Aller au contenu

Mot-clefhindouisme

sujet

Bhattacharya, «La Couleur de ma mort»

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­ga­na, Saint-Clé­ment-de-Rivière

Il s’agit de «La Cou­leur de ma mort» de M. Loke­nath Bhat­ta­cha­rya, auteur hin­dou d’expression ben­ga­li et fran­çaise. Il naquit à Bhat­pa­ra*, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches bai­gnées par les eaux dia­phanes, il contem­plait les som­mets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aus­si pai­si­ble­ment que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhat­ta­cha­rya au sens le plus large demeu­rait sous un même toit : ses grands-parents pater­nels, ses parents et ses deux frères cadets, cha­cun avec son épouse et ses enfants. Tous fai­saient par­tie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exer­çaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des pro­fes­seurs de sans­crit, pieux et tra­di­tion­nels. Lui, il avait hor­reur de leur aus­té­ri­té qui ne lais­sait aucune place aux épan­che­ments : «Dans ma famille res­pec­tée [mais] ortho­doxe, réac­tion­naire, la musique était un tabou. Je devais aller chan­ter dans les toi­lettes! J’ai dû étu­dier le sans­crit avant le ben­ga­li»**. Suite à une que­relle fami­liale, ses parents quit­tèrent Bhat­pa­ra et s’installèrent à Cal­cut­ta : «une ville insup­por­table… une ogresse», dit-il***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une bles­sure, une absence qui ne sera jamais com­blée. À par­tir de 1950, il apprit le fran­çais à l’Alliance fran­çaise de Cal­cut­ta et il put même par­tir en France, bour­sier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il décou­vrit la lit­té­ra­ture fran­çaise : «Rim­baud, un choc incroyable»****. Il se lan­ça bien­tôt dans une tra­duc­tion ben­ga­li d’«Une Sai­son en enfer». Ce fut même le pre­mier livre auquel il appo­sa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des tra­duc­tions de Des­cartes («Dis­cours de la méthode»), de Romain Rol­land («Gand­hi» et «Inde : jour­nal»), de Molière («Tar­tuffe»), de Sartre («Les Mots») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véri­table intro­duc­teur en France des textes per­son­nels de M. Bhat­ta­cha­rya, qu’il défen­dit auprès de divers édi­teurs. Ces textes, écrits ori­gi­nel­le­ment en ben­ga­li, furent des occa­sions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhat­ta­cha­rya : une fran­çaise et une ben­ga­li, la pre­mière réin­ven­tée à par­tir de la seconde.

* En ben­ga­li ভাটপাড়া. Haut

** Nadia Che­va­le­rias et Marc Blan­chet, «Bhat­ta­cha­rya entr’ouvre la chambre». Haut

*** id. Haut

**** id. Haut

Bhattacharya, «Le Spectateur enchanté : poèmes»

éd. La Part des anges, coll. La Belle Entente, Pessac

éd. La Part des anges, coll. La Belle Entente, Pes­sac

Il s’agit du «Spec­ta­teur enchan­té» de M. Loke­nath Bhat­ta­cha­rya, auteur hin­dou d’expression ben­ga­li et fran­çaise. Il naquit à Bhat­pa­ra*, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches bai­gnées par les eaux dia­phanes, il contem­plait les som­mets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aus­si pai­si­ble­ment que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhat­ta­cha­rya au sens le plus large demeu­rait sous un même toit : ses grands-parents pater­nels, ses parents et ses deux frères cadets, cha­cun avec son épouse et ses enfants. Tous fai­saient par­tie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exer­çaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des pro­fes­seurs de sans­crit, pieux et tra­di­tion­nels. Lui, il avait hor­reur de leur aus­té­ri­té qui ne lais­sait aucune place aux épan­che­ments : «Dans ma famille res­pec­tée [mais] ortho­doxe, réac­tion­naire, la musique était un tabou. Je devais aller chan­ter dans les toi­lettes! J’ai dû étu­dier le sans­crit avant le ben­ga­li»**. Suite à une que­relle fami­liale, ses parents quit­tèrent Bhat­pa­ra et s’installèrent à Cal­cut­ta : «une ville insup­por­table… une ogresse», dit-il***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une bles­sure, une absence qui ne sera jamais com­blée. À par­tir de 1950, il apprit le fran­çais à l’Alliance fran­çaise de Cal­cut­ta et il put même par­tir en France, bour­sier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il décou­vrit la lit­té­ra­ture fran­çaise : «Rim­baud, un choc incroyable»****. Il se lan­ça bien­tôt dans une tra­duc­tion ben­ga­li d’«Une Sai­son en enfer». Ce fut même le pre­mier livre auquel il appo­sa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des tra­duc­tions de Des­cartes («Dis­cours de la méthode»), de Romain Rol­land («Gand­hi» et «Inde : jour­nal»), de Molière («Tar­tuffe»), de Sartre («Les Mots») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véri­table intro­duc­teur en France des textes per­son­nels de M. Bhat­ta­cha­rya, qu’il défen­dit auprès de divers édi­teurs. Ces textes, écrits ori­gi­nel­le­ment en ben­ga­li, furent des occa­sions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhat­ta­cha­rya : une fran­çaise et une ben­ga­li, la pre­mière réin­ven­tée à par­tir de la seconde.

* En ben­ga­li ভাটপাড়া. Haut

** Nadia Che­va­le­rias et Marc Blan­chet, «Bhat­ta­cha­rya entr’ouvre la chambre». Haut

*** id. Haut

**** id. Haut

Bhattacharya, «Le Sacrifice du cheval : roman»

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Mona­co

Il s’agit du «Sacri­fice du che­val» de M. Loke­nath Bhat­ta­cha­rya, auteur hin­dou d’expression ben­ga­li et fran­çaise. Il naquit à Bhat­pa­ra*, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches bai­gnées par les eaux dia­phanes, il contem­plait les som­mets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aus­si pai­si­ble­ment que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhat­ta­cha­rya au sens le plus large demeu­rait sous un même toit : ses grands-parents pater­nels, ses parents et ses deux frères cadets, cha­cun avec son épouse et ses enfants. Tous fai­saient par­tie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exer­çaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des pro­fes­seurs de sans­crit, pieux et tra­di­tion­nels. Lui, il avait hor­reur de leur aus­té­ri­té qui ne lais­sait aucune place aux épan­che­ments : «Dans ma famille res­pec­tée [mais] ortho­doxe, réac­tion­naire, la musique était un tabou. Je devais aller chan­ter dans les toi­lettes! J’ai dû étu­dier le sans­crit avant le ben­ga­li»**. Suite à une que­relle fami­liale, ses parents quit­tèrent Bhat­pa­ra et s’installèrent à Cal­cut­ta : «une ville insup­por­table… une ogresse», dit-il***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une bles­sure, une absence qui ne sera jamais com­blée. À par­tir de 1950, il apprit le fran­çais à l’Alliance fran­çaise de Cal­cut­ta et il put même par­tir en France, bour­sier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il décou­vrit la lit­té­ra­ture fran­çaise : «Rim­baud, un choc incroyable»****. Il se lan­ça bien­tôt dans une tra­duc­tion ben­ga­li d’«Une Sai­son en enfer». Ce fut même le pre­mier livre auquel il appo­sa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des tra­duc­tions de Des­cartes («Dis­cours de la méthode»), de Romain Rol­land («Gand­hi» et «Inde : jour­nal»), de Molière («Tar­tuffe»), de Sartre («Les Mots») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véri­table intro­duc­teur en France des textes per­son­nels de M. Bhat­ta­cha­rya, qu’il défen­dit auprès de divers édi­teurs. Ces textes, écrits ori­gi­nel­le­ment en ben­ga­li, furent des occa­sions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhat­ta­cha­rya : une fran­çaise et une ben­ga­li, la pre­mière réin­ven­tée à par­tir de la seconde.

* En ben­ga­li ভাটপাড়া. Haut

** Nadia Che­va­le­rias et Marc Blan­chet, «Bhat­ta­cha­rya entr’ouvre la chambre». Haut

*** id. Haut

**** id. Haut

Bhattacharya, «Dieu à quatre têtes»

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­ga­na, Saint-Clé­ment-de-Rivière

Il s’agit du «Dieu à quatre têtes» de M. Loke­nath Bhat­ta­cha­rya, auteur hin­dou d’expression ben­ga­li et fran­çaise. Il naquit à Bhat­pa­ra*, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches bai­gnées par les eaux dia­phanes, il contem­plait les som­mets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aus­si pai­si­ble­ment que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhat­ta­cha­rya au sens le plus large demeu­rait sous un même toit : ses grands-parents pater­nels, ses parents et ses deux frères cadets, cha­cun avec son épouse et ses enfants. Tous fai­saient par­tie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exer­çaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des pro­fes­seurs de sans­crit, pieux et tra­di­tion­nels. Lui, il avait hor­reur de leur aus­té­ri­té qui ne lais­sait aucune place aux épan­che­ments : «Dans ma famille res­pec­tée [mais] ortho­doxe, réac­tion­naire, la musique était un tabou. Je devais aller chan­ter dans les toi­lettes! J’ai dû étu­dier le sans­crit avant le ben­ga­li»**. Suite à une que­relle fami­liale, ses parents quit­tèrent Bhat­pa­ra et s’installèrent à Cal­cut­ta : «une ville insup­por­table… une ogresse», dit-il***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une bles­sure, une absence qui ne sera jamais com­blée. À par­tir de 1950, il apprit le fran­çais à l’Alliance fran­çaise de Cal­cut­ta et il put même par­tir en France, bour­sier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il décou­vrit la lit­té­ra­ture fran­çaise : «Rim­baud, un choc incroyable»****. Il se lan­ça bien­tôt dans une tra­duc­tion ben­ga­li d’«Une Sai­son en enfer». Ce fut même le pre­mier livre auquel il appo­sa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des tra­duc­tions de Des­cartes («Dis­cours de la méthode»), de Romain Rol­land («Gand­hi» et «Inde : jour­nal»), de Molière («Tar­tuffe»), de Sartre («Les Mots») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véri­table intro­duc­teur en France des textes per­son­nels de M. Bhat­ta­cha­rya, qu’il défen­dit auprès de divers édi­teurs. Ces textes, écrits ori­gi­nel­le­ment en ben­ga­li, furent des occa­sions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhat­ta­cha­rya : une fran­çaise et une ben­ga­li, la pre­mière réin­ven­tée à par­tir de la seconde.

* En ben­ga­li ভাটপাড়া. Haut

** Nadia Che­va­le­rias et Marc Blan­chet, «Bhat­ta­cha­rya entr’ouvre la chambre». Haut

*** id. Haut

**** id. Haut

Narasiṃha, «Au point du jour : les “prabhātiyāṃ”»

éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

éd. École fran­çaise d’Extrême-Orient, coll. Publi­ca­tions de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit des «Prières du matin» («Prabhâ­tiyâṃ»*) de Nara­siṃ­ha Mahe­tâ**, poète et saint hin­dou (XVe siècle apr. J.-C.), éga­le­ment connu sous le nom sim­pli­fié de Nar­si Meh­ta. L’État du Guja­rat vénère en lui son plus grand écri­vain, son «âdi kavi» (son «pre­mier poète»). Nara­siṃ­ha ne fut pas, en réa­li­té, le pre­mier. Les décou­vertes modernes ont révé­lé toute une lit­té­ra­ture guja­ra­tie datant déjà du XIIe siècle. Mais il reste vrai que Nara­siṃ­ha est le pre­mier en impor­tance, et le seul dont l’œuvre a été trans­mise de géné­ra­tion en géné­ra­tion, jouis­sant tou­jours d’une grande popu­la­ri­té. Gand­hi, l’autre fils célèbre du Guja­rat, s’est réfé­ré à lui à maintes reprises et lui a emprun­té le terme «fidèles de Dieu» pour dési­gner les intou­chables. En effet, dans un de ses poèmes auto­bio­gra­phiques, Nara­siṃ­ha nous raconte com­ment les intou­chables le sup­plièrent, un jour, de venir faire un réci­tal chez eux, et com­ment il accep­ta d’y aller, en fai­sant fi des inter­dits. Toute sa vie ensuite, il fut per­sé­cu­té par les sar­casmes et le mépris des brah­manes nâga­ra, aux­quels il appar­te­nait, et qui for­maient la caste la plus éle­vée du Guja­rat; une fois, il se vit for­cé de leur répondre dans une dis­cus­sion publique : «Je suis ain­si, je suis tel que vous me dites! Le seul mau­vais, plus mau­vais que le plus mau­vais! Trai­tez-moi comme vous vou­drez, mais mon amour est encore plus fort. Je suis ce Nara­siṃ­ha qui agit à la légère, mais… tous ceux qui se croient supé­rieurs aux “fidèles de Dieu”, vai­ne­ment passent leur vie»***. La légende rap­porte qu’à ces mots, Viṣṇu Lui-même appa­rut au milieu du cénacle et, en guise d’approbation, jeta une guir­lande autour du cou de notre poète.

* En guja­ra­ti «પ્રભાતિયાં». Haut

** En guja­ra­ti નરસિંહ મહેતા. Par­fois trans­crit Nar­sinh Meh­ta, Nar­singh Meh­ta, Nar­sim­ha Meh­ta ou Nara­sin­ha Meh­ta. Lui-même a choi­si, par humi­li­té, de ne don­ner le plus sou­vent que le dimi­nu­tif de son nom : Nara­saiṃyo (નરસૈંયો). Haut

*** p. 21. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Tulsî-dâs, «Les Chants nuptiaux»

éd. L’Asiathèque, Paris

éd. L’Asiathèque, Paris

Il s’agit du «Pâr­va­tî man­gal»* et du «Jâna­kî man­gal»**, deux œuvres mineures de Tul­sî-dâs, décri­vant l’une le mariage de Śiva et de Pâr­va­tî, l’autre — celui de Râma et de Sîtâ. Ces deux œuvres se res­semblent beau­coup, non seule­ment par le sujet et l’inspiration, mais encore par le style, la langue et la métrique : toutes deux appar­tiennent au genre du «man­gal». Un «man­gal» est une chan­son porte-bon­heur des­ti­née à être chan­tée dans cer­taines céré­mo­nies, et en par­ti­cu­lier une «chan­son nup­tiale», un «épi­tha­lame». Son but, dans ce cas, est de faire connaître aux nou­veaux époux le bon­heur de leur union; but étrange peut-être, car s’ils ne sentent pas ce bon­heur, pour­quoi se marient-ils? Mais, en Inde, il y a sur­tout des mariages de conve­nance faits par les parents sans que les jeunes époux se soient jamais vus, et non des mariages d’amour. La chan­son est utile pour conso­ler ces époux qui ne se marient que par obéis­sance, en leur annon­çant les avan­tages qu’ils auront dans l’avenir. «Ceux qui chan­te­ront avec amour ce poème dans les céré­mo­nies heu­reuses et les fêtes nup­tiales», dit Tul­sî***, «attein­dront la féli­ci­té et la réa­li­sa­tion de leurs dési­rs.» Le poète a, dans ses des­crip­tions, accor­dé aux femmes un rôle hors de pro­por­tion : «Les chan­sons de mariage indiennes sont, en effet, à peu près exclu­si­ve­ment réser­vées aux sui­vantes de la jeune fille chez laquelle se déroulent les céré­mo­nies», explique M. Jean-Emma­nuel Gorse****. Un autre inté­rêt de ces chan­sons, c’est que la noce qu’elles chantent n’est pas une noce ordi­naire, mais divine : «[Elles donnent] pour modèle d’une céré­mo­nie les rites célé­brés dans la même occa­sion [par un] couple divin. De ce fait, [ce] sont de véri­tables guides litur­giques à l’usage des femmes indiennes», et en cette qua­li­té, elles exercent une grande influence sur la masse du peuple.

* En hin­di «पार्वती मंगल». Par­fois trans­crit «Pār­batī-maṅ­gal». Haut

** En hin­di «जानकी मंगल». Par­fois trans­crit «Jan­kî man­gal». Jâna­kî («fille du roi Jana­ka») est un autre nom de Sîtâ. Haut

*** p. 119. Haut

**** p. 144-145. Haut

Vâlmîki, «Le Rāmāyaṇa»

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Ency­clo­pé­die de la Pléiade, Paris

Il s’agit du «Râmâyaṇa»* de Vâl­mî­ki**. Le «Râmâyaṇa» res­semble à un de ces grands monu­ments où toute une nation se recon­naît et s’admire avec com­plai­sance, et qui excitent la curio­si­té des autres peuples. Toute l’Inde se recon­naît et s’admire dans cette monu­men­tale «Iliade» de vingt-quatre mille ver­sets, dont l’Homère s’appelle Vâl­mî­ki; elle est vue, à bon droit, comme le chef-d’œuvre de la poé­sie indienne. On n’en sait pas plus sur l’Homère indien que sur l’Homère grec; on ignore jusqu’au siècle où il a vécu (quelque part au Ier mil­lé­naire av. J.-C.). Dans le cha­pitre I.2, il est racon­té que c’est Brah­mâ lui-même, le créa­teur des mondes, qui a inci­té Vâl­mî­ki à écrire cette épo­pée, en pro­met­tant au poète que «tant qu’il y aura sur terre des mon­tagnes et des rivières, l’histoire du “Râmâyaṇa” cir­cu­le­ra dans les mondes». La pro­messe a été tenue. Les éloges dithy­ram­biques de Miche­let, les pages enthou­siastes de Laprade attestent l’émotion qui sai­sit aujourd’hui encore les esprits culti­vés en pré­sence de ce chef-d’œuvre : «L’année… où j’ai pu lire le grand poème sacré de l’Inde, le divin “Râmâyaṇa”… me res­te­ra chère et bénie… “La réci­ta­tion d’un seul vers de ce poème suf­fit à laver de ses fautes même celui qui en com­met chaque jour”***… Notre péché per­ma­nent, la lie, le levain amer qu’apporte et laisse le temps, ce grand fleuve de poé­sie l’emporte et nous puri­fie. Qui­conque a séché son cœur, qu’il l’abreuve au “Râmâyaṇa”… Qui­conque a trop fait, trop vou­lu, qu’il boive à cette coupe pro­fonde un long trait de vie, de jeu­nesse», dit Miche­let****. C’est que, dans tout le cours de cette épo­pée, on se trouve, à chaque pas, aux prises avec un être et une forme pro­vi­soires : homme, ani­mal, plante, rien de défi­ni­tif, rien d’immuable. De là ce res­pect et cette crainte reli­gieuse de la nature, qui four­nissent à la poé­sie de Vâl­mî­ki des détails si tou­chants; de là aus­si ces médi­ta­tions rêveuses, ces pein­tures de la vie ascé­tique, enfin ces dis­ser­ta­tions phi­lo­so­phiques, qui tiennent non moins de place que les com­bats. Celle-ci par exemple : «La vieillesse ruine l’homme : que peut-il faire pour s’y oppo­ser? Les hommes se réjouissent quand le soleil se lève, ils se réjouissent quand le jour s’éteint… Ils sont heu­reux de voir com­men­cer une sai­son nou­velle, comme si c’était un renou­veau : mais le retour des sai­sons ne fait qu’épuiser la vigueur des créa­tures»*****. Quelle gran­deur dans ces ver­sets pleins de mélan­co­lie!

* En sans­crit «रामायण». «Râmâyaṇa» signi­fie «La Marche de Râma». Autre­fois tra­duit «La Râmaïde». Haut

** En sans­crit वाल्मीकि. Haut

*** «Râmâyaṇa», ch. VII.111. Haut

**** «Bible de l’humanité. Tome I», p. 1-2. Haut

***** «Râmâyaṇa», ch. II.105. Haut

Kabîr, «Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes»

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Paris

Il s’agit de Kabîr*, sur­nom­mé «le tis­se­rand de Béna­rès», l’un des poètes les plus popu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hin­di, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a employé le hin­di, mais il a insis­té sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simu­lacre, et ne jugeait vraie que la parole inté­rieure de l’âme : «Je n’ai jamais tou­ché», dit-il**, «ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche». Sa renom­mée repose sur les cinq cents cou­plets («dohâs»***) et les cent stances («padas»****) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis figurent dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. Ils se dis­tinguent par leur valeur poé­tique, par leur conci­sion et inten­si­té, mais aus­si et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions isla­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adop­té par un tis­se­rand musul­man, Kabîr rêvait d’amalgamer hin­douisme et islam en une seule et même reli­gion mys­tique. Lui-même se disait «l’enfant d’Allah et de Râma» et esti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des «pots de la même argile»*****. On raconte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes décla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler; les musul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit recou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, finirent par s’approcher du cadavre et sou­le­vèrent le lin­ceul; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet endroit un mau­so­lée. Les musul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. «Il y a donc aujourd’hui à Maghar****** deux monu­ments dédiés à Kabîr», dit Mme Char­lotte Vau­de­ville*******. «Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils témoignent de l’irréductible contra­dic­tion que le génie même du réfor­ma­teur devait être fina­le­ment impuis­sant à résoudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité!»

* En hin­di कबीर. Autre­fois trans­crit Cabir. Haut

** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 151. Haut

*** En hin­di दोहा. Haut

**** En hin­di पद. Haut

***** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 95 & 11. Haut

****** En hin­di मगहर. Par­fois trans­crit Maga­har. Ville située dans le dis­trict actuel de Sant Kabîr Nagar. Haut

******* «Pré­face à “Au caba­ret de l’amour : paroles de Kabîr”», p. 16. Haut

Tulsî-dâs, «Le Lac spirituel : un chef-d’œuvre de la poésie religieuse indienne»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Râm-carit-mânas»*Le Lac spi­ri­tuel de la geste de Râma»), qu’on appelle aus­si le «Tul­sî-kṛt Râmâyaṇ»**, c’est-à-dire le «Râmâyaṇa com­po­sé par Tul­sî», pour le dis­tin­guer de l’ancienne épo­pée en sans­crit, le «Râmâyaṇa», attri­buée au sage Vâl­mî­ki. Il suf­fit d’ouvrir le «Râm-carit-mânas» pour voir com­bien Tul­sî-dâs*** a emprun­té à Vâl­mî­ki, com­bien il l’a sui­vi à chaque pas et même dans toutes les inven­tions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imi­ta­tions. «C’est une com­po­si­tion qui, l’intention reli­gieuse à part, res­semble à quelque chose d’une imi­ta­tion fort libre et — j’ose le dire — tout à fait arbi­traire, où Tul­sî-dâs… a vou­lu peut-être évi­ter sou­vent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches para­sites, a cou­pé des rameaux utiles», explique Hip­po­lyte Fauche****. Cepen­dant, tout en l’imitant, Tul­sî-dâs a cru devoir faire autre­ment que Vâl­mî­ki; il a fait non pas mieux — c’eût été une tâche au-des­sus de ses forces — mais plus froid, plus empe­sé, plus dévot. Son Râma n’est plus un héros qui parle, c’est un dieu dont l’élément humain s’est éva­po­ré com­plè­te­ment : «Le mer­veilleux en est-il aug­men­té? Loin de là! Il s’en trouve affai­bli, car le mer­veilleux était dans l’union inef­fable de ces deux natures; et main­te­nant on ne sent plus dans le dieu un cœur d’homme, où vienne se réchauf­fer un sang humain…; et l’on a per­du le charme de recon­naître ici dans le dieu cet “Homo sum : huma­ni nil a me alie­num puto”», conclut Fauche*****. Le fait que le «Râm-carit-mânas» a été com­po­sé en langue vul­gaire (en hin­di) et non en langue savante (en sans­crit) explique à la fois son immense popu­la­ri­té auprès des masses hin­doues, et les cri­tiques quel­que­fois dédai­gneuses, mais quel­que­fois aus­si jus­ti­fiées, que lui ont adres­sées les let­trés du pays. Tul­sî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apo­lo­gie qu’il a mise en tête du «Râm-carit-mânas» : «Les savants poé­ti­ciens, dénués de ten­dresse pour Râma, pren­dront plai­sir à se gaus­ser de mon poème», dit-il, «car il est en langue vul­gaire, et mon esprit est faible! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit!… Les cœurs nobles me par­don­ne­ront ma témé­ri­té, et ils écou­te­ront avec bien­veillance mes pro­pos enfan­tins, comme un père et une mère écoutent avec joie les bal­bu­tie­ments de leur petit enfant!»

* En hin­di «रामचरितमानस». Par­fois trans­crit «Ram-cha­rit-manas», «Ram­cha­ri­ta­ma­na­sa», «Rāma­ca­ri­tamā­nas» ou «Rāma­ca­ri­tamā­na­sa». Haut

** En hin­di «तुलसीकृत रामायण». Haut

*** En hin­di तुलसीदास. Par­fois trans­crit Toul­si-das, Tul­cî-dâs, Tulasīdā­sa ou Tulasīdās. Haut

**** «Râmâya­na : poème sans­crit; tra­duit en fran­çais pour la pre­mière fois par Hip­po­lyte Fauche. Tome VII», p. CLIX. Haut

***** id. p. CXXIV. Haut

Tulsî-dâs, «Le Rāmāyan»

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Le Monde indien, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Râm-carit-mânas»*Le Lac spi­ri­tuel de la geste de Râma»), qu’on appelle aus­si le «Tul­sî-kṛt Râmâyaṇ»**, c’est-à-dire le «Râmâyaṇa com­po­sé par Tul­sî», pour le dis­tin­guer de l’ancienne épo­pée en sans­crit, le «Râmâyaṇa», attri­buée au sage Vâl­mî­ki. Il suf­fit d’ouvrir le «Râm-carit-mânas» pour voir com­bien Tul­sî-dâs*** a emprun­té à Vâl­mî­ki, com­bien il l’a sui­vi à chaque pas et même dans toutes les inven­tions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imi­ta­tions. «C’est une com­po­si­tion qui, l’intention reli­gieuse à part, res­semble à quelque chose d’une imi­ta­tion fort libre et — j’ose le dire — tout à fait arbi­traire, où Tul­sî-dâs… a vou­lu peut-être évi­ter sou­vent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches para­sites, a cou­pé des rameaux utiles», explique Hip­po­lyte Fauche****. Cepen­dant, tout en l’imitant, Tul­sî-dâs a cru devoir faire autre­ment que Vâl­mî­ki; il a fait non pas mieux — c’eût été une tâche au-des­sus de ses forces — mais plus froid, plus empe­sé, plus dévot. Son Râma n’est plus un héros qui parle, c’est un dieu dont l’élément humain s’est éva­po­ré com­plè­te­ment : «Le mer­veilleux en est-il aug­men­té? Loin de là! Il s’en trouve affai­bli, car le mer­veilleux était dans l’union inef­fable de ces deux natures; et main­te­nant on ne sent plus dans le dieu un cœur d’homme, où vienne se réchauf­fer un sang humain…; et l’on a per­du le charme de recon­naître ici dans le dieu cet “Homo sum : huma­ni nil a me alie­num puto”», conclut Fauche*****. Le fait que le «Râm-carit-mânas» a été com­po­sé en langue vul­gaire (en hin­di) et non en langue savante (en sans­crit) explique à la fois son immense popu­la­ri­té auprès des masses hin­doues, et les cri­tiques quel­que­fois dédai­gneuses, mais quel­que­fois aus­si jus­ti­fiées, que lui ont adres­sées les let­trés du pays. Tul­sî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apo­lo­gie qu’il a mise en tête du «Râm-carit-mânas» : «Les savants poé­ti­ciens, dénués de ten­dresse pour Râma, pren­dront plai­sir à se gaus­ser de mon poème», dit-il, «car il est en langue vul­gaire, et mon esprit est faible! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit!… Les cœurs nobles me par­don­ne­ront ma témé­ri­té, et ils écou­te­ront avec bien­veillance mes pro­pos enfan­tins, comme un père et une mère écoutent avec joie les bal­bu­tie­ments de leur petit enfant!»

* En hin­di «रामचरितमानस». Par­fois trans­crit «Ram-cha­rit-manas», «Ram­cha­ri­ta­ma­na­sa», «Rāma­ca­ri­tamā­nas» ou «Rāma­ca­ri­tamā­na­sa». Haut

** En hin­di «तुलसीकृत रामायण». Haut

*** En hin­di तुलसीदास. Par­fois trans­crit Toul­si-das, Tul­cî-dâs, Tulasīdā­sa ou Tulasīdās. Haut

**** «Râmâya­na : poème sans­crit; tra­duit en fran­çais pour la pre­mière fois par Hip­po­lyte Fauche. Tome VII», p. CLIX. Haut

***** id. p. CXXIV. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Jayadeva, «“Gita govinda”, Le Chant du berger : poème»

dans « Théologie hindoue » (XIXᵉ siècle), p. 244-266

dans «Théo­lo­gie hin­doue» (XIXe siècle), p. 244-266

Il s’agit du «Gîta govin­da»*Le Chant du bou­vier»), pièce à la fois chan­tée et dan­sée en l’honneur de Kṛṣṇa. Ce que l’on sait sur Jaya­de­va**, qui est l’auteur de cette pièce (XIIe siècle apr. J.-C.), se borne à des légendes. On raconte qu’à la mort de ses parents, le poète se mit en route vers le temple de Jagan­nâ­tha avec l’intention d’y ado­rer Kṛṣṇa. En che­min, cepen­dant, il tom­ba d’inanition, acca­blé par la cha­leur du soleil. Un bou­vier, qui gar­dait son trou­peau aux alen­tours, l’aperçut et vint le secou­rir en lui offrant du lait caillé. Lorsque Jaya­de­va arri­va enfin au temple, quelle ne fut pas sa sur­prise quand il vit, à la place de la sta­tue de Jagan­nâ­tha, le jeune homme qu’il venait de quit­ter! Com­pre­nant à l’instant que son sau­veur était en réa­li­té Kṛṣṇa, il en conçut l’idée du «Gîta govin­da». On pré­tend éga­le­ment que le poète hési­tait un jour à écrire un vers sus­cep­tible de cri­tique, et avant de prendre une déci­sion, il pré­pa­ra la page, puis des­cen­dit se bai­gner à la rivière. Pen­dant ce temps, Kṛṣṇa lui-même ayant pris les traits de Jaya­de­va, écri­vit sur la page le vers qui avait embar­ras­sé Jaya­de­va, lais­sa le car­net ouvert et se reti­ra. Lorsque Jaya­de­va revint et qu’il vit cela, il fut éton­né et inter­ro­gea sa femme à ce sujet. Elle lui dit : «Vous êtes reve­nu et avez écrit ce vers : quel autre que vous aurait tou­ché à votre car­net?»*** Jaya­de­va, très tou­ché par cet évé­ne­ment, alla dans la forêt, où il vit un arbre éton­nant : sur chaque feuille de cet arbre étaient écrits des hymnes du «Gîta govin­da».

* En sans­crit «गीत गोविन्द». Autre­fois trans­crit «Geet govin­da», «Gee­ta govin­da», «Gita­go­win­da», «Ghi­ta govin­da» ou «Guî­ta govin­da». Haut

** En sans­crit जयदेव. Autre­fois trans­crit Jai­dev, Jaya­dev, Dscha­ja­de­vas ou Djaya­dé­va. Haut

*** Dans Gar­cin de Tas­sy, «His­toire de la lit­té­ra­ture hin­doui et hin­dous­ta­ni, 2e édi­tion. Tome II», p. 72. Haut