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CatégorieOuvrages peu soignés ou mal finis

«Vie des pères du Jura»

éd. du Cerf, coll. Sources chrétiennes-Textes monastiques d’Occident, Paris

éd. du Cerf, coll. Sources chré­tiennes-Textes monas­tiques d’Occident, Paris

Il s’agit de la «Vie et Règle des saints pères Romain, Lupi­cin et Oyend, abbés des monas­tères du Jura» («Vita vel Regu­la sanc­to­rum patrum Roma­ni, Lupi­ci­ni et Eugen­di, monas­te­rio­rum Juren­sium abba­tum»). L’Antiquité ne nous apprend rien de par­ti­cu­lier sur l’auteur de cette «Vie», et nous igno­rons jusqu’à son nom. Mais nous voyons, par les pages que nous pos­sé­dons de lui, que c’était un moine labo­rieux et grave; qu’à défaut de talent comme ora­teur et comme écri­vain, il avait de la pié­té, beau­coup de bonne foi et un grand fonds de modes­tie. Ces qua­li­tés jointes à celle d’auteur contem­po­rain, qui ne rap­porte que ce qui s’est pas­sé sous ses propres yeux ou presque, donnent du prix à son ouvrage et le rendent digne de créance. C’était, en effet, un dis­ciple de saint Oyend de Condat* et il se trou­va pré­sent lorsque ce saint quit­ta la terre pour aller au ciel (510 apr. J.-C.). Il ne tar­da pas, après cette mort, à mettre la main à son ouvrage, et pour le rédi­ger avec méthode, il fit pré­cé­der la vie de saint Oyend par celles de saint Romain et de saint Lupi­cin; de sorte que le tout peut pas­ser pour une his­toire ori­gi­nale, quoiqu’abrégée, des monas­tères du Jura, en France, depuis leur pre­mier éta­blis­se­ment (435 apr. J.-C.). Voi­ci le récit de cet éta­blis­se­ment : «C’est dans sa trente-cin­quième année envi­ron qu’attiré par les retraites du désert, après avoir quit­té sa mère, sa sœur et son frère, saint Romain péné­tra dans les forêts du Jura proches de son domaine.

* Par­fois trans­crit Eugende, Eugend, Héand, Oyand, Oyant, Oyan, Ouyan, Ouyen, Oyent ou Oyen. Haut

Rim Kin, «Samapheavi»

dans « Péninsule », vol. 43, p. 25-102

dans «Pénin­sule», vol. 43, p. 25-102

Il s’agit du «Sama­phea­vi» de M. Rim Kin*, ancêtre des lettres modernes du Cam­bodge, roman­cier d’expression khmère et fran­çaise, pré­sident de l’Association des écri­vains khmers. M. Rim Kin naquit en 1911 dans une famille «khmère krom», c’est-à-dire ori­gi­naire du Viêt-nam. Son nom véri­table était Kim Kin, mais suite à une faute d’écriture du chef de la com­mune, Kim se trans­for­ma en Rim. M. Rim Kin, donc, com­men­ça à écrire au col­lège Siso­wath qui, des­ti­né à toute l’Indochine, rece­vait beau­coup de jeunes Viet­na­miens. Il joi­gnit très tôt à ses talents d’écrivain une grande expé­rience du théâtre. En tant que comé­dien, il obtint du suc­cès dans les «Four­be­ries de Sca­pin» et le «Méde­cin volant», joués en fran­çais, et le «Méde­cin mal­gré lui», joué en khmer. Il tra­dui­sit par ailleurs dans cette langue «Le Cid» de Cor­neille et «Sans famille» d’Hector Malot. Ce fut, sans doute, dans sa longue fré­quen­ta­tion du fran­çais que M. Rim Kin trou­va le secret de ses phrases simples et élé­gantes, de sa langue claire et dépouillée. Dans sa dizaine de romans, il prê­cha l’effort, la téna­ci­té, l’aide don­née à son pro­chain comme sources de vraie richesse. Car il croyait au tra­vail et en fai­sait la base de sa foi : «Il est bien vrai que les divi­ni­tés secourent les humains», dit-il**, «mais il faut aus­si que les humains sachent se secou­rir eux-mêmes : se secou­rir, c’est s’appliquer constam­ment au tra­vail, endu­rer cou­ra­geu­se­ment l’adversité et la misère». À cette époque, le Viêt-nam, riche en écri­vains, publiait beau­coup, et les mar­chés de Phnom Penh étaient inon­dés de livres viet­na­miens. Ce fut pour que les Cam­bod­giens «n’aient plus honte devant les étran­gers», selon ses mots, que M. Rim Kin se mit à écrire en khmer. Son «Sùphàt», publié en 1938, marque la nais­sance du roman cam­bod­gien. Iro­nie du sort, le livre fut impri­mé à Sai­gon, et il fal­lut attendre le début de 1942 pour le voir enfin arri­ver à Phnom Penh.

