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Mot-cleflégendes bouddhiques

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Wu Cheng’en, «La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome II»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de «(Mémoire de) La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» («Xiyou ji»*), très célèbre roman-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pèle­rin. «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» est, comme on le sait, une sorte de dédou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la péré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le début du IXe siècle, l’imagination popu­laire chi­noise s’était empa­rée des exploits de ce moine en marche, par­ti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, cour­bé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il rame­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sacré dans la conca­vi­té d’un roseau. «Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et enten­du ce que nul autre n’a jamais vu et enten­du. Seul, il tra­ver­sa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes démo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grim­pa sur de fabu­leuses mon­tagnes… tou­jours refroi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est reve­nu sain et sauf [dans] son pays natal et avec si grande quan­ti­té de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ouvrages sacrés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… capables de faire envo­ler les puis­sances invi­sibles du mal»**. Ses «Mémoires» et sa «Bio­gra­phie» devinrent la source d’inspiration de nom­breuses légendes qui, mêlées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la «Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang» («Da Tang San­zang qu jing shi­hua»***), datée du Xe ou XIe siècle, on voit entrer en scène un Roi des Singes, accom­pa­gnant le pèle­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fabu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le «Râmâyaṇa». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aus­si pour sujet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un roman inti­tu­lé «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest», mais qui est per­du, si l’on excepte un frag­ment dans la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»

* En chi­nois «西遊記». Autre­fois trans­crit «Xiyu­ji», «Hsi-yu chi», «Si you tsi», «Sy-yeou-ky» ou «Si yeou ki». Haut

** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde», p. 362. Haut

*** En chi­nois «大唐三藏取經詩話». Haut

Wu Cheng’en, «La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome I»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de «(Mémoire de) La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» («Xiyou ji»*), très célèbre roman-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pèle­rin. «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» est, comme on le sait, une sorte de dédou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la péré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le début du IXe siècle, l’imagination popu­laire chi­noise s’était empa­rée des exploits de ce moine en marche, par­ti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, cour­bé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il rame­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sacré dans la conca­vi­té d’un roseau. «Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et enten­du ce que nul autre n’a jamais vu et enten­du. Seul, il tra­ver­sa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes démo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grim­pa sur de fabu­leuses mon­tagnes… tou­jours refroi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est reve­nu sain et sauf [dans] son pays natal et avec si grande quan­ti­té de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ouvrages sacrés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… capables de faire envo­ler les puis­sances invi­sibles du mal»**. Ses «Mémoires» et sa «Bio­gra­phie» devinrent la source d’inspiration de nom­breuses légendes qui, mêlées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la «Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang» («Da Tang San­zang qu jing shi­hua»***), datée du Xe ou XIe siècle, on voit entrer en scène un Roi des Singes, accom­pa­gnant le pèle­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fabu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le «Râmâyaṇa». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aus­si pour sujet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un roman inti­tu­lé «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest», mais qui est per­du, si l’on excepte un frag­ment dans la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»

* En chi­nois «西遊記». Autre­fois trans­crit «Xiyu­ji», «Hsi-yu chi», «Si you tsi», «Sy-yeou-ky» ou «Si yeou ki». Haut

** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde», p. 362. Haut

*** En chi­nois «大唐三藏取經詩話». Haut

Mujû, «Collection de sable et de pierres, “Shasekishû”»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de la «Col­lec­tion de sable et de pierres»*Sha­se­ki-shû» ou «Sase­ki-shû»**), recueil de contes amu­sants ou édi­fiants, de légendes reli­gieuses appar­te­nant à un genre que le Japon a culti­vé avec bon­heur — celui des «set­su­wa»***anec­dotes boud­dhiques pour pro­fanes»). Fruit de toute une vie pas­sée à prê­cher devant le com­mun du peuple, la «Col­lec­tion de sable et de pierres» est l’œuvre d’un moine, Ichien Mujû**** (XIIIe siècle apr. J.-C.), qui ne s’est jamais vrai­ment éloi­gné de ce peuple. Son nom Mujû, qui veut dire «sans demeure», prend un sens bien lit­té­ral si l’on consi­dère l’existence errante de cet orphe­lin éle­vé à la cam­pagne, sans grande édu­ca­tion, et qui, dans le sou­ci d’échapper aux ennuis de ce monde, s’était fait moine. Dans la pré­face à sa «Col­lec­tion de sable et de pierres», il se décrit lui-même comme un vieillard qui devrait, à l’approche de la mort, accu­mu­ler des pro­vi­sions pour le che­min vers les rives de l’autre monde; mais qui, au lieu de cela, ras­semble des anec­dotes insi­gni­fiantes, qui ins­truisent en fai­sant rire, sou­vent d’ailleurs aux dépens de membres du cler­gé comme lui : «Me réveillant de mon som­meil de vieillard», dit-il, «j’ai donc, d’une main légère, ras­sem­blé et noté ce que j’ai vu et ce que j’ai enten­du, en sui­vant le cours de mes sou­ve­nirs, comme on cueille des herbes marines ici et là, sans sépa­rer le bon du mau­vais». De même que l’or s’obtient en amas­sant du sable, et que les joyaux se trouvent dans des pierres brutes qu’il faut polir; de même, dit-il, il y a des prin­cipes pro­fonds de la véri­té boud­dhique enfouis au milieu des tri­via­li­tés et des bavar­dages où le conte prend sa source. C’est pour­quoi il choi­sit de don­ner à son recueil le titre de «Col­lec­tion de sable et de pierres».

* Autre­fois tra­duit «Recueil de rochers et de sable» ou «Col­lec­tion de sable et de galets». Haut

** En japo­nais «沙石集». Haut

*** En japo­nais 説話. Haut

**** En japo­nais 無住一円. Éga­le­ment connu sous le nom de Dôgyô Mujû (無住道暁). Haut

Chômei, «Histoires de conversion»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cer­gy

Il s’agit de Kamo no Chô­mei*, essayiste et moine japo­nais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa ving­tième année, étant deve­nu orphe­lin, il per­dit en même temps l’espoir d’hériter de l’office pater­nel — celui de gar­dien du fameux temple de Kamo, à Kyô­to. Il se voua, dès lors, à la poé­sie et à la musique. Vers sa trente-cin­quième année, fort du suc­cès que rem­por­ta auprès de l’Empereur son recueil poé­tique, le «Recueil de Chô­mei» («Chô­mei-shû»**), il reprit l’espoir de se pro­cu­rer la fonc­tion de son père; mais il man­quait de sou­tiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent défi­ni­ti­ve­ment de la suc­ces­sion et du palais. Cette décep­tion per­son­nelle, ain­si que les désastres et les cala­mi­tés qui vinrent frap­per le Japon au même moment (grand incen­die de Kyô­to en 1177, épou­van­tables famines sui­vies d’épidémies en 1181-1182, trem­ble­ment de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chô­mei de res­sen­tir l’instabilité des choses humaines, les­quelles lui fai­saient pen­ser «à la rosée sur le lise­ron du matin… : la rosée a beau demeu­rer, elle ne dure jamais jusqu’au soir»***. «Au fond, toutes les entre­prises humaines sont stu­pides et vaines», se dit-il****; et au milieu de ces hor­reurs, s’étant rasé la tête, il se reti­ra dans une petite cabane de dix pieds car­rés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shô­gun Sane­to­mo, son frère en poé­sie et en mal­heur, il alla pas­ser un peu de temps à Kama­ku­ra, il revint bien vite à la soli­tude de son ermi­tage. C’est là qu’il com­po­sa ses trois grands essais : 1o «Notes sans titre» («Mumyô-shô»******), livre de cri­tique poé­tique; 2o «His­toires de conver­sion» («Hos­shin­shû»*******), ouvrage d’édification boud­dhique, plein d’anecdotes sur les per­sonnes entrées en reli­gion et ayant renon­cé au siècle; et sur­tout 3o «Notes de ma cabane de moine» («Hôjô-ki»********), jour­nal intime médi­tant sur la vani­té du monde («mujô»*********) et le carac­tère éphé­mère de tout ce qui existe. Cette der­nière œuvre, mal­gré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre «zui­hit­su»**********essais au fil du pin­ceau») : «Après les “Notes de l’oreiller” et en atten­dant le “Cahier des heures oisives”, il consti­tue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait lais­sés la lit­té­ra­ture japo­naise», explique Michel Revon. «Chô­mei ne se contente pas de noter, à la for­tune du pin­ceau, des obser­va­tions ou des pen­sées dis­pa­rates, il veut phi­lo­so­pher, écrire d’une manière sui­vie… Et son char­mant écrit, si dénué de toute pré­ten­tion, n’en devient pas moins un expo­sé magis­tral de la sagesse pes­si­miste.»

