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Ibn Rushd (Averroès), «Abrégé du “Mustaṣfā”»

éd. De Gruyter, coll. Corpus philosophorum medii ævi-Scientia græco-arabica, Berlin

éd. De Gruy­ter, coll. Cor­pus phi­lo­so­pho­rum medii ævi-Scien­tia græ­co-ara­bi­ca, Ber­lin

Il s’agit du «Muḫ­taṣar al-Mus­taṣ­fâ»* d’Ibn Rushd** (XIIe siècle apr. J.-C.), abré­gé du livre de juris­pru­dence de Ghazâ­li inti­tu­lé «Mus­taṣ­fâ». De tous les phi­lo­sophes que l’islam don­na à l’Espagne, celui qui lais­sa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants com­men­taires des écrits d’Aris­tote, ce fut Ibn Rushd, éga­le­ment connu sous les noms cor­rom­pus d’Averois, Aven-Roez ou Aver­roès***. Son Anda­lou­sie natale était un coin pri­vi­lé­gié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait éta­bli, à par­tir du Xe siècle, une tolé­rance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. «Chré­tiens, juifs, musul­mans par­laient la même langue, chan­taient les mêmes poé­sies, par­ti­ci­paient aux mêmes études lit­té­raires et scien­ti­fiques. Toutes les bar­rières qui séparent les hommes étaient tom­bées; tous tra­vaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civi­li­sa­tion com­mune», dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf****, calife de l’Andalousie et contem­po­rain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus let­tré de son temps. L’illustre phi­lo­sophe Ibn Tho­faïl obtint à sa Cour une grande influence et en pro­fi­ta pour y atti­rer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu expri­mé par Yûsuf et sur les ins­tances d’Ibn Tho­faïl qu’Ibn Rushd entre­prit de com­men­ter Aris­tote. Jamais ce der­nier n’avait reçu de soins aus­si éten­dus et aus­si dévoués que ceux que lui pro­di­gue­ra Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. «Mais la cause fatale qui a étouf­fé chez les musul­mans les plus beaux germes de déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel, le fana­tisme reli­gieux, pré­pa­rait déjà la ruine [de la phi­lo­so­phie]», dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études ration­nelles se déchaîne sur toute la sur­face du monde musul­man. Bien­tôt il suf­fi­ra de dire d’un homme : «Un tel tra­vaille à la phi­lo­so­phie ou donne des leçons d’astronomie», pour que les gens du peuple lui appliquent immé­dia­te­ment le nom d’«impie», de «mécréant», etc.; et que, si par mal­heur il per­sé­vère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa mai­son.

* En arabe «مختصر المستصفى». Éga­le­ment connu sous le titre d’«Iḫtiṣâr al-Mus­taṣ­fâ» («اختصار المستصفى»). Haut

** En arabe ابن رشد. Par­fois trans­crit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd. Haut

*** Par sub­sti­tu­tion d’Aven (Aben) à Ibn. Haut

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Par­fois trans­crit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoû­çof ou Abou-Ya’coub You­souf. Haut

Attar, «Les Sept Cités de l’amour»

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du Divan (Recueil de poé­sies) de Férid-eddin Attar* (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»**; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»***. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

Haut

*** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

Haut

**** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut

«Alexandre, le Macédonien iranisé : l’exemple du récit par Nezâmî (XIIe siècle)»

dans « Alexandre le Grand dans les littératures occidentales et proche-orientales » (éd. Université Paris X-Nanterre, coll. Littérales, Nanterre), p. 227-241

dans «Alexandre le Grand dans les lit­té­ra­tures occi­den­tales et proche-orien­tales» (éd. Uni­ver­si­té Paris X-Nan­terre, coll. Lit­té­rales, Nan­terre), p. 227-241

