Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefvie intellectuelle : sujet

Pamuk, « D’Autres Couleurs : essais »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

Il s’agit de « D’Autres Couleurs » (« Öteki Renkler ») de M. Orhan Pamuk, écrivain turc pour lequel le centre du monde est Istanbul, non seulement parce qu’il y a passé toute sa vie, mais aussi parce que toute sa vie il en a raconté les recoins les plus intimes. En 1850, Gustave Flaubert, en arrivant à Istanbul, frappé par la gigantesque bigarrure de cette ville, par le côtoiement de « tant d’individualités séparées, dont l’addition formidable aplatit la vôtre », avait écrit que Constantinople deviendrait « plus tard la capitale de la Terre » *. Cette naïve prédiction n’empêcha pas l’Empire turc de s’écrouler et de disparaître, et la capitale de perdre son nom de Constantinople, vidée de ses Grecs, ses Arméniens, ses Juifs. À la naissance de M. Pamuk, tout juste un siècle après le séjour de Flaubert, Istanbul, en tant que ville mondiale, n’était plus qu’une ombre crépusculaire et vivait les jours les plus faibles, les moins glorieux de ses deux mille ans d’histoire. La douce tristesse de ses rues fanées et flétries, de son passé tombé en disgrâce perçait de toute part ; elle avait une présence visible dans le paysage et chez les gens ; elle recouvrait comme un brouillard « les vieilles fontaines brisées ici et là, taries depuis des années, les boutiques de bric et de broc apparues… aux abords immédiats des vieilles mosquées…, les trottoirs sales, tout tordus et défoncés…, les vieux cimetières égrenés sur les hauteurs…, les lampadaires falots », dit M. Pamuk **. Parce que cette tristesse était causée par le fait d’être des rejetons d’un ancien Empire, les Stambouliotes préféraient faire table rase du passé. Ils arrachaient des pierres aux murailles et aux vénérables édifices afin de s’en servir pour leurs propres constructions. Détruire, brûler, ériger à la place un immeuble occidental et moderne était leur manière d’oublier — un peu comme un amant qui, pour effacer le souvenir douloureux d’une ancienne maîtresse, se débarrasse en hâte des vêtements, des bijoux, des photographies et des meubles. Au bout du compte, ce traitement de choc et ces destructions par le feu ne faisaient qu’accroître le sentiment de tristesse, en lui ajoutant le ton du désespoir et de la misère. « L’effort d’occidentalisation », dit M. Pamuk ***, « ouvrit la voie… à la transformation des intérieurs domestiques en musées d’une culture jamais vécue. Des années après, j’ai éprouvé toute cette incongruité… Ce sentiment de tristesse, enfoui définitivement dans les tréfonds de la ville, me fit prendre conscience de la nécessité de construire mon propre imaginaire, si je ne voulais pas être prisonnier… » Un soir, après avoir poussé la porte de la maison familiale, franchi le seuil et longuement marché dans ces rues qui lui apportaient consolation et réconfort, M. Pamuk rentra au milieu de la nuit et s’assit à sa table pour restituer quelque chose de leur atmosphère et de leur alchimie. Le lendemain, il annonça à sa famille qu’il serait écrivain. Lisez la suite›

* « Lettre à Louis Bouilhet du 14.XI.1850 ».

** « Istanbul », p. 68-69.

*** id. p. 54-55.

Ibn Rushd (Averroès), « Abrégé du “Mustaṣfā” »

éd. De Gruyter, coll. Corpus philosophorum medii ævi-Scientia græco-arabica, Berlin

