc­ca­sions le dé­trom­pèrent en le rap­pe­lant à une vie si brève, si or­di­naire, si fa­ta­le­ment hu­maine ; quand il son­gea que des pans en­tiers de son am­bi­tieuse na­ture res­te­raient à ja­mais en­se­ve­lis dans l’ombre, ce fut un dé­bor­de­ment d’une amer­tume sans pa­reille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de re­cher­cher à bien faire pour ga­gner l’estime d’autrui et de­ve­nir al­truisme, se trans­forme en égoïsme hai­neux et mal­veillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Jo­seph Da­her3. Té­moin les vers sui­vants où il dit aux hommes tout le mé­pris et toute la haine qu’ils lui ins­pirent : « Je cri­tique les pe­tites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un cré­tin, le plus éner­gique un lâche, le plus noble un chien, le plus clair­voyant un aveugle, le plus vi­gi­lant un loir, et le plus cou­ra­geux un singe ».

  1. En arabe أبو الطيب. Par­fois trans­crit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut
  2. En arabe المتنبي. Par­fois trans­crit Mo­ta­nabbî, Mo­ta­nabby, Mo­té­nabby, Mo­te­nabi, Mo­te­nebbi, Mou­ta­nabbi, Mou­ta­nabi, Mu­ta­nabi ou Mu­ta­nabbī. Haut
  1. « Es­sai sur le pes­si­misme chez le poète arabe al-Mu­ta­nabbī », p. 54. Haut

Sayyâb, « Le Golfe et le Fleuve : poèmes »

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sind­bad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres re­pré­sen­ta­tives-La Pe­tite Bi­blio­thèque de Sind­bad, Arles

Il s’agit de M. Badr Cha­ker es-Sayyâb1, poète ira­kien, qui a af­fran­chi la poé­sie arabe de deux mille ans de mé­trique pour la sou­mettre aux contraintes de la vie nou­velle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant re­ma­rié, il est re­cueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un pre­mier choc dont il ne se re­met­tra ja­mais, et le dé­but d’une dé­marche nos­tal­gique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abré­gée su­bi­te­ment par la ma­la­die. Cette dé­marche, c’est la re­cherche de sa mère, et au-delà, celle de son pe­tit vil­lage na­tal de Djay­koûr2 qu’il as­si­mile à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut »3. Cette terre pa­rée de rires, de chants et de par­fums re­pré­sente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloi­gné que par « le choc mé­tal­lique de l’argent » et « la ru­meur des ma­chines »4. Comme Sind­bad le Ma­rin ou Ulysse sur son ba­teau, hanté par le dé­sir du re­tour, M. Sayyâb s’imagine la nuit em­bar­quer sur le crois­sant de lune et « pé­ré­gri­ner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port »5. Comme Achille qui ai­me­rait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de ré­gner sur les ombres, M. Sayyâb pré­fère être « un en­fant af­famé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plu­tôt que] ce mort qui n’eut ja­mais de la vie qu’un spec­tacle »6. On voit que c’est en mé­lan­geant mythe an­tique et temps mo­dernes que M. Sayyâb pro­duit l’alliage de sa poé­sie : « L’expression di­recte de ce qui n’est pas poé­sie », dit-il7, « ne peut de­ve­nir poé­tique. Où est alors la so­lu­tion ? En ré­ponse, le poète ira vers le mythe, [les] lé­gendes qui ont gardé leur in­ten­sité et leur fraî­cheur ; il s’en ser­vira comme ma­té­riaux pour bâ­tir les mondes qui dé­fie­ront la lo­gique de l’or et de l’acier ». En­fin, no­tons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le vil­lage : Pa­ris, le pa­ran­gon des villes, la cité des ci­tés, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs cou­teaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des pu­tains » ; tan­dis que Djay­koûr est une source de l’innocence « avec un ho­ri­zon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant »

  1. En arabe بدر شاكر السياب. Au­tre­fois trans­crit Badr Šā­kir al-Sayyāb, Badr Sha­ker al-Sayyab, Badr Cha­kir al-Sayyab ou Badr Sha­kir as-Sayyab. Haut
  2. En arabe جيكور. Par­fois trans­crit Ǧaykūr, Jay­kour ou Jay­kur. Haut
  3. Poème « La Mai­son de mon grand-père ». Haut
  4. Poème « L’Élégie de Djay­koûr ». Haut
  1. Poème « La Mai­son de mon grand-père ». Haut
  2. Poème « Iq­bâl et la Nuit ». Haut
  3. Dans « Les Ca­hiers de l’Oronte », p. 90. Haut

Sayyâb, « Les Poèmes de Djaykoûr »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­gana, Saint-Clé­ment-de-Ri­vière

Il s’agit de M. Badr Cha­ker es-Sayyâb1, poète ira­kien, qui a af­fran­chi la poé­sie arabe de deux mille ans de mé­trique pour la sou­mettre aux contraintes de la vie nou­velle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant re­ma­rié, il est re­cueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un pre­mier choc dont il ne se re­met­tra ja­mais, et le dé­but d’une dé­marche nos­tal­gique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abré­gée su­bi­te­ment par la ma­la­die. Cette dé­marche, c’est la re­cherche de sa mère, et au-delà, celle de son pe­tit vil­lage na­tal de Djay­koûr2 qu’il as­si­mile à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut »3. Cette terre pa­rée de rires, de chants et de par­fums re­pré­sente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloi­gné que par « le choc mé­tal­lique de l’argent » et « la ru­meur des ma­chines »4. Comme Sind­bad le Ma­rin ou Ulysse sur son ba­teau, hanté par le dé­sir du re­tour, M. Sayyâb s’imagine la nuit em­bar­quer sur le crois­sant de lune et « pé­ré­gri­ner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port »5. Comme Achille qui ai­me­rait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de ré­gner sur les ombres, M. Sayyâb pré­fère être « un en­fant af­famé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plu­tôt que] ce mort qui n’eut ja­mais de la vie qu’un spec­tacle »6. On voit que c’est en mé­lan­geant mythe an­tique et temps mo­dernes que M. Sayyâb pro­duit l’alliage de sa poé­sie : « L’expression di­recte de ce qui n’est pas poé­sie », dit-il7, « ne peut de­ve­nir poé­tique. Où est alors la so­lu­tion ? En ré­ponse, le poète ira vers le mythe, [les] lé­gendes qui ont gardé leur in­ten­sité et leur fraî­cheur ; il s’en ser­vira comme ma­té­riaux pour bâ­tir les mondes qui dé­fie­ront la lo­gique de l’or et de l’acier ». En­fin, no­tons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le vil­lage : Pa­ris, le pa­ran­gon des villes, la cité des ci­tés, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs cou­teaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des pu­tains » ; tan­dis que Djay­koûr est une source de l’innocence « avec un ho­ri­zon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant »

  1. En arabe بدر شاكر السياب. Au­tre­fois trans­crit Badr Šā­kir al-Sayyāb, Badr Sha­ker al-Sayyab, Badr Cha­kir al-Sayyab ou Badr Sha­kir as-Sayyab. Haut
  2. En arabe جيكور. Par­fois trans­crit Ǧaykūr, Jay­kour ou Jay­kur. Haut
  3. Poème « La Mai­son de mon grand-père ». Haut
  4. Poème « L’Élégie de Djay­koûr ». Haut
  1. Poème « La Mai­son de mon grand-père ». Haut
  2. Poème « Iq­bâl et la Nuit ». Haut
  3. Dans « Les Ca­hiers de l’Oronte », p. 90. Haut

Abou-Nowâs, « Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes »

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sind­bad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs1 (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète per­san d’expression arabe, « ivrogne, pé­dé­raste, li­ber­tin, demi-fou de Hâ­roun al-Ra­chîd, aussi connu par ses bons mots et ses fa­cé­ties, que par ses vers »2. Il na­quit à Ah­vaz, d’un père arabe qui le laissa or­phe­lin, et d’une mère per­sane qui le ven­dit à un mar­chand d’épices de Bas­so­rah. L’enfant, ce­pen­dant, n’avait au­cune es­pèce d’aptitude pour le com­merce ; il ne pre­nait in­té­rêt qu’aux choses de l’esprit et af­fec­tion­nait par­ti­cu­liè­re­ment les belles lettres. Il n’avait qu’un dé­sir : ce­lui d’approcher le poète Wâ­liba ibn al-Hou­bab. Or, il ad­vint qu’un jour ce poète li­ber­tin et ama­teur de gar­çons s’arrêta de­vant la bou­tique d’épices et dis­tin­gua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui pro­posa de l’emmener avec lui à Bag­dad : « J’ai re­mar­qué en toi les signes non équi­voques d’un grand ta­lent qui ne de­mande qu’à s’épanouir », lui dit-il3. Plus tard, le bruit de son ta­lent étant par­venu aux oreilles de Hâ­roun al-Ra­chîd, ce prince le fit ve­nir à sa Cour, où il le lo­gea et ré­pan­dit sur lui ses bien­faits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heu­reuses que har­dies, par son sa­voir des ex­pres­sions rares et par le charme de ses poé­sies, fit les dé­lices de la Cour brillante de ce prince. Al-Ja­hiz, l’un des hommes les plus éru­dits de ce temps, di­sait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connais­sance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs di­sait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étu­dié soixante poé­tesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! »4 Ja­mais il ne re­nia, pour au­tant, ses ori­gines per­sanes : il se mo­qua sans re­te­nue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il at­ta­qua cet es­prit de race, cet or­gueil tri­bal si im­por­tant dans la poé­sie arabe, et dont s’armait un Fé­raz­dak peu de temps au­pa­ra­vant ; en­fin, sa na­ture raf­fi­née et dis­so­lue re­fusa de se plier aux mœurs aus­tères du Bé­douin « man­geur de lé­zard et bu­veur d’eau de puits dans les outres » me­nant une vie pré­caire sur une « terre aride peu­plée d’hyènes et de cha­cals »

  1. En arabe أبو نواس. Par­fois trans­crit Abou-Na­vas, Abou Na­was, Abou-Nao­vas, Ebu Nü­vas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut
  2. An­dré Gide, « Es­sais cri­tiques » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris), p. 105. Haut
  1. Dans Wa­cyf Bou­tros Ghali, « Le Jar­din des fleurs », p. 212. Haut
  2. Dans id. p. 213. Haut

Abou-Nowâs, « Poèmes bachiques et libertins »

éd. Verticales, Paris

éd. Ver­ti­cales, Pa­ris

Il s’agit d’Abou-Nowâs1 (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète per­san d’expression arabe, « ivrogne, pé­dé­raste, li­ber­tin, demi-fou de Hâ­roun al-Ra­chîd, aussi connu par ses bons mots et ses fa­cé­ties, que par ses vers »2. Il na­quit à Ah­vaz, d’un père arabe qui le laissa or­phe­lin, et d’une mère per­sane qui le ven­dit à un mar­chand d’épices de Bas­so­rah. L’enfant, ce­pen­dant, n’avait au­cune es­pèce d’aptitude pour le com­merce ; il ne pre­nait in­té­rêt qu’aux choses de l’esprit et af­fec­tion­nait par­ti­cu­liè­re­ment les belles lettres. Il n’avait qu’un dé­sir : ce­lui d’approcher le poète Wâ­liba ibn al-Hou­bab. Or, il ad­vint qu’un jour ce poète li­ber­tin et ama­teur de gar­çons s’arrêta de­vant la bou­tique d’épices et dis­tin­gua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui pro­posa de l’emmener avec lui à Bag­dad : « J’ai re­mar­qué en toi les signes non équi­voques d’un grand ta­lent qui ne de­mande qu’à s’épanouir », lui dit-il3. Plus tard, le bruit de son ta­lent étant par­venu aux oreilles de Hâ­roun al-Ra­chîd, ce prince le fit ve­nir à sa Cour, où il le lo­gea et ré­pan­dit sur lui ses bien­faits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heu­reuses que har­dies, par son sa­voir des ex­pres­sions rares et par le charme de ses poé­sies, fit les dé­lices de la Cour brillante de ce prince. Al-Ja­hiz, l’un des hommes les plus éru­dits de ce temps, di­sait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connais­sance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs di­sait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étu­dié soixante poé­tesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! »4 Ja­mais il ne re­nia, pour au­tant, ses ori­gines per­sanes : il se mo­qua sans re­te­nue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il at­ta­qua cet es­prit de race, cet or­gueil tri­bal si im­por­tant dans la poé­sie arabe, et dont s’armait un Fé­raz­dak peu de temps au­pa­ra­vant ; en­fin, sa na­ture raf­fi­née et dis­so­lue re­fusa de se plier aux mœurs aus­tères du Bé­douin « man­geur de lé­zard et bu­veur d’eau de puits dans les outres » me­nant une vie pré­caire sur une « terre aride peu­plée d’hyènes et de cha­cals »

  1. En arabe أبو نواس. Par­fois trans­crit Abou-Na­vas, Abou Na­was, Abou-Nao­vas, Ebu Nü­vas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut
  2. An­dré Gide, « Es­sais cri­tiques » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris), p. 105. Haut
  1. Dans Wa­cyf Bou­tros Ghali, « Le Jar­din des fleurs », p. 212. Haut
  2. Dans id. p. 213. Haut

Jamîl, « Élégie »

dans « Journal des savants », 1829, p. 419-420

dans « Jour­nal des sa­vants », 1829, p. 419-420

Il s’agit de Ja­mîl ibn Ma‘mar1 (VIIe siècle apr. J.-C.), poète arabe qui de­vint cé­lèbre par la ten­dresse de ses sen­ti­ments et la constance de son amour en­vers Bu­thayna2 au point qu’on le sur­nomma Ja­mîl Bu­thayna3 (« le Ja­mîl de Bu­thayna »). On ra­conte que la pre­mière fois que Ja­mîl s’attacha à Bu­thayna fut lorsqu’il alla un jour abreu­ver son bé­tail. Il s’endormit, lais­sant ses cha­meaux re­mon­ter la val­lée au bord de la­quelle était ins­tallé le clan de Bu­thayna. Celle-ci, en al­lant pui­ser de l’eau avec une voi­sine, passa près des cha­meaux et les chassa. Elle n’était en­core qu’une fillette. Ja­mîl l’insulta ; elle lui ré­pon­dit par des raille­ries qu’il trouva agréables. Alors, il com­posa le poème sui­vant : « Ô Bu­thayna, ce sont des in­sultes qui ont dé­clen­ché notre amour dans la val­lée de Bag­hîd. Nous lui avons adressé des pro­pos aux­quels elle ré­pon­dit par des pa­roles sem­blables. C’est vrai, ô Bu­thayna, que chaque pa­role ap­pelle une ré­ponse »4. Il prit, par la suite, l’habitude de lui rendre vi­site en l’absence des hommes du clan et de ba­var­der avec elle, jusqu’au mo­ment où l’on eut vent de l’affaire. Il de­manda sa main, mais on la lui re­fusa. Lorsqu’on la ma­ria, il conti­nua à la ren­con­trer chez elle à l’insu de son mari. On s’en plai­gnit au gou­ver­neur, et ce­lui-ci or­donna qu’au cas où Ja­mîl ren­drait vi­site à Bu­tayna, il se­rait per­mis de ver­ser son sang. Ja­mîl s’enfuit au Yé­men ; mais chaque nuit, il gra­vis­sait les dunes du dé­sert pour res­pi­rer le vent qui ve­nait du pays de Bu­thayna : « Ne vois-tu pas com­bien je suis éperdu et que mon corps est dé­fait ? Un souffle seule­ment de par­fum de Bu­thayna… il faut si peu à mon âme et même moins que si peu »5. On dit que Ja­mîl mou­rut en Égypte peu de temps après. Lorsque la nou­velle de sa mort fut par­ve­nue à la Mecque, et que Bu­thayna, après avoir in­ter­rogé le por­teur de cette fa­tale nou­velle, ne put plus dou­ter de la perte de son amant, elle ex­prima sa dou­leur par les vers sui­vants, les seuls qui se soient conser­vés de sa poé­sie : « Certes, l’heure où j’oublierai le sou­ve­nir de Ja­mîl, est une heure que le cours du temps n’a point en­core ame­née ; et puisse-t-elle ne ja­mais ar­ri­ver ! Ô Ja­mîl, ô fils de Ma‘mar, quand la mort t’aura frappé, que m’importe d’éprouver les tour­ments de la vie ou de goû­ter ses dou­ceurs ! »