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre d’Alexandre le Grand»*Eskan­dar-nâmeh»**) de Nezâ­mî de Gand­jeh***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue per­sane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâ­mî fut le pre­mier qui rema­nia dans un sens roma­nesque le vieux fonds des tra­di­tions per­sanes. Sans se sou­cier d’en pré­ser­ver la pure­té et la cou­leur, il les amal­ga­ma libre­ment tan­tôt aux récits plus ou moins légen­daires des com­pi­la­teurs arabes, tan­tôt aux fic­tions des roman­ciers alexan­drins. Par sa sophis­ti­ca­tion poé­tique, il dépas­sa les uns et les autres. Ses œuvres les plus impor­tantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil inti­tu­lé «Kham­seh»****Les Cinq») en arabe ou «Pandj Gandj»*****Les Cinq Tré­sors») en per­san. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout hon­nête homme devait connaître, au point d’en pou­voir réci­ter des pas­sages entiers. Au sein de leur aire cultu­relle, à tra­vers cette immen­si­té qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débor­dait même sur l’Inde musul­mane, elles occu­paient une place équi­va­lente à celle qu’eut «L’Énéide» en Europe occi­den­tale. «Les mérites et per­fec­tions mani­festes de Nezâ­mî — Allah lui soit misé­ri­cor­dieux! — se passent de com­men­taires. Per­sonne ne pour­rait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Tré­sors”; bien plus, cela échappe au pou­voir du genre humain», dira Djâ­mî****** en choi­sis­sant de se faire peindre age­nouillé devant son illustre pré­dé­ces­seur.

* Par­fois tra­duit «His­toire fabu­leuse d’Alexandre le Grand» ou «Alexan­dréide». Haut

** En per­san «اسکندر‌نامه». Par­fois trans­crit «Secan­der-nameh», «Sekan­der Námah», «Sikan­der Nama», «Escander—namèh», «Eskan­der Nāmeh», «Iskan­der-namé», «Isken­der-nâmè», «Iskan­dar Nāma» ou «Sekan­dar-nâmeh». Haut

*** En per­san نظامی گنجوی. Par­fois trans­crit Nadha­mi, Nid­ha­mi, Niz­hâ­mî, Niz­ha­my, Niza­my, Niza­mi, Nishâ­mi, Nisa­my, Nisa­mi, Nezâ­my ou Nez­ha­mi. Haut

**** En arabe «خمسة». Par­fois trans­crit «Kham­sè», «Kham­sah», «Kham­sa», «Ham­sa», «Ham­sah», «Hamse», «Cham­seh» ou «Ham­seh». Haut

***** En per­san «پنج گنج». Par­fois trans­crit «Pendsch Kendj», «Pendch Kendj», «Pandsch Gandsch», «Pendj Guendj», «Penj Ghenj», «Pentch-Ghandj» ou «Panj Ganj». Haut

****** «Le Béhâ­ris­tân», p. 185-186. Haut

Galland, «Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome III»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mille et une Nuits» («Alf lay­la wa-lay­la»*), contes arabes. Rare­ment, la richesse de la nar­ra­tion et les tré­sors de l’imagination ont été dépen­sés dans une œuvre avec plus de pro­di­ga­li­té; et rare­ment, une œuvre a eu une réus­site plus écla­tante que celle des «Mille et une Nuits» depuis qu’elle a été trans­por­tée en France par l’orientaliste Antoine Gal­land au com­men­ce­ment du XVIIIe siècle. De là, elle a immé­dia­te­ment rem­pli le monde de sa renom­mée, et depuis, son suc­cès n’a fait que croître de jour en jour, sans souf­frir ni des caprices de la mode ni du chan­ge­ment des goûts. Quelle extra­or­di­naire fécon­di­té dans ces contes! Quelle varié­té! Avec quel inépui­sable inté­rêt on suit les aven­tures enchan­te­resses de Sind­bad le Marin ou les mer­veilles opé­rées par la lampe d’Aladdin : «C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naï­ve­té», dit Édouard Gaut­tier d’Arc**. «On y cher­che­rait en vain ou ces teintes mélan­co­liques du Nord, ou ces allu­sions sérieuses et pro­fondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plai­sirs… Ces génies qu’elle a pro­duits, vont répan­dant par­tout les perles, l’or, les dia­mants; ils élèvent en un ins­tant des palais superbes; ils livrent à celui qu’ils favo­risent, des hou­ris*** enchan­te­resses; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouis­sances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acqué­rir. Il faut aux Orien­taux un bon­heur facile et com­plet; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire.»