* En japo­nais 鴨長明. Autre­fois trans­crit Tchô­mei ou Chou­mei. Chô­mei est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 長明, qui se lisent Nagaa­ki­ra à la japo­naise. On disait, paraît-il, Nagaa­ki­ra à l’époque de l’auteur; mais l’usage en a déci­dé autre­ment. Haut

** En japo­nais «長明集», inédit en fran­çais. Haut

*** «Notes de ma cabane de moine», p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japo­nais 日野山. Haut

****** En japo­nais «無名抄». Autre­fois trans­crit «Mou­miô­çô». Haut

******* En japo­nais «発心集». Haut

******** En japo­nais «方丈記». Autre­fois trans­crit «Hôd­jô­ki», «Hôziô­ki» ou «Hou­jou­ki». Haut

********* En japo­nais 無常. Haut

********** En japo­nais 随筆. Autre­fois trans­crit «zouï-hit­sou». Haut

Chômei, «Notes sans titre, “Mumyôshô” : propos sur les poètes et la poésie»

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chô­mei*, essayiste et moine japo­nais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa ving­tième année, étant deve­nu orphe­lin, il per­dit en même temps l’espoir d’hériter de l’office pater­nel — celui de gar­dien du fameux temple de Kamo, à Kyô­to. Il se voua, dès lors, à la poé­sie et à la musique. Vers sa trente-cin­quième année, fort du suc­cès que rem­por­ta auprès de l’Empereur son recueil poé­tique, le «Recueil de Chô­mei» («Chô­mei-shû»**), il reprit l’espoir de se pro­cu­rer la fonc­tion de son père; mais il man­quait de sou­tiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent défi­ni­ti­ve­ment de la suc­ces­sion et du palais. Cette décep­tion per­son­nelle, ain­si que les désastres et les cala­mi­tés qui vinrent frap­per le Japon au même moment (grand incen­die de Kyô­to en 1177, épou­van­tables famines sui­vies d’épidémies en 1181-1182, trem­ble­ment de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chô­mei de res­sen­tir l’instabilité des choses humaines, les­quelles lui fai­saient pen­ser «à la rosée sur le lise­ron du matin… : la rosée a beau demeu­rer, elle ne dure jamais jusqu’au soir»***. «Au fond, toutes les entre­prises humaines sont stu­pides et vaines», se dit-il****; et au milieu de ces hor­reurs, s’étant rasé la tête, il se reti­ra dans une petite cabane de dix pieds car­rés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shô­gun Sane­to­mo, son frère en poé­sie et en mal­heur, il alla pas­ser un peu de temps à Kama­ku­ra, il revint bien vite à la soli­tude de son ermi­tage. C’est là qu’il com­po­sa ses trois grands essais : 1o «Notes sans titre» («Mumyô-shô»******), livre de cri­tique poé­tique; 2o «His­toires de conver­sion» («Hos­shin­shû»*******), ouvrage d’édification boud­dhique, plein d’anecdotes sur les per­sonnes entrées en reli­gion et ayant renon­cé au siècle; et sur­tout 3o «Notes de ma cabane de moine» («Hôjô-ki»********), jour­nal intime médi­tant sur la vani­té du monde («mujô»*********) et le carac­tère éphé­mère de tout ce qui existe. Cette der­nière œuvre, mal­gré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre «zui­hit­su»**********essais au fil du pin­ceau») : «Après les “Notes de l’oreiller” et en atten­dant le “Cahier des heures oisives”, il consti­tue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait lais­sés la lit­té­ra­ture japo­naise», explique Michel Revon. «Chô­mei ne se contente pas de noter, à la for­tune du pin­ceau, des obser­va­tions ou des pen­sées dis­pa­rates, il veut phi­lo­so­pher, écrire d’une manière sui­vie… Et son char­mant écrit, si dénué de toute pré­ten­tion, n’en devient pas moins un expo­sé magis­tral de la sagesse pes­si­miste.»