* En khmer រឹម គីន. Par­fois trans­crit Rīm Gīn. Haut

** «ក្លាហាន» («Le Cou­ra­geux»), inédit en fran­çais. Haut

Rim Kin, «Sophat, ou les Surprises du destin»

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asia­tiques, Paris

Il s’agit du «Sùphàt»* de M. Rim Kin**, ancêtre des lettres modernes du Cam­bodge, roman­cier d’expression khmère et fran­çaise, pré­sident de l’Association des écri­vains khmers. M. Rim Kin naquit en 1911 dans une famille «khmère krom», c’est-à-dire ori­gi­naire du Viêt-nam. Son nom véri­table était Kim Kin, mais suite à une faute d’écriture du chef de la com­mune, Kim se trans­for­ma en Rim. M. Rim Kin, donc, com­men­ça à écrire au col­lège Siso­wath qui, des­ti­né à toute l’Indochine, rece­vait beau­coup de jeunes Viet­na­miens. Il joi­gnit très tôt à ses talents d’écrivain une grande expé­rience du théâtre. En tant que comé­dien, il obtint du suc­cès dans les «Four­be­ries de Sca­pin» et le «Méde­cin volant», joués en fran­çais, et le «Méde­cin mal­gré lui», joué en khmer. Il tra­dui­sit par ailleurs dans cette langue «Le Cid» de Cor­neille et «Sans famille» d’Hector Malot. Ce fut, sans doute, dans sa longue fré­quen­ta­tion du fran­çais que M. Rim Kin trou­va le secret de ses phrases simples et élé­gantes, de sa langue claire et dépouillée. Dans sa dizaine de romans, il prê­cha l’effort, la téna­ci­té, l’aide don­née à son pro­chain comme sources de vraie richesse. Car il croyait au tra­vail et en fai­sait la base de sa foi : «Il est bien vrai que les divi­ni­tés secourent les humains», dit-il***, «mais il faut aus­si que les humains sachent se secou­rir eux-mêmes : se secou­rir, c’est s’appliquer constam­ment au tra­vail, endu­rer cou­ra­geu­se­ment l’adversité et la misère». À cette époque, le Viêt-nam, riche en écri­vains, publiait beau­coup, et les mar­chés de Phnom Penh étaient inon­dés de livres viet­na­miens. Ce fut pour que les Cam­bod­giens «n’aient plus honte devant les étran­gers», selon ses mots, que M. Rim Kin se mit à écrire en khmer. Son «Sùphàt», publié en 1938, marque la nais­sance du roman cam­bod­gien. Iro­nie du sort, le livre fut impri­mé à Sai­gon, et il fal­lut attendre le début de 1942 pour le voir enfin arri­ver à Phnom Penh.

