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Gogol, «Œuvres complètes»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit des «Âmes mortes» («Miort­vyïé dou­chi»*) et autres œuvres de Nico­las Gogol**. L’un des infor­ma­teurs du vicomte de Vogüé pour «Le Roman russe», un vieil homme de lettres***, lui avait dit un jour : «Nous sommes tous sor­tis du “Man­teau” de Gogol»****. Cette for­mule, pro­non­cée d’abord en fran­çais, a plu. Elle témoigne du fait que Gogol était deve­nu le modèle de la prose, comme Pou­ch­kine — le modèle de la poé­sie. Elle a beau­coup été citée. On la connaît. On connaît bien moins Gogol lui-même qui, à plu­sieurs égards, était un homme étrange et mys­té­rieux. On peut le dire, il y avait en lui quelque chose du démon. Un pou­voir sur­na­tu­rel fai­sait étin­ce­ler ses yeux; et il sem­blait, par moments, que l’irrationnel et l’effrayant le péné­traient de part en part et impri­maient sur ses œuvres une marque inef­fa­çable. Si, ensuite, la lit­té­ra­ture russe s’est signa­lée par une cer­taine exal­ta­tion déré­glée, tour­men­tée, une cer­taine contra­dic­tion inté­rieure, une psy­chose guet­tant constam­ment, cachée au tour­nant; si elle a même favo­ri­sé ces carac­tères, elle a sui­vi en cela l’exemple de Gogol. Cet auteur mi-russe, mi-ukrai­nien avait une nature double et vivait dans un monde dédou­blé — le monde réel et le monde des rêves lou­foques, ter­ri­fiants. Et non seule­ment ces deux mondes paral­lèles se ren­con­traient, mais encore ils se contor­sion­naient et se confon­daient d’une façon extra­va­gante dans son esprit déli­rant, un peu «comme deux piliers qui se reflètent dans l’eau se livrent aux contor­sions les plus folles quand les remous de l’onde s’y prêtent»*****. C’est «Le Nez» («Nos»******), ana­gramme du «Rêve» («Son»*******), où ce génie si par­ti­cu­lier de Gogol s’est déployé libre­ment pour la toute pre­mière fois. Que l’on pense au début de la nou­velle : «À son immense stu­pé­fac­tion, il s’aperçut que la place que son nez devait occu­per ne pré­sen­tait plus qu’une sur­face lisse! Tout alar­mé, Kova­liov se fit appor­ter de l’eau et se frot­ta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien dis­pa­ru!» Toutes les fon­da­tions du réel vacillent. Mais le fonc­tion­naire gogo­lien est à peine conscient de ce qui lui arrive. Confron­té à une ville absurde, fan­tas­ma­go­rique, un «Gogol­grad» inquié­tant, où le diable lui-même allume les lampes et éclaire les choses pour les mon­trer sous un aspect illu­soire, ce petit homme gru­gé, muti­lé, floué avance à tâtons dans la brume, en s’accrochant orgueilleu­se­ment et pué­ri­le­ment à ses fonc­tions et à son grade. «La ville a beau lui jouer les tours les plus pen­dables, le ber­ner ou le châ­trer momen­ta­né­ment, ce per­son­nage… insi­gni­fiant ne renonce jamais à s’incruster, à s’enraciner, fût-ce dans l’inexistant. [Il] res­te­ra cha­touilleux sur son grade et ses pré­ro­ga­tives bureau­cra­tiques jusqu’à [sa] dis­so­lu­tion com­plète dans le non-être… Inchan­gé, il réap­pa­raî­tra chez un Kaf­ka», explique M. Georges Nivat.

* En russe «Мёртвые души». Autre­fois trans­crit «Miort­via dou­chi», «Meurt­via dou­chi», «Miort­vyye dushi» ou «Mert­vye duši». Haut

** En russe Николай Гоголь. Par­fois trans­crit Niko­laj Gogol, Niko­laï Gogol ou Nico­laï Gogol. Haut

*** Sans doute Dmi­tri Gri­go­ro­vitch. Une remarque à la page 208 du «Roman russe» le laisse pen­ser : «M. Gri­go­ro­vitch, qui tient une place hono­rée dans les lettres…, m’a confir­mé cette anec­dote». Haut

**** «Le Roman russe», p. 96. Haut

***** Vla­di­mir Nabo­kov, «Niko­laï Gogol». Haut

****** En russe «Нос». Haut

******* En russe «Сон». Haut

Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

«De cent poètes un poème : poèmes»

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, Aurillac

Il s’agit de l’anthologie «Ogu­ra Hya­ku­nin Isshu»*, plus connue sous le titre abré­gé de «Hya­ku­nin Isshu»**De cent poètes un poème»***). Peu de recueils ont joui et jouissent tou­jours au Japon d’une vogue égale à celle de l’anthologie «Hya­ku­nin Isshu». On en attri­bue la pater­ni­té à l’aristocrate Fuji­wa­ra no Tei­ka. Dans un jour­nal qu’il a tenu tout au long de sa vie, le «Mei­get­su-ki»****Jour­nal de la lune claire»*****), en date du 27 mai 1235, Tei­ka dit avoir cal­li­gra­phié cent mor­ceaux sur des papiers de cou­leur pour en déco­rer les cloi­sons mobiles d’une mai­son de cam­pagne à Ogu­ra. Le plus éton­nant est que ces cent poèmes ont fini par deve­nir le recueil fami­lier de chaque mai­son japo­naise. Dès la fin du XVIIe siècle, en effet, nous les voyons employés comme livre pour édu­quer les jeunes filles, en même temps que comme jeu pour amu­ser la famille en géné­ral. Ce jeu de «cartes poé­tiques» («uta-garu­ta»******) consiste à devi­ner la fin d’un poème que récite un meneur : «On prend pour cela un paquet de deux cents cartes [tirées du] “Hya­ku­nin Isshu”. Cent de ces cartes portent, cha­cune, un poème dif­fé­rent — ce sont des “waka”, odes de trente et une syl­labes com­po­sées par des poètes et des poé­tesses célèbres d’autrefois — et, en géné­ral, le por­trait de l’auteur : elles servent à la lec­ture à haute voix. Les cent autres cartes ne portent que les deux der­niers vers de chaque poème : elles servent au jeu pro­pre­ment dit. L’un des joueurs lit un “waka”, et les autres se penchent sur les cartes ran­gées à même le tata­mi ou natte de paille, en scru­tant le tas pour s’emparer rapi­de­ment de celle qui cor­res­pond au poème qu’on vient de lire», explique M. Shi­geo Kimu­ra

* En japo­nais «小倉百人一首». Haut

** En japo­nais «百人一首». Autre­fois trans­crit «Hya­kou-nin-is-syou» ou «Hya­kou­ninn-isshou». Haut

*** Par­fois tra­duit «Cent poé­sies par cent poètes», «De cent hommes une poé­sie», «De cent hommes cha­cun un poème» ou «Col­lec­tion des cent poètes». Haut

**** En japo­nais «明月記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Méig­hét­sou-ki». Haut

***** Par­fois tra­duit «Notes (jour­na­lières) de la claire lune». Haut

****** En japo­nais 歌がるた. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome VII»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome VI»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome V»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Josèphe, «Antiquités judaïques. Tome III. Livres XI à XV»

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publi­ca­tions de la Socié­té des études juives, Paris

Il s’agit des «Anti­qui­tés judaïques» («Iou­daï­kê archaio­lo­gia»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut

Josèphe, «Antiquités judaïques. Tome II. Livres VI à X»

éd. E. Leroux, coll. Publications de la Société des études juives, Paris

éd. E. Leroux, coll. Publi­ca­tions de la Socié­té des études juives, Paris

Il s’agit des «Anti­qui­tés judaïques» («Iou­daï­kê archaio­lo­gia»*) de Josèphe ben Mat­thias, his­to­rien juif, plus connu sous le sur­nom de Fla­vius Josèphe** (Ier siècle apr. J.-C.). Josèphe était né pour deve­nir grand rab­bin ou roi; les cir­cons­tances en firent un his­to­rien. Et telle fut la des­ti­née sin­gu­lière de sa vie qu’il se trans­for­ma en admi­ra­teur et en flat­teur d’une dynas­tie d’Empereurs romains dont l’exploit fon­da­men­tal fut l’anéantissement de Jéru­sa­lem, et sur les mon­naies des­quels figu­rait une femme assise, pleu­rant sous un pal­mier, avec la légende «Judæa cap­ta, Judæa devic­ta» («la Judée cap­tive, la Judée vain­cue»). «Au lieu de la renom­mée qu’il ambi­tion­nait… et que sem­blaient lui pro­mettre de pré­coces suc­cès, il ne s’attira guère que la haine et le mépris de la plu­part des siens, tan­dis que les Romains, d’abord ses enne­mis, le com­blèrent fina­le­ment de biens et d’honneurs», dit le père Louis-Hugues Vincent***. C’est que ce des­cen­dant de famille illustre, ce pro­dige des écoles de Jéru­sa­lem, ce chef «des deux Gali­lées… et de Gama­la»****, rache­ta sa vie en pac­ti­sant avec l’ennemi; aban­don­na ses devoirs de chef, d’homme d’honneur et de patriote; et finit ses jours dans la dou­ceur d’une retraite dorée, après être deve­nu citoyen de Rome et client de Ves­pa­sien. Il fei­gnit de voir dans ce géné­ral étran­ger, des­truc­teur de la Ville sainte et tueur d’un mil­lion de Juifs, le libé­ra­teur pro­mis à ses aïeux; il lui pré­dit, en se pros­ter­nant devant lui : «Tu seras maître, César, non seule­ment de moi, mais de la terre, de la mer et de tout le genre humain»*****; et cette basse flat­te­rie, cette hon­teuse dupli­ci­té, est une tache indé­lé­bile sur la vie d’un homme par ailleurs esti­mable. Ayant pris le sur­nom de Fla­vius pour mieux mon­trer sa sou­mis­sion, il consa­cra l’abondance de ses loi­sirs, la sou­plesse de son talent et l’étendue de son éru­di­tion à rele­ver les suc­cès des sol­dats qui détrui­sirent sa patrie et la rayèrent de la carte. «Il a décrit [cette des­truc­tion] tout entière; il en a recueilli les moindres détails, et son exac­ti­tude scru­pu­leuse étonne encore le lec­teur… L’israélite, ébloui de ces mer­veilles, ne se sou­vient pas que ce sont les dépouilles de ses conci­toyens; qu’il s’agit de la Judée anéan­tie; que ce Dieu outra­gé est son Dieu, et qu’il assiste aux funé­railles de son pays», dit Phi­la­rète Chasles

* En grec «Ἰουδαϊκὴ ἀρχαιολογία». Haut

** En latin Fla­vius Jose­phus. Autre­fois trans­crit Flave Josèphe ou Fla­vien Joseph. Haut

*** «Chro­no­lo­gie des œuvres de Josèphe», p. 366. Haut

**** En grec «τῆς Γαλιλαίας ἑκατέρας… καὶ Γάμαλα». «Guerre des Juifs», liv. II, sect. 568. Haut

***** En grec «Δεσπότης… οὐ μόνον ἐμοῦ σὺ Καῖσαρ, ἀλλὰ καὶ γῆς καὶ θαλάττης καὶ παντὸς ἀνθρώπων γένους». «Guerre des Juifs», liv. III, sect. 402. Haut