* En arabe «ألف ليلة وليلة». Autre­fois trans­crit «Alef léï­lét oué-léï­lét», «Alef lei­let we lei­let», «Alef lei­la wa lei­la» ou «Alf lai­la wa-lai­la». Haut

** Pré­face à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Ibn Rushd (Averroès), «Accord de la religion et de la philosophie : traité»

éd. Imprimerie orientale P. Fontana, Alger

éd. Impri­me­rie orien­tale P. Fon­ta­na, Alger

Il s’agit de l’«Accord de la reli­gion et de la phi­lo­so­phie» d’Ibn Rushd* (XIIe siècle apr. J.-C.), trai­té dont le titre lit­té­ral est «Exa­men cri­tique et Solu­tion de la ques­tion de l’accord entre la loi reli­gieuse et la phi­lo­so­phie» («Faṣl al-maḳâl wa-taḳ­rîr mâ bayn al-sharî‘a wa-l-ḥik­ma min al-ittiṣâl»**). De tous les phi­lo­sophes que l’islam don­na à l’Espagne, celui qui lais­sa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants com­men­taires des écrits d’Aris­tote, ce fut Ibn Rushd, éga­le­ment connu sous les noms cor­rom­pus d’Averois, Aven-Roez ou Aver­roès***. Son Anda­lou­sie natale était un coin pri­vi­lé­gié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait éta­bli, à par­tir du Xe siècle, une tolé­rance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. «Chré­tiens, juifs, musul­mans par­laient la même langue, chan­taient les mêmes poé­sies, par­ti­ci­paient aux mêmes études lit­té­raires et scien­ti­fiques. Toutes les bar­rières qui séparent les hommes étaient tom­bées; tous tra­vaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civi­li­sa­tion com­mune», dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf****, calife de l’Andalousie et contem­po­rain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus let­tré de son temps. L’illustre phi­lo­sophe Ibn Tho­faïl obtint à sa Cour une grande influence et en pro­fi­ta pour y atti­rer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu expri­mé par Yûsuf et sur les ins­tances d’Ibn Tho­faïl qu’Ibn Rushd entre­prit de com­men­ter Aris­tote. Jamais ce der­nier n’avait reçu de soins aus­si éten­dus et aus­si dévoués que ceux que lui pro­di­gue­ra Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. «Mais la cause fatale qui a étouf­fé chez les musul­mans les plus beaux germes de déve­lop­pe­ment intel­lec­tuel, le fana­tisme reli­gieux, pré­pa­rait déjà la ruine [de la phi­lo­so­phie]», dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études ration­nelles se déchaîne sur toute la sur­face du monde musul­man. Bien­tôt il suf­fi­ra de dire d’un homme : «Un tel tra­vaille à la phi­lo­so­phie ou donne des leçons d’astronomie», pour que les gens du peuple lui appliquent immé­dia­te­ment le nom d’«impie», de «mécréant», etc.; et que, si par mal­heur il per­sé­vère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa mai­son.

* En arabe ابن رشد. Par­fois trans­crit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd. Haut

** En arabe «فصل المقال وتقرير ما بين الشريعة والحكمة من الاتصال». Par­fois trans­crit «Façl el maqâl wa-taq­rîr ma baïn ech-charî‘a wa-l-hik­ma min el-itti­çâl». Haut

*** Par sub­sti­tu­tion d’Aven (Aben) à Ibn. Haut

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Par­fois trans­crit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoû­çof ou Abou-Ya’coub You­souf. Haut

Galland, «Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mille et une Nuits» («Alf lay­la wa-lay­la»*), contes arabes. Rare­ment, la richesse de la nar­ra­tion et les tré­sors de l’imagination ont été dépen­sés dans une œuvre avec plus de pro­di­ga­li­té; et rare­ment, une œuvre a eu une réus­site plus écla­tante que celle des «Mille et une Nuits» depuis qu’elle a été trans­por­tée en France par l’orientaliste Antoine Gal­land au com­men­ce­ment du XVIIIe siècle. De là, elle a immé­dia­te­ment rem­pli le monde de sa renom­mée, et depuis, son suc­cès n’a fait que croître de jour en jour, sans souf­frir ni des caprices de la mode ni du chan­ge­ment des goûts. Quelle extra­or­di­naire fécon­di­té dans ces contes! Quelle varié­té! Avec quel inépui­sable inté­rêt on suit les aven­tures enchan­te­resses de Sind­bad le Marin ou les mer­veilles opé­rées par la lampe d’Aladdin : «C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naï­ve­té», dit Édouard Gaut­tier d’Arc**. «On y cher­che­rait en vain ou ces teintes mélan­co­liques du Nord, ou ces allu­sions sérieuses et pro­fondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plai­sirs… Ces génies qu’elle a pro­duits, vont répan­dant par­tout les perles, l’or, les dia­mants; ils élèvent en un ins­tant des palais superbes; ils livrent à celui qu’ils favo­risent, des hou­ris*** enchan­te­resses; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouis­sances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acqué­rir. Il faut aux Orien­taux un bon­heur facile et com­plet; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire.»

