Aller au contenu

Mot-clefinfluence bouddhique

sujet

«Wang Wei le Poète»

éd. Jouve, coll. Faculté des lettres de l’Université de Paris, Paris

éd. Jouve, coll. Facul­té des lettres de l’Université de Paris, Paris

Il s’agit de Wang Wei*, artiste chi­nois (VIIIe siècle apr. J.-C.), aus­si illustre en poé­sie qu’en pein­ture et en musique. La mort de son père le livra de bonne heure et tout entier à l’influence mater­nelle, qui impri­ma sur son génie une véri­table empreinte boud­dhique : c’est en elle qu’il faut voir la source de cet amour de la nature, de ce goût de la médi­ta­tion, de ce déta­che­ment du monde, de cette «pure­té déta­chée» («qing yi»**) qui pénètrent le carac­tère de Wang Wei et forment l’essence même de ses œuvres. On peut sup­po­ser que c’est aus­si sa mère qui le gui­da dans le choix de son sur­nom : Mo Jie***. En effet, ces deux idéo­grammes, joints à celui de son pré­nom Wei, forment le nom chi­nois du saint Vima­la­kîr­ti. Toute sa vie durant, Wang Wei obser­va un jeûne rigou­reux et s’abstint de viandes. Dans sa chambre dépouillée, hor­mis un ser­vice à thé, un luth et un lit de cordes, on ne voyait qu’une table basse sur laquelle étaient ran­gées les écri­tures boud­dhiques. On n’a pas rai­son de dou­ter qu’il avait une bonne connais­sance de ces écri­tures; mais une froide impres­sion d’immobilisme émane de ses poèmes qui, étant par­faits et sans défaut, cher­chant et attei­gnant leurs effets, sont par là moins humains, moins vivants. Une autre expli­ca­tion de cet immo­bi­lisme, c’est l’influence de la pein­ture et de la musique. Su Dong­po disait de Wang Wei que «ses poèmes étaient des tableaux, et ses tableaux — des poèmes». Un autre cri­tique qua­li­fiait sa poé­sie de «pein­ture sonore» («you sheng hua»****). On rap­porte, comme preuve de son savoir dans ces deux dif­fé­rents arts, l’anecdote sui­vante : «[Se trou­vant] un jour chez une per­sonne qui pos­sé­dait un tableau repré­sen­tant des musi­ciens en train de jouer d’un ins­tru­ment, Wang Wei regar­da le tableau et dit : “C’est la pre­mière mesure du troi­sième refrain de la danse des robes arc-en-ciel”. Les curieux firent venir des musi­ciens pour jouer cette pièce. Leur pose ins­tru­men­tale confir­ma l’affirmation de Wang Wei»

* En chi­nois 王維. Autre­fois trans­crit Uang Uei, Wang Wey, Ouang-oey, Ouang Oueï ou Ouan-ouey. Haut