  1. En arabe جميل بن معمر. Par­fois trans­crit Ge­mil, Djé­mil, Ǧamīl ou Djamīl. Haut
  2. En arabe بثينة. Par­fois trans­crit Bo­çaïna, Bo­théina, Bo­theï­nah, Bo­taïna, Bo­taï­nah, Buṯayna, Bu­tay­nah, Bo­thayna ou Bou­thayna. On ren­contre aussi la gra­phie Bathna (بثنة) dont Bu­thayna est le di­mi­nu­tif. Haut
  3. En arabe جميل بثينة. Haut
  1. Dans Abû al-Fa­raj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” », p. 76. Haut
  2. Dans Jean-Claude Va­det, « L’Esprit cour­tois en Orient », p. 365. Haut

« Abou ṭ-Ṭayyib al-Motanabbî, un poète arabe du Xe siècle : essai d’histoire littéraire »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Li­brai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Pa­ris

Il s’agit d’Abou’ltayyib1, sur­nommé Mo­té­nabbi2, or­gueilleux poète de Cour, rendu cé­lèbre en ser­vant dif­fé­rents princes arabes, en chan­tant leurs hauts faits et leurs bien­faits, en se brouillant avec eux, en se ven­geant par des sa­tires des louanges qu’il leur avait don­nées au­pa­ra­vant. Ses poèmes ont quel­que­fois de la beauté dans leur élo­quence ; mais, plus sou­vent en­core, ils ne brillent que par ce sin­gu­lier mé­lange d’insolence et de po­li­tesse, de bas­sesse et d’orgueil qui dis­tingue les cour­ti­sans ; cet art de plaire aux grands en se mo­quant d’eux. Si l’on en croit ses ri­vaux, ce poète était le fils d’un simple por­teur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se van­tât beau­coup de sa no­blesse. Dès sa jeu­nesse, il fut tour­menté par une am­bi­tion in­com­men­su­rable, ré­con­for­tée par les suc­cès de sa poé­sie, qui était payée très chè­re­ment par les princes aux­quels il s’attachait. Bien­tôt, la tête lui tourna, et il crut pou­voir pas­ser à un aussi juste titre pour pro­phète en vers, que Ma­ho­met l’avait été en prose ; cela lui va­lut le sur­nom de Mo­té­nabbi (« ce­lui qui se pré­tend pro­phète »). Mais, en­fin, quand il se vit dans l’impossibilité de réa­li­ser cet idéal ; quand le temps et les oc­ca­sions le dé­trom­pèrent en le rap­pe­lant à une vie si brève, si or­di­naire, si fa­ta­le­ment hu­maine ; quand il son­gea que des pans en­tiers de son am­bi­tieuse na­ture res­te­raient à ja­mais en­se­ve­lis dans l’ombre, ce fut un dé­bor­de­ment d’une amer­tume sans pa­reille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de re­cher­cher à bien faire pour ga­gner l’estime d’autrui et de­ve­nir al­truisme, se trans­forme en égoïsme hai­neux et mal­veillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Jo­seph Da­her3. Té­moin les vers sui­vants où il dit aux hommes tout le mé­pris et toute la haine qu’ils lui ins­pirent : « Je cri­tique les pe­tites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un cré­tin, le plus éner­gique un lâche, le plus noble un chien, le plus clair­voyant un aveugle, le plus vi­gi­lant un loir, et le plus cou­ra­geux un singe ».