* En arabe «ألف ليلة وليلة». Autre­fois trans­crit «Alef léï­lét oué-léï­lét», «Alef lei­let we lei­let», «Alef lei­la wa lei­la» ou «Alf lai­la wa-lai­la». Haut

** Pré­face à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Galland, «Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mille et une Nuits» («Alf lay­la wa-lay­la»*), contes arabes. Rare­ment, la richesse de la nar­ra­tion et les tré­sors de l’imagination ont été dépen­sés dans une œuvre avec plus de pro­di­ga­li­té; et rare­ment, une œuvre a eu une réus­site plus écla­tante que celle des «Mille et une Nuits» depuis qu’elle a été trans­por­tée en France par l’orientaliste Antoine Gal­land au com­men­ce­ment du XVIIIe siècle. De là, elle a immé­dia­te­ment rem­pli le monde de sa renom­mée, et depuis, son suc­cès n’a fait que croître de jour en jour, sans souf­frir ni des caprices de la mode ni du chan­ge­ment des goûts. Quelle extra­or­di­naire fécon­di­té dans ces contes! Quelle varié­té! Avec quel inépui­sable inté­rêt on suit les aven­tures enchan­te­resses de Sind­bad le Marin ou les mer­veilles opé­rées par la lampe d’Aladdin : «C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naï­ve­té», dit Édouard Gaut­tier d’Arc**. «On y cher­che­rait en vain ou ces teintes mélan­co­liques du Nord, ou ces allu­sions sérieuses et pro­fondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plai­sirs… Ces génies qu’elle a pro­duits, vont répan­dant par­tout les perles, l’or, les dia­mants; ils élèvent en un ins­tant des palais superbes; ils livrent à celui qu’ils favo­risent, des hou­ris*** enchan­te­resses; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouis­sances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acqué­rir. Il faut aux Orien­taux un bon­heur facile et com­plet; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire.»

* En arabe «ألف ليلة وليلة». Autre­fois trans­crit «Alef léï­lét oué-léï­lét», «Alef lei­let we lei­let», «Alef lei­la wa lei­la» ou «Alf lai­la wa-lai­la». Haut

** Pré­face à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Attar, «Le Livre de l’épreuve, “Musībatnāma”»

éd. Fayard, coll. L’Espace intérieur, Paris

éd. Fayard, coll. L’Espace inté­rieur, Paris

Il s’agit du «Livre de l’épreuve» («Mosi­bet namèh»*) de Férid-eddin Attar** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»***; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»****. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle*****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san «مصیبت‌نامه». Par­fois trans­crit «Mos­si­bat-nāmeh», «Moṣi­bat-nāme» ou «Muṣī­bat-nāma». Haut

** En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

*** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

Haut

**** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

Haut

***** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut

Attar, «Le Mémorial des saints»

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion indi­recte du «Mémo­rial des saints» («Tez­ki­ra­ta­lav­lia»*) de Férid-eddin Attar** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»***; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»****. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle*****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san «تذکرة الاولیا». Par­fois trans­crit «Tez­ke­ret ül-Evliyâ», «Tez­ki­ret el-Evliyâ», «Taz­ki­rat-ul-Awlià», «Taz­ka­rat al-Avliya», «Taz­ke­rat ul-Awliyâ», «Taḏ­ke­rat al-Auliā», «Tadh­ki­rat ‘l-Awliyâ» ou «Tadh­ke­rat al-Owliyâ». Haut

** En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

*** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

Haut

**** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

Haut

***** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut

Nezâmî, «Le Roman de “Chosroès et Chîrîn”»

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

éd. G.-P. Mai­son­neuve et Larose, coll. Biblio­thèque des œuvres clas­siques per­sanes, Paris

Il s’agit de «Chos­roès et Chî­rîn» («Khos­row va Chî­rîn»*) de Nezâ­mî de Gand­jeh**, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue per­sane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâ­mî fut le pre­mier qui rema­nia dans un sens roma­nesque le vieux fonds des tra­di­tions per­sanes. Sans se sou­cier d’en pré­ser­ver la pure­té et la cou­leur, il les amal­ga­ma libre­ment tan­tôt aux récits plus ou moins légen­daires des com­pi­la­teurs arabes, tan­tôt aux fic­tions des roman­ciers alexan­drins. Par sa sophis­ti­ca­tion poé­tique, il dépas­sa les uns et les autres. Ses œuvres les plus impor­tantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil inti­tu­lé «Kham­seh»***Les Cinq») en arabe ou «Pandj Gandj»****Les Cinq Tré­sors») en per­san. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout hon­nête homme devait connaître, au point d’en pou­voir réci­ter des pas­sages entiers. Au sein de leur aire cultu­relle, à tra­vers cette immen­si­té qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débor­dait même sur l’Inde musul­mane, elles occu­paient une place équi­va­lente à celle qu’eut «L’Énéide» en Europe occi­den­tale. «Les mérites et per­fec­tions mani­festes de Nezâ­mî — Allah lui soit misé­ri­cor­dieux! — se passent de com­men­taires. Per­sonne ne pour­rait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Tré­sors”; bien plus, cela échappe au pou­voir du genre humain», dira Djâ­mî***** en choi­sis­sant de se faire peindre age­nouillé devant son illustre pré­dé­ces­seur.

* En per­san «خسرو و شیرین». Par­fois trans­crit «Khos­reu ve Chi­rin», «Khus­rau va Shīrīn», «Khos­rô wa Shî­rîn», «Khus­ro-wa-Shi­reen», «Khas­raw wa Shy­ryn», «Khos­rou ve Schi­rin», «Khos­row-o Shi­rin», «Khos­raw-o Shi­rin», «Khus­raw u-Shīrīn» ou «Khos­rau o Chî­rîn». Haut

** En per­san نظامی گنجوی. Par­fois trans­crit Nadha­mi, Nid­ha­mi, Niz­hâ­mî, Niz­ha­my, Niza­my, Niza­mi, Nishâ­mi, Nisa­my, Nisa­mi, Nezâ­my ou Nez­ha­mi. Haut

*** En arabe «خمسة». Par­fois trans­crit «Kham­sè», «Kham­sah», «Kham­sa», «Ham­sa», «Ham­sah», «Hamse», «Cham­seh» ou «Ham­seh». Haut

**** En per­san «پنج گنج». Par­fois trans­crit «Pendsch Kendj», «Pendch Kendj», «Pandsch Gandsch», «Pendj Guendj», «Penj Ghenj», «Pentch-Ghandj» ou «Panj Ganj». Haut

***** «Le Béhâ­ris­tân», p. 185-186. Haut

Nezâmî, «Le Trésor des secrets»

éd. D. de Brouwer, Paris

éd. D. de Brou­wer, Paris

Il s’agit du «Tré­sor des secrets»*Makh­zan al-Asrâr»**) de Nezâ­mî de Gand­jeh***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue per­sane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâ­mî fut le pre­mier qui rema­nia dans un sens roma­nesque le vieux fonds des tra­di­tions per­sanes. Sans se sou­cier d’en pré­ser­ver la pure­té et la cou­leur, il les amal­ga­ma libre­ment tan­tôt aux récits plus ou moins légen­daires des com­pi­la­teurs arabes, tan­tôt aux fic­tions des roman­ciers alexan­drins. Par sa sophis­ti­ca­tion poé­tique, il dépas­sa les uns et les autres. Ses œuvres les plus impor­tantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil inti­tu­lé «Kham­seh»****Les Cinq») en arabe ou «Pandj Gandj»*****Les Cinq Tré­sors») en per­san. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout hon­nête homme devait connaître, au point d’en pou­voir réci­ter des pas­sages entiers. Au sein de leur aire cultu­relle, à tra­vers cette immen­si­té qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débor­dait même sur l’Inde musul­mane, elles occu­paient une place équi­va­lente à celle qu’eut «L’Énéide» en Europe occi­den­tale. «Les mérites et per­fec­tions mani­festes de Nezâ­mî — Allah lui soit misé­ri­cor­dieux! — se passent de com­men­taires. Per­sonne ne pour­rait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Tré­sors”; bien plus, cela échappe au pou­voir du genre humain», dira Djâ­mî****** en choi­sis­sant de se faire peindre age­nouillé devant son illustre pré­dé­ces­seur.

* Par­fois tra­duit «Le Maga­sin des secrets», «Le Maga­sin des mys­tères» ou «Le Tré­sor des mys­tères». Haut

** En per­san «مخزن الاسرار». Par­fois trans­crit «Makh­zan-ul-Asrâr», «Makh­zan ol-Asrâr», «Maḫ­zan al-Asrār», «Mahrzan­nol-Asrâr», «Makh­sen-oul Errâr», «Makh­zen ul-Esrâr» ou «Makh­zen el-Asrâr». Haut

*** En per­san نظامی گنجوی. Par­fois trans­crit Nadha­mi, Nid­ha­mi, Niz­hâ­mî, Niz­ha­my, Niza­my, Niza­mi, Nishâ­mi, Nisa­my, Nisa­mi, Nezâ­my ou Nez­ha­mi. Haut

**** En arabe «خمسة». Par­fois trans­crit «Kham­sè», «Kham­sah», «Kham­sa», «Ham­sa», «Ham­sah», «Hamse», «Cham­seh» ou «Ham­seh». Haut

***** En per­san «پنج گنج». Par­fois trans­crit «Pendsch Kendj», «Pendch Kendj», «Pandsch Gandsch», «Pendj Guendj», «Penj Ghenj», «Pentch-Ghandj» ou «Panj Ganj». Haut

****** «Le Béhâ­ris­tân», p. 185-186. Haut

Nezâmî, «Le Pavillon des sept princesses»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit du «Pavillon des sept prin­cesses»*Haft Pey­kar»**) de Nezâ­mî de Gand­jeh***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue per­sane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâ­mî fut le pre­mier qui rema­nia dans un sens roma­nesque le vieux fonds des tra­di­tions per­sanes. Sans se sou­cier d’en pré­ser­ver la pure­té et la cou­leur, il les amal­ga­ma libre­ment tan­tôt aux récits plus ou moins légen­daires des com­pi­la­teurs arabes, tan­tôt aux fic­tions des roman­ciers alexan­drins. Par sa sophis­ti­ca­tion poé­tique, il dépas­sa les uns et les autres. Ses œuvres les plus impor­tantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil inti­tu­lé «Kham­seh»****Les Cinq») en arabe ou «Pandj Gandj»*****Les Cinq Tré­sors») en per­san. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout hon­nête homme devait connaître, au point d’en pou­voir réci­ter des pas­sages entiers. Au sein de leur aire cultu­relle, à tra­vers cette immen­si­té qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débor­dait même sur l’Inde musul­mane, elles occu­paient une place équi­va­lente à celle qu’eut «L’Énéide» en Europe occi­den­tale. «Les mérites et per­fec­tions mani­festes de Nezâ­mî — Allah lui soit misé­ri­cor­dieux! — se passent de com­men­taires. Per­sonne ne pour­rait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Tré­sors”; bien plus, cela échappe au pou­voir du genre humain», dira Djâ­mî****** en choi­sis­sant de se faire peindre age­nouillé devant son illustre pré­dé­ces­seur.

* Par­fois tra­duit «Les Sept Beau­tés», «Les Sept Bel­vé­dères», «Les Sept Figures» ou «Les Sept Por­traits». Haut

** En per­san «هفت پیکر». Par­fois trans­crit «Haft Peï­gher», «Heft Peï­guer», «Haft Pai­ker», «Haft Pay­kar», «Haft Paï­kar» ou «Heft Peï­ker». Haut

*** En per­san نظامی گنجوی. Par­fois trans­crit Nadha­mi, Nid­ha­mi, Niz­hâ­mî, Niz­ha­my, Niza­my, Niza­mi, Nishâ­mi, Nisa­my, Nisa­mi, Nezâ­my ou Nez­ha­mi. Haut

**** En arabe «خمسة». Par­fois trans­crit «Kham­sè», «Kham­sah», «Kham­sa», «Ham­sa», «Ham­sah», «Hamse», «Cham­seh» ou «Ham­seh». Haut

***** En per­san «پنج گنج». Par­fois trans­crit «Pendsch Kendj», «Pendch Kendj», «Pandsch Gandsch», «Pendj Guendj», «Penj Ghenj», «Pentch-Ghandj» ou «Panj Ganj». Haut

****** «Le Béhâ­ris­tân», p. 185-186. Haut

Attar, «“Pend-namèh”, ou le Livre des conseils»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des conseils» («Pend namèh»*) attri­bué à Férid-eddin Attar** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»***; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»****. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle*****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san «پند‌نامه». Par­fois trans­crit «Pand-nāmeh», «Pand­nâme», «Pend­name», «Pand-nāma» ou «Pand-nāmah». Haut

** En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

*** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

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**** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

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***** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut