Aller au contenu

Mot-clefnouvelles fantastiques japonaises

sujet

Kyôka, «La Ronde nocturne de l’agent de police, “Yakô junsa”»

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris)

dans «Antho­lo­gie de nou­velles japo­naises contem­po­raines. Tome II» (éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris)

Il s’agit de «La Ronde noc­turne de l’agent de police» («Yakô jun­sa»*) et autres œuvres d’Izumi Kyô­ka**, écri­vain japo­nais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aus­si bien dans ses contes fan­tas­tiques que dans ses nou­velles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres sur­na­tu­rels, de fan­tômes inquié­tants et de femmes sen­suelles, un monde sans doute en par­tie ins­pi­ré de sa mère artiste, qu’il per­dit à l’âge de neuf ans. Fan­tasque, capri­cieux, Kyô­ka vivait entou­ré de ses peurs et super­sti­tions; il crai­gnait les chiens et les éclairs et enle­vait les lunettes quand il pas­sait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéa­li­sa le monde des gei­shas, au point d’en prendre une pour femme, en ajour­nant son mariage jusqu’au décès de son maître Oza­ki Kôyô qui désap­prou­vait cette union. De l’Occident, il révé­rait les des­seins étranges et déca­dents d’Aubrey Beard­sley; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyô­ka res­tent pour l’heure inédites en fran­çais. Tel est le cas de «Nihon­ba­shi»***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en deve­nant gei­sha; ou bien «L’Ermite du mont Kôya» («Kôya hiji­ri»****), les confes­sions d’un moine sou­mis à la ten­ta­tion par une magi­cienne volup­tueuse, une sorte de Cir­cé, qui avait le pou­voir de méta­mor­pho­ser les hommes en bêtes. Même au Japon, mal­gré la popu­la­ri­té de ses œuvres, adap­tées très tôt au théâtre et au ciné­ma, Kyô­ka s’éteignit dans une rela­tive indif­fé­rence, lais­sé de côté par ses contem­po­rains. Sa pré­di­lec­tion pour le fan­tas­tique, ses étranges types fémi­nins qui rap­pe­laient sou­vent, par leur beau­té téné­breuse et trou­blante, les «belles dames sans mer­ci» du roman­tisme occi­den­tal, ne cor­res­pon­daient plus aux goûts du temps : «Quand je songe à Izu­mi Kyô­ka», dit un cri­tique*****, «ce qui ne cesse de me sur­prendre, c’est cet enthou­siasme et cette inflexible [obs­ti­na­tion] à vou­loir pré­ser­ver un tel uni­vers fan­tas­tique et plein de poé­sie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Mei­ji, le cou­rant prin­ci­pal était le réa­lisme… Oza­ki Kôyô, ce maître pour qui Kyô­ka avait tant de res­pect, reste, me semble-t-il, en der­nier lieu, un auteur réa­liste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réa­lisme était le cou­rant lit­té­raire prin­ci­pal, [il] exis­tait un cer­tain nombre de roman­ciers fan­tas­tiques — Ner­val, par­mi d’autres… Dans la lit­té­ra­ture japo­naise contem­po­raine, Kyô­ka fait figure de cas unique et iso­lé».

* En japo­nais «夜行巡査». Haut

** En japo­nais 泉鏡花. Haut

*** En japo­nais «日本橋». Haut

**** En japo­nais «高野聖». Par­fois tra­duit «Le Saint du mont Kôya». Haut

***** Iku­shi­ma Ryûi­chi dans Fran­çois Lachaud, «“L’Ermite du mont Kôya”, une lec­ture d’Izumi Kyô­ka», p. 71-72. Haut

Kyôka, «Les Noix glacées, “Kurumi”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 15-22

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 15-22

Il s’agit des «Noix gla­cées» («Kuru­mi»*) et autres œuvres d’Izumi Kyô­ka**, écri­vain japo­nais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aus­si bien dans ses contes fan­tas­tiques que dans ses nou­velles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres sur­na­tu­rels, de fan­tômes inquié­tants et de femmes sen­suelles, un monde sans doute en par­tie ins­pi­ré de sa mère artiste, qu’il per­dit à l’âge de neuf ans. Fan­tasque, capri­cieux, Kyô­ka vivait entou­ré de ses peurs et super­sti­tions; il crai­gnait les chiens et les éclairs et enle­vait les lunettes quand il pas­sait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéa­li­sa le monde des gei­shas, au point d’en prendre une pour femme, en ajour­nant son mariage jusqu’au décès de son maître Oza­ki Kôyô qui désap­prou­vait cette union. De l’Occident, il révé­rait les des­seins étranges et déca­dents d’Aubrey Beard­sley; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyô­ka res­tent pour l’heure inédites en fran­çais. Tel est le cas de «Nihon­ba­shi»***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en deve­nant gei­sha; ou bien «L’Ermite du mont Kôya» («Kôya hiji­ri»****), les confes­sions d’un moine sou­mis à la ten­ta­tion par une magi­cienne volup­tueuse, une sorte de Cir­cé, qui avait le pou­voir de méta­mor­pho­ser les hommes en bêtes. Même au Japon, mal­gré la popu­la­ri­té de ses œuvres, adap­tées très tôt au théâtre et au ciné­ma, Kyô­ka s’éteignit dans une rela­tive indif­fé­rence, lais­sé de côté par ses contem­po­rains. Sa pré­di­lec­tion pour le fan­tas­tique, ses étranges types fémi­nins qui rap­pe­laient sou­vent, par leur beau­té téné­breuse et trou­blante, les «belles dames sans mer­ci» du roman­tisme occi­den­tal, ne cor­res­pon­daient plus aux goûts du temps : «Quand je songe à Izu­mi Kyô­ka», dit un cri­tique*****, «ce qui ne cesse de me sur­prendre, c’est cet enthou­siasme et cette inflexible [obs­ti­na­tion] à vou­loir pré­ser­ver un tel uni­vers fan­tas­tique et plein de poé­sie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Mei­ji, le cou­rant prin­ci­pal était le réa­lisme… Oza­ki Kôyô, ce maître pour qui Kyô­ka avait tant de res­pect, reste, me semble-t-il, en der­nier lieu, un auteur réa­liste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réa­lisme était le cou­rant lit­té­raire prin­ci­pal, [il] exis­tait un cer­tain nombre de roman­ciers fan­tas­tiques — Ner­val, par­mi d’autres… Dans la lit­té­ra­ture japo­naise contem­po­raine, Kyô­ka fait figure de cas unique et iso­lé».

* En japo­nais «胡桃». Haut

** En japo­nais 泉鏡花. Haut

*** En japo­nais «日本橋». Haut

**** En japo­nais «高野聖». Par­fois tra­duit «Le Saint du mont Kôya». Haut

***** Iku­shi­ma Ryûi­chi dans Fran­çois Lachaud, «“L’Ermite du mont Kôya”, une lec­ture d’Izumi Kyô­ka», p. 71-72. Haut

Kyôka, «Une Femme fidèle : récits»

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit d’«Une Femme fidèle» («Bake ichô»*) et autres œuvres d’Izumi Kyô­ka**, écri­vain japo­nais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aus­si bien dans ses contes fan­tas­tiques que dans ses nou­velles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres sur­na­tu­rels, de fan­tômes inquié­tants et de femmes sen­suelles, un monde sans doute en par­tie ins­pi­ré de sa mère artiste, qu’il per­dit à l’âge de neuf ans. Fan­tasque, capri­cieux, Kyô­ka vivait entou­ré de ses peurs et super­sti­tions; il crai­gnait les chiens et les éclairs et enle­vait les lunettes quand il pas­sait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéa­li­sa le monde des gei­shas, au point d’en prendre une pour femme, en ajour­nant son mariage jusqu’au décès de son maître Oza­ki Kôyô qui désap­prou­vait cette union. De l’Occident, il révé­rait les des­seins étranges et déca­dents d’Aubrey Beard­sley; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyô­ka res­tent pour l’heure inédites en fran­çais. Tel est le cas de «Nihon­ba­shi»***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en deve­nant gei­sha; ou bien «L’Ermite du mont Kôya» («Kôya hiji­ri»****), les confes­sions d’un moine sou­mis à la ten­ta­tion par une magi­cienne volup­tueuse, une sorte de Cir­cé, qui avait le pou­voir de méta­mor­pho­ser les hommes en bêtes. Même au Japon, mal­gré la popu­la­ri­té de ses œuvres, adap­tées très tôt au théâtre et au ciné­ma, Kyô­ka s’éteignit dans une rela­tive indif­fé­rence, lais­sé de côté par ses contem­po­rains. Sa pré­di­lec­tion pour le fan­tas­tique, ses étranges types fémi­nins qui rap­pe­laient sou­vent, par leur beau­té téné­breuse et trou­blante, les «belles dames sans mer­ci» du roman­tisme occi­den­tal, ne cor­res­pon­daient plus aux goûts du temps : «Quand je songe à Izu­mi Kyô­ka», dit un cri­tique*****, «ce qui ne cesse de me sur­prendre, c’est cet enthou­siasme et cette inflexible [obs­ti­na­tion] à vou­loir pré­ser­ver un tel uni­vers fan­tas­tique et plein de poé­sie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Mei­ji, le cou­rant prin­ci­pal était le réa­lisme… Oza­ki Kôyô, ce maître pour qui Kyô­ka avait tant de res­pect, reste, me semble-t-il, en der­nier lieu, un auteur réa­liste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réa­lisme était le cou­rant lit­té­raire prin­ci­pal, [il] exis­tait un cer­tain nombre de roman­ciers fan­tas­tiques — Ner­val, par­mi d’autres… Dans la lit­té­ra­ture japo­naise contem­po­raine, Kyô­ka fait figure de cas unique et iso­lé».

* En japo­nais «化銀杏». Haut

** En japo­nais 泉鏡花. Haut

*** En japo­nais «日本橋». Haut

**** En japo­nais «高野聖». Par­fois tra­duit «Le Saint du mont Kôya». Haut

***** Iku­shi­ma Ryûi­chi dans Fran­çois Lachaud, «“L’Ermite du mont Kôya”, une lec­ture d’Izumi Kyô­ka», p. 71-72. Haut

Kyôka, «La Femme ailée : récits»

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Pic­quier poche, Arles

Il s’agit de «La Femme ailée» («Kechô»*) et autres œuvres d’Izumi Kyô­ka**, écri­vain japo­nais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aus­si bien dans ses contes fan­tas­tiques que dans ses nou­velles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres sur­na­tu­rels, de fan­tômes inquié­tants et de femmes sen­suelles, un monde sans doute en par­tie ins­pi­ré de sa mère artiste, qu’il per­dit à l’âge de neuf ans. Fan­tasque, capri­cieux, Kyô­ka vivait entou­ré de ses peurs et super­sti­tions; il crai­gnait les chiens et les éclairs et enle­vait les lunettes quand il pas­sait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéa­li­sa le monde des gei­shas, au point d’en prendre une pour femme, en ajour­nant son mariage jusqu’au décès de son maître Oza­ki Kôyô qui désap­prou­vait cette union. De l’Occident, il révé­rait les des­seins étranges et déca­dents d’Aubrey Beard­sley; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyô­ka res­tent pour l’heure inédites en fran­çais. Tel est le cas de «Nihon­ba­shi»***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en deve­nant gei­sha; ou bien «L’Ermite du mont Kôya» («Kôya hiji­ri»****), les confes­sions d’un moine sou­mis à la ten­ta­tion par une magi­cienne volup­tueuse, une sorte de Cir­cé, qui avait le pou­voir de méta­mor­pho­ser les hommes en bêtes. Même au Japon, mal­gré la popu­la­ri­té de ses œuvres, adap­tées très tôt au théâtre et au ciné­ma, Kyô­ka s’éteignit dans une rela­tive indif­fé­rence, lais­sé de côté par ses contem­po­rains. Sa pré­di­lec­tion pour le fan­tas­tique, ses étranges types fémi­nins qui rap­pe­laient sou­vent, par leur beau­té téné­breuse et trou­blante, les «belles dames sans mer­ci» du roman­tisme occi­den­tal, ne cor­res­pon­daient plus aux goûts du temps : «Quand je songe à Izu­mi Kyô­ka», dit un cri­tique*****, «ce qui ne cesse de me sur­prendre, c’est cet enthou­siasme et cette inflexible [obs­ti­na­tion] à vou­loir pré­ser­ver un tel uni­vers fan­tas­tique et plein de poé­sie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Mei­ji, le cou­rant prin­ci­pal était le réa­lisme… Oza­ki Kôyô, ce maître pour qui Kyô­ka avait tant de res­pect, reste, me semble-t-il, en der­nier lieu, un auteur réa­liste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réa­lisme était le cou­rant lit­té­raire prin­ci­pal, [il] exis­tait un cer­tain nombre de roman­ciers fan­tas­tiques — Ner­val, par­mi d’autres… Dans la lit­té­ra­ture japo­naise contem­po­raine, Kyô­ka fait figure de cas unique et iso­lé».

* En japo­nais «化鳥». Haut

** En japo­nais 泉鏡花. Haut

*** En japo­nais «日本橋». Haut

**** En japo­nais «高野聖». Par­fois tra­duit «Le Saint du mont Kôya». Haut

***** Iku­shi­ma Ryûi­chi dans Fran­çois Lachaud, «“L’Ermite du mont Kôya”, une lec­ture d’Izumi Kyô­ka», p. 71-72. Haut

Akutagawa, «Jambes de cheval»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fic­tion, Paris

Il s’agit de «Jambes de che­val» («Uma no ashi»*) et autres nou­velles d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «馬の脚». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

«L’Étonnante Aventure du pauvre musicien»

dans Antonin Artaud, « Œuvres complètes. Tome I » (éd. Gallimard, Paris), p. 206-210

dans Anto­nin Artaud, «Œuvres com­plètes. Tome I» (éd. Gal­li­mard, Paris), p. 206-210

Il s’agit d’«Une mélo­die secrète au “biwa” fait pleu­rer des fan­tômes» («Biwa no hikyo­ku yûrei wo naka­shi­mu»*), une des plus belles légendes du folk­lore japo­nais, plus connue sous le titre de «Hôi­chi le Sans-oreilles» («Mimi-nashi Hôi­chi»**). Tirée d’un recueil d’histoires étranges publié en 1782 à Kyô­to***, la légende de «Hôi­chi le Sans-oreilles» n’est, de façon para­doxale, fami­lière aux Japo­nais que dans la ver­sion rédi­gée en 1903 par un écri­vain étran­ger : Laf­ca­dio Hearn. Tra­duc­teur de Gau­tier, de Mau­pas­sant, de Bal­zac, de Méri­mée, de Flau­bert, de Bau­de­laire, de Loti, Hearn naquit dans les îles Ioniennes. Son père était un méde­cin irlan­dais dans l’armée bri­tan­nique, sa mère — une Grecque de très bonne famille. Ils avaient dû s’épouser en cachette. «Deux races, deux nations, deux reli­gions mar­quèrent l’enfant de leur empreinte et, très tôt, elles ancrèrent en lui ce cos­mo­po­li­tisme qui devait lui per­mettre de sub­sti­tuer un jour une terre d’élection à son pays d’origine»****. Mais l’Angleterre ayant cédé les îles Ioniennes à la Grèce, son père rega­gna Dublin avec femme et enfant. La chose se pas­sa mal. Sa mère, tran­sie par ce cli­mat gris et froid, si dif­fé­rent de la blan­cheur de sa Grèce natale, prit la fuite; son père fit annu­ler le mariage, se rema­ria et par­tit en Inde. Hearn, aban­don­né et sans parents, fut adop­té par une vieille tante catho­lique, extrê­me­ment dévote, qui lui faire des études dans un monas­tère en France, puis l’envoya à dix-neuf ans en Amé­rique. On le vit sur­gir à Cin­cin­na­ti comme cor­rec­teur dans un jour­nal. On l’employa à des repor­tages, où il se mon­tra d’une habi­le­té sur­pre­nante. Son talent d’écrivain ayant enfin per­cé, il prit le che­min de La Loui­siane. En 1878, celle-ci avait encore un par­fum bien fran­çais. On le voit dans les articles de Hearn, dont beau­coup parlent de la France, mais aus­si de Mar­ti­nique, d’Haïti, de l’île Mau­rice, de Guyane. Et puis, comme tou­jours avec Hearn, il lui fal­lut des hori­zons encore plus loin­tains. La grande expo­si­tion japo­naise, qui eut lieu à La Nou­velle-Orléans en 1885, lui ins­pi­ra en pre­mier l’idée de s’embarquer pour le Japon. Ce fut à qua­rante ans qu’il arri­va au pays du Soleil levant, pauvre, apa­tride, pré­ci­pi­té là où la des­ti­née l’appelait, sans but dans l’existence. Il en com­men­ça une autre, entiè­re­ment nou­velle. Et d’abord, il se fit Japo­nais.

* En japo­nais «琵琶秘曲泣幽霊». Haut

** En japo­nais «耳なし芳一». Haut

*** Ce recueil s’intitule «Les His­toires étranges à savou­rer chez soi», ou «Gayû kidan» («臥遊奇談»). Haut

**** Ste­fan Zweig, «Hommes et Des­tins». Haut

Rohan, «La Pagode à cinq étages et Autres Récits»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

Il s’agit de «La Pagode à cinq étages»*Gojû­no­tô»**), «Face au crâne»***Tai­do­ku­ro»****) et autres œuvres de Kôda Shi­geyu­ki*****, plus connu sous le sur­nom de Kôda Rohan******, feuille­to­niste japo­nais (XIXe-XXe siècle). For­te­ment mar­qué par le boud­dhisme, il fut sur­tout un indé­pen­dant et un soli­taire. Durant son séjour en Hok­kai­dô, ayant aban­don­né son poste avan­ta­geux d’ingénieur-télégraphe, il s’était lié d’amitié avec un moine, et peu après son retour à Tôkyô, s’étant rasé les che­veux, il s’était si sou­vent plon­gé dans la lec­ture de soû­tras que ses parents avaient cru un moment qu’il se ferait moine. Voi­ci en quels termes il se décrit******* : «Je ne clai­ronne pas mes goûts artis­tiques. Je ne suis qu’un simple escar­got de cinq pieds qui ne peut tenir en place, et rampe du Nord au Sud et d’Est en Ouest, pous­sé par le désir de voir autant du monde que per­mettent les yeux incer­tains de ses antennes… “Loin des vil­lages, dor­mons avec la rosée, sur un oreiller d’herbes”. C’est un poème que je com­po­sai une nuit où je m’étais arrê­té épui­sé dans un coin de cam­pagne lors d’un voyage en soli­taire dans le Michi­no­ku. Dès lors, je pris le nom de Rohan [“com­pa­gnon de la rosée”]********». Au temple de Ten­nô à Tôkyô, connu pour sa pagode à cinq étages, il vit, un jour, une beau­té qui visi­tait une tombe, un chry­san­thème à la main. Il pen­sa à elle une bonne semaine, se la repré­sen­tant en déesse Kishi­mo­jin, une gre­nade à la main. Sorte de sculp­ture boud­dhique vivante, elle devint le sujet du «Boud­dha d’Amour»*********Fûryû-but­su»**********), son pre­mier feuille­ton. Le 19 octobre 1889, Uchi­da Roan, cri­tique célèbre, salua la venue de cette œuvre qui ne lais­sait voir que peu de signes exté­rieurs d’influence occi­den­tale dans une période d’occidentalisation for­ce­née : «Ah! pour la pre­mière fois après la mort de Sai­ka­ku il y a deux cents ans, ce style splen­dide… le ciel ne l’a pas encore détruit!»

* Par­fois tra­duit «La Pagode aux cinq toits» ou «La Pagode à cinq niveaux». Haut

** En japo­nais «五重塔». Haut

*** Par­fois tra­duit «Tête-à-tête avec le sque­lette». Haut

**** En japo­nais «対髑髏». Éga­le­ment connu sous le titre d’«Engaien» («縁外縁»), c’est-à-dire «Liai­son contre des­tin». Haut

***** En japo­nais 幸田成行. Par­fois trans­crit Nariyu­ki Koda ou Kôda Nariyou­ki. Haut

****** En japo­nais 幸田露伴. Haut

******* «Face au crâne», ch. 1. Haut

******** Il y a aus­si, dans le choix de ce nom de «com­pa­gnon de la rosée», une allu­sion aux «Vies des sages émi­nents» («高士傳»), inédites en fran­çais : «Guang dut dor­mir avec la rosée et affron­ter l’hiver… Il s’allongea et ne bou­gea plus. Les gens le tinrent pour mort. Lorsqu’ils le regar­dèrent, il était comme avant». Haut

********* Par­fois tra­duit «Le Boud­dha sculp­té par Amour», «Un Boud­dha en ce monde», «Un Boud­dha dans ce monde», «Boud­dha d’élégance» ou «Boud­dha élé­gant». Haut

********** En japo­nais «風流仏». Haut

Akutagawa, «À mi-chemin de la vie de Shinsuke Daidôji : tableau d’une psychologie»

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. [Tome I] » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris)

dans «Antho­lo­gie de nou­velles japo­naises contem­po­raines. [Tome I]» (éd. Gal­li­mard, coll. Du monde entier, Paris)

Il s’agit d’«À mi-che­min de la vie de Shin­suke Dai­dô­ji : tableau d’une psy­cho­lo­gie» («Dai­dô­ji Shin­suke no han­sei : aru sei­shin­te­ki fûkei»*) d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «大導寺信輔の半生:或精神的風景画». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

Akutagawa, «La Foi de Wei Cheng, “Bisei no shin”»

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 117-123

dans «[Nou­velles japo­naises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926)» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 117-123

Il s’agit de «La Foi de Wei Cheng» («Bisei no shin»*) d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «尾生の信». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

Akutagawa, «La Magicienne : nouvelles»

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Pic­quier poche, Arles

Il s’agit des «Pou­pées» («Hina»*) et autres nou­velles d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

Akutagawa, «La Vie d’un idiot et Autres Nouvelles»

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «La Vie d’un idiot» («Aru ahô no isshô»*) et autres nou­velles d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «或阿呆の一生». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

Akutagawa, «Une Vague Inquiétude»

éd. du Rocher, coll. Nouvelle, Monaco

éd. du Rocher, coll. Nou­velle, Mona­co

Il s’agit d’«Un Doute» («Giwa­ku»*) et autres nou­velles d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «疑惑». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut

Akutagawa, «Rashômon et Autres Contes»

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard-UNES­CO, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «Rashô­mon»* et autres nou­velles d’Akutagawa Ryû­no­suke**. L’œuvre de cet écri­vain, dis­crè­te­ment intel­lec­tuelle, tein­tée d’une iro­nie insou­ciante, cache assez mal, sous une appa­rence légère et élé­gante, quelque chose de ner­veux, d’obsédant, un sourd malaise, une «vague inquié­tude» («bonya­ri-shi­ta fuan»***), selon les mots mêmes par les­quels Aku­ta­ga­wa tien­dra à défi­nir le motif de son sui­cide. Pour­tant, de tous les écri­vains japo­nais, nul n’était mieux dis­po­sé qu’Akutagawa à trou­ver refuge dans l’art. Il se décri­vait comme avide de lec­ture, juché sur l’échelle d’une librai­rie, toi­sant de là-haut les pas­sants qui lui parais­saient étran­ge­ment petits et aus­si tel­le­ment misé­rables : «La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Bau­de­laire!», disait-il****. Très tôt, il avait com­pris que rien de sédui­sant ne se fait sans qu’y col­la­bore une dou­leur. L’œuvre d’art, plu­tôt qu’à la pierre pré­cieuse, se com­pare à la flamme qui a besoin d’un ali­ment vivant. Et Aku­ta­ga­wa mit son hon­neur à s’en faire la vic­time volon­taire. Comme il écri­ra dans la «Lettre adres­sée à un vieil ami» («Aru kyûyû e oku­ru shu­ki»*****) immé­dia­te­ment avant sa mort : «Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émou­vante que jamais. Peut-être riras-tu de la contra­dic­tion dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beau­té de la nature, décide de me sup­pri­mer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard…» Et Yasu­na­ri Kawa­ba­ta de com­men­ter : «Le plus sou­vent mala­dif et affai­bli, [l’artiste] s’enflamme au der­nier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tra­gique en soi»******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est jus­te­ment ce «quelque chose de tra­gique» qui exerce sa puis­sante fas­ci­na­tion sur l’âme et sur l’imaginaire des lec­teurs d’Akutagawa. «Ces der­niers sentent que leurs pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes — ou plu­tôt… “exis­ten­tielles” — se trouvent sai­sies et par­ta­gées par l’auteur qui, en les pré­ci­sant et en les ampli­fiant jusqu’à une sorte de han­tise, les pro­jette sur un fond impré­gné d’un “spleen” qui lui est par­ti­cu­lier», dit M. Ari­ma­sa Mori

* En japo­nais «羅生門». Haut

** En japo­nais 芥川龍之介. Autre­fois trans­crit Riu­nos­ké Aku­ta­ga­wa, Akou­ta­ga­wa Ryu­no­sou­ké, Akou­ta­gaoua Ryou­no­sou­ké ou Akou­ta­ga­va Ryou­no­souke. Haut

*** En japo­nais «ぼんやりした不安». Haut

**** En japo­nais «人生は一行のボオドレエルにも若かない». Haut

***** En japo­nais «或旧友へ送る手記». Haut

****** «Romans et Nou­velles», p. 26. Haut