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Mot-clef9ᵉ siècle

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Junayd, «Enseignement spirituel : traités, lettres, oraisons et sentences»

éd. Actes Sud, coll. Babel, Arles

éd. Actes Sud, coll. Babel, Arles

Il s’agit de Junayd Bagh­dâ­dî*, maître sou­fi de Bag­dad (IXe-Xe siècle apr. J.-C.), qui posa les bases solides sur les­quelles allaient s’élever les grands sys­tèmes de la mys­tique musul­mane. Bien qu’il ensei­gnât dans sa mai­son et ne diri­geât pas une com­mu­nau­té, ses contem­po­rains lui décer­nèrent le titre de «Sei­gneur de la Tri­bu spi­ri­tuelle» («Sayyid al-Tâ’ifa»**). L’un d’eux rap­porte*** : «Mes yeux n’avaient jamais contem­plé quelqu’un comme Junayd Bagh­dâ­dî : les écri­vains venaient à lui pour son style, les phi­lo­sophes le recher­chaient pour la pro­fon­deur de ses pen­sées, les poètes se ren­daient auprès de lui pour ses méta­phores, les théo­lo­giens pour sa dia­lec­tique; et le niveau de son dis­cours était tou­jours plus éle­vé que le leur, en intel­li­gence, élo­quence et ensei­gne­ment». Junayd véné­rait Bâyazîd Bis­tâ­mî, l’extravagant par­ti­san de l’union divine, dont il tra­dui­sit les «Dits exta­tiques», et au sujet duquel il décla­rait : «Bâyazîd avait réa­li­sé un pre­mier état spi­ri­tuel dans lequel “toutes les choses avaient dis­pa­ru pour lui”, et un second état dans lequel “cette dis­pa­ri­tion avait dis­pa­ru”»****. Cette phrase dif­fi­cile veut dire : Dans un pre­mier temps, le sou­fi, ivre sous l’emprise divine, perd son exis­tence indi­vi­duelle et dis­pa­raît; mais cette ivresse elle-même doit dis­pa­raître pour que le sou­fi puisse éva­cuer de son âme les maux funestes de l’hébétude et de la confu­sion et reve­nir à la vie : «Il sera [de nou­veau], après n’avoir pas été, là où il avait été… Il sera “un exis­tant qui est”, après avoir été “un exis­tant pri­vé d’être”. Il en est ain­si, parce qu’il sera pas­sé de l’ivresse de l’emprise divine à la luci­di­té du dégri­se­ment»*****. Dit autre­ment, la recherche «de l’ivresse, de l’enivrement» («sukr»), «de la dis­pa­ri­tion, de l’anéantissement» («fanâ’») est jouis­sive, car elle libère la conscience humaine des tra­cas qu’elle connaît d’habitude; mais cette recherche, d’après Junayd, ne convient qu’aux débu­tants; elle doit céder le pas «à la sobrié­té, au dégri­se­ment» («sahw»), «à la péren­ni­sa­tion, à la per­ma­nence» («baqâ’») pour que celui qui avait dis­pa­ru puisse reprendre sa place par­mi les hommes, désor­mais lucide, dégri­sé, mais inves­ti de la pré­sence per­ma­nente de Dieu.

* En arabe الجنيد البغدادي. Par­fois trans­crit Djo­néid, Djo­naïd, Djou­neïd, Dju­neid, Dju­naid, al-Dju­nayd, Dschu­neid, Dschu­naid, Dschu­neyd, Dscho­naid, Dscho­neid, Cüneyd, Cünayd, Cüneid, el-Joneid, Joneyd, Jonayd, al-Jonaid, Juneyd, Juneid, Junaïd, al-Jou­nayd, Jou­neyd, Jou­neïd, Ǵonayd, Ǧunaid ou al-Ǧunayd. Haut

** En arabe سيد الطائفة. Autre­fois trans­crit Saïyid-i Tâï­fa, Saiyi­du ’ṭ-Ṭāi­fa ou Sayyid-ut-Tai­fa. Haut

*** p. 12-13. Haut

**** p. 197. Haut

***** p. 151. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome VIII»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome VII»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome VI»

éd. Les Belles Lettres, coll. byzantine, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. byzan­tine, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome V»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome IV»

éd. Les Belles Lettres, coll. byzantine, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. byzan­tine, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome III»

éd. Les Belles Lettres, coll. byzantine, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. byzan­tine, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Maximes pour la conduite du prince Michel, roi de Bulgarie»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de la «Lettre à Michel, roi de Bul­ga­rie» («Epis­to­lê pros Michaêl ton archon­ta Boul­ga­rias»*) de Pho­tius**, patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Du temps de Pho­tius, les Bul­gares, voi­sins redou­tables par leurs guerres sou­vent heu­reuses, don­naient beau­coup de mal à l’Empereur de Constan­ti­nople. Tan­tôt alliés et tan­tôt oppo­sés aux diverses tri­bus des Bal­kans, ils avaient conquis sur les Grecs d’importantes pro­vinces et s’étaient avan­cés même jusqu’au Pélo­pon­nèse, en répan­dant la langue slave, qui était deve­nue la leur, dans les ter­ri­toires qu’ils occu­paient, et où on la parle encore de nos jours. Ils avaient trou­vé sur ces ter­ri­toires des prêtres grecs, des­quels ils avaient reçu les pre­mières lumières de la reli­gion, quoiqu’il y ait lieu de dou­ter, avec Vol­taire***, que «ces Bul­gares, qui buvaient dans le crâne de leurs enne­mis, fussent d’excellents théo­lo­giens». Pho­tius, habile poli­ti­cien, voyait que, s’il y avait quelque espoir d’amadouer ces hommes féroces, c’était par la confor­mi­té d’un même culte et d’une même foi, plu­tôt que par la force des armes. Il n’attendait qu’une occa­sion et il crut qu’elle s’offrait à lui : car Boris****, roi de Bul­ga­rie, venait de se conver­tir sous le nom chré­tien de Michel. Pho­tius, per­sua­dé que la reli­gion rap­pro­che­rait les deux peuples, essaya de la faire ser­vir aux inté­rêts de l’État, en sou­met­tant cette Église nais­sante à celle de Constan­ti­nople. Pour cela, il fal­lait s’insinuer dans l’esprit du roi bul­gare; et ce fut dans ce but qu’il envoya une «Lettre à Michel, roi de Bul­ga­rie» pour lui don­ner des ins­truc­tions, tant sur les devoirs d’un chré­tien, que sur ceux d’un bon prince. Clas­ser cette lettre par­mi les «plus beaux monu­ments de l’Antiquité»*****, c’est lui faire un hon­neur qu’elle ne mérite pas; mais il faut avouer qu’elle est ce que Pho­tius a écrit de plus agréable et de plus pro­fi­table dans sa cor­res­pon­dance : car les maximes et les règles de conduite s’y placent tout natu­rel­le­ment, sans pédan­tisme, et l’on se sent en pré­sence d’un patriarche qui n’est pas moins impré­gné de sagesse païenne, que de mora­li­té chré­tienne.

* En grec «Ἐπιστολὴ πρὸς Μιχαὴλ τὸν ἄρχοντα Βουλγαρίας». Haut

** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

*** «Bul­gares» dans «Dic­tion­naire phi­lo­so­phique». Haut

**** En bul­gare Борис. Éga­le­ment connu sous le nom de Bogo­ris (Богорис). Haut

***** p. 9. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. byzantine, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. byzan­tine, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

Photius, «Bibliothèque. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. byzantine, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. byzan­tine, Paris

Il s’agit de la «Biblio­thèque» («Biblio­thê­kê»*) ou la «Myriade de livres» («Myrio­bi­blon» ou «Myrio­bi­blos»**) de Pho­tius***, véné­rable patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Ce pré­ten­du héré­tique, à qui l’Église romaine attri­bue­ra les aveu­gle­ments ayant mené au schisme des deux chré­tien­tés, celle d’Orient et celle d’Occident, fai­sant men­tir son beau nom de Pho­tius («lumière») — ce pré­ten­du héré­tique, dis-je, était l’homme le plus savant de son temps. Doué d’une mémoire pro­di­gieuse et d’une grande ardeur pour le tra­vail, il avait de l’érudition en tout genre. Ses connais­sances étaient uni­ver­selles; et contrai­re­ment à l’habitude de ceux qui s’appliquent à tant de choses, il savait bien appro­fon­dir les ques­tions par­ti­cu­lières quand il les trai­tait. Le recueil qui a mon­tré l’étendue de tout ce qu’il avait lu, de tout ce qu’il avait étu­dié, et qui a immor­ta­li­sé son nom à titre de savant, est sa «Biblio­thèque». Y sont résu­més deux cent quatre-vingts ouvrages anciens, par­mi les­quels il y a plus de cent trente qui n’existent plus en entier ou en par­tie, et dont les auteurs nous sont à peine connus de nom. Pho­tius écri­vit ces résu­més avant son acces­sion au siège patriar­cal, et dans le temps où, envoyé en ambas­sade auprès des Assy­riens, il trou­vait assez de loi­sir pour s’occuper de lit­té­ra­ture. On apprend, par sa lettre à son frère Tara­sius****, qu’étant à Constan­ti­nople, les deux frères lisaient ensemble à haute voix; mais que, ne pou­vant plus, à cause de leur éloi­gne­ment, faire ces sortes de lec­tures en com­mun, Tara­sius pria son frère de lui envoyer les résu­més ou les «argu­ments» («hypo­the­seis»*****) des livres à la lec­ture des­quels il n’avait pas pu par­ti­ci­per, pour se conso­ler un peu de cette longue et pénible sépa­ra­tion. Voi­là le pré­texte et le mobile de la «Biblio­thèque».

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** En grec «Μυριόϐιϐλος». Ni le titre de «Biblio­thê­kê» ni celui de «Myrio­bi­blos» ne sont de l’auteur. Dans les manus­crits, le titre est celui qu’on lit en tête de la lettre de Pho­tius à Tara­sius : «Inven­taire et Énu­mé­ra­tion des livres que nous avons lus, et dont notre bien-aimé frère Tara­sius nous a deman­dé d’avoir une idée som­maire» («Ἀπογραφή καὶ Συναρίθμησις τῶν ἀνεγνωσμένων ἡμῖν βιϐλίων, ὧν εἰς κεφαλαιώδη διάγνωσιν ὁ ἠγαπημένος ἡμῶν ἀδελφός Ταράσιος ἐξηιτήσατο»). Haut

*** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

**** En grec Ταράσιος. Par­fois trans­crit Taraise ou Tara­sios. Haut

***** En grec ὑποθέσεις. Haut

«La Double Inspiration du poète Po Kiu-yi (772-846)»

éd. P. Bossuet, coll. Faculté des lettres de l’Université de Paris, Paris

éd. P. Bos­suet, coll. Facul­té des lettres de l’Université de Paris, Paris

Il s’agit de Bai Juyi*, le poète le plus talen­tueux de la Chine, avec Li Po (IXe siècle apr. J.-C.). Au contraire de son pays, où sa popu­la­ri­té décrut au fil des siècles, le Viêt-nam et le Japon, sans doute grâce à leur lec­to­rat fémi­nin, le tinrent tou­jours pour un modèle suprême et allèrent jusqu’à en faire une sorte de dieu tuté­laire. Déjà de son vivant, sa «Chan­son des regrets éter­nels» («Chang hen ge»**) et sa «Bal­lade du luth»Pi pa xing»***) jouis­saient d’un pres­tige incom­pa­rable auprès des femmes : «Veuves et vierges ont sou­vent, à la bouche, un poème de moi… À ma vue, les chan­teuses me dési­gnent du doigt, en se disant entre elles : voi­ci le maître de la “Chan­son des regrets éter­nels”», dit-il dans une lettre****. «Le trait prin­ci­pal… de Bai Juyi, qui fait son mérite prin­ci­pal en tant que poète», dit un cri­tique*****, «c’est l’extrême sim­pli­ci­té de son élo­cu­tion, le natu­rel de toute son œuvre». Bai Juyi renon­çait au lan­gage trop savant, trop froid, trop dense que ses pré­dé­ces­seurs polis­saient et cise­laient depuis des siècles jusqu’à être sou­vent un peu obs­curs. On pré­tend qu’il lisait ses vers à une vieille dame illet­trée et ne ces­sait de les chan­ger jusqu’à ce que cette der­nière lui fît entendre qu’elle avait tout com­pris. On com­pare son style simple, abon­dant, régu­lier à l’eau d’une fon­taine qui coule nuit et jour sur la petite place du vil­lage, et où tout le monde s’abreuve :

«Dan­seuse tar­tare! Dan­seuse tar­tare!
L’âme répond au son des cordes,
Les mains répondent au tam­bour.
La musique pré­lude, elle s’élance, manches hautes.
Pal­pi­tante comme la neige, fré­mis­sante comme le roseau,
À droite et à gauche, inlas­sable, elle pivote,
Mille et mille tours se pour­suivent sans trêve.
Rien de ce monde ne pour­rait l’égaler :
Voi­ture, moins rapide; tour­billon, moins pri­me­sau­tier.
La danse finie, à plu­sieurs reprises elle salue et remer­cie
Le sou­ve­rain qui sou­rit légè­re­ment
»

* En chi­nois 白居易. Autre­fois trans­crit Pé-kiu-y, Po Kiu-i, Po Kiu-yi, Po Tchu-yi, Pai Chui, Bo Ju yi, Po Chü-i ou Po Chu yi. Haut

** En chi­nois «長恨歌». Autre­fois trans­crit «Tch’ang-hen-ko» ou «Ch’ang-hen ko». Haut

*** En chi­nois «琵琶行». Autre­fois trans­crit «P’i-pa-hing», «Pi pa sing» ou «Pï-pá hsing». Haut

**** Dans Lo Ta-kang, «La Double Ins­pi­ra­tion du poète Po Kiu-yi», p. 135. Haut

***** M. Georges Mar­gou­liès. Haut

Komachi, «Visages cachés, Sentiments mêlés : le livre poétique»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’Ono no Koma­chi*, poé­tesse japo­naise (IXe siècle apr. J.-C.) célèbre par sa beau­té, et qui fut la seule femme à figu­rer dans la liste des «six génies de la poé­sie» («rok­ka­sen»**) de son temps. Quand on évoque Koma­chi, on parle et on fait par­ler inévi­ta­ble­ment deux figures : la réelle et la légen­daire. Les traits de la Koma­chi réelle nous échappent et ne se laissent guère fixer; en dépit de tous les efforts, elle reste en grande par­tie mys­té­rieuse : «Le flou, le voi­lé dans la brume qui l’enveloppent au tra­vers d’une poi­gnée de poèmes — dont on est cer­tain qu’elle fut l’auteur — et dans les quelques repères de son exis­tence énig­ma­tique ont les nuances infimes d’un lavis si déla­vé qu’il en émane en per­ma­nence le vague à l’âme… dans lequel se plaît à se reflé­ter l’âme japo­naise», disent MM. Armen Godel et Koi­chi Kano***. Elle ne nous est attes­tée que par les qua­rante-cinq poèmes irré­fu­tables qu’on lui connaît et qui figurent dans les antho­lo­gies poé­tiques, et par le témoi­gnage contem­po­rain de Ki no Tsu­rayu­ki qui la décrit ain­si : «Ono no Koma­chi émeut, mais manque de force : pour ain­si dire pareille à une femme dont le charme se mêle­rait de mélan­co­lique fai­blesse»****. Quant à la Koma­chi légen­daire, elle lais­sa mou­rir de froid, dit-on, le capi­taine de Fuka­ku­sa*****, à qui elle impo­sa cent nuits de veille devant sa porte : le mal­heu­reux amant mou­rut au terme de la quatre-vingt-dix-neu­vième. Tou­jours selon la légende, elle en fut cruel­le­ment punie, puisqu’elle tom­ba dans une très pro­fonde tris­tesse. Enfin, les années vinrent et la ren­dirent hor­rible et décré­pite. Elle finit par errer en men­diant sur les che­mins. Elle allait d’école en école, réci­tant aux enfants ses vers qu’elle ne vou­lait pas trans­mettre par écrit à un monde qu’elle détes­tait.

* En japo­nais 小野小町. Autre­fois trans­crit Ono no Komat­chi ou Ono-no Ko-maţi. Haut

** En japo­nais 六歌仙. Autre­fois trans­crit «rok­ka­çenn». Haut

*** p. 5. Haut

**** «Le Monu­ment poé­tique de Heian : le “Kokin­shû”. Tome I. Pré­face de Ki no Tsu­rayu­ki», p. 71. Haut

***** En japo­nais 深草少将. Par­fois trans­crit Fou­ka­kou­sa-Chô­chô ou Fuka­ku­sa no Shō­shō. Haut

Li He, «Poèmes»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Li He*, poète chi­nois (VIIIe-IXe siècle) qui mou­rut à vingt-sept ans des suites d’une tuber­cu­lose pul­mo­naire. Un carac­tère ombra­geux et cha­grin, dou­ble­ment atteint par la mala­die et par le deuil, dis­si­mu­lé sous les dehors d’un orgueil incom­men­su­rable, telle fut la cause de ses mal­heurs et peut-être aus­si de ses revers. L’homme était d’humeur à créer autour de lui une atmo­sphère plus hos­tile qu’accueillante. La légende veut qu’un de ses cou­sins l’ait haï à ce point qu’à la nou­velle de sa mort il jeta dans les égouts, avec un sou­pir de sou­la­ge­ment, les poèmes de Li He qu’il avait gar­dés. Une quin­zaine d’années plus tard, ces poèmes, dont beau­coup s’étaient déjà per­dus, auraient ache­vé de dis­pa­raître, si un de ses amis n’en avait retrou­vé une copie mira­cu­leu­se­ment cachée dans des bagages. Ce fut avec les yeux mouillés de larmes que cet ami écri­vit au poète Du Mu pour lui deman­der la faveur d’une pré­face aux œuvres de celui qui n’avait lais­sé, après sa mort pré­ma­tu­rée, ni héri­tage ni héri­tiers. La nuit sui­vante, Du Mu fut sur­pris dans son som­meil par les cris d’un mes­sa­ger urgent. Il réveilla son domes­tique, se fit pré­sen­ter le paquet et le déca­che­ta à la lueur d’une chan­delle. Il consen­tit à rédi­ger la pré­face, ce qu’il fit en des termes élo­gieux : «Les nuages et brouillards dont les contours, len­te­ment, se confondent les uns dans les autres ne peuvent don­ner tout à fait une juste image de la manière de Li He; ni les vastes éten­dues d’eau, celle de ses sen­ti­ments; ni la ver­dure au prin­temps, celle de sa vigueur; ni la claire lumière de l’automne, celle de son style»**. Et plus loin : «Avec de pro­fonds sou­pirs, il s’afflige de choses dont per­sonne n’avait jamais rien dit ni de nos jours ni jadis»***.

* En chi­nois 李賀. Par­fois trans­crit Li Ho. Haut

** Dans p. 8-9. Haut

*** Dans p. 14. Haut