  1. En arabe أبو الطيب. Par­fois trans­crit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut
  2. En arabe المتنبي. Par­fois trans­crit Mo­ta­nabbî, Mo­ta­nabby, Mo­té­nabby, Mo­te­nabi, Mo­te­nebbi, Mou­ta­nabbi, Mou­ta­nabi, Mu­ta­nabi ou Mu­ta­nabbī. Haut
  1. « Es­sai sur le pes­si­misme chez le poète arabe al-Mu­ta­nabbī », p. 54. Haut

« Les “Mou’allaqât”, ou un peu de l’âme des Arabes avant l’islam »

éd. Seghers, coll. PS, Paris

éd. Se­ghers, coll. PS, Pa­ris

Il s’agit des « Mu‘allaqât »1, poé­sies ad­mi­rables où se peint avec beau­coup de charme la vie arabe avant Ma­ho­met (VIe siècle apr. J.-C.). On ra­conte qu’à la foire de ‘Ukaz’, ren­dez-vous com­mer­cial et lit­té­raire près de la Mecque, les poètes des di­verses tri­bus ré­ci­taient pu­bli­que­ment leurs vers, et qu’au plus digne d’entre eux était ré­ser­vée la ré­com­pense de voir sa com­po­si­tion ins­crite en lettres d’or et sus­pen­due avec des clous d’or aux portes vé­né­rées de la Ka‘ba. De là vient que les sept poé­sies les plus en vogue avant l’islam sont ap­pe­lées « Muḏah­ha­bât »2 (« Les Do­rées ») ou plus sou­vent « Mu‘allaqât » (« Les Sus­pen­dues »). Les Arabes du dé­sert ex­cel­laient sur­tout dans la poé­sie. La langue s’était tou­jours conser­vée plus pure et plus cor­recte sous leurs tentes ; sou­vent une mère in­fli­geait une cor­rec­tion dou­lou­reuse à son en­fant cou­pable de quelque faute de gram­maire. Les poètes, en par­ti­cu­lier, gar­daient le dé­pôt du lan­gage choisi et des ma­nières dis­tin­guées. Ce lan­gage et ces ma­nières pré­sen­taient chez eux le même ca­rac­tère d’inaltérable no­blesse, tan­dis que par­tout dans les villes ils s’étaient vi­ciés : « Une poé­sie d’une ex­trême re­cherche, une langue qui sur­passe en dé­li­ca­tesse les idiomes les plus culti­vés… voilà ce qu’on trouve au dé­sert, cent ans avant Ma­ho­met, et cela chez des poètes vo­leurs de pro­fes­sion, à demi nus et af­fa­més », dit Er­nest Re­nan3. « Des ca­rac­tères tels que ceux de T’arafa et d’Imru’ al-Qays, fan­fa­rons de dé­bauche et de bel es­prit, unis­sant les mœurs d’un bri­gand à la ga­lan­te­rie de l’homme du monde, à un scep­ti­cisme com­plet, sont certes un phé­no­mène unique dans l’histoire. »

  1. En arabe « معلقات ». Par­fois trans­crit « Mua­lakát », « Mual­lakát », « Mou’allakât », « Moual­la­kats », « Moua­la­qat », « Mou’allaqât », « Moal­la­kât » ou « Moàl­la­cât ». Haut
  2. En arabe « مذهبات ». Par­fois trans­crit « Moud­hah­ha­bat », « Mou­dah­ha­bat », « Mud­hah­habāt », « Mod­hah­ha­bat » ou « Mo­dah­ha­bat ». Haut
  1. « Le Dé­sert et le Sou­dan », p. 314. Haut