Il s’agit du « Muḫtaṣar al-Mustaṣfâ » * d’Ibn Rushd ** (XIIe siècle apr. J.-C.), abrégé du livre de jurisprudence d’al-Ghazâli intitulé « Mustaṣfâ ». De tous les philosophes que l’islam donna à l’Espagne, celui qui laissa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants commentaires des écrits d’Aristote, ce fut Ibn Rushd, également connu sous les noms corrompus d’Averois, Aven-Roez ou Averroès ***. Son Andalousie natale était un coin privilégié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait établi, à partir du Xe siècle, une tolérance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. « Chrétiens, juifs, musulmans parlaient la même langue, chantaient les mêmes poésies, participaient aux mêmes études littéraires et scientifiques. Toutes les barrières qui séparent les hommes étaient tombées ; tous travaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civilisation commune », dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf ****, calife de l’Andalousie et contemporain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus lettré de son temps. L’illustre philosophe Ibn Thofaïl obtint à sa Cour une grande influence et en profita pour y attirer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu exprimé par Yûsuf et sur les instances d’Ibn Thofaïl qu’Ibn Rushd entreprit de commenter Aristote. Jamais ce dernier n’avait reçu de soins aussi étendus et aussi dévoués que ceux que lui prodiguera Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. « Mais la cause fatale qui a étouffé chez les musulmans les plus beaux germes de développement intellectuel, le fanatisme religieux, préparait déjà la ruine [de la philosophie] », dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études rationnelles se déchaîne sur toute la surface du monde musulman. Bientôt il suffira de dire d’un homme : « Un tel travaille à la philosophie ou donne des leçons d’astronomie », pour que les gens du peuple lui appliquent immédiatement le nom d’« impie », de « mécréant », etc. ; et que, si par malheur il persévère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa maison. Lisez la suite›

* En arabe « مختصر المستصفى ». Également connu sous le titre d’« Iḫtiṣâr al-Mustaṣfâ » (« اختصار المستصفى »).

** En arabe ابن رشد. Parfois transcrit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd.

*** Par substitution d’Aven (Aben) à Ibn.

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Parfois transcrit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoûçof ou Abou-Ya’coub Yousouf.

Hugo, « Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres »

XIXe siècle

Il s’agit des « Rayons et les Ombres » et autres œuvres de Victor Hugo (XIXe siècle). Il faut reconnaître que Hugo est non seulement le premier en rang des écrivains de langue française, depuis que cette langue a été fixée ; mais le seul qui ait un droit vraiment absolu à ce titre d’écrivain dans sa pleine acception. Toutes les catégories de l’histoire littéraire se trouvent en lui déjouées. La critique qui voudrait démêler cette figure titanique, stupéfiante, tenant quelque chose de la divinité, est en présence du problème le plus insoluble. Fut-il poète, romancier ou penseur ? Fut-il spiritualiste ou réaliste ? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme laissa l’empreinte de ses pas sur tous les chemins de l’esprit, servit de commandant dans toutes les luttes de l’art ; de sorte qu’aucune des familles qui se partagent l’espèce humaine au physique et au moral ne peut se l’attribuer entièrement. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclopéen d’idées, d’impressions qui s’en va ; un continent de granit qui se détache avec fracas. « Si j’ouvre un livre de Victor Hugo au hasard, car on ne saurait choisir », écrit Jules Renard *, « il est… une montagne, une mer, ce qu’on voudra, excepté quelque chose à quoi puissent se comparer les autres hommes. » « Qui pourrait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo” ? », demande Édouard Drumont **. « Comme l’océan, comme la montagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues incessamment renouvelées ; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces milliers d’arbres et ces milliers de feuilles qui confondent leur verdure et leur bruit. » Lisez la suite›

* « Journal », le 13 juillet 1893.

** Dans « Victor Hugo devant l’opinion ».

« Daryush Ashouri : un intellectuel hétérodoxe iranien »

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en transition, Paris

Il s’agit de « La Théorie de “l’occidentalite” et la Crise de pensée en Iran » (« Nazarieh-ye gharbzadegi va bohrân-e tafakkor dar Iran » *) et autres articles de M. Daryoush Ashouri **, intellectuel et traducteur iranien, installé en France depuis 1987. La pensée iranienne moderne est en grande partie tiraillée entre son rejet de l’Occident et sa fascination pour lui. Au siècle dernier, elle devisait avec optimisme d’un avenir où elle serait plus occidentalisée ; à présent, elle s’en prend, en des termes défaitistes et récriminants, aux perversités de l’Occident, dont elle voudrait faire un épouvantail. M. Ashouri traite de cette dichotomie et il dit ne pouvoir mieux la définir que comme un « ressentiment » pathologique (« kin-touzi » ***) qui a affligé à la fois les penseurs et les masses populaires en Iran tout au long de l’histoire récente. M. Ashouri emprunte ce terme de « ressentiment » à Friedrich Nietzsche et il l’applique au cas iranien. Dans « La Généalogie de la morale », Nietzsche oppose l’homme actif ou surhomme, qui crée triomphalement ses propres valeurs, aux hommes impuissants, à qui la vraie action est interdite, et qui ne trouvent de compensation que dans leur haine rentrée et dans leur rancune envers le surhomme. Ces hommes du « ressentiment », étant incapables d’agir, demeurent durablement remplis de réactions hostiles et venimeuses. Telle est l’attitude de beaucoup d’Iraniens qui, depuis les années 1960, ne parviennent plus à affirmer positivement leur propre « soi » : au lieu de cela, ils cherchent un adversaire dans ce qui se situe en dehors, dans ce qui est leur « autre que soi », et tout d’abord, dans une culture occidentale transformée en une véritable caricature, en un monstre. Et M. Ashouri de donner comme exemple deux penseurs iraniens de renom, Djalal Âl-e Ahmad et Ali Shariati, et leur théorie de « l’occidentalite » ou « maladie occidentale ». « Comme j’y ai déjà fait allusion », dit M. Ashouri, « “l’occidentalite” est basée sur cette conception qu’il existe un “Occident” là-bas et un “nous” ici, dont la relation est qualifiée de dominant-dominé… Le problème fondamental de cette théorie est qu’elle n’a pas de connaissance [ni] de l’un, ni de l’autre, et dans un cercle vicieux, ne parvient pas à se donner une ouverture au monde. Je voudrais citer deux figures qui représentent cette tendance, Âl-e Ahmad et Shariati. Les deux se référent à l’islam pour critiquer l’Occident, mais leur démarche est-elle similaire à celle de Ghazâli ? La grande différence entre ces deux intellectuels et Ghazâli consiste dans le fait que, pour ce dernier, la religion est le but ; alors que, pour eux, celle-ci est un moyen de combat politique… À l’opposé de Ghazâli, qui cherche la racine et les concepts les plus fondamentaux, on [ne voit aucun] soubassement philosophique [chez Âl-e Ahmad et chez Shariati]. Par exemple, ils ne peuvent plus consulter Descartes, et… de ce fait, ils deviennent étrangers au socle de la modernité, alors qu’eux-mêmes sont inconsciemment sous son influence » Lisez la suite›

* En persan « نظریهٔ غرب‌زدگی و بحران تفکر در ایران ».

** En persan داریوش آشوری. Parfois transcrit Darioush Ashouri, Dariush Ashoori ou Daryush Ashuri.

*** En persan کین توزی. Parfois transcrit « kine-touzi ».

« Écrits de Maître Wen, [ou] Livre de la pénétration du mystère »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit de la version moderne du « Classique de la pénétration du mystère » * (« Tongxuan zhenjing » **), plus connu sous le titre de « Wen-zi » ***, ouvrage attribué au philosophe taoïste du même nom qui l’aurait composé pour éclaircir les enseignements de son maître Lao-tseu. En effet, beaucoup de passages débutent par « Lao-tseu dit » et se veulent être un commentaire de ses théories, mais un commentaire qui en fournirait l’application pratique. Pourtant, si l’on excepte les dernières décennies, le « Wen-zi » n’a jamais vraiment retenu l’attention des lettrés chinois, qui élevaient des doutes sur son authenticité. Les Anciens n’ont légué à son sujet qu’une courte notice bibliographique (Ier siècle av. J.-C.) décrivant l’ouvrage comme des dialogues entre Wen-zi (Maître Wen), disciple immédiat de Lao-tseu, et le roi Ping. Or, le seul monarque suffisamment connu à avoir porté ce nom étant Ping des Zhou ****, qui vécut deux siècles avant (!) Lao-tseu, on a dès le départ suspecté le « Wen-zi » de prétendre être plus ancien qu’il ne l’était. De plus, la version première, présentée dans la notice, s’était perdue sous la dynastie des Han. Une version moderne parut par la suite, mais elle ne représentait pas dans son intégrité l’œuvre originale. Seul son cinquième chapitre, intitulé « La Voie et la Vertu », était rédigé sous forme de dialogues. Tout le reste montrait un caractère composite et copiait ou imitait des passages entiers du « Huainan zi » ou d’autres livres qui, réunis dans le sien, grinçaient les uns contre les autres comme des dents ébréchées. « Un faux a donné naissance à un autre faux », concluait un lettré chinois *****. Or, voici qu’en 1973 on découvrit à Dingzhou ****** dans une tombe royale scellée en 55 av. J.-C. deux cent soixante-dix-sept tiges de bambou portant des bribes de la version ancienne du « Wen-zi ». Un incendie, provoqué par des pilleurs de tombe, les avait calcinées à demi, et leur état laissait si fort à désirer qu’il fallut plus de vingt ans de travail à l’équipe chargée de leur déchiffrement pour que parût la transcription. Le « Wen-zi » sur tiges de bambou, loin de faire avancer la question de l’authenticité de l’œuvre, n’a fait que l’obscurcir davantage. Nous sommes en présence de deux versions distinctes, rédigées par des auteurs différents, à des époques éloignées l’une de l’autre. Lisez la suite›

* Autrefois traduit « “King” approfondissant l’origine des choses ».

** En chinois « 通玄真經 ». Autrefois transcrit « Toung-youèn tchin king », « T’ong-yuen-tchin-king » ou « T’ung hsüan chen ching ».

*** En chinois « 文子 ». Autrefois transcrit « Wen-tze », « Wen-tzu » ou « Wen-tseu ».

**** En chinois 周平王.

***** Liang Qichao (梁啟超).

****** En chinois 定州. Anciennement Dingxian (定縣).

Hugo, « Les Orientales • Les Feuilles d’automne »

XIXe siècle

Il s’agit des « Feuilles d’automne » et autres œuvres de Victor Hugo (XIXe siècle). Il faut reconnaître que Hugo est non seulement le premier en rang des écrivains de langue française, depuis que cette langue a été fixée ; mais le seul qui ait un droit vraiment absolu à ce titre d’écrivain dans sa pleine acception. Toutes les catégories de l’histoire littéraire se trouvent en lui déjouées. La critique qui voudrait démêler cette figure titanique, stupéfiante, tenant quelque chose de la divinité, est en présence du problème le plus insoluble. Fut-il poète, romancier ou penseur ? Fut-il spiritualiste ou réaliste ? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme laissa l’empreinte de ses pas sur tous les chemins de l’esprit, servit de commandant dans toutes les luttes de l’art ; de sorte qu’aucune des familles qui se partagent l’espèce humaine au physique et au moral ne peut se l’attribuer entièrement. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclopéen d’idées, d’impressions qui s’en va ; un continent de granit qui se détache avec fracas. « Si j’ouvre un livre de Victor Hugo au hasard, car on ne saurait choisir », écrit Jules Renard *, « il est… une montagne, une mer, ce qu’on voudra, excepté quelque chose à quoi puissent se comparer les autres hommes. » « Qui pourrait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo” ? », demande Édouard Drumont **. « Comme l’océan, comme la montagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues incessamment renouvelées ; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces milliers d’arbres et ces milliers de feuilles qui confondent leur verdure et leur bruit. » Lisez la suite›

* « Journal », le 13 juillet 1893.

** Dans « Victor Hugo devant l’opinion ».

Hugo, « Odes et Ballades »

XIXe siècle

Il s’agit des « Odes et Ballades » et autres œuvres de Victor Hugo (XIXe siècle). Il faut reconnaître que Hugo est non seulement le premier en rang des écrivains de langue française, depuis que cette langue a été fixée ; mais le seul qui ait un droit vraiment absolu à ce titre d’écrivain dans sa pleine acception. Toutes les catégories de l’histoire littéraire se trouvent en lui déjouées. La critique qui voudrait démêler cette figure titanique, stupéfiante, tenant quelque chose de la divinité, est en présence du problème le plus insoluble. Fut-il poète, romancier ou penseur ? Fut-il spiritualiste ou réaliste ? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme laissa l’empreinte de ses pas sur tous les chemins de l’esprit, servit de commandant dans toutes les luttes de l’art ; de sorte qu’aucune des familles qui se partagent l’espèce humaine au physique et au moral ne peut se l’attribuer entièrement. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclopéen d’idées, d’impressions qui s’en va ; un continent de granit qui se détache avec fracas. « Si j’ouvre un livre de Victor Hugo au hasard, car on ne saurait choisir », écrit Jules Renard *, « il est… une montagne, une mer, ce qu’on voudra, excepté quelque chose à quoi puissent se comparer les autres hommes. » « Qui pourrait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo” ? », demande Édouard Drumont **. « Comme l’océan, comme la montagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues incessamment renouvelées ; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces milliers d’arbres et ces milliers de feuilles qui confondent leur verdure et leur bruit. » Lisez la suite›

* « Journal », le 13 juillet 1893.

** Dans « Victor Hugo devant l’opinion ».

« Textes mathématiques babyloniens »

éd. E. J. Brill, Leyde

Il s’agit de textes mathématiques mésopotamiens. La masse imposante de tablettes mathématiques cunéiformes, déchiffrée, traduite et commentée dans les décennies 1920-1940 en français par François Thureau-Dangin et en allemand par Otto Eduard Neugebauer, reste assez méconnue en dehors du cercle restreint des spécialistes. Pourtant, ces tablettes mathématiques sont un fait culturel unique et prodigieux eu égard à leur antiquité, qui remonte le plus souvent à l’ère paléobabylonienne (2004-1595 av. J.-C.) et parfois avant. Elles témoignent, dans le maniement des nombres, d’un immense savoir arithmétique et algébrique, qui ne sera redécouvert qu’au IIIe siècle apr. J.-C. par Diophante, le « Babylonien hellénisé », qui lui imposera le moule de la logique grecque pour en créer l’algèbre ; celle-ci sera à son tour reprise et portée à sa perfection par les Arabes au VIIIe-IXe siècle. Ainsi, la maison de la sagesse de Bagdad succédera, par-delà les siècles, à des maisons de la sagesse mésopotamiennes, disparues sous les sables irakiens. « Ce n’est pas dans les milieux pythagoriciens de la Grèce antique, au VIe siècle av. J.-C., que sont nées la théorie des nombres et l’arithmétique théorique. C’est à Babylone, au cœur de l’Irak actuel… » * Comment expliquer que la tradition grecque soit muette à ce sujet ? Autant elle se plaît à faire honneur aux Égyptiens et à leur dieu-scribe Thoth, auxquels elle attribue à tort l’invention « des nombres, du calcul, de la géométrie et de l’astronomie, des jeux [de dames] et de l’écriture » ** ; autant elle ne dit rien des Mésopotamiens, qui en sont les premiers maîtres et les véritables instigateurs. Sans doute les Mèdes, puis les Perses, en prenant possession de la Mésopotamie dès le VIIe siècle av. J.-C., en ont-ils interdit l’accès aux Grecs historiquement, géographiquement. Sans doute ces derniers, éprouvés par leur guerre de défense contre l’Empire perse, ont-ils été portés à jeter le discrédit sur le savoir des envahisseurs. Il n’empêche que l’aventure numérique débute à Sumer, Akkad et Babylone, et nulle part ailleurs. Lisez la suite›

* Roger Caratini, « Les Mathématiciens de Babylone », p. 174.

** Platon, « Phèdre », 274d.

le marquis Costa de Beauregard, « Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome IV »

XIXe siècle

Il s’agit des « Mémoires historiques » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome III »

XIXe siècle

Il s’agit des « Mémoires historiques » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome II »

XIXe siècle

Il s’agit des « Mémoires historiques » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome I »

XIXe siècle

Il s’agit des « Mémoires historiques » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Journal de voyage d’un jeune noble savoyard à Paris en 1766-1767 »

éd. Presses universitaires du Septentrion, coll. Documents et témoignages, Villeneuve-d’Ascq

Il s’agit du « Journal de voyage à Paris en 1766-1767 » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome II »

XIXe siècle

Il s’agit de « Mélanges tirés d’un portefeuille militaire » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome I »

XIXe siècle

Il s’agit de « Mélanges tirés d’un portefeuille militaire » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

le marquis Costa de Beauregard, « Un Homme d’autrefois : souvenirs recueillis par son arrière-petit-fils »

XIXe siècle

Il s’agit d’« Un Homme d’autrefois : souvenirs » du marquis Joseph-Henri Costa de Beauregard, chef d’état-major et historien de la maison royale de Savoie, et surtout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était officier et l’autre étudiant. Chaque année, ils se voyaient au château de Beauregard, sur les bords du Léman, avec ses arbres séculaires se mirant dans les eaux du lac et avec ses promenades infinies. C’est là que Maistre venait goûter ses « plaisirs d’automne » *. C’est là qu’il « verbait » avec le marquis et la marquise au sujet de la République française nouvellement décrétée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sardaigne tout le premier, tremblait devant ses soldats. Tous les deux étaient passionnés par cette funeste voisine qui divisait les meilleurs esprits du temps ; et, tout en se défendant d’aimer la France, ils ne savaient penser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appelait « les deux bras » de la nation française, c’est-à-dire « sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère » **, maintenait et proclamait la vocation de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la cheminée décorée de maximes, dont celle qui dit : « La vie, même en s’en allant, laisse derrière elle l’espérance pour fermer les portes » *** — au coin de la cheminée, dis-je, il préparait ses « Considérations sur la France » et il jetait sur le papier les improvisations de son cerveau volcanique pour les soumettre au marquis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être inférieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pondéré, tançait le grand homme sur sa tendance à l’emphase et sur ses emportements excessifs. Quant à la marquise, elle apportait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divinations politiques. « Quelles personnes, bon Dieu ! Quelles soirées ! Quelles conversations ! », se souviendra Maistre **** avec nostalgie. Lisez la suite›

* « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 92.

** « Œuvres complètes. Tome I », p. 24-25.

*** « Un Homme d’autrefois : souvenirs », p. 311.

**** « Œuvres complètes. Tome XIII », p. 315.

Milizia, « Vies des architectes anciens et modernes. Tome II »

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mémoires des architectes anciens et modernes » (« Memorie degli architetti antichi e moderni ») également connus sous le titre de « Vies des plus célèbres architectes » (« Vite de’ più celebri architetti ») de Francesco Milizia, théoricien de l’architecture, partisan de la simplicité antique (XVIIIe siècle). Pour ce théoricien italien, la beauté de l’architecture naît dans le nécessaire et l’utile. La profusion des ornements et le manque de critique dans leur choix, tout ce qui est exagéré et qui n’est pas commandé par la nécessité ou l’utilité, ne fait que desservir une construction déjà mal conçue, « à peu près comme la parure ne sert qu’à enlaidir et faire remarquer une laide femme » *. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles parties d’un sujet ; principe clair, d’une importance capitale, et fréquemment négligé non seulement dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la politique et la jurisprudence. De même que les mauvais législateurs compliquent l’échafaudage législatif « pour que nous n’entendions jamais rien aux lois » ** ; de même, les mauvais architectes compliquent « une grande coupole de coupoles plus petites, de coupolettes, de coupolinettes » (« una cupola con cupolino, con cupolette, con cupolucce ») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs constructions extravagantes. Ordre, simplicité, vérité, tels sont les critères qui déterminent la beauté pour Milizia. Aussi blâme-t-il tout édifice qui a quelque chose de déraisonnable et de lourdement raffiné, « aussi éloigné de la légèreté gothique que de la majesté et de l’élégance grecque » (« ugualmente lontana dalla sveltezza gotica e dalla maestosa eleganza greca ») ; tandis qu’un édifice qui correspond exactement à son but et à sa vocation, même lorsqu’il est dépourvu d’ornementations et destiné aux usages les plus vils et les plus repoussants, peut être beau, comme l’est la « Cloaca maxima », le Grand égout bâti par Tarquin l’Ancien. Dans ses traités, Milizia propose pour modèles les monuments de la Grèce, exhorte à étudier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les architectes de la Renaissance qui, selon lui, n’ont étudié les Anciens que de seconde main et ont ainsi introduit des éléments de décadence, que leurs écoles ont consacrés sous forme de mode, de caprice, de folie : « Voilà pourquoi [ces] écoles sont si pauvres de génie », dit Milizia ; et pourquoi, en allant du Grand égout à la coupole de Saint-Pierre, on va « du meilleur au plus mauvais » Lisez la suite›

* « De l’art de voir dans les beaux-arts », p. 88.

** id. p. 26.

Milizia, « Vies des architectes anciens et modernes. Tome I »

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Mémoires des architectes anciens et modernes » (« Memorie degli architetti antichi e moderni ») également connus sous le titre de « Vies des plus célèbres architectes » (« Vite de’ più celebri architetti ») de Francesco Milizia, théoricien de l’architecture, partisan de la simplicité antique (XVIIIe siècle). Pour ce théoricien italien, la beauté de l’architecture naît dans le nécessaire et l’utile. La profusion des ornements et le manque de critique dans leur choix, tout ce qui est exagéré et qui n’est pas commandé par la nécessité ou l’utilité, ne fait que desservir une construction déjà mal conçue, « à peu près comme la parure ne sert qu’à enlaidir et faire remarquer une laide femme » *. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles parties d’un sujet ; principe clair, d’une importance capitale, et fréquemment négligé non seulement dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la politique et la jurisprudence. De même que les mauvais législateurs compliquent l’échafaudage législatif « pour que nous n’entendions jamais rien aux lois » ** ; de même, les mauvais architectes compliquent « une grande coupole de coupoles plus petites, de coupolettes, de coupolinettes » (« una cupola con cupolino, con cupolette, con cupolucce ») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs constructions extravagantes. Ordre, simplicité, vérité, tels sont les critères qui déterminent la beauté pour Milizia. Aussi blâme-t-il tout édifice qui a quelque chose de déraisonnable et de lourdement raffiné, « aussi éloigné de la légèreté gothique que de la majesté et de l’élégance grecque » (« ugualmente lontana dalla sveltezza gotica e dalla maestosa eleganza greca ») ; tandis qu’un édifice qui correspond exactement à son but et à sa vocation, même lorsqu’il est dépourvu d’ornementations et destiné aux usages les plus vils et les plus repoussants, peut être beau, comme l’est la « Cloaca maxima », le Grand égout bâti par Tarquin l’Ancien. Dans ses traités, Milizia propose pour modèles les monuments de la Grèce, exhorte à étudier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les architectes de la Renaissance qui, selon lui, n’ont étudié les Anciens que de seconde main et ont ainsi introduit des éléments de décadence, que leurs écoles ont consacrés sous forme de mode, de caprice, de folie : « Voilà pourquoi [ces] écoles sont si pauvres de génie », dit Milizia ; et pourquoi, en allant du Grand égout à la coupole de Saint-Pierre, on va « du meilleur au plus mauvais » Lisez la suite›

* « De l’art de voir dans les beaux-arts », p. 88.

** id. p. 26.

Milizia, « De l’art de voir dans les beaux-arts »

XVIIIe siècle

Il s’agit de « De l’art de voir dans les beaux-arts » * (« Dell’arte di vedere nelle belle arti ») de Francesco Milizia, théoricien de l’architecture, partisan de la simplicité antique (XVIIIe siècle). Pour ce théoricien italien, la beauté de l’architecture naît dans le nécessaire et l’utile. La profusion des ornements et le manque de critique dans leur choix, tout ce qui est exagéré et qui n’est pas commandé par la nécessité ou l’utilité, ne fait que desservir une construction déjà mal conçue, « à peu près comme la parure ne sert qu’à enlaidir et faire remarquer une laide femme » **. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles parties d’un sujet ; principe clair, d’une importance capitale, et fréquemment négligé non seulement dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la politique et la jurisprudence. De même que les mauvais législateurs compliquent l’échafaudage législatif « pour que nous n’entendions jamais rien aux lois » *** ; de même, les mauvais architectes compliquent « une grande coupole de coupoles plus petites, de coupolettes, de coupolinettes » (« una cupola con cupolino, con cupolette, con cupolucce ») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs constructions extravagantes. Ordre, simplicité, vérité, tels sont les critères qui déterminent la beauté pour Milizia. Aussi blâme-t-il tout édifice qui a quelque chose de déraisonnable et de lourdement raffiné, « aussi éloigné de la légèreté gothique que de la majesté et de l’élégance grecque » (« ugualmente lontana dalla sveltezza gotica e dalla maestosa eleganza greca ») ; tandis qu’un édifice qui correspond exactement à son but et à sa vocation, même lorsqu’il est dépourvu d’ornementations et destiné aux usages les plus vils et les plus repoussants, peut être beau, comme l’est la « Cloaca maxima », le Grand égout bâti par Tarquin l’Ancien. Dans ses traités, Milizia propose pour modèles les monuments de la Grèce, exhorte à étudier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les architectes de la Renaissance qui, selon lui, n’ont étudié les Anciens que de seconde main et ont ainsi introduit des éléments de décadence, que leurs écoles ont consacrés sous forme de mode, de caprice, de folie : « Voilà pourquoi [ces] écoles sont si pauvres de génie », dit Milizia ; et pourquoi, en allant du Grand égout à la coupole de Saint-Pierre, on va « du meilleur au plus mauvais » Lisez la suite›

* Parfois traduit « De l’art de voir en sculpture, peinture, gravure et architecture » ou « Réflexions sur la sculpture, la peinture, la gravure et l’architecture ».

** « De l’art de voir dans les beaux-arts », p. 88.

*** id. p. 26.

Volney, « La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale »

XIXe siècle

Il s’agit de « La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale » * de Constantin-François de Chassebœuf, voyageur et littérateur français, plus connu sous le surnom de Volney (XVIIIe-XIXe siècle). Il perdit sa mère à deux ans et fut laissé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit collège d’Ancenis. Le régime de ce collège était fort mauvais, et la santé des enfants y était à peine soignée ; le directeur était un homme brutal, qui ne parlait qu’en grondant et ne grondait qu’en frappant. Volney souffrait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne paraissait jamais avoir pour lui cette sollicitude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avançait pourtant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plaisait dans la méditation solitaire et taciturne, et son génie n’attendait que d’être libéré pour se développer et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tarda pas à se présenter : une modique somme d’argent lui échut. Il résolut de l’employer à acquérir, dans un grand voyage, un fonds de connaissances nouvelles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux observations historiques et morales dont il voulait s’occuper. « Je me séparerai », se promit-il **, « des sociétés corrompues ; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satiété, et des cabanes où elle s’avilit par la misère ; j’irai dans la solitude vivre parmi les ruines ; j’interrogerai les monuments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires ; de quelles causes naissent la prospérité et les malheurs des nations ; sur quels principes enfin doivent s’établir la paix des sociétés et le bonheur des hommes. » Mais pour visiter ces pays avec fruit, il fallait en connaître la langue : « Sans la langue, l’on ne saurait apprécier le génie et le caractère d’une nation : la traduction des interprètes n’a jamais l’effet d’un entretien direct », pensait-il ***. Cette difficulté ne rebuta point Volney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de parler cette langue commune à tant d’Orientaux. Lisez la suite›

* Également connu sous le titre de « Catéchisme du citoyen français ».

** « Les Ruines », p. 19.

*** « Préface à “Voyage en Syrie et en Égypte” ».

Chateaubriand, « Mémoires d’outre-tombe. Tome II »

éd. Gallimard, coll. Quarto, Paris

Il s’agit des « Mémoires d’outre-tombe » de François René de Chateaubriand, auteur et politique français, père du romantisme chrétien (XVIIIe-XIXe siècle). Le mal, le grand mal de Chateaubriand fut d’être né entre deux siècles, « comme au confluent de deux fleuves » *, et de voir les caractères opposés de ces deux siècles se rencontrer dans ses opinions. Sorti des entrailles de l’ancienne monarchie, de l’ancienne aristocratie, il se plaça contre la Révolution française, dès qu’il la vit dans ses premières violences, et il resta royaliste, souvent contre son instinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la famille de Napoléon Bonaparte. Même fougue, même éclat, même mélancolie moderne. Si les Bourbons avaient mieux apprécié Chateaubriand, il est possible qu’il eût été moins vulnérable au souvenir de l’Empereur devenu resplendissant comme un « large soleil ». Le parallèle qu’il fait dans ses « Mémoires d’outre-tombe » entre l’Empire et la monarchie bourbonienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sincère de la conception de l’auteur, tellement plus vraie que celle du politique : « Retomber de Bonaparte et de l’Empire à ce qui les a suivis, c’est tomber de la réalité dans le néant ; du sommet d’une montagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas terminé avec Napoléon ?… Comment nommer Louis XVIII en place de l’Empereur ? Je rougis en [y] pensant ». Triste jusqu’au désespoir, sans amis et sans espérance, il était obsédé par un passé à jamais évanoui et tombé dans le néant. « Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mépriser cette vie », écrivait-il ** en songeant qu’il était lui-même une ruine encore plus chancelante. Aucune pensée ne venait le consoler excepté la religion chrétienne, à laquelle il était revenu avec chaleur et avec véhémence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conversion : « Ma mère, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr une partie de ses enfants, expira enfin sur un grabat, où ses malheurs l’avaient reléguée. Le souvenir de mes égarements [le scepticisme de mon “Essai sur les Révolutions”] répandit sur ses derniers jours une grande amertume ; elle chargea, en mourant, une de mes sœurs de me rappeler à cette religion dans laquelle j’avais été élevé. Ma sœur me manda le dernier vœu de ma mère. Quand la lettre me parvint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus ; elle était morte aussi des suites de son emprisonnement. Ces deux voix sorties du tombeau, cette mort qui servait d’interprète à la mort, m’ont frappé ; je suis devenu chrétien » Lisez la suite›

* « Mémoires d’outre-tombe ».

** « Études historiques ».

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