Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefnouvelles fantastiques japonaises : sujet

Kyôka, « La Ronde nocturne de l’agent de police, “Yakô junsa” »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 89-106

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 89-106

Il s’agit de « La Ronde nocturne de l’agent de police » (« Yakô junsa » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 夜行巡査 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Kyôka, « Les Noix glacées, “Kurumi” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 15-22

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 15-22

Il s’agit des « Noix glacées » (« Kurumi » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 胡桃 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Kyôka, « Une Femme fidèle : récits »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit d’« Une Femme fidèle » (« Bake ichô » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 化銀杏 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Kyôka, « La Femme ailée : récits »

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

Il s’agit de « La Femme ailée » (« Kechô » *) et autres œuvres d’Izumi Kyôka **, écrivain japonais (XIXe-XXe siècle) qui créa, aussi bien dans ses contes fantastiques que dans ses nouvelles proches du poème en prose, un monde fait d’êtres surnaturels, de fantômes inquiétants et de femmes sensuelles, un monde sans doute en partie inspiré de sa mère artiste, qu’il perdit à l’âge de neuf ans. Fantasque, capricieux, Kyôka vivait entouré de ses peurs et superstitions ; il craignait les chiens et les éclairs et enlevait les lunettes quand il passait devant un temple, pour que rien ne brouillât son contact avec le divin. Il idéalisa le monde des geishas, au point d’en prendre une pour femme, en ajournant son mariage jusqu’au décès de son maître Ozaki Kôyô qui désapprouvait cette union. De l’Occident, il révérait les desseins étranges et décadents d’Aubrey Beardsley ; du Japon — les vieilles estampes et scènes de nô. Hélas ! les œuvres les plus fortes et les plus vraies de Kyôka restent pour l’heure inédites en français. Tel est le cas de « Nihonbashi » ***, l’histoire d’un jeune homme à la recherche de sa sœur qui lui avait payé ses études en devenant geisha ; ou bien « L’Ermite du mont Kôya » (« Kôya hijiri » ****), les confessions d’un moine soumis à la tentation par une magicienne voluptueuse, une sorte de Circé, qui avait le pouvoir de métamorphoser les hommes en bêtes. Même au Japon, malgré la popularité de ses œuvres, adaptées très tôt au théâtre et au cinéma, Kyôka s’éteignit dans une relative indifférence, laissé de côté par ses contemporains. Sa prédilection pour le fantastique, ses étranges types féminins qui rappelaient souvent, par leur beauté ténébreuse et troublante, les « belles dames sans merci » du romantisme occidental, ne correspondaient plus aux goûts du temps : « Quand je songe à Izumi Kyôka », dit un critique *****, « ce qui ne cesse de me surprendre, c’est cet enthousiasme et cette inflexible [obstination] à vouloir préserver un tel univers fantastique et plein de poésie, dans un Japon où, depuis [l’ère] Meiji, le courant principal était le réalisme… Ozaki Kôyô, ce maître pour qui Kyôka avait tant de respect, reste, me semble-t-il, en dernier lieu, un auteur réaliste. En France par exemple, même au XIXe siècle où le réalisme était le courant littéraire principal, [il] existait un certain nombre de romanciers fantastiques — Nerval, parmi d’autres… Dans la littérature japonaise contemporaine, Kyôka fait figure de cas unique et isolé ». Lisez la suite›

* En japonais « 化鳥 ».

** En japonais 泉鏡花.

*** En japonais « 日本橋 ».

**** En japonais « 高野聖 ». Parfois traduit « Le Saint du mont Kôya ».

***** Ikushima Ryûichi dans François Lachaud, « “L’Ermite du mont Kôya”, une lecture d’Izumi Kyôka », p. 71-72.

Akutagawa, « Jambes de cheval »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

Il s’agit de « Jambes de cheval » (« Uma no ashi » *) et autres nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 馬の脚 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

« L’Étonnante Aventure du pauvre musicien »

dans Artaud, « Œuvres complètes. Tome I » (éd. Gallimard, Paris), p. 206-210

dans Artaud, « Œuvres complètes. Tome I » (éd. Gallimard, Paris), p. 206-210

Il s’agit d’« Une mélodie secrète au “biwa” fait pleurer des fantômes » (« Biwa no hikyoku yûrei wo nakashimu » *), une des plus belles légendes du folklore japonais, plus connue sous le titre de « Hôichi le Sans-oreilles » (« Mimi-nashi Hôichi » **). Tirée d’un recueil d’histoires étranges publié en 1782 à Kyôto ***, la légende de « Hôichi le Sans-oreilles » n’est, de façon paradoxale, familière aux Japonais que dans la version rédigée en 1903 par un écrivain étranger : Lafcadio Hearn. Traducteur de Gautier, de Maupassant, de Balzac, de Mérimée, de Flaubert, de Baudelaire, de Loti, Hearn naquit dans les îles Ioniennes. Son père était un médecin irlandais dans l’armée britannique, sa mère — une Grecque de très bonne famille. Ils avaient dû s’épouser en cachette. « Deux races, deux nations, deux religions marquèrent l’enfant de leur empreinte et, très tôt, elles ancrèrent en lui ce cosmopolitisme qui devait lui permettre de substituer un jour une terre d’élection à son pays d’origine » ****. Mais l’Angleterre ayant cédé les îles Ioniennes à la Grèce, son père regagna Dublin avec femme et enfant. La chose se passa mal. Sa mère, transie par ce climat gris et froid, si différent de la blancheur de sa Grèce natale, prit la fuite ; son père fit annuler le mariage, se remaria et partit en Inde. Hearn, abandonné et sans parents, fut adopté par une vieille tante catholique, extrêmement dévote, qui lui faire des études dans un monastère en France, puis l’envoya à dix-neuf ans en Amérique. On le vit surgir à Cincinnati comme correcteur dans un journal. On l’employa à des reportages, où il se montra d’une habileté surprenante. Son talent d’écrivain ayant enfin percé, il prit le chemin de La Louisiane. En 1878, celle-ci avait encore un parfum bien français. On le voit dans les articles de Hearn, dont beaucoup parlent de la France, mais aussi de Martinique, d’Haïti, de l’île Maurice, de Guyane. Et puis, comme toujours avec Hearn, il lui fallut des horizons encore plus lointains. La grande exposition japonaise, qui eut lieu à La Nouvelle-Orléans en 1885, lui inspira en premier l’idée de s’embarquer pour le Japon. Ce fut à quarante ans qu’il arriva au pays du Soleil levant, pauvre, apatride, précipité là où la destinée l’appelait, sans but dans l’existence. Il en commença une autre, entièrement nouvelle. Et d’abord, il se fit Japonais. Lisez la suite›

* En japonais « 琵琶秘曲泣幽霊 ».

** En japonais « 耳なし芳一 ».

*** Ce recueil s’intitule « Les Histoires étranges à savourer chez soi », ou « Gayû kidan » (« 臥遊奇談 »).

**** Stefan Zweig, « Hommes et Destins ».

Rohan, « La Pagode à cinq étages et Autres Récits »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon, Paris

Il s’agit de « La Pagode à cinq étages » * (« Gojûnotô » **), « Face au crâne » *** (« Taidokuro » ****) et autres œuvres de Kôda Shigeyuki *****, plus connu sous le surnom de Kôda Rohan ******, feuilletoniste japonais (XIXe-XXe siècle). Fortement marqué par le bouddhisme, il fut surtout un indépendant et un solitaire. Durant son séjour en Hokkaidô, ayant abandonné son poste avantageux d’ingénieur-télégraphe, il s’était lié d’amitié avec un moine, et peu après son retour à Tôkyô, s’étant rasé les cheveux, il s’était si souvent plongé dans la lecture de soûtras que ses parents avaient cru un moment qu’il se ferait moine. Voici en quels termes il se décrit ******* : « Je ne claironne pas mes goûts artistiques. Je ne suis qu’un simple escargot de cinq pieds qui ne peut tenir en place, et rampe du nord au sud et d’est en ouest, poussé par le désir de voir autant du monde que permettent les yeux incertains de ses antennes… “Loin des villages, dormons avec la rosée, sur un oreiller d’herbes”. C’est un poème que je composai une nuit où je m’étais arrêté épuisé dans un coin de campagne lors d’un voyage en solitaire dans le Michinoku. Dès lors, je pris le nom de Rohan [“compagnon de la rosée”] ******** ». Au temple de Tennô à Tôkyô, connu pour sa pagode à cinq étages, il vit, un jour, une beauté qui visitait une tombe, un chrysanthème à la main. Il pensa à elle une bonne semaine, se la représentant en déesse Kishimojin, une grenade à la main. Sorte de sculpture bouddhique vivante, elle devint le sujet du « Bouddha d’Amour » ********* (« Fûryû-butsu » **********), son premier feuilleton. Le 19 octobre 1889, Uchida Roan, critique célèbre, salua la venue de cette œuvre qui ne laissait voir que peu de signes extérieurs d’influence occidentale dans une période d’occidentalisation forcenée : « Ah ! pour la première fois après la mort de Saikaku il y a deux cents ans, ce style splendide… le Ciel ne l’a pas encore détruit ! » Lisez la suite›

* Parfois traduit « La Pagode aux cinq toits » ou « La Pagode à cinq niveaux ».

** En japonais « 五重塔 ».

*** Parfois traduit « Tête-à-tête avec le squelette ».

**** En japonais « 対髑髏 ». Également connu sous le titre d’« Engaien » (« 縁外縁 »), c’est-à-dire « Liaison contre destin ».

***** En japonais 幸田成行. Parfois transcrit Nariyuki Koda ou Kôda Nariyouki.

****** En japonais 幸田露伴.

******* « Face au crâne », ch. 1.

******** Il y a aussi, dans le choix de ce nom de « compagnon de la rosée », une allusion aux « Vies des sages éminents » (« 高士傳 »), inédites en français : « Guang dut dormir avec la rosée et affronter l’hiver… Il s’allongea et ne bougea plus. Les gens le tinrent pour mort. Lorsqu’ils le regardèrent, il était comme avant ».

********* Parfois traduit « Le Bouddha sculpté par Amour », « Un Bouddha en ce monde », « Un Bouddha dans ce monde », « Bouddha d’élégance » ou « Bouddha élégant ».

********** En japonais « 風流仏 ».

Akutagawa, « À mi-chemin de la vie de Shinsuke Daidôji : tableau d’une psychologie »

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. [Tome I] » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 137-158

dans « Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines. [Tome I] » (éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris), p. 137-158

Il s’agit d’« À mi-chemin de la vie de Shinsuke Daidôji : tableau d’une psychologie » (« Daidôji Shinsuke no hansei : aru seishinteki fûkei » *) d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 大導寺信輔の半生:或精神的風景画 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Akutagawa, « La Foi de Wei Cheng, “Bisei no shin” »

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 117-123

dans « [Nouvelles japonaises]. Tome I. Les Noix, la Mouche, le Citron (1910-1926) » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 117-123

Il s’agit de « La Foi de Wei Cheng » (« Bisei no shin » *) d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 尾生の信 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Akutagawa, « La Magicienne : nouvelles »

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

Il s’agit des « Poupées » (« Hina » *) et autres nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais «  ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Akutagawa, « La Vie d’un idiot et Autres Nouvelles »

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de « La Vie d’un idiot » (« Aru ahô no isshô » *) et autres nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 或阿呆の一生 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Akutagawa, « Une Vague Inquiétude »

éd. du Rocher, coll. Nouvelle, Monaco

éd. du Rocher, coll. Nouvelle, Monaco

Il s’agit d’« Un Doute » (« Giwaku » *) et autres nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 疑惑 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Akutagawa, « Rashômon et Autres Contes »

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de « Rashômon » * et autres nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke **. L’œuvre de cet écrivain, discrètement intellectuelle, teintée d’une ironie insouciante, cache assez mal, sous une apparence légère et élégante, quelque chose de nerveux, d’obsédant, un sourd malaise, une « vague inquiétude » (« bonyari-shita fuan » ***), selon les mots mêmes par lesquels Akutagawa tiendra à définir le motif de son suicide. Pourtant, de tous les écrivains japonais, nul n’était mieux disposé qu’Akutagawa à trouver refuge dans l’art. Il se décrivait comme avide de lecture, juché sur l’échelle d’une librairie, toisant de là-haut les passants qui lui paraissaient étrangement petits et aussi tellement misérables : « La vie humaine ne vaut pas même une ligne de Baudelaire ! », disait-il ****. Très tôt, il avait compris que rien de séduisant ne se fait sans qu’y collabore une douleur. L’œuvre d’art, plutôt qu’à la pierre précieuse, se compare à la flamme qui a besoin d’un aliment vivant. Et Akutagawa mit son honneur à s’en faire la victime volontaire. Comme il écrira dans la « Lettre adressée à un vieil ami » (« Aru kyûyû e okuru shuki » *****) immédiatement avant sa mort : « Dans cet état extrême où je suis, la nature me semble plus émouvante que jamais. Peut-être riras-tu de la contradiction dans laquelle je me trouve, moi qui, tout en aimant la beauté de la nature, décide de me supprimer. Mais la nature est belle parce qu’elle se reflète dans mon ultime regard… » Et Yasunari Kawabata de commenter : « Le plus souvent maladif et affaibli, [l’artiste] s’enflamme au dernier moment avant de s’éteindre tout à fait. C’est quelque chose de tragique en soi » ******. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que c’est justement ce « quelque chose de tragique » qui exerce sa puissante fascination sur l’âme et sur l’imaginaire des lecteurs d’Akutagawa. « Ces derniers sentent que leurs préoccupations profondes — ou plutôt… “existentielles” — se trouvent saisies et partagées par l’auteur qui, en les précisant et en les amplifiant jusqu’à une sorte de hantise, les projette sur un fond imprégné d’un “spleen” qui lui est particulier », dit M. Arimasa Mori Lisez la suite›

* En japonais « 羅生門 ».