** En chi­nois 清逸. Autre­fois trans­crit «ts’ing yi». Haut

*** En chi­nois 摩詰. Autre­fois trans­crit Mouo Kie ou Mo-k’i. Haut

**** En chi­nois 有聲畫. Autre­fois trans­crit «yeou-cheng-houa». Haut

Mujû, «Collection de sable et de pierres, “Shasekishû”»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de la «Col­lec­tion de sable et de pierres»*Sha­se­ki-shû» ou «Sase­ki-shû»**), recueil de contes amu­sants ou édi­fiants, de légendes reli­gieuses appar­te­nant à un genre que le Japon a culti­vé avec bon­heur — celui des «set­su­wa»***anec­dotes boud­dhiques pour pro­fanes»). Fruit de toute une vie pas­sée à prê­cher devant le com­mun du peuple, la «Col­lec­tion de sable et de pierres» est l’œuvre d’un moine, Ichien Mujû**** (XIIIe siècle apr. J.-C.), qui ne s’est jamais vrai­ment éloi­gné de ce peuple. Son nom Mujû, qui veut dire «sans demeure», prend un sens bien lit­té­ral si l’on consi­dère l’existence errante de cet orphe­lin éle­vé à la cam­pagne, sans grande édu­ca­tion, et qui, dans le sou­ci d’échapper aux ennuis de ce monde, s’était fait moine. Dans la pré­face à sa «Col­lec­tion de sable et de pierres», il se décrit lui-même comme un vieillard qui devrait, à l’approche de la mort, accu­mu­ler des pro­vi­sions pour le che­min vers les rives de l’autre monde; mais qui, au lieu de cela, ras­semble des anec­dotes insi­gni­fiantes, qui ins­truisent en fai­sant rire, sou­vent d’ailleurs aux dépens de membres du cler­gé comme lui : «Me réveillant de mon som­meil de vieillard», dit-il, «j’ai donc, d’une main légère, ras­sem­blé et noté ce que j’ai vu et ce que j’ai enten­du, en sui­vant le cours de mes sou­ve­nirs, comme on cueille des herbes marines ici et là, sans sépa­rer le bon du mau­vais». De même que l’or s’obtient en amas­sant du sable, et que les joyaux se trouvent dans des pierres brutes qu’il faut polir; de même, dit-il, il y a des prin­cipes pro­fonds de la véri­té boud­dhique enfouis au milieu des tri­via­li­tés et des bavar­dages où le conte prend sa source. C’est pour­quoi il choi­sit de don­ner à son recueil le titre de «Col­lec­tion de sable et de pierres».

* Autre­fois tra­duit «Recueil de rochers et de sable» ou «Col­lec­tion de sable et de galets». Haut

** En japo­nais «沙石集». Haut

*** En japo­nais 説話. Haut

**** En japo­nais 無住一円. Éga­le­ment connu sous le nom de Dôgyô Mujû (無住道暁). Haut

«Un Moine de la secte Kegon à l’époque de Kamakura : Myōe (1173-1232) et le “Journal de ses rêves”»

éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

éd. École fran­çaise d’Extrême-Orient, coll. Publi­ca­tions de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit du «Jour­nal des rêves» («Yume no ki»*) que le moine boud­dhiste Myôe** a tenu depuis l’âge de dix-neuf ans jusqu’à sa mort, à l’âge de cin­quante-neuf ans. On pos­sède des frag­ments de ce «Jour­nal» sous forme de rou­leaux, de fas­ci­cules reliés et de feuillets; ils étaient entre­po­sés par Myôe lui-même dans un cof­fret en bois, qu’il por­tait tou­jours sur lui; il n’y met­tait que des objets pré­cieux qu’il ne vou­lait pas divul­guer au grand public. Sorte de chro­nique oni­rique, ce «Jour­nal» se com­pose de rêves («yume»***), d’apparitions ou de visions au cours d’exercices reli­gieux («kôsô»****), et de fan­tasmes ou d’hallucinations («mabo­ro­shi»*****); c’est le plus ancien, sinon le seul, docu­ment de ce genre au Japon (XIIe-XIIIe siècle). Écrit sans grande por­tée méta­phy­sique ni visée lit­té­raire, il contient plus de super­sti­tion que de foi; plus de naï­ve­té que d’enseignement; il fait sou­rire plus qu’il n’édifie. On y apprend, par exemple, que Myôe conçut par deux fois le pro­jet de se rendre dans la patrie du Boud­dha, aux Indes, et qu’il fit même ses bagages; mais, à cause d’un rêve funeste qu’il eut au der­nier moment, il y renon­ça par deux fois. Et heu­reu­se­ment; sinon, il aurait pu se faire dévo­rer par un tigre du Ben­gale. Pour cal­mer le dépit que lui cau­sèrent ces annu­la­tions, il pra­ti­qua la médi­ta­tion sur l’île de Taka-shi­ma («l’île aux Fau­cons»), en se disant que l’eau des Indes, par je ne sais quel miracle géo­gra­phique, devait venir jusqu’à cette île. On cite ce mot de lui : «Il n’est pas une pierre [de cette île] sur laquelle je ne me sois assis [pour médi­ter]»******. Il empor­ta une de ces pierres dans ses bagages, et avant de mou­rir, il lui adres­sa un poème d’adieu :

«Quand je serai mort,
Si à per­sonne tu ne peux t’attacher,
Envole-toi vite
Et retourne en ton pays,
Ô! ma pierre de l’île aux Fau­cons
»

* En japo­nais «夢記». Haut

** En japo­nais 明恵. Haut

*** En japo­nais . Haut

**** En japo­nais 好相. Haut

***** En japo­nais . Haut

****** Dans Nino­miya Masayu­ki, «La Pen­sée de Kobaya­shi Hideo», p. 212. Haut

Saigyô, «Poèmes de ma hutte de montagne»

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

«La Légende de Saïgyô»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cer­gy

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

Saigyô, «Vers le Vide : poèmes»

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

«Ryôkan, moine errant et poète : portrait et poèmes»

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris

Il s’agit des poèmes de Yama­mo­to Eizô*, ermite japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le sur­nom de Ryô­kan**. Enfant taci­turne et soli­taire, adon­né à de vastes lec­tures, il réflé­chis­sait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il com­prit que c’était le Boud­dha qui pour­rait don­ner réponse à ses ques­tions exis­ten­tielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il ser­ra dans ses bras ses six frères et sœurs : «Pre­nant mes mains dans les siennes, ma mère a long­temps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai deman­dé congé, elle m’a dit, de sa parole deve­nue aus­tère : “Ne laisse jamais dire aux gens ren­con­trés que tu as en vain quit­té le monde”. Aujourd’hui, je me rap­pelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir»***. Dans son ermi­tage au toit de chaume, Ryô­kan res­tait cloî­tré, quel­que­fois pen­dant des jours, à médi­ter, à lire des clas­siques et à com­po­ser des poèmes. Un de ses contem­po­rains****, qui s’y abri­ta de la pluie, raconte***** : «[À] l’intérieur de cet ermi­tage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule sta­tue du Boud­dha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accou­doir, ins­tal­lé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édi­tion xylo­gra­phique de “L’Œuvre com­plète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insé­rées des cal­li­gra­phies, tra­cées en style cur­sif, d’anciens poèmes chi­nois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qua­li­té, mais les cal­li­gra­phies en ques­tion l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent».

* En japo­nais 山本栄蔵. Haut

** En japo­nais 良寛. Par­fois trans­crit Ryok­wan. Haut

*** Tra­duc­tion de M. Domi­nique Blain, p. 27. Haut

**** Kon­dô Man­jô. Haut

***** Tra­duc­tion de Mme Mit­chi­ko Ishi­ga­mi-Iagol­nit­zer, p. 104-106. Haut

Ryôkan, «Les Quatre-vingt-dix-neuf Haïku»

éd. Verdier, Lagrasse

éd. Ver­dier, Lagrasse

Il s’agit des poèmes de Yama­mo­to Eizô*, ermite japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le sur­nom de Ryô­kan**. Enfant taci­turne et soli­taire, adon­né à de vastes lec­tures, il réflé­chis­sait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il com­prit que c’était le Boud­dha qui pour­rait don­ner réponse à ses ques­tions exis­ten­tielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il ser­ra dans ses bras ses six frères et sœurs : «Pre­nant mes mains dans les siennes, ma mère a long­temps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai deman­dé congé, elle m’a dit, de sa parole deve­nue aus­tère : “Ne laisse jamais dire aux gens ren­con­trés que tu as en vain quit­té le monde”. Aujourd’hui, je me rap­pelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir»***. Dans son ermi­tage au toit de chaume, Ryô­kan res­tait cloî­tré, quel­que­fois pen­dant des jours, à médi­ter, à lire des clas­siques et à com­po­ser des poèmes. Un de ses contem­po­rains****, qui s’y abri­ta de la pluie, raconte***** : «[À] l’intérieur de cet ermi­tage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule sta­tue du Boud­dha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accou­doir, ins­tal­lé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édi­tion xylo­gra­phique de “L’Œuvre com­plète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insé­rées des cal­li­gra­phies, tra­cées en style cur­sif, d’anciens poèmes chi­nois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qua­li­té, mais les cal­li­gra­phies en ques­tion l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent».

* En japo­nais 山本栄蔵. Haut

** En japo­nais 良寛. Par­fois trans­crit Ryok­wan. Haut

*** Tra­duc­tion de M. Domi­nique Blain, p. 27. Haut

**** Kon­dô Man­jô. Haut

***** Tra­duc­tion de Mme Mit­chi­ko Ishi­ga­mi-Iagol­nit­zer, p. 104-106. Haut

Ryôkan, «La Rosée d’un lotus, “Hachisu no tsuyu”»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit des poèmes de Yama­mo­to Eizô*, ermite japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le sur­nom de Ryô­kan**. Enfant taci­turne et soli­taire, adon­né à de vastes lec­tures, il réflé­chis­sait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il com­prit que c’était le Boud­dha qui pour­rait don­ner réponse à ses ques­tions exis­ten­tielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il ser­ra dans ses bras ses six frères et sœurs : «Pre­nant mes mains dans les siennes, ma mère a long­temps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai deman­dé congé, elle m’a dit, de sa parole deve­nue aus­tère : “Ne laisse jamais dire aux gens ren­con­trés que tu as en vain quit­té le monde”. Aujourd’hui, je me rap­pelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir»***. Dans son ermi­tage au toit de chaume, Ryô­kan res­tait cloî­tré, quel­que­fois pen­dant des jours, à médi­ter, à lire des clas­siques et à com­po­ser des poèmes. Un de ses contem­po­rains****, qui s’y abri­ta de la pluie, raconte***** : «[À] l’intérieur de cet ermi­tage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule sta­tue du Boud­dha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accou­doir, ins­tal­lé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édi­tion xylo­gra­phique de “L’Œuvre com­plète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insé­rées des cal­li­gra­phies, tra­cées en style cur­sif, d’anciens poèmes chi­nois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qua­li­té, mais les cal­li­gra­phies en ques­tion l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent».

* En japo­nais 山本栄蔵. Haut

** En japo­nais 良寛. Par­fois trans­crit Ryok­wan. Haut

*** Tra­duc­tion de M. Domi­nique Blain, p. 27. Haut

**** Kon­dô Man­jô. Haut

***** Tra­duc­tion de Mme Mit­chi­ko Ishi­ga­mi-Iagol­nit­zer, p. 104-106. Haut

«Ryôkan, moine zen»

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris

éd. du Centre natio­nal de la recherche scien­ti­fique (CNRS), Paris

Il s’agit des poèmes de Yama­mo­to Eizô*, ermite japo­nais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le sur­nom de Ryô­kan**. Enfant taci­turne et soli­taire, adon­né à de vastes lec­tures, il réflé­chis­sait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il com­prit que c’était le Boud­dha qui pour­rait don­ner réponse à ses ques­tions exis­ten­tielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il ser­ra dans ses bras ses six frères et sœurs : «Pre­nant mes mains dans les siennes, ma mère a long­temps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai deman­dé congé, elle m’a dit, de sa parole deve­nue aus­tère : “Ne laisse jamais dire aux gens ren­con­trés que tu as en vain quit­té le monde”. Aujourd’hui, je me rap­pelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir»***. Dans son ermi­tage au toit de chaume, Ryô­kan res­tait cloî­tré, quel­que­fois pen­dant des jours, à médi­ter, à lire des clas­siques et à com­po­ser des poèmes. Un de ses contem­po­rains****, qui s’y abri­ta de la pluie, raconte***** : «[À] l’intérieur de cet ermi­tage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule sta­tue du Boud­dha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accou­doir, ins­tal­lé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édi­tion xylo­gra­phique de “L’Œuvre com­plète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insé­rées des cal­li­gra­phies, tra­cées en style cur­sif, d’anciens poèmes chi­nois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qua­li­té, mais les cal­li­gra­phies en ques­tion l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent».

* En japo­nais 山本栄蔵. Haut

** En japo­nais 良寛. Par­fois trans­crit Ryok­wan. Haut

*** Tra­duc­tion de M. Domi­nique Blain, p. 27. Haut

**** Kon­dô Man­jô. Haut

***** Tra­duc­tion de Mme Mit­chi­ko Ishi­ga­mi-Iagol­nit­zer, p. 104-106. Haut

Kôbô-daishi, «La Vérité finale des trois enseignements»

éd. Poiesis, Paris

éd. Poie­sis, Paris

Il s’agit de «La Véri­té finale pour les sourds et les aveugles» («Rôko-shii­ki»*), trai­té de morale en action, plus connu sous le titre de «La Véri­té finale des trois ensei­gne­ments» («San­gô-shii­ki»**). Son auteur, l’introducteur du boud­dhisme éso­té­rique au Japon et le fon­da­teur de l’école tan­trique Shin­gon («la vraie parole»), naquit en 774 apr. J.-C. Ses qua­li­tés intel­lec­tuelles le pous­saient, dès son enfance, à se reti­rer dans les mon­tagnes. Il en éprou­vait à chaque fois une grande joie, disant : «Une fois dans les forêts mon­ta­gneuses, j’en oublie de ren­trer chez moi… La rivière pure de la mon­tagne ne cesse de com­pa­tir envers les per­sonnes se noyant dans le poi­son de l’honneur et de l’argent! Qu’ils ne soient pas brû­lés dans le [tour­billon] du monde! Qu’ils quittent tout de suite ce lieu impur pour entrer dans la terre de la Loi!»*** Il fut envoyé, à l’âge de quinze ans, à la capi­tale impé­riale pour entrer dans la car­rière des lettres — voie qu’il aban­don­na cepen­dant pour s’engager dans celle, plus aus­tère, des canons boud­dhiques. Remar­qué pour son éru­di­tion, on lui confé­ra d’abord le titre de Kûkai****l’Océan du vide»*****), et bien plus tard, celui de Kôbô-dai­shi******le Grand Maître qui répand la Loi»*******) sous lequel il est connu. En 804 apr. J.-C., il fut nom­mé pour aller à une ambas­sade en Chine, où il demeu­ra plus de deux ans à se per­fec­tion­ner dans la connais­sance des soû­tras éso­té­riques. À son retour, par un pieux et habile men­songe, il sou­tint que la déesse shin­toïste du soleil — la Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel — était une incar­na­tion du Boud­dha. Ain­si har­mo­ni­sée avec les croyances natio­nales, la reli­gion boud­dhique se pro­pa­gea avec une rapi­di­té extra­or­di­naire, et il y eut bien­tôt une mode, chez les nobles, de se raser la tête pour se reti­rer du monde. Quant à Kôbô-dai­shi, sa figure emblé­ma­tique sus­ci­ta l’apparition de nom­breuses légendes et de récits hagio­gra­phiques, en par­ti­cu­lier le «Rou­leau enlu­mi­né sur la vie du saint homme Kôbô-dai­shi» («Kôbô-dai­shi gyô­jô ema­ki»********) où l’on le repré­sente chas­sant les êtres malé­fiques, repous­sant les ténèbres de l’ignorance qu’ils incarnent et dif­fu­sant «la vraie parole» dans l’archipel. Par­mi les ouvrages qu’il lais­sa à sa mort, le plus acces­sible et le moins aride, en même temps que le moins rebu­tant, est «La Véri­té finale des trois ensei­gne­ments». C’est à peine si l’on y recon­naît quelques traces des soû­tras éso­té­riques, et il faut y voir plu­tôt un recueil d’instruction morale qu’un livre reli­gieux pro­pre­ment dit. On ne peut pas en dire autant du reste de ses ouvrages, qui reposent sur l’usage de for­mules invo­ca­toires («man­tra»), de dia­grammes mys­tiques («man­da­la»), réser­vés au cercle res­treint des ini­tiés.

* En japo­nais «聾瞽指帰». Haut

** En japo­nais «三教指帰». Haut

*** Dans Asu­ka Ryô­ko, «La Vie du moine Kukai», p. 106-107. Haut

**** En japo­nais 空海. Autre­fois trans­crit Kô-kaï ou Kou­kaï. Haut

***** Par­fois tra­duit «Océan de vacui­té». Haut

****** En japo­nais 弘法大師. Autre­fois trans­crit Kô-bau Daï-si. Haut

******* Autre­fois tra­duit «Grand Maître pro­pa­ga­teur de la Loi». Haut

******** En japo­nais «弘法大師行状繪卷». Haut

«Supplément aux “Contes d’Uji”»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”» («Uji shûi mono­ga­ta­ri»*). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»***. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants**** et deux autres***** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «宇治拾遺物語». Haut

** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

*** p. 7. Haut

**** VIII, XVIII et XXXI. Haut

***** XXII et XXIII. Haut

****** Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut

Takakuni, «Gouverneurs de province et Guerriers dans les “Histoires qui sont maintenant du passé”»

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Col­lège de France-Ins­ti­tut des hautes études japo­naises, coll. Biblio­thèque de l’Institut des hautes études japo­naises, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» («Kon­ja­ku mono­ga­ta­ri»*) éga­le­ment connues sous le titre d’«His­toires du Grand Conseiller d’Uji» («Uji dai­na­gon mono­ga­ta­ri»**). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Mina­mo­to no Taka­ku­ni*** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui sup­por­tait mal dans sa vieillesse les cha­leurs de l’été et qui se reti­rait chaque année, du cin­quième au hui­tième mois, à Uji, au Sud de Kyô­to. Là, dans une tenue négli­gée, se fai­sant éven­ter d’un grand éven­tail, il fai­sait appe­ler à lui les pas­sants, sans se sou­cier de leur rang, et les priait de racon­ter des his­toires du pas­sé, cepen­dant que lui-même, éten­du à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : «Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aus­si des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plai­sants, il en était de ter­ri­fiants, il en était d’émouvants, il en était de répu­gnants. Quelques-uns étaient sans rime ni rai­son, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce», dit le «Sup­plé­ment aux “His­toires d’Uji”»****. La par­tie des «His­toires qui sont main­te­nant du pas­sé» rela­tive au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tan­dis que les par­ties consa­crées à l’Inde et à la Chine ne com­prennent cha­cune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui man­quants***** et deux autres****** ne nous sont par­ve­nus qu’en un état incom­plet. Tel quel pour­tant, le recueil est encore d’une éton­nante richesse, et les mille cin­quante-neuf récits qu’il contient font pen­ser à un admi­rable kaléi­do­scope qui nous pré­sente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inat­ten­dues et sur­pre­nantes : «Un défi­lé de per­son­nages appar­te­nant à toutes les caté­go­ries de la socié­té anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sen­ti­ments et les sou­cis des humbles n’ont pas une digni­té moindre que ceux des grands… La varié­té des récits, badins ou bur­lesques, ins­truc­tifs ou édi­fiants, fan­tas­tiques ou tou­chants, donne la pos­si­bi­li­té de s’exprimer à toutes les émo­tions, des plus nobles aux moins raf­fi­nées»*******. Tous débutent par la for­mule «main­te­nant, c’est du pas­sé» (pro­non­cée «ima wa muka­shi» à la japo­naise, «kon­ja­ku» à la chi­noise) qui fut choi­sie par Taka­ku­ni parce qu’elle exprime à mer­veille l’idée boud­dhique selon laquelle le pas­sé existe au même titre et avec la même réa­li­té que le «main­te­nant».

* En japo­nais «今昔物語». Autre­fois trans­crit «Kond­ja­kou mono­ga­ta­ri» ou «Kon­ja­kou mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «宇治大納言物語». Haut

*** En japo­nais 源隆国. Autre­fois trans­crit Mina­mo­to no Taka­kou­ni. Haut

**** p. 7. Haut

***** VIII, XVIII et XXXI. Haut

****** XXII et XXIII. Haut

******* Jean Guilla­maud, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise». Haut