* En japo­nais 鴨長明. Autre­fois trans­crit Tchô­mei ou Chou­mei. Chô­mei est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 長明, qui se lisent Nagaa­ki­ra à la japo­naise. On disait, paraît-il, Nagaa­ki­ra à l’époque de l’auteur; mais l’usage en a déci­dé autre­ment. Haut

** En japo­nais «長明集», inédit en fran­çais. Haut

*** «Notes de ma cabane de moine», p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japo­nais 日野山. Haut

****** En japo­nais «無名抄». Autre­fois trans­crit «Mou­miô­çô». Haut

******* En japo­nais «発心集». Haut

******** En japo­nais «方丈記». Autre­fois trans­crit «Hôd­jô­ki», «Hôziô­ki» ou «Hou­jou­ki». Haut

********* En japo­nais 無常. Haut

********** En japo­nais 随筆. Autre­fois trans­crit «zouï-hit­sou». Haut

Chômei, «Notes de ma cabane de moine»

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chô­mei*, essayiste et moine japo­nais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa ving­tième année, étant deve­nu orphe­lin, il per­dit en même temps l’espoir d’hériter de l’office pater­nel — celui de gar­dien du fameux temple de Kamo, à Kyô­to. Il se voua, dès lors, à la poé­sie et à la musique. Vers sa trente-cin­quième année, fort du suc­cès que rem­por­ta auprès de l’Empereur son recueil poé­tique, le «Recueil de Chô­mei» («Chô­mei-shû»**), il reprit l’espoir de se pro­cu­rer la fonc­tion de son père; mais il man­quait de sou­tiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent défi­ni­ti­ve­ment de la suc­ces­sion et du palais. Cette décep­tion per­son­nelle, ain­si que les désastres et les cala­mi­tés qui vinrent frap­per le Japon au même moment (grand incen­die de Kyô­to en 1177, épou­van­tables famines sui­vies d’épidémies en 1181-1182, trem­ble­ment de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chô­mei de res­sen­tir l’instabilité des choses humaines, les­quelles lui fai­saient pen­ser «à la rosée sur le lise­ron du matin… : la rosée a beau demeu­rer, elle ne dure jamais jusqu’au soir»***. «Au fond, toutes les entre­prises humaines sont stu­pides et vaines», se dit-il****; et au milieu de ces hor­reurs, s’étant rasé la tête, il se reti­ra dans une petite cabane de dix pieds car­rés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shô­gun Sane­to­mo, son frère en poé­sie et en mal­heur, il alla pas­ser un peu de temps à Kama­ku­ra, il revint bien vite à la soli­tude de son ermi­tage. C’est là qu’il com­po­sa ses trois grands essais : 1o «Notes sans titre» («Mumyô-shô»******), livre de cri­tique poé­tique; 2o «His­toires de conver­sion» («Hos­shin­shû»*******), ouvrage d’édification boud­dhique, plein d’anecdotes sur les per­sonnes entrées en reli­gion et ayant renon­cé au siècle; et sur­tout 3o «Notes de ma cabane de moine» («Hôjô-ki»********), jour­nal intime médi­tant sur la vani­té du monde («mujô»*********) et le carac­tère éphé­mère de tout ce qui existe. Cette der­nière œuvre, mal­gré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre «zui­hit­su»**********essais au fil du pin­ceau») : «Après les “Notes de l’oreiller” et en atten­dant le “Cahier des heures oisives”, il consti­tue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait lais­sés la lit­té­ra­ture japo­naise», explique Michel Revon. «Chô­mei ne se contente pas de noter, à la for­tune du pin­ceau, des obser­va­tions ou des pen­sées dis­pa­rates, il veut phi­lo­so­pher, écrire d’une manière sui­vie… Et son char­mant écrit, si dénué de toute pré­ten­tion, n’en devient pas moins un expo­sé magis­tral de la sagesse pes­si­miste.»