** En japonais 芥川龍之介. Autrefois transcrit Riunoské Akutagawa, Akoutagawa Ryunosouké, Akoutagaoua Ryounosouké ou Akoutagava Ryounosouke.

*** En japonais « ぼんやりした不安 ».

**** En japonais « 人生は一行のボオドレエルにも若かない ».

***** En japonais « 或旧友へ送る手記 ».

****** « Romans et Nouvelles », p. 26.

Miyazawa, « Les Astres Jumeaux »

éd. Le Serpent à plumes, coll. Fiction étrangère, Paris

éd. Le Serpent à plumes, coll. Fiction étrangère, Paris

Il s’agit des « Astres Jumeaux » (« Futago no hoshi » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « 双子の星 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Le Bureau des chats : contes »

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

Il s’agit du « Bureau des chats » (« Neko no jimusho » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « 猫の事務所 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Les Pieds nus de lumière : nouvelles »

éd. Le Serpent à plumes, coll. Fiction-Domaine étranger, Paris

Il s’agit des « Pieds nus de lumière » (« Hikari no suashi » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « ひかりの素足 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Le Train de la Voie lactée »

éd. Critérion, Paris

éd. Critérion, Paris

Il s’agit d’« Opbel et l’Éléphant » (« Otsuberu to zô » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « オツベルと象 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Traversée de la neige : nouvelles »

éd. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, Paris

éd. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, Paris

Il s’agit de la « Traversée de la neige » (« Yuki watari » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « 雪渡り ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Le Coquillage de feu et Autres Contes »

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

Il s’agit du « Feu du coquillage » (« Kai no hi » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « 貝の火 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Les Fruits du gingko : nouvelles »

éd. Le Serpent à plumes, coll. Fiction-Domaine étranger, Paris

Il s’agit des « Enfants-Fruits du gingko » (« Ichô no mi » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « いちょうの実 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.

Miyazawa, « Le Diamant du Bouddha : nouvelles »

éd. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, Paris

éd. Le Serpent à plumes, coll. Motifs, Paris

Il s’agit du « Diamant du Bouddha » (« Jûriki no kongôseki » *) et autres contes de Kenji Miyazawa **, écrivain japonais, très célèbre dans son pays, où il renouvela les œuvres pour la jeunesse, en mêlant le monde des hommes à celui des animaux ou des esprits ; en proposant une autre façon de percevoir la vie, avec un élan spontané vers les choses et avec une grande sympathie pour la nature, émotions qui faisaient défaut dans les productions modernes du Japon. « Ce que je raconte », dit Miyazawa, « je l’ai reçu des forêts, des champs et des lignes de chemin de fer, ou bien encore de l’arc-en-ciel et de la lumière de la lune. Vraiment, quand, seul, on traverse le crépuscule bleuté des forêts de hêtres et qu’en octobre, on se tient, tremblant, dans le vent de montagne, quoi qu’on fasse, on ne peut qu’avoir ces sensations. Vraiment, quoi qu’on fasse, il semble bien qu’on ne puisse que ressentir ces choses… Il y a certainement des passages qui vous sembleront incompréhensibles, mais ces passages, moi non plus, je ne les comprends pas. Ce que je souhaite profondément, c’est que ces courts récits, en fin de compte, soient pour vous une nourriture pure et véritable. » *** Miyazawa était le fils aîné d’une famille de cinq enfants. La tradition aurait voulu qu’il succédât à son père, qui tenait à Hanamaki un commerce de vêtements d’occasion, et qui faisait aussi fonction d’usurier ; mais le dégoût de Miyazawa pour ce genre de métier et son penchant pour l’étude le détournèrent tout à fait de cette voie. L’opposition parfois violente qu’il manifesta contre son père, fut aggravée encore lorsqu’à dix-huit ans il découvrit « Le Lotus de la bonne loi », texte bouddhique qu’il ne cessera, dans la suite de sa vie, de copier, de réciter, d’appliquer avec ferveur : « Lorsque j’oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s’est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l’idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur ! » Aucun de ses proches ne partagera son zèle, à l’exception de sa sœur Toshiko. À la mort précoce de celle-ci, en 1922, Miyazawa entreprendra un long voyage jusqu’à l’île de Sakhaline, dans l’espoir de communiquer, en quelque sorte, avec cette défunte dont il gardera toujours les cendres auprès de lui Lisez la suite›

* En japonais « 十力の金剛石 ».

** En japonais 宮沢賢治 ou 宮澤賢治.

*** « Le Restaurant aux nombreuses commandes » (« 注文の多い料理店 »), avant-propos.