* En khmer «សូផាត». Par­fois trans­crit «Sophat». Haut

** En khmer រឹម គីន. Par­fois trans­crit Rīm Gīn. Haut

*** «ក្លាហាន» («Le Cou­ra­geux»), inédit en fran­çais. Haut

Nhok Thèm, «La Rose de Païlin»

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Lettres asia­tiques, Paris

Il s’agit du «Kùlàp Pai­lin»*La Rose de Paï­lin») de M. Nhok Thèm**, roman­cier cam­bod­gien, tra­duc­teur de «jâta­kas» («récits de faits aux­quels le Boud­dha a été mêlé»), fon­da­teur de l’Association des écri­vains khmers. «Grand let­tré tra­di­tion­nel et grand roman­cier de son temps, ses tra­vaux cultu­rels et reli­gieux et ses romans eurent une pro­fonde influence sur la culture lit­té­raire dans le Cam­bodge contem­po­rain», dit un cri­tique***. Né en 1903 au vil­lage de Svay Po, M. Nhok Thèm fit ses études reli­gieuses et morales dans les écoles de pagode au Cam­bodge et en Thaï­lande. À l’âge de quinze ans, il entra dans l’ordre boud­dhique en tant que novice et il ne le quit­ta, vingt ans plus tard, que pour mieux par­ti­ci­per aux publi­ca­tions de l’Institut boud­dhique, qui venait d’ouvrir ses portes à Phnom Penh. Outre ces publi­ca­tions spé­ciales, M. Nhok Thèm lais­sa deux romans dont l’un, le «Pisàc snehà»****L’Amour dia­bo­lique») fut publié en 1942, et dont l’autre, le «Kùlàp Pai­lin», fut ins­crit au pro­gramme de l’enseignement secon­daire en 1958. Rom­pant avec le cadre tra­di­tion­nel des récits en vers, ces romans se dif­fé­ren­ciaient par leur moder­ni­té : ils étaient écrits exclu­si­ve­ment en prose, dans un lan­gage ordi­naire et cou­rant, acces­sible à tout le monde, et ils met­taient en scène — non plus de jeunes princes ou des êtres sur­na­tu­rels, comme la lit­té­ra­ture clas­sique — mais des per­son­nages bien contem­po­rains, fai­sant par­tie des diverses couches de la socié­té : pay­sans, mineurs, petits fonc­tion­naires, avec leurs aspi­ra­tions, leurs pré­oc­cu­pa­tions et leurs dif­fi­cul­tés quo­ti­diennes. «Ils se carac­té­risent par un cane­vas assez simple, dont le noyau prin­ci­pal est sou­vent axé sur les des­ti­nées de deux jeunes gens qui ont à faire face à des obs­tacles de dif­fé­rents ordres avant de voir se réa­li­ser — ou som­brer — leur amour et leur mariage», dit un autre cri­tique*****.

* En khmer «កុលាបប៉ៃលិន». Par­fois trans­crit «Kolap Pai­lin» ou «Kolab Pai­lin». Haut

** En khmer ញ៉ុក ថែម. Par­fois trans­crit Gnok Thaém, Nok Thaem ou Ñuk Thèm. Haut

*** M. Khing Hoc Dy. Haut

**** En khmer «បិសាចស្នេហា», inédit en fran­çais. Par­fois trans­crit «Bei­sach sne­ha». Haut

***** M. Mak Phoeun. Haut

«Abou ṭ-Ṭayyib al-Motanabbî, un poète arabe du Xe siècle : essai d’histoire littéraire»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Paris

Il s’agit d’Abou’ltayyib*, sur­nom­mé Moté­nab­bi**, orgueilleux poète de Cour, ren­du célèbre en ser­vant dif­fé­rents princes arabes, en chan­tant leurs hauts faits et leurs bien­faits, en se brouillant avec eux, en se ven­geant par des satires des louanges qu’il leur avait don­nées aupa­ra­vant. Ses poèmes ont quel­que­fois de la beau­té dans leur élo­quence; mais, plus sou­vent encore, ils ne brillent que par ce sin­gu­lier mélange d’insolence et de poli­tesse, de bas­sesse et d’orgueil qui dis­tingue les cour­ti­sans; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple por­teur d’eau dans la ville de Kou­fa (en Irak), quoiqu’il se van­tât beau­coup de sa noblesse. Dès sa jeu­nesse, il fut tour­men­té par une ambi­tion incom­men­su­rable, récon­for­tée par les suc­cès de sa poé­sie, qui était payée très chè­re­ment par les princes aux­quels il s’attachait. Bien­tôt, la tête lui tour­na, et il crut pou­voir pas­ser à un aus­si juste titre pour pro­phète en vers, que Maho­met l’avait été en prose; cela lui valut le sur­nom de Moté­nab­bi («celui qui se pré­tend pro­phète»). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réa­li­ser cet idéal; quand le temps et les occa­sions le détrom­pèrent en le rap­pe­lant à une vie si brève, si ordi­naire, si fata­le­ment humaine; quand il son­gea que des pans entiers de son ambi­tieuse nature res­te­raient à jamais ense­ve­lis dans l’ombre, ce fut un débor­de­ment d’une amer­tume sans pareille. «De là, cet amour-propre qui, au lieu de recher­cher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et deve­nir altruisme, se trans­forme en égoïsme hai­neux et mal­veillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué», dit M. Joseph Daher***. Témoin les vers sui­vants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui ins­pirent : «Je cri­tique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un cré­tin, le plus éner­gique un lâche, le plus noble un chien, le plus clair­voyant un aveugle, le plus vigi­lant un loir, et le plus cou­ra­geux un singe».

* En arabe أبو الطيب. Par­fois trans­crit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut

** En arabe المتنبي. Par­fois trans­crit Mota­nab­bî, Mota­nab­by, Moté­nab­by, Mote­na­bi, Mote­neb­bi, Mou­ta­nab­bi, Mou­ta­na­bi, Muta­na­bi ou Muta­nabbī. Haut

*** «Essai sur le pes­si­misme chez le poète arabe al-Muta­nabbī», p. 54. Haut

«L’Engoulevent blanc»

dans « Le Roman classique lao », éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

dans «Le Roman clas­sique lao», éd. École fran­çaise d’Extrême-Orient, coll. Publi­ca­tions de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, Paris

Il s’agit du «dāv2 nŏk kaḥpā phœ̄eak»*L’Engoulevent blanc»), un des romans épiques du Laos. Les Lao­tiens ont une pré­di­lec­tion mar­quée pour les longs récits en vers, impré­gnés de boud­dhisme, et rele­vés par la fan­tai­sie et par l’agencement des aven­tures. Ils les appellent «bœ̄n2 văn­naḥ­gaḥtī»**textes lit­té­raires»). Ils les lisent dans les réunions; ils les récitent pen­dant la nuit aux jeunes femmes récem­ment accou­chées, pour les empê­cher de suc­com­ber au som­meil et de deve­nir ain­si une proie facile pour les mau­vais esprits. Cer­tains de ces romans épiques sont d’une lon­gueur acca­blante : le «dāv2 kālaḥ­ket»***, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le «cāṃPā sī1 Tŏn2»**** — envi­ron qua­torze mille. «Il faut croire que les péri­pé­ties qui forment la trame du récit en font tolé­rer la lon­gueur», dit Louis Finot*****. «Pour­tant ni les acteurs ni les inci­dents du drame ne brillent par la varié­té : les mêmes figures et les mêmes scènes se repré­sentent sans cesse avec une mono­to­nie qui las­se­rait le lec­teur le plus intré­pide, mais qui ne paraît pas déplaire aux âmes simples pour les­quelles des bardes ano­nymes ont com­po­sé ces enfan­tines rhap­so­dies.» Je l’avoue : ces romans épiques, en géné­ral fort mal­adroits, tra­cés pour la plu­part par des mains labo­rieuses, m’ont tou­ché. Je les ai ouverts sou­vent avec dédain, et presque jamais je ne les ai fer­més sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est défec­tueuse, mais cela par rudesse plu­tôt que par mau­vais goût. Ils res­pirent tant de sin­cé­ri­té, de sym­pa­thie, de bonne volon­té; on y trouve des sen­ti­ments si res­pec­tables dans leur naï­ve­té, que moi, qui étais déci­dé à en rire, j’ai tou­jours fini par m’y plaire. Jamais je n’accueillerai par la raille­rie cette confes­sion hon­nête d’un poète :

«Moi, qui ai com­po­sé ce récit ver­si­fié,
Je me suis enfui au loin, tout comme la petite [héroïne dont je vous parle]!
Car moi, votre ser­vi­teur, couche en soli­taire;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pen­dant dans le vide…
Depuis que j’ai quit­té ma mai­son pour aller chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me réchauf­fer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je fini­rai par ren­trer chez moi.
Ils sont évi­dem­ment bien éloi­gnés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays natal!
»

* En lao­tien «ທ້າວນົກກະບາເຜືອກ». Par­fois trans­crit «Thao Nok Kaba Phueak» ou «Thao Nok Kaba Phüak». Haut

** En lao­tien ພື້ນວັນນະຄະດີ. Haut

*** En lao­tien «ທ້າວກາລະເກດ», inédit en fran­çais. Haut

**** En lao­tien «ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ», inédit en fran­çais. Haut

***** «Recherches sur la lit­té­ra­ture lao­tienne», p. 116. Haut

Pangkham, «Sinsay : chef-d’œuvre de la littérature lao»

éd. Liang Ziang Chong Chareon, Bangkok

éd. Liang Ziang Chong Cha­reon, Bang­kok

Il s’agit du «sin jai»*, un des romans épiques du Laos. Les Lao­tiens ont une pré­di­lec­tion mar­quée pour les longs récits en vers, impré­gnés de boud­dhisme, et rele­vés par la fan­tai­sie et par l’agencement des aven­tures. Ils les appellent «bœ̄n2 văn­naḥ­gaḥtī»**textes lit­té­raires»). Ils les lisent dans les réunions; ils les récitent pen­dant la nuit aux jeunes femmes récem­ment accou­chées, pour les empê­cher de suc­com­ber au som­meil et de deve­nir ain­si une proie facile pour les mau­vais esprits. Cer­tains de ces romans épiques sont d’une lon­gueur acca­blante : le «dāv2 kālaḥ­ket»***, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le «cāṃPā sī1 Tŏn2»**** — envi­ron qua­torze mille. «Il faut croire que les péri­pé­ties qui forment la trame du récit en font tolé­rer la lon­gueur», dit Louis Finot*****. «Pour­tant ni les acteurs ni les inci­dents du drame ne brillent par la varié­té : les mêmes figures et les mêmes scènes se repré­sentent sans cesse avec une mono­to­nie qui las­se­rait le lec­teur le plus intré­pide, mais qui ne paraît pas déplaire aux âmes simples pour les­quelles des bardes ano­nymes ont com­po­sé ces enfan­tines rhap­so­dies.» Je l’avoue : ces romans épiques, en géné­ral fort mal­adroits, tra­cés pour la plu­part par des mains labo­rieuses, m’ont tou­ché. Je les ai ouverts sou­vent avec dédain, et presque jamais je ne les ai fer­més sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est défec­tueuse, mais cela par rudesse plu­tôt que par mau­vais goût. Ils res­pirent tant de sin­cé­ri­té, de sym­pa­thie, de bonne volon­té; on y trouve des sen­ti­ments si res­pec­tables dans leur naï­ve­té, que moi, qui étais déci­dé à en rire, j’ai tou­jours fini par m’y plaire. Jamais je n’accueillerai par la raille­rie cette confes­sion hon­nête d’un poète :

«Moi, qui ai com­po­sé ce récit ver­si­fié,
Je me suis enfui au loin, tout comme la petite [héroïne dont je vous parle]!
Car moi, votre ser­vi­teur, couche en soli­taire;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pen­dant dans le vide…
Depuis que j’ai quit­té ma mai­son pour aller chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me réchauf­fer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je fini­rai par ren­trer chez moi.
Ils sont évi­dem­ment bien éloi­gnés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays natal!
»

* En lao­tien «ສິນໄຊ». Par­fois trans­crit «Sin­say», «Sin­sai», «Sin Xay» ou «Sine Xay». Outre cette appel­la­tion com­mu­né­ment employée, le «sin jai» porte encore divers titres, selon les édi­tions, tels que : «săṅkh silP jăy» («ສັງຂສິລປຊັຍ») ou «săṅ sin jai» («ສັງສິນໄຊ»). Par­fois trans­crit «Sang Sin­xaï». Haut

** En lao­tien ພື້ນວັນນະຄະດີ. Haut

*** En lao­tien «ທ້າວກາລະເກດ», inédit en fran­çais. Haut

**** En lao­tien «ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ», inédit en fran­çais. Haut

***** «Recherches sur la lit­té­ra­ture lao­tienne», p. 116. Haut

«Mohammad Iqbal»

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut

Parny, «Œuvres complètes. Tome I. La Guerre des dieux • Les Déguisements de Vénus»

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Les Introu­vables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, che­va­lier de Par­ny, poète et créole qui doit la meilleure par­tie de sa renom­mée à ses «Élé­gies» éro­tiques et ses «Chan­sons madé­casses» (XVIIIe siècle). Cha­teau­briand les savait par cœur, et il écri­vit à l’homme dont les vers fai­saient ses délices pour lui deman­der la per­mis­sion de le voir : «Par­ny me répon­dit poli­ment; je me ren­dis chez lui, rue de Clé­ry. Je trou­vai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage mar­qué de petite vérole. Il me ren­dit ma visite; je le pré­sen­tai à mes sœurs. Il aimait peu la socié­té et il en fut bien­tôt chas­sé par la poli­tique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus sem­blable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fal­lait que le ciel de l’Inde, une fon­taine, un pal­mier et une femme. Il redou­tait le bruit, cher­chait à glis­ser dans la vie sans être aper­çu… et n’était tra­hi dans son obs­cu­ri­té que par… sa lyre»*. Mais le pre­mier trait dis­tinc­tif du «seul poète élé­giaque que la France ait encore pro­duit», comme l’appelait Cha­teau­briand**, était sa bon­té et sa sym­pa­thie. Sen­sible par­tout aux mal­heurs de l’humanité, Par­ny déplo­rait le sort de l’Inde affa­mée, rava­gée par la poli­tique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colo­nies de la France dont la nour­ri­ture était «saine et assez abon­dante», mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au cou­cher du soleil : «Non, je ne sau­rais me plaire», écri­vait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — «non, je ne sau­rais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tom­ber que sur le spec­tacle de la ser­vi­tude, où le bruit des fouets et des chaînes étour­dit mon oreille et reten­tit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon sem­blable. On troque tous les jours un homme contre un che­val : il est impos­sible que je m’accoutume à une bizar­re­rie si révol­tante».

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. IV, ch. 12. Haut

** «Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions», liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** «Tome IV», p. 130. Haut

«Le Dit des Heiké : le cycle épique des Taïra et des Minamoto»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Dit des Hei­ké» («Heike mono­ga­ta­ri»*). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intes­tines et de guerres achar­nées qui culmi­nèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani**, dans laquelle les Tai­ra, pro­tec­teurs du jeune Empe­reur et maîtres de Kyô­to et du Japon de l’Ouest, furent vain­cus par les Mina­mo­to, tenants du Japon orien­tal. L’incidence de ce branle-bas fut sen­sible dans le domaine lit­té­raire. Alors que l’époque pré­cé­dente, rela­ti­ve­ment pai­sible, avait vu se déve­lop­per le genre des dits cour­tois, ce furent les dits guer­riers ou «gun­ki mono­ga­ta­ri»*** qui vinrent à éclo­sion dans ces années trou­blées. Rédi­gés d’après des tra­di­tions orales, ces dits guer­riers furent réci­tés sur les mar­chés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croi­se­ments des che­mins par des «biwa-hôshi»**** — des aveugles qui por­taient l’habit des moines («hôshi») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes («biwa»*****). Ces aveugles por­taient la robe mona­cale, parce qu’ils étaient sans doute sous la pro­tec­tion des temples et des grandes bon­ze­ries. Du reste, la chro­nique qu’ils réci­taient avait pour but non pas tant de conser­ver le sou­ve­nir des héros, comme l’épopée euro­péenne, mais d’exprimer la vani­té des splen­deurs ter­restres et le néant de la gloire; et au lieu de chan­ter «les armes et l’homme», elle rap­pe­lait dès la pre­mière ligne «l’impermanence de toutes choses». «[Cette chro­nique a] pu jouer une fonc­tion rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les com­bats. Mais il s’agit aus­si de cher­cher un sens aux évé­ne­ments chao­tiques qui ont mis fin à l’ordre ancien», disent des orien­ta­listes

* En japo­nais «平家物語». Haut

** En japo­nais 一ノ谷の戦い. Haut

*** En japo­nais 軍記物語. Haut

**** En japo­nais 琵琶法師. Haut

***** «Né dans le royaume de Perse et ses régions limi­trophes, le “biwa” s’est dif­fu­sé en Asie orien­tale le long de la Route de la soie. Per­fec­tion­né en Chine, il est par­ve­nu dans l’archipel japo­nais vers le VIIIe siècle apr. J.-C.», dit M. Hyô­dô Hiro­mi (dans «De l’épopée au Japon», p. 55-56). Haut

«Le Dit de Hôgen • Le Dit de Heiji : le cycle épique des Taïra et des Minamoto»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Dit de Hôgen» («Hôgen mono­ga­ta­ri»*) et du «Dit de Hei­ji» («Hei­ji mono­ga­ta­ri»**). Au XIIe siècle apr. J.-C., le Japon fut le théâtre de luttes intes­tines et de guerres achar­nées qui culmi­nèrent avec la bataille d’Ichi-no-Tani***, dans laquelle les Tai­ra, pro­tec­teurs du jeune Empe­reur et maîtres de Kyô­to et du Japon de l’Ouest, furent vain­cus par les Mina­mo­to, tenants du Japon orien­tal. L’incidence de ce branle-bas fut sen­sible dans le domaine lit­té­raire. Alors que l’époque pré­cé­dente, rela­ti­ve­ment pai­sible, avait vu se déve­lop­per le genre des dits cour­tois, ce furent les dits guer­riers ou «gun­ki mono­ga­ta­ri»**** qui vinrent à éclo­sion dans ces années trou­blées. Rédi­gés d’après des tra­di­tions orales, ces dits guer­riers furent réci­tés sur les mar­chés et les places publiques, aux abords des ponts, aux croi­se­ments des che­mins par des «biwa-hôshi»***** — des aveugles qui por­taient l’habit des moines («hôshi») et qui jouaient d’un luth à quatre cordes («biwa»******). Ces aveugles por­taient la robe mona­cale, parce qu’ils étaient sans doute sous la pro­tec­tion des temples et des grandes bon­ze­ries. Du reste, la chro­nique qu’ils réci­taient avait pour but non pas tant de conser­ver le sou­ve­nir des héros, comme l’épopée euro­péenne, mais d’exprimer la vani­té des splen­deurs ter­restres et le néant de la gloire; et au lieu de chan­ter «les armes et l’homme», elle rap­pe­lait dès la pre­mière ligne «l’impermanence de toutes choses». «[Cette chro­nique a] pu jouer une fonc­tion rituelle, celle d’apaiser les âmes [de ceux] ayant péri dans les com­bats. Mais il s’agit aus­si de cher­cher un sens aux évé­ne­ments chao­tiques qui ont mis fin à l’ordre ancien», disent des orien­ta­listes

* En japo­nais «保元物語». Autre­fois trans­crit «Hôghenn mono­ga­ta­ri». Haut

** En japo­nais «平治物語». Autre­fois trans­crit «Heïd­ji mono­ga­ta­ri». Haut

*** En japo­nais 一ノ谷の戦い. Haut

**** En japo­nais 軍記物語. Haut

***** En japo­nais 琵琶法師. Haut

****** «Né dans le royaume de Perse et ses régions limi­trophes, le “biwa” s’est dif­fu­sé en Asie orien­tale le long de la Route de la soie. Per­fec­tion­né en Chine, il est par­ve­nu dans l’archipel japo­nais vers le VIIIe siècle apr. J.-C.», dit M. Hyô­dô Hiro­mi (dans «De l’épopée au Japon», p. 55-56). Haut