* En japo­nais 鴨長明. Autre­fois trans­crit Tchô­mei ou Chou­mei. Chô­mei est la lec­ture à la chi­noise des carac­tères 長明, qui se lisent Nagaa­ki­ra à la japo­naise. On disait, paraît-il, Nagaa­ki­ra à l’époque de l’auteur; mais l’usage en a déci­dé autre­ment. Haut

** En japo­nais «長明集», inédit en fran­çais. Haut

*** «Notes de ma cabane de moine», p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japo­nais 日野山. Haut

****** En japo­nais «無名抄». Autre­fois trans­crit «Mou­miô­çô». Haut

******* En japo­nais «発心集». Haut

******** En japo­nais «方丈記». Autre­fois trans­crit «Hôd­jô­ki», «Hôziô­ki» ou «Hou­jou­ki». Haut

********* En japo­nais 無常. Haut

********** En japo­nais 随筆. Autre­fois trans­crit «zouï-hit­sou». Haut

«Supplément aux “Contes d’Uji”»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”» («Uji shûi mono­ga­ta­ri»*). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»***. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants**** et deux autres***** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «宇治拾遺物語». Haut

** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

*** p. 7. Haut

**** VIII, XVIII et XXXI. Haut

***** XXII et XXIII. Haut

****** Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut

Takakuni, «Gouverneurs de province et Guerriers dans les “Histoires qui sont maintenant du passé”»

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Col­lège de France-Ins­ti­tut des hautes études japo­naises, coll. Biblio­thèque de l’Institut des hautes études japo­naises, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» («Kon­ja­ku mono­ga­ta­ri»*) éga­le­ment connues sous le titre d’«His­toires du Grand Conseiller d’Uji» («Uji dai­na­gon mono­ga­ta­ri»**). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni*** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»****. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants***** et deux autres****** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»*******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «今昔物語». Autre­fois trans­crit «Kond­ja­kou mono­ga­ta­ri» ou «Kon­ja­kou mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «宇治大納言物語». Haut

*** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

**** p. 7. Haut

***** VIII, XVIII et XXXI. Haut

****** XXII et XXIII. Haut

******* Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut

Takakuni, «Histoires d’amour du temps jadis»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» («Kon­ja­ku mono­ga­ta­ri»*) éga­le­ment connues sous le titre d’«His­toires du Grand Conseiller d’Uji» («Uji dai­na­gon mono­ga­ta­ri»**). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni*** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»****. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants***** et deux autres****** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»*******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «今昔物語». Autre­fois trans­crit «Kond­ja­kou mono­ga­ta­ri» ou «Kon­ja­kou mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «宇治大納言物語». Haut

*** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

**** p. 7. Haut

***** VIII, XVIII et XXXI. Haut

****** XXII et XXIII. Haut

******* Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut

Takakuni, «Histoires fantastiques du temps jadis»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» («Kon­ja­ku mono­ga­ta­ri»*) éga­le­ment connues sous le titre d’«His­toires du Grand Conseiller d’Uji» («Uji dai­na­gon mono­ga­ta­ri»**). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni*** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»****. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants***** et deux autres****** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»*******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «今昔物語». Autre­fois trans­crit «Kond­ja­kou mono­ga­ta­ri» ou «Kon­ja­kou mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «宇治大納言物語». Haut

*** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

**** p. 7. Haut

***** VIII, XVIII et XXXI. Haut

****** XXII et XXIII. Haut

******* Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut

Takakuni, «Histoires qui sont maintenant du passé, “Konjaku-monogatari shû”»

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» («Kon­ja­ku mono­ga­ta­ri»*) éga­le­ment connues sous le titre d’«His­toires du Grand Conseiller d’Uji» («Uji dai­na­gon mono­ga­ta­ri»**). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni*** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»****. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants***** et deux autres****** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»*******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «今昔物語». Autre­fois trans­crit «Kond­ja­kou mono­ga­ta­ri» ou «Kon­ja­kou mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «宇治大納言物語». Haut

*** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

**** p. 7. Haut

***** VIII, XVIII et XXXI. Haut

****** XXII et XXIII. Haut